Catégories
Henri Audier

Sarkozy, les 35 heures, la dette, la recherche et… la vérité

Dans un entretien avec les médias à propos du “Grand emprunt”, Nicolas Sarkozy affirme : « pendant que nous faisions les 35 heures [de qui parle-t-il ?], qui ont contribué à alourdir la dette, les autres pays investissaient dans l’avenir, dans la recherche, dans les nouvelles technologies ». Bien entendu, l’attaque des adversaires fait partie du débat politique. Encore faut-il que les arguments, les faits et les chiffres donnés ne soient pas complètement erronés.

Sur la dette

Le ratio entre la dette et le PIB évolue comme suit :

de 1993 à1997, la dette passe de 42,8 % du PIB à 60,4% ;

de 1997 à 2002, elle régresse légèrement, de 60,4 % 58,5 %, repassant en dessous des 60 % fatidiques des « critères de convergence » ;

de 2002 à 2007, elle progresse modérément, de 58,5 % à 65,7 % ;

de 2007 à aujourd’hui, elle explose, passant de 65,7 % à environ 90 %.

Chacun sait qu’en 1993 Sarkozy est ministre du budget, puis bras droit de Balladur, gouvernement sous lequel la dette a connu une très forte croissance. L’explosion de la dette depuis 2007 avait commencé bien avant la crise. Elle est principalement liée aux 20 à 30 milliards de la loi TEPA (« paquet fiscal » de 2007) et à la création de nouvelles niches fiscales et dégrèvements pour les fortunés et les grands groupes. Ainsi, en 2008 le déficit budgétaire dépasse 3 % du PIB, tandis qu’il est nul en Allemagne. En 2009, année de la crise, le déficit français est plus du double du déficit allemand : respectivement 7,9 % et 3,7 % du PIB.

La seule période où la dette baisse est celle : « pendant [laquelle] que nous faisions les 35 heures ». Comme quoi, la relation n’a rien d’évident.

La recherche

Bizarrerie apparente, à chaque période, la part de la recherche dans le PIB varie à l’inverse de celle de la dette :

de 1993 à 1997, cette part s’effondre de 2,37 % du PIB à 2,13 ;

de 1997 à 2002, elle remonte à 2,23 %,

de 2002 à aujourd’hui, au mieux, il y a stagnation, alors que l’effort des autres pays s’envole.

http://www.sncs.fr/IMG/pdf/Budget_Recherche-unRemix-chapitre2.pdf

Une courbe récente publiée par Les Echos montre l’ampleur de la catastrophe des investissements français dans la recherche publique et privée, comparés à ceux de l’Allemagne depuis 2002. Inutile d’aller chercher beaucoup plus loin pour comprendre notre déficit abyssal du commerce extérieur et sa forte détérioration. Par contre, les copains du Fouquet’s se portent bien. Merci pour eux.

http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=2932

Be Sociable, Share!