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Pierre Dubois

Davantage de bacs pros en Fac !

Suite des 78 chroniques sur les licences. Les présidents d’université pourraient se réjouir de la progression du nombre d’entrants en 1ère année de licence à la rentrée 2011. Celle-ci est hautement prévisible : davantage de bacheliers cette année, à peine plus de places dans les filières sélectives (CPGE, DUT, BTS), et donc davantage d’entrants en licence, le taux de poursuites d’études après le bac s’annonçant plutôt à la hausse, dans la perspective d’atteindre l’objectif de 50% de diplômés du supérieur dans les jeunes générations.

Les présidents ne devraient pas se réjouir car une partie non négligeable des entrants supplémentaires en 1ère année de licence seront des bacheliers professionnels. Or ceux-ci sont les ”bêtes noires” des présidents : leur chance d’obtenir la licence en 3 ou 4 ans est très faible. Dans ses 14 propositions pour la réforme de la licence, la CPU souhaite “rendre lisibles et cohérents les parcours de formation de niveau licence”. Elle propose ainsi de “privilégier l’orientation vers les STS des bacheliers professionnels” (proposition 2, cf. “Licence : “consensus mou de la CPU”). Elle ne semble pas se préoccuper des moyens pour y parvenir ! Le fait qu’elle se soit abstenue au CNESER, lors du vote sur la nouvelle licence, me reste en travers de la gorge !

Démonstration d’un afflux plus important de bacheliers professionnels en fac à la rentrée 2011. Dès le 18 avril 2011, je publiais une chronique : ”Il manque 250.000 places en BTS“. “Le BTS un diplôme attractif et plébiscité : 35% des premiers voeux formulés dans Admission Post-bac 2011 (soit 252.350 demandes classées en priorité)”… “A la rentrée 2010, 94.400 bacheliers de l’année ont accédé à un BTS en formation initiale. La statistique publique n’indique pas le nombre d’entrants issus de baccalauréats des années antérieures : estimons-les à 10.000. Il faut y ajouter environ 20.000 bacheliers entrés en BTS en apprentissage. Donc. 125.000 places ont été offertes à la rentrée 2010 en 1ère année de BTS.

Combien de ces 125.000 places ont-elles été offertes aux bacheliers professionnels ? 20% en 2010 soit 25.000. 25.000 seulement (chronique citée ci-dessus). C’est très insuffisant eu égard au nombre d’élèves qui ont obtenu un baccalauréat professionnel en 2011. Combien de candidats au bac pro cette année : 171.702 contre 131.582 en 2010 (source MEN, citée par le Monde du 7 juillet 2001). 40.000 de plus ! Cette forte progression tient à la réforme du baccalauréat professionnel. Cette année, deux cohortes de lycéens professionnels ont passé le bac : ceux qui ont fait un parcours en 4 ans et ceux qui ont fait un parcours en 3 ans à la suite de la réforme de la voie professionnelle. Qui avait anticipé ce qui est qualifié de “bourrelet temporaire” ?

Combien de bacheliers professionnels ont-ils réussi leur baccalauréat ? Le taux de succès a été de 83,6% (taux en baisse de 2,6 points par rapport à 2010) (source MEN). 83,6% = 143.542 reçus en 2011 contre 113.420 en 2010.

Les bacheliers professionnels vont être plus nombreux à poursuivre des études supérieures pour quatre raisons. 1. C’est l’objectif de la réforme de la voie professionnelle : baccalauréat professionnel en 3 ans en vue d’une plus large poursuite d’études supérieures pour atteindre l’objectif des 50% de diplômés du supérieur. 2. Tous s’accordent pour constater que la réforme de la voie professionnelle a diminué la part des enseignements technologiques et professionnels, rendant plus difficile l’entrée sur le marché du travail après un bac pro et incitant à poursuivre en BTS ou en DUT. 3. Le marché du travail ne s’est pas particulièrement amélioré pour les jeunes peu diplômés ; c’est un euphémisme ! 4. Les bacheliers professionnels sont beaucoup plus nombreux cette année.

Combien de bacheliers professionnels poursuivaient jusqu’à présent des études supérieures et dans quelle filière post-bac ? L’information est connue pour les bacheliers 2008 (Note d’information, n°10, juillet 2010, tableau 1) : 47% avaient poursuivi des études supérieures (5% en licence, 1% en IUT, 39% en STS, 2% dans d’autres formations supérieures, 8% s’étaient inscrits dans des formations non supérieures, et 45% n’avaient pas poursuivi d’études.

Il est raisonnable de supposer, eu égard à toutes les observations faites ci-dessus, que le taux de poursuites d’études supérieures des bacheliers professionnels va être plus fort cette année qu’en 2008 (47%). Supposons une progression de 5 points : 52% des bacs pros poursuivraient ainsi des études à la rentrée 2011. 143.522 bacheliers professionnels x 52% = 74.642. Quelle filière de formation va les accueillir ?

Les STS ont accueilli 25.000 bacheliers professionnels en 2010. Elles ne pourront en accueillir beaucoup plus en 2011. Les CPGE et les IUT sont fermés aux bacs pros. Restent les licences universitaires ! Vont-elles accueillir environ 50.000 bacheliers professionnels en 1ère année de licence, soit beaucoup plus qu’en 2010 ? Les jurys de l’orientation active n’ont certainement pas prévu cet afflux.

Ce serait évidemment une catastrophe pour les universités et pour ces bacheliers. Catastrophe pour les universités. Elles devront créer des groupes de TD supplémentaires : avec quel argent ? Elles verront le taux de succès en licence en 3 ans se dégrader, avec les conséquences que l’on sait sur leurs dotations partiellement liées à leurs performances. Catastrophe pour les bacheliers professionnels. A l’université, ils vont s’engager dans une impasse. Ils peuvent choisir de ne pas y aller et de grossir alors les rangs des chômeurs. Peut-être s’indigneront-ils d’être une promotion massacrée parce que personne n’a pronostiqué les conséquences de deux promotions arrivant en même temps au bac. Et si ces bacheliers professionnels malmenés décidaient à l’automne d’organiser en France les premières manifestations d’indignés ?

Tout le monde estime qu’il faut considérer dans leur ensemble les formations post-bac et personne n’en tire concrètement les conséquences. Incurie des deux ministères, des présidents d’université, des syndicats étudiants préoccupés par la seule réformette “pécressette” de la licence. Le pire serait bien sûr qu’ils clament un regain d’attractivité des universités. Malheureusement, le pire n’est jamais invraisemblable. Mais quand donc une réelle réflexion sur la création d’Instituts d’enseignement supérieur s’engagera-t-elle (68 chroniques sur les IES) ?

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