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Pierre Dubois

Ciel ! Que de compétences !

Avec la réforme projetée de la licence, le diplômé sera “blindé” de compétences. L’article 6 du projet d’arrêté précise en effet que la “formation assure à l’étudiant l’acquisition d’un ensemble de connaissances et compétences diversifiées : des compétences disciplinaires, en premier lieu dans la ou les disciplines principales, mais aussi dans des disciplines connexes et, le cas échéant, dans des disciplines d’ouverture ; des compétences linguistiques… ; des compétences transversales ou génériques… ; des compétences préprofessionnelles“. Ciel ! Que de compétences !

L’arrêté et les référentiels de formation prescrivent fort peu de choses en matière de compétences disciplinaires. Inquiétant (chronique : “les référentiels ne constituent pas des programmes de formation“). Par contre, ils sont prolixes en matière d’acquisition de compétences linguistiques, transversales ou génériques. Premier exemple : le référentiel de la licence de droit. “Savoir s’exprimer par écrit et par oral sur un sujet juridique dans au moins une langue étrangère, notamment en anglais”… “Communiquer de façon orale et écrite en français dans le registre linguistique (scientifique, soutenu, familier) adapté au contexte de la communication et aux interlocuteurs”… “Utiliser une messagerie ; pratiquer des logiciels courants ; utiliser les outils bureautiques pour la rédaction et la préparation de documents ; maîtriser son identité numérique”.

Second exemple : celui du référentiel de la Licence d’histoire. “Faire preuve des aptitudes suivantes : communiquer oralement en français et dans au moins une langue étrangère en utilisant de façon appropriée le vocabulaire scientifique de la discipline”… “Lire et analyser des textes scientfiques ou des documents originaux dans sa propre langue et dans au moins une langue étrangère”… “Utiliser l’information et les technologies de communication”. Surprenant pour une licence d’histoire : aucune aptitude en langue ancienne (dont le latin) n’est exigée.

Ces développements sur les compétences transversales sont Intéressants, mais il en découle plusieurs questions. Les compétences non disciplinaires doivent-elles acquises au sein du socle minimum de 1500 heures ? Ou doivent-elles être acquises et validées par un système de certification hors diplôme disciplinaire ? Les enseignants qui vont permettre l’acquisition de ces compétences doivent-ils être des enseignants-chercheurs ?

Mon analyse est la suivante. Trois ensembles de compétences doivent être validées pour l’obtention du titre de licence : compétences en langue française, dans une langue étrangère, en bureautique et Internet. Les apprentissages qui conduisent à l’obtention de la certification dans ces trois champs doivent se situer en dehors de la formation disciplinaire, ne pas être inclus dans le socle minimal de 1500 heures, ne pas donner lieu à l’attribution de crédits ECTS, être entièrement en dehors du système de compensation des notes.

Ces apprentissages de compétences transversales ne doivent pas être pris en charge par des enseignants-chercheurs ; ce serait là un gaspillage de leurs compétences et de leur temps. Il faut donc imaginer l’intervention de plusieurs corps de professionnels, internes ou externes à l’université. Des PRAG et des PRCE y participeraient bien entendu mais aussi des BIATOSS des services informatiques, de communication ou d’enseignement à distance, pourraient intégrer, à temps partiel, tel ou tel de ces corps.   

Deux de ces trois certifications existent déjà : le C2i (Certificat Informatique et Internet) et le CLES (Certificat de compétences en Langues de l’Enseignement Supérieur). Il faut en inventer un troisième : le CLAF, Certificat de compétences en LAngue Française. L’idéal serait bien sûr que les bacheliers aient acquis ces trois certificats avant de poursuivre des études supérieures. Mais la réalité est incontournable : de très nombreux étudiants, entrés à l’université, ne possèdent pas une maîtrise suffisante en expression écrite et orale, dans la langue française et dans une langue étrangère. La certification, au terme d’un processus d’apprentissage, remédie à ces graves lacunes.

La mise en oeuvre d’apprentissages linguistiques et informatiques existe déjà dans des universités. Des structures ad hoc ont été créées : un seul exemple, les Centres de ressources de langues (CRL) de l’université de Strasbourg. Ils permettent une mutualisation : le pire, économiquement, serait en effet que chaque licence habilitée organise ses propres enseignements pour l’acquisition de ces compétences transversales.

L’organisation des 3 certifications, nécessaires pour la validation de la licence et donc pour la poursuite d’études, pose deux autres questions fort sensibles1. Faut-il externaliser les structures manageant les compétences linguistiques et informatiques ? Des centres de formation privés et agréés pourraient-ils se positionner sur le marché ? 2. Des droits d’inscription, additionnels aux droits d’inscription définis par arrêté ministériel, pourraient-ils être prélevés par les universités, au nom de leur autonomie, de leurs responsabilités et compétences élargies. Je suis partisan de droits spécifiques pour les enseignements conduisant aux 3 certifications, droits votés par le conseil d’administration. Les boursiers en seraient exonérés.

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