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Pierre Dubois

Laurent 1er et la méthode Coué

Laurent Wauquiez, le 1er partout, pratique la méthode Coué, comme son prédécesseur, Valérie Pécresse. L’enseignement supérieur et la recherche sont la priorité de la politique gouvernementale. Elle y alloue beaucoup d’argent et les résultats sont là. La France progresse. La preuve : le classement de Shanghaï 2011. Classement des 500. 21 établissements français dans les 500.

C’est en résumé le contenu de l’entretien donné par le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche au Journal les Echos, mardi 16 août 2011. Le titre : “Nous récoltons le fruit des efforts enclenchés dans l’enseignement supérieur“. “Non, monsieur le Ministre ! Vos déclarations frisent l’incompétence ! Vos commentaires sur le classement de Shanghaï, c’est n’importe quoi”.

Des progrès sensibles pour la France“… “Cela est d’autant plus significatif que l’Allemagne et le Royaume-Uni ont une tendance au recul ou à la stabilité“. Recul ou stabilité ? Des preuves !

Le pays était très mal positionné dans le top 200 avec 6 établissements en 2006. Nous sommes revenus à 8 cette année“. Ce progrès dans le classement est dû à l’apparition d’Aix-Marseille University dans le top 200. Cette remontée procède d’un effet mécanique, artificiel : les sciences étaient éparpillées dans plusieurs universités d’Aix-Marseille ; elles ont été regroupées dans le classement 2011 ; un effet “masse” a été recherché ; il ne signifie pas une amélioration de la performance de la recherche per capita. Le même effet vaut également pour l’université de Lorraine : elle figure désormais dans la classe 201-300 parce qu’ont été agrégés les résultats de Nancy, de Metz et de l’INPL. A l’inverse, ce sont Bordeaux 1 (et non l’ensemble des 4 universités bordelaises) et Montpellier 2 (et non l’ensemble des 3 universités montpelliéraines) qui sont classées.

Laurent 1er reconnaît d’ailleurs cette pitoyable stratégie de recherche de l’effet “masse”. Une des vraies nouveautés résulte de notre politique de rapprochement des universités, qui donne une taille critique pour s’imposer“… “Les résultats sont extraordinaires. Quatre regroupements pourraient intégrer directement le top 50, avec les établissements du campus de Saclay, ceux de Paris Sciences et Lettres Etoile, et les PRES Sorbonne Universités et Paris Cité“. Si tous les établissements d’enseignement supérieur fusionnaient, la France apparaîtrait dans le top 5 mondial. Qu’est-ce qu’on attend ?

Toulouse 3, lui, a gagné 53 places de 278 à 225, c’est un bon exemple de progrès dans les zones moins regardées du classement“. Gloup ! Le ministre est pris en flagrant délit d’ignorance de la méthodologie du classement de Shanghaï. Entre les positions 201et 300, les universités sont classées par ordre alphabétique. Toulouse 3 ne peut donc avoir progressé de 53 places ! N’importe quoi encore !

Ce que nous essayons de faire,… c’est de hisser vers l’excellence l’ensemble de l’enseignement supérieur. Les premiers résultats des Initiatives d’excellence l’illustrent avec la distinction de Bordeaux et de Strasbourg“. Le classement de Shanghaï 2011 est fondé sur le recueil des données 2010. Cette année-là, les investissements d’avenir émergeaient à peine. En 2011, combien d’argent ces universités recevront-elles pour leurs EQUIPEX, LABEX et IDEX ? Des pécadilles ! Pire, en 2011, toutes les universités françaises ont perdu du temps, beaucoup trop de temps pour concevoir et rédiger des projets et encore des projets. Peut-être leurs enseignants et leurs chercheurs auront-ils moins publié dans les revues les meilleures au plan mondial. Il devrait alors y avoir un recul dans le classement !!!

Laurent Wauquiez ne veut pas être “le ministre des affaires courantes” (EducPros, 29 juillet 2007). Ce serait bien qu’il le soit : il lui faudrait par exemple apprendre à commenter les données statistiques. A moins qu’il n’ait décidé, une fois, pour toutes, de ne faire que de la statistique politique !

Trois remarques finales. 1. Puisque le ministre ne veut pas s’occuper des affaires courantes, il n’est pas étrange que son agenda soit vide d’évènements depuis le 1er août (agenda du ministre). Il délaisse la communication institutionnelle sur le site de son ministère (aucun communiqué sur le classement de Shanghaï) et préfère s’adresser directement aux médias (plusieurs entretiens durant ses “vacances”). C’est incorrect vis-à-vis de son administration centrale.

2. Le classement de Shanghaï s’est imposé mondialement. Sa méthodologie est tout à fait transparente. Il ne sert donc plus à rien d’en démontrer les limites réelles. D’ailleurs, des universités françaises ne se privent pas de mettre en avant ce classement pour prouver leur excellence. Chronique : A chacun ses indicateurs d’excellence ?  

3. Bravo aux universités de Versailles Saint-Quentin et de Nice Sophia Antipolis : elles apparaissent dans le classement 401-500. Des inquiétudes par contre pour les universités historiques qui possèdent, de tradition, une faculté des sciences : ni Besançon, ni Caen, ni Dijon, ni Lille, ni Nantes, ni Poitiers, ni Reims, ni Rouen, ni Tours n’apparaissent dans le classement.

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