Catégories
Thomas Roulet

Frais de scolarité : entre la France et les Etats-Unis, un océan nous sépare ?

S’il y a un bien un sujet pour lequel les universités américaines sont régulièrement citées en France, c’est bien l’épineux problème des frais de scolarité.

Le débat a été particulièrement stimulé cet été par la publication du rapport de Pierre-André Chiappori, professeur d’économie à Columbia University, pour l’Institut de l’Entreprise, sur le financement de l’enseignement supérieur par le secteur privé. Second coup de tonnerre, c’est cette fois-ci Terra Nova, think tank réputé proche du PS, qui propose un triplement des droits de scolarité en licence, et un quadruplement en master et doctorat.

Si le rapport de Pierre-André Chiappori, souligne l’importance du financement par les entreprises et les premiers pas faits en France notamment via les fondations, il appelle surtout à « lever le tabou des frais d’inscriptions ». Il souligne que la gratuité des frais d’inscription bénéficie principalement aux enfants des classes moyennes supérieures, et qu’aux Etats-Unis, les frais d’inscription, via une logique redistributive, permettent aux plus démunis d’accéder à l’université tandis que les plus aisés mettent la main à la poche (le rapport évalue à 1/3 du total brut des frais de scolarité, les sommes redistribuées aux étudiants nécessiteux). La proposition se révèle assez proche des idées de Terra Nova qui propose d’allouer les fonds générés par l’augmentation des droits de scolarité à une allocation étudiante.

Le système suggéré ici n’est ni plus ni moins que le système de modulation des frais de scolarité mis en place à Sciences Po par Richards Descoings. Les droits de scolarité varient de 0 à 9300 € pour la licence et de 0 à 13000 € pour le master en fonction de l’ensemble des revenus déclarés et de la taille des foyers. Ces sommes permettent entre autres de financer des bourses pour les élèves les plus défavorisés. L’inflation de ces frais n’est pas négligeable, puisque le plafond des frais de scolarité s’élevait à 4000 € quand la modulation a été mise en place en 2005 ! A l’époque le grand jeu parmi certains étudiants était d’ailleurs de se faire détacher du foyer fiscal de ses parents pour éviter le couperet !

Ici aux Etats-Unis, dire qu’une inscription à la Sorbonne (seule université dont la marque et l’histoire sont parvenus à traverser l’Atlantique) coûte moins de 500 € est le meilleur moyen de susciter l’étonnement chez son interlocuteur, comme le prouve ce récent papier d’une journaliste de Forbes, enthousiaste quant à la bonne affaire que représente le fait d’étudier en France.

Si le débat reste ouvert (et personnellement je compte bien sur cette année pour me faire une idée sur la question), un des principaux obstacles à une éventuelle hausse des droits de scolarité, comme le souligne le Président de Paris VII dans son commentaire du rapport de Pierre-André Chiappori, est l’opposition des syndicats étudiants, comme nous le rappelle le palmarès annuel des frais d’inscription illégaux de l’UNEF.

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *