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Thomas Roulet

Ah bon ? On fait de la recherche dans les “business schools” ?

Quand j’évoque mon statut de doctorant dans une école de commerce, il m’arrive relativement souvent de susciter l’étonnement voir la circonspection. « Ah bon, il y a des doctorants en école de commerce ? On y fait vraiment de la recherche ? Ou juste du conseil à moindre frais ? ». Si la question m’est moins souvent posée aux Etats-Unis, c’est qu’il y a une bonne raison : la tradition scientifique dans les « business schools » américaines est un peu plus ancienne qu’en France.

Les écoles françaises ne se sont vraiment intéressées à la recherche académique qu’il y a quelques années, à la fois sous la pression croissante des organismes d’accréditations internationales, mais aussi des classements. Le classement des MBA du Financial Times, par exemple, donne une place prépondérante aux performances des écoles en termes de recherche, en comptabilisant le nombre de publications de chaque école dans une liste des meilleures revues académiques (la fameuse liste « FT 45 »).

Du coup, les grandes écoles de commerce françaises ont investi d’importants moyens pour rattraper leur retard par rapport aux universités – dont les UFR de sciences de gestion ont une plus longue tradition de la recherche – et rester compétitives par rapport à leurs homologues anglo-saxonnes, notamment en termes de recrutement de professeurs (il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’oeil aux profils des derniers professeurs ayant rejoint l’école supérieure de commerce de Rouen).

La recherche dans les business schools est souvent remise en cause. En premier lieu, beaucoup ont tendance à penser d’une part qu’elle n’a rien de scientifique, et d’autre part que son seul objectif est de permettre aux entreprises de faire encore plus de profits.

Il suffit de se pencher d’un peu plus près sur les travaux des professeurs d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, pour comprendre que la recherche produite dans les business schools est un formidable moteur de l’avancée des sciences sociales. Car ce sont bien des contributions majeures aux sciences sociales liées à l’étude des comportements organisationnels (économie, sociologie, psychologie) qui sont produites dans l’enceinte des business schools, et pas seulement dans une pure perspective instrumentale, comme on pourrait le penser. Ici à Columbia, plusieurs professeurs de management sont reconnus internationalement pour leurs contributions à la sociologie des organisations, à la psychologie, ou à la microéconomie, à travers leurs publications dans les revues les plus prestigieuses dans ces champs de recherche. J’aurais l’occasion de revenir plus en détail sur ce sujet dans un prochain billet.

Par ailleurs, aussi bien en France qu’aux Etats Unis, la recherche est souvent accusée de ponctionner beaucoup de moyens et de ne servir ni aux entreprises, qui bien souvent la finance (parce qu’elle n’est pas suffisamment appliquée à leurs problèmes) ni aux étudiants. Une récente étude menée aux Etats Unis (bien que scientifiquement perfectible, j’en conviens) montre comment la recherche dans les business schools est utile et bénéficie aux étudiants de MBA, en termes de richesse de la formation mais aussi de salaires de sortie. En effet, la recherche n’a pas seulement un effet positif sur les classements mais aussi très généralement sur le rayonnement des écoles et sur leur proximité avec les entreprises.

De même, en France, nos écoles de commerce, en particulier les plus petites sont hésitantes sur la conduite à tenir, comme le démontre les propos du directeur de Sup de Co Amiens en janvier dernier : « Imposer aux cinq meilleures écoles de commerce de faire de la recherche de haut niveau pour améliorer les connaissances, c’est une bonne chose. Mais l’imposer à toutes, c’est absurde ! ». Plusieurs écoles qui avaient tenté de faire progresser leur performance en termes de recherche hésitent maintenant à changer leur fusil d’épaule (quand ce n’est pas déjà fait). La recherche va-t-elle rester une priorité de nos ESC ? Ou se limiter aux écoles ayant le plus de moyens ? Seul l’avenir nous le dira… De mon côté, préparez vous à me voir défendre farouchement sur ce blog l’émergence d’une culture scientifique dans nos écoles de commerce…

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