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Pierre Dubois

Un bogue statistique au MESR

Laurent Wauquiez, le 1er partout, ferait-il, comme son prédécesseur Valérie Pécresse, un usage politique de la statistique ? Je le pense. Démonstration : une incohérence de taille entre le nombre de bacheliers 2011 et le nombre d’entrants en 1ère année dans l’enseignement supérieur. Un bogue ou une manipulation de la statistique du MESR ?

2009 : 538.488 bacheliers. 2010 : 530.326 bacheliers. 2011 : 566.000 bacheliers (+6,7% par rapport à 2010). Faut-il se réjouir de la forte progression de 2011 ? 2010. “Résultats provisoires du baccalauréat“, Paul-Olivier Gasq et al., Note d’information, n°10/10, juillet 2010, DEPP, MEN. 530.326 élèves ont obtenu le baccalauréat : 280.000 un bac général (52,8% de l’ensemble), 133.000 un bac technologique (25,1%), 117.300 un bac professionnel (22,1%).

2011. “Résultats provisoires du baccalauréat“, Sylvie Le Laidier et al., Note d’information, n°11/11, juillet 2011, DEPP, MEN. 566.000 élèves ont obtenu le baccalauréat : 283.182 un bac général (+1,2% par rapport à 2010), 128.501 un baccalauréat technologique (-3,4%), 154.293 un baccalauréat professionnel (+31,5%). La forte progression du nombre de bacheliers professionnels est “artificielle” : deux promotions ont accédé cette année au baccalauréat (élèves issus de l’ancien bac pro en 4 ans et ceux du nouveau bac pro en 3 ans).

A taux de poursuite d’études dans le supérieur constant d’une année sur l’autre, il doit y avoir, mécaniquement, une progression des effectifs dans le supérieur à la rentrée 2011. Chronique du 15 juillet 2011 : “Davantage de bacs pros dans en Fac“. 

Laurent Wauquiez l’ignore dans sa Conférence de rentrée du 13 septembre. Il commet par ailleurs une confusion grave, indigne d’un Ministre. ”L’université est plus attractive : le cap des 2,4 millions d’étudiants est franchi à la rentrée 2011 et le nombre d’inscriptions en première année d’études supérieures progresse”. Laurent, le 1er partout, ne devrait pas ignorer que l’université n’est qu’un sous-ensemble de l’enseignement supérieur et qu’elle ne scolarise (hors IUT) qu’1,4 million d’étudiants.

Des données plus détaillées sont fournies dans le dossier de presse de 82 pages. Tableau page 7 : “Hausse des inscriptions en première année d’études supérieurs en 2011 : 447.600 contre 439.810 en 2010, soit une progression de 1,8% (+1,5% en université hors IUT, 0% en IUT, +0,2% en CPGE, +3,6% en STS et autres formations).

Ces données ne tiennent pas la route. Pourquoi ? La progression annoncée n’est que de 1,8% alors que le nombre de bacheliers a progressé de 6,7%. Si la progression n’était effectivement que de 1,8%, il en résulterait un recul du taux d’accès à l’enseignement supérieur d’une année sur l’autre : 439.810 entrants en 1ère année en 2010 (soit 82,9% des bacheliers de l’année), 447.600 en 2011 (soit 79,1%). On s’éloignerait de la réalisation de l’objectif, fixé en 2005, de 50% de diplômés du supérieur dans les nouvelles générations.

Si c’était le cas, cela voudrait dire que l’enseignement supérieur n’est pas de plus en plus attractif, comme le souligne le Ministre, mais qu’il l’est de moins en moins. Le 1er partout, le major de la promotion Mandela de l’ENA (chronique : “Laurent 1er et le classement de l’ENA“) ne peut pas commettre une telle erreur ! Mais alors ? Où sont donc passés les 37.000 bacheliers professionnels supplémentaires de 2011 ? Mis à la trappe de la statistique ? Il me semble que les services statistiques du MESR ont sérieusement “bogué” : trop d’incohérences entre les donnés observées et les données prévisionnellesA moins que la minimisation du nombre d’entrants ne cache une volonté politique de ne pas prendre en compte les “disparus” pour calculer la dotation des universités dans le budget 2012 ?… A moins que la réforme du bac pro (en 3 ans au lieu de 4), visant une progression de l’accès des bacheliers professionnels à l’enseignement supérieur, ne soit un échec ?

Etant donné la situation du marché du travail pour les jeunes, je fais l’hypothèse que les bacheliers professionnels ont été plus nombreux à entrer à l’université (seule filière de formation post-bac non sélective à l’entrée). Moins de 5% d’entre eux vont y obtenir une licence en 3 ans. Quel gâchis ! Il est temps de penser à une réelle réforme des formations post-bac. Il est temps de débattre de la création d’Instituts d’Enseignement Supérieur (chroniques sur les IES).

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