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Thomas Roulet

Rapprochement des grandes écoles de commerce avec les universités : qu’ont elles à y gagner ?

Dans un récent article accompagnant le classement annuel des masters in management, Della Bradshaw, célèbre papesse des rankings du Financial Times, prêche en faveur de business schools intégrées à des universités, et prédit la fin des grandes écoles de commerce indépendantes du reste du système universitaire.

Les business schools ont elles vraiment besoin d’être intégrées à un grand ensemble pluridisciplinaire ? La question mérite d’être posée. Le modèle américain (et canadien) est relativement simple, la business school n’est dans tous les cas qu’une composante de l’université (sauf quelques exceptions comme Princeton qui n’a tout simplement pas de business school). Columbia Business School, Harvard Business School, Yale School of Management, la Johnson School à Cornell, la Sloan School of Management au MIT sont autant d’exemples.

En France, certaines écoles sont adossées à l’université, c’est le cas de l’EM Strasbourg par exemple, qui comme le souligne son ancien directeur, Michel Kalika (qui a dégainé avant moi sur le sujet, damn it !), en a tiré de nombreux bénéfices. D’autres écoles comme HEC ou Audencia sont intégrés dans de plus grands ensembles réunissant des écoles d’ingénieur. De même, les PRES redistribuent les cartes en mariant des écoles de commerce avec des ensembles universitaires (l’ESCP a par exemple rejoint Paris 1 au sein du PRES HESAM). Bien sur, l’exemple le plus proche de ce qui existe aux Etats-Unis sont les Instituts d’Administration des Entreprises (IAE) qui sont directement intégrés à nos universités.

Concrètement, en quoi une telle intégration est-elle positive ? Della Bradshaw invoque la nécessité pour les managers de demain de comprendre les contraintes politiques et sociales, mais aussi de recevoir une formation réellement pluridisciplinaire. Les grandes écoles de commerce n’ont pas attendu les PRES pour fournir un contenu pluridisciplinaire à leurs étudiants. Audencia offre depuis 15 ans ce qu’elle appelle des « cours transversaux » sur des thèmes aussi divers que la géopolitique ou l’histoire des intellectuels, enseignés par des spécialistes issus du monde professionnel ou académique. L’école offre aussi des cursus intégrés avec les beaux arts ou l’école d’architecture. Ces opportunités et ce type de parcours se sont multipliés dans la plupart des grandes écoles de commerce.

Et du côté des Etats-Unis, comment se traduit l’intégration des business schools au sein de l’université ? Pour être totalement honnête, je suis assez surpris de voir qu’il n’existe pas tant de connexions que cela entre les départements, notamment en ce qui concerne la recherche… Il y a peu de coopération entre la business school et les département de psychologie, de sociologie ou d’économie de Columbia alors que leurs chercheurs publient bien souvent dans les mêmes revues et pourraient parfois bénéficier des mêmes infrastructures (par exemple, les laboratoires de psychologie expérimentale de la business school pourraient servir aux chercheurs du département psychologie). Par contre, au niveau des cours, les étudiants ont suffisamment de flexibilité pour choisir certains cours dans d’autres départements que le leur. La plupart du temps ce sont d’ailleurs des étudiants d’autres départements en quête de cours plus « appliqués » qui viennent suivre des cours au sein de la business school. Les cours des intervenants du monde professionnel sont plébiscités. Ce n’est cependant en rien une obligation et cela repose réellement sur l’initiative individuelle des élèves.

En somme, les rapprochements ne suffisent pas. Une véritable politique volontariste est nécessaire pour créer des synergies et des coopérations internes à ces nouveaux ensemble. En premier lieu, il faut surmonter les préjugés d’un côté comme de l’autre, préjugés qui ont souvent la dent dure en France (« les professeurs d’écoles de commerce ne font pas de recherche », « l’université ne travaille pas suffisamment sur l’insertion professionnelle et les débouchés », etc.).

Si les écoles ont peut être à gagner dans des rapprochements avec l’université, il est difficile de dire qu’elles pourraient avoir à y perdre, sauf peut être en termes d’autonomie… Comme potentiel frein à cette intégration écoles-universités, le Financial Times suggère la crainte par les business schools d’être utilisées comme vaches à lait servant à financer les départements déficitaires. Cette crainte est-elle légitime ? Et même si elle l’était, serait ce vraiment un problème ?

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