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Pierre Dubois

Apprentis en DUT, en Licence Pro

Suite des chroniques sur l’alternance (contrat d’apprentissage ou de professionnalisation) et sur l’IUT de Saint-Nazaire. Ronald Guillen, directeur de l’IUT. “Deux autres points forts de l’IUT : la formation continue et l’apprentissage. Nous avons le plus grand nombre de diplômes de l’université de Nantes, ouverts à la formation continue. Quant à l’apprentissage, il a toujous été développé en Pays de Loire. Mais il ne s’agissait pas d’un apprentissage au niveau des formations universitaires”.

“Pour pallier cette lacune, le CFA interuniversitaire des Pays de Loire a été créé” [dommage que le site du CFA ne comporte pas de rubrique : « l’alternance en chiffres »]… “L’IUT a 120 -130 étudiants en alternance (sur 1.500 étudiants). Nous aimerions que les étudiants de nos onze licences professionnelles (LP) soient tous en contrat de professionnalisation ; trois LP seulement sont concernées aujourd’hui. Nous comptons progresser”. La situation de l’IUT de Saint-Nazaire en matière d’alternance est-elle représentative de celle de tous les IUT ? De quelles données statistiques dispose-t-on ? Repères et Références Statistiques 2011 et DARES, “L’apprentissage en 2009“.

Le nombre d’apprentis progresse dans l’enseignement supérieur alors qu’il baisse dans les autres niveaux de formation (indicateur 5.1. et 5.2 des RERS). Il en résulte une évolution contrastée des taux de scolarisation par âge en apprentissage : ce taux diminue en deçà de 18 ans et progresse au-delà, même si le taux le plus fort est atteint à 17 ans : 9,2% des élèves de 17 ans sont scolarisés sous le mode de l’apprentissage (tableau 4 de l’indicateur 5.1).

En 1995-1996, 20.000 apprentis préparaient un BTS ou un autre diplôme de l’enseignement supérieur (6,8% de l’ensemble des apprentis). Le cap des 50.000 apprentis du Sup est franchi en 2000-2001 (14%). Celui des 100.000 l’a été en 2009-2010 : 48.093 apprentis en BTS, 54.982 dans les autres diplômes de l’enseignement supérieur, soit, pour ces deux niveaux, 24,3% de l’ensemble des apprentis

La nomenclature statistique des niveaux de formation – elle date du début des années 70 – doit absolument évoluer. A la DEPP d’agir ! Le niveau III (DUT et BTS) doit inclure la licence professionnelle (actuellement classée en niveau II). Le niveau II doit seulement être celui des masters, et le niveau I, celui des doctorats. L’organisation des études sous le modèle LMD est vieille de presque 10 ans ! Inertie incompréhensible de la statistique publique.

Au niveau III (BTS et DUT, non comptées les licences professionnelles), il y a près de 60.000 apprentis. C’est l’Ile-de-France qui arrive en tête (14.533 apprentis), suivie de la région Rhône-Alpes (6.524), des Pays de Loire (3.983) (les dires de Ronald Guillen sont confirmés). Les apprentis sont plus nombreux dans le domaine des services (36.000) que dans le domaine de la production (23.100) (indicateur 5.5). Les spécialités les plus représentées sont les échanges et la gestion (24.000 apprentis), la mécanique, l’électricité et l’électronique (6.500), les services aux personnes. 

L’indicateur 5.6, composé selon la nomenclature obsolète des niveaux de formation, donne pourtant les chiffres qui nous intéressent dans cette chronique : apprentis en BTS, en DUT, en licence (essentiellement sans doute en licence professionnelle). 103.075 apprentis dans le SUP en 2009-2010 dont 59.532 au niveau III (bac+2), 17.387 au niveau II (bac+3 et +4), 26.156 au niveau I (bac+5 et davantage).

En 2009-2010, la formation qui attire le plus d’apprentis est le BTS/BTSA (48.093), loin devant la licence (10.663) et le DUT (5.390). Les évolutions observées depuis 1995-1996 sont très contrastées pour ces 3 diplômes. Pour un indice 100 en 1995-1996 : le BTS atteint l’indice 384 en 2009-2010 et le DUT seulement 261 (la licence professionnelle n’existe pas alors). Pour un indice 100 en 2000-2001, la licence (vraisemblablement la licence professionnelle créée en 1999) atteint l’indice 1.541, le BTS est à l’indice 173 et le DUT seulement à l’indice 126. Pour un indice 100 en 2005-2006, c’est encore la licence qui progresse le plus (indice 198), puis le BTS (indice 131) et enfin le DUT (indice 114).

Le BTS en apprentissage creuse donc, tout au long de la période, un écart important avec le DUT. La licence fait une fort belle percée. En 2009-2010, pour un étudiant en DUT par apprentissage, il y a 1,98 étudiant en licence par apprentissage et 8,93 étudiants en BTS par apprentissage. Pourquoi cet énorme écart ?

Première hypothèse : les IUT ont mis le paquet pour développer les licences professionnelles par apprentissage (les STS sont écartées de l’habilitation des licences pros) et ont délaissé quelque peu les DUT. Seconde hypothèse : la carte des formation des BTS est largement maîtrisée par les régions qui ont compétence en matière d’apprentissage alors que la carte des IUT est une carte nationale ; les régions pourraient avoir privilégié les BTS en apprentissage plutôt que les DUT. Troisième hypothèse : les BTS sont beaucoup plus disséminés sur le territoire que les DUT et peuvent mieux créer des relations partenariales avec les entreprises de proximité. Quatrième hypothèse : l’apprentissage ne peut se développer que s’il y a des enseignants fortement impliqués dans la recherche de contrats et le suivi des apprentis ; or, les enseignants-chercheurs en IUT doivent consacrer 50% de leur temps à la recherche.  

Les IUT ont-ils une politique de développement de l’apprentissage ? Je ne peux pas dire que le site de l’Association des directeurs (ADIUT) valorise l’alternance. Pas de rubrique consacrée à l’apprentissage. Signalement seulement d’un colloque tenu en mai 2011 à Rennes sur “Formation continue et alternance : les IUT acteurs majeurs à l’échelle régionale”. C’est bien peu !

Conclusion. L’alternance dans les formations universitaires se développe, mais ne se développe pas assez vite dans les formations de premier cycle (DUT et licence professionnelle). Au cours des 15 dernières années, elle s’est bien plus vite développée dans les STS, en dehors de l’université.

C’est pour moi un argument en faveur de la création d’Instituts d’enseignement supérieur (IES). Il faut fusionner les BTS et les IUT, créer une voie professionnelle post-bac en 3 ans, resserrer la carte des spécialités (au moins en première année) pour faciliter l’orientation des bacheliers. Ronald Guillen est partisan de cette fusion et d’un diplôme en 3 ans mais il n’est pas favorable à la proposition suivante. Il faut intégrer cette filière professionnelle dans des établissements d’enseignement supérieur de proximité (il y aurait autant d’IES que de villes qui ont actuellement une STS). Je suis persuadé que l’alternance se développerait rapidement dans les IES. A débattre.

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