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Thomas Roulet

Tandis qu’Occupy Wall Street suscite l’incompréhension, les banques d’affaires continuent de recruter sur le campus de Columbia.

Depuis la mi-septembre, le quartier financier de New York est agité par les protestations d’un groupe grandissant d’activistes connu sous le nom de « Occupy Wall Street ». Grandissant… mais sans commune mesure avec les indignés espagnols dont le mouvement s’inspire. Le mouvement a atteint son pic cette semaine avec 2 000 personnes, bien peu en comparaison des dizaines de milliers de personnes de la Puerta del Sol. Ce n’est pourtant pas négligeable dans un pays ou les manifestations sont plutôt rares.

Une partie de mes recherches portant sur la stigmatisation organisationnelle, je me suis intéressé de plus près aux réactions que suscitait un tel mouvement.

Les tentes plantées sur Liberty Plaza, siège de la contestation

Les tentes plantées sur Liberty Plaza, siège de la contestation


Ce qui est le plus surprenant dans ce mouvement, c’est en effet la réaction qu’il suscite chez une majorité d’américains, peu habitués à ce type de contestation. L’incompréhension, et parfois, le mépris. Depuis les débuts d’Occupy Wall Street, les média (New York Times, CNN) eux même raillent le message dispensé par le mouvement.

En cause : l’incohérence du discours et des revendications. Si ce sont les banques qui sont principalement visées, Occupy Wall Street manifeste pèle mêle contre les inégalités, l’influence du milieu des affaires (« big business ») sur le gouvernement, ou encore la pauvreté et la précarité des jeunes générations. Ce n’est pas sans rappeler les demandes des mouvements similaires ayant émergé en Europe ces derniers mois, mais ici, l’absence de revendications concrètes et réalistes nuit à la crédibilité du mouvement que la plupart des New Yorkais considèrent comme un regroupement d’illuminés. Certains vont plus loin : les manifestants sont parfois carrément catalogués comme des fainéants (parce qu’ils sont sans emploi) qui rendent les entreprises responsables de leur échec personnel. Et oui, au pays du Self Made Man, beaucoup considèrent que tout est affaire de volonté !

la rue est barrée par la police depuis septembre

Wall Street : la rue est barrée par la police depuis septembre

Voir le clip d’Occupy Wall Street

Il est probablement encore trop tôt pour mesurer les conséquences que cela pourrait avoir sur l’attractivité des banques sur les diplômés des universités et business schools américaines, même si d’après la réaction suscitée par le mouvement, on peut d’ores et déjà considérer que ces conséquences sont plus que négligeables. A Columbia Business School, les sessions d’information concernant les banques d’investissement ne désemplissent pas.

Les banques d’investissement sont un débouché de choix pour les jeunes diplômés d’un MBA aussi prestigieux que celui de Columbia, ces derniers rentrant directement au niveau associate. Deux raisons expliquent cet état de fait : la banque d’investissement est un secteur auréolé d’un très grand prestige que ni la crise ni les nombreuses critiques extérieures n’ont entamé, et les salaires sont extrêmement attractifs… en particulier pour des étudiants qui ont payé leur programme plus de 55 000 dollars.

Même si elles ont réduit la voilure, les banques continuent de recruter. Mais la compétition est rude pour obtenir les fameux « summer internships » qui débouchent la plupart du temps sur des embauches. La course est de longue haleine. A l’automne, les étudiants MBA multiplient les évènements de « networking » où ils se font connaître, puis ont à subir une batterie de tests quantitatifs, entretiens et assesment center.

Au final, l’attractivité du secteur des banques d’investissements n’a pas souffert d’avoir été pointé du doigt, et il reste considéré comme le Saint-Graal pour de nombreux étudiants en MBA. Il faudra beaucoup plus de temps pour que les critiques qui émergent concernant ce secteur affectent réellement son attractivité, et ce n’est pas demain la veille que les diplômés hésiteront autant à rejoindre une banque qu’une multinationale du tabac ou de la vente d’armes. En attendant ils peuvent rejoindre Occupy Occupy Wall Street, un mouvement anti protestataire qui ne se prend pas vraiment au sérieux…

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