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Pierre Dubois

Rapport 2011 du Comité “Licence”

Publication du Rapport 2010-2011 du Comité de suivi de la licence et de la licence professionnelle (Gilles Raby, rapporteur). Visites du Comité dans 4 universités (Paris 6 et les 3 universités de Toulouse) et enquête par questionnaire auprès de tous les établissements. 69 sur 83 ont répondu ; la liste des non-répondants n’est pas annexée au rapport. Dommage ! Celui-ci n’est d’ailleurs pas daté. Pourquoi ? Parce que Laurent Wauquiez n’en a que faire des rapports des comités de suivi ? S’il voulait les prendre en compte, il ne se serait pas précipité pour pondre début août 2011 une réforme de la licence (108 chroniques du blog sur la licence).

Gilles Raby, dans l’introduction qu’il signe, est prudent et subtil quand il écrit : “Tout en garantissant la qualité de la formation académique et la poursuite d’études en master, la licence doit devenir un niveau possible d’insertion professionnelle“. Il ne reprend donc pas le texte exact de l’article 2 de l’arrêté d’août 2011 (”la licence prépare à la fois à l’insertion professionnelle et à la poursuite d’études de son titulaire”). il est beaucoup moins péremptoire !

Même prudence du rapporteur pour la recherche. “La licence doit être irriguée par la recherche et, au cours de sa formation, tout licencié doit avoir eu une connaissance de la recherche et des métiers associés”. L’article 2 de l’arrêté emploie le mot “initie” et non “irriguer”. La nuance n’est pas mince. Initier veut dire que l’étudiant de licence est formé à et par la recherche. Irriguer veut dire qu’il faut lui transmettre les derniers résultats de la recherche. Des agrégés le font très bien. Il n’y a pas besoin d’enseignants-chercheurs pour cela. Partisan d’un corps de professionnels “Agrégés” dans les Instituts d’enseignement supérieur, j’admets évidemment que le cycle Licence doive être irrigué par la recherche !

Le rapport du Comité de suivi traite de cinq questions, largement liées au Plan Réussir en Licence. Il porte sur la licence générale et non, comme son titre peut le laisser penser, sur la licence professionnelle. Quelle articulation dans les universités entre les deux ? La question n’a pas été posée. Dommage ! Il en résulte un problème : je suis en effet impressionné par l’implication des universités dans la licence. En répondant au questionnaire, ont-elles pris en compte ce qu’elle faisaient pour les étudiants des licences pros. Si oui, cela a pu gonfler artificiellement les réponses positives. Dommage également que le rapport ne comporte pas une annexe : “La licence en chiffres“.

1. Accueil des nouveaux étudiants. Tous les établissements organisent une pré-rentrée (durée moyenne : 4 jours et demi). Repérage des étudiants “fragiles” en début de 1ère année par référence au baccalauréat d’origine (26 établissements), à l’avis donné lors de l’orientation active (11 établissements), aux tests de positionnement et évaluations faites en TD (45 établissements), aux entretiens avec les enseignants référents (16 établissements). Il en résulte des enseignements de mise à niveau, en langue française en particulier (78% des établissements).

2. Renforcement de l’encadrement pédagogique. Mise en place de référents enseignants en 1ère année dans 93% des établissements (1 à 3 rencontres avec les étudiants “fragiles” dans deux tiers des cas). Tutorat pédagogique en 1ère année dans 96% des établissements (obligatoire dans 20% des cas). Mise en place de cours/TD intégrés dans 20% des établissements seulement. “Un tiers des universités a procédé à une diminution de la taille des groupes de travaux dirigés”. “78% ont déclaré avoir augmenté le volume horaire global d’enseignement de la licence” ; mais les écarts entre universités et entre disciplines demeurent très importants : 75% des 32 universités d’Arts, Lettres et Langues, de Sciences humaines et sociales ont déclaré un volume inférieur à 1.500 heures. Diversification des méthodes pédagogiques : cours en ligne dans 75% des établissements, examens blancs dans 32%, colles dans 42%, pédagogie par projet dans 28%. Valorisation de l’investissement pédagogique des enseignants par une prime dans 2/3 des cas. Enseignements de soutien dans 95% des cas (entre 30 et 60 heures par semaine)

3. Prise en compte de la diversité des étudiants. Contrat pédagogique spécifique dans 43% des cas. Parcours renforcés pour les étudiants motivés, mais “les réponses aux questionnires ne permettent pas d’évaluer le nombre d’étudiants concernés”. Portails d’entrée et majeure / mineure en 1ère année : taux très différents d’un ensemble disciplinaire à l’autre. Réorientations confortées par des dispositifs nouveaux dans 64% des universités. 

4. Compétences additionnelles et professionnalisation des enseignements. Enseignements d’informatique et de langues dans plus de 80% des universités, C2i dans dans 97%. “Moins de moins de la moitié des universités ont mis systématiquement en place une unité de préparation à la vie professionnelle dans les parcours conduisant au diplôme de licence”. Il s’agit d’une faute grave des universités qui se passent d’unn tel module de formation : c’est en deuxième année de licence que les étudiants doivent être prêts à opter pour une licence professionnelle ou pour une licence générale. Un tiers des universités ont mis en place des périodes de stages.

5. Démarche qualité et évaluation des enseignements. La démarche qualité est engagée dans 88% des universités. Peu de conseils de perfectionnement (celui-ci existe pour chacune des formations de licence dans 5 universités seulement). Dispositifs de suivi des étudiants (données sur les caractéristiques des nouveaux entrants, suivis de cohorte, enquêtes sur le devenir des diplômés) dans plus de 50 universités sur 64. il s’agit de leur réponse au questionnaire : je suis prêt à parier que moins de 10 universités sont capables de mettre en ligne les résultats de ces 3 dispositifs de suivi ! 13 universités ont généralisé le “contrôle continu des connaissances”. Quant à ces fameuses MCC, réformées par l’arrêté Licence d’août 2011, le Comité constate qu’elles étaient fort variées d’une université à l’autre ! L’évaluation faite par le Comité de suivi observe la présence de dispositifs ; l’enquête par questionnaire est, tout à fait normalement, incapable d’en éprouver la performance.

6. Evolutions attendues de la réglementation. 43 universités seulement ont répondu à cette question. Leurs réponses n’ont aujourd’hui qu’un intérêt anecdotique puisque Laurent Wauquiez, le 1er partout, s’est empressé d’abroger l’arrêté d’avril 2002 et de publier, dès début août 2011, un nouvel arrêté. Le lecteur du blog ne sera pas surpris : aucune université ne propose de révolutionner le cycle Licence et de créer des Instituts d’enseignement supérieur (IES). Chronique à suivre : “Laurent Wauquiez et les recommandations des comités de suivi“.

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