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Pierre Dubois

IDEX. 10 Mns € pour 1,25 Md € !

Il faut relire le compte-rendu de l’entretien du 26 juillet 2011 avec Jean-René Perrin, délégué général de l’IDEX de Strasbourg, une des 3 IDEX labellisées par le jury international : “Mesurer l’impact des IDEX“. “Il devrait y avoir une négociation, en août ou en septembre, avec le Commissariat général à l’investissement (CGI) et l’ANR. Objet de la négociation : valider le financement demandé dans le projet et accepté par le jury international (capital d’1,246 milliard d’euros, incluant 300 millions pour les LABEX et produisant 40 millions d’intérêts par an) ; pour chacun des “instruments” des 5 axes stratégiques, valider le montage financier (contribution de l’Etat, des collectivités, des projets européens, des partenaires privés).

Selon le délégué général de l’IDEX de Strasbourg, “le ministère pourrait faire une “avance” de financement (6 millions ?) sur les intérêts produits par le capital en 2011. Il espère que la convention de financement de l’IDEX sera signée avant les élections présidentielle et législatives de 2012 : “l’argent des investissements d’avenir est arrivé chez l’opérateur, l’ANR ; il faut qu’il y soit sanctuarisé” !

Heureuse surprise pour l’IDEX de Strasbourg et les deux autres IDEX (Bordeaux et Paris PSL) ? Laurent Wauquiez-Motte, le 1er partout, a en effet déclaré, lors de son audition par la MEC le 5 octobre dernier (chronique : “Les sous, c’est pour quand ?“) : “un système d’avance a été mis en place, notamment pour les Idex avec de premiers versements à hauteur de 10 millions d’euros par Idex qui seront versés sous 1 mois“. 10 millions d’euros, n’est-ce pas mieux que 6 millions d’euros, hypothèse faite par Jean-René Perrin ? Certes. Mais 10 millions €, c’est moins que 40 millions d’intérêts du capital pour la 1ère année de l’IDEX.

Sur le site du Commissariat général à l’investissement, on trouve effectivement une confirmation de l’affirmation du ministre. Communiqué du 3 octobre 2011 du CGI : “une avance sera versée sous un mois aux trois initiatives d’excellence sélectionnées”. “L’avance permettra aux trois Idex de lancer sans tarder leurs premières actions, dans les meilleures conditions : chaires d’excellence, structurations innovantes des formations, rapprochements entre institutions, et de ne pas perdre de temps pour affermir leur positionnement dans la concurrence internationale. Parallèlement, le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et le Commissariat général l’investissement engagent avec les porteurs de projet le dialogue pour conclure une convention et définir la dotation en capital attribuée à chaque Initiative d’excellence“. Ce pourrait être moins que ce qu’a validé le jury international ? 

Le 3 octobre 2011, la convention définissant la dotation en capital pour chacune des IDEX n’est donc pas encore signée. Pourquoi ? Il est d’ailleurs surprenant que l’ANR ne soit pas mentionnée dans le communiqué du CGI, alors qu’elle est un des trois piliers, avec le CGI et le MESR, pour le conventionnement. Un oubli ou un indice de tension entre le CGI et l’ANR ?

Pourquoi le CGI se permet-il de fixer les premières dépenses pour les IDEX ? Le collectif des enseignants-chercheurs et des chercheurs des IDEX, labellisé par un jury international, n’est-il pas plus “excellent” que l’équipe du CGI, forte d’un commissaire général, d’un commissaire général adjoint, de personnes nommées, aux titres les plus ronflants les uns que les autres ? Le CGI n’est-il pas un bel exemple d’une armée de généraux, démunie de toute force armée de terrain ? Mais pourquoi donc ne laisse-t-on pas la gouvernance des IDEX décider elle-même de l’utilisation des 10 premiers millions d’€ ?

Laurent Wauquiez, lui aussi, ne peut pas se défaire d’un comportement jacobin, antinomique avec l’autonomie des universités. Il met son grain de sel dans la répartition des crédits alloués. Lors de l’audition par la MEC, il ne peut en effet s’empêcher de dire : “il faudra y être attentif car le but des investissements d’avenir est de produire un effet de levier, et non un jeu de chaises musicales. D’où l’utilité du suivi assuré par l’ANR et l’AERES. Cela pose d’ailleurs la question des préciputs. En effet, dans le cadre de l’accompagnement des Labex et des Equipex, on peut se demander si la partie du laboratoire qui bénéficie de l’investissement d’avenir ne doit pas contribuer au fonctionnement global de la structure de recherche”. Quiz : “au fait, c’est quoi un préciput ?”

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