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Pierre Dubois

Des IDEFI sans défis

IDEFI, “Initiatives d’excellence en formations innovantes : investir pour l’avenir des étudiants”. Appel à projets de l’ANR : candidatures des établissements d’enseignement supérieur reçues jusqu’au 19 décembre 2011 ; ce délai est dément. Objectif des IDEFI : “soutenir un nombre limité (20) d’initiatives ambitieuses, à la hauteur des meilleurs standards internationaux. Les projets devront préfigurer les formations universitaires du futur et promouvoir de nouvelles démarches de formation. Les innovations attendues se situent sur le plan de l’attractivité, y compris internationale, des étudiants, de leur employabilité, de la pluridisciplinarité, de l’ingénierie de formation, du lien avec la recherche, des partenariats conduits pour parvenir aux résultats attendus, y compris en termes d’égalité des chances et de variété des publics formés“.

Financement : 150 millions d’euros, soit 7,5 millions en moyenne par projet. Dans un communiqué du 27 octobre 2011, le SNESUP rappelle, de manière fort caustique, qu’il s’agit, comme c’est le cas pour tous les investissements d’avenir, d’un financement en capital portant intérêts annuels. Au mieux, chaque projet, sélectionné par le jury international, percevra une subvention consomptible de 750K€ et 300 K€ d’intérêts annuels jusqu’en 2020. Bref, des pécadilles, révélant une ridicule absence d’ambition ! IDEFI pour combien d’étudiants : 6.000 estime le SNESUP. De la poudre aux yeux ! Il est pourtant urgent de combattre l’agonie de la licence universitaire, poignardée dans le dos par la réforme Wauquiez du 1 août 2011. Les IDEFI sont sans défis.

Il me paraît urgent de révolutionner le 1er cycle du supérieur, de simplifier ses formations pléthoriques et illisibles, et, de plus, éclatées en de multiples institutions. Il faut créer des Instituts d’enseignement supérieur (IES) (chronique : “Hollande doit révolutionner le SUP“). Les IES impliquent de sortir les CPGE et les STS des lycées, les IUT et la licence des universités. Les IES, établissements publics à créer, qui disposent de la même autonomie que les universités de recherche (second et troisième cycles), sont investis clairement d’une mission d’enseignement supérieur : former 50% des jeunes des nouvelles générations pour qu’ils obtiennent une licence, une licence générale orientée vers la poursuite d’études (40% des effectifs des IES), ou une licence professionnelle (60% des effectifs) permettant une insertion réussie dans un premier emploi. 

50%, c’est 7 points de plus qu’actuellement. Tous les enfants des classes supérieures et la plupart de ceux des classes moyennes poursuivent aujourd’hui des études. 7 points de plus d’accès à l’enseignement supérieur, c’est une voie plus large ouverte aux enfants des classes populaires (ouvriers et employés), qui ont réussi un baccalauréat professionnel. Les IES, des établissements nouveaux pour la démocratisation de l’accès et de la réussite dans le Supérieur. 7 points de plus, c’est la possibilité pour les bacheliers qui le souhaitent de poursuivre des études supérieures, même, si bien évidemment, les IES sont autorisés à pratiquer une “orientation sélective” pour permettre au maximum d’étudiants de réussir leur parcours de premier cycle.

Cinq filières de formation, générales ou professionnelles, en 1ère année d’IES. 1. Arts, lettres, langues, sciences humaines et sociales, 2. Economie, gestion et commerce, 3. Sciences et technologies, 4. Droit, 5. Santé. Les IES intègrent les prépas intégrées des filières 1, 2, et 3 : leur développement dans les années récentes constituent un autre coup de poignard dans le dos de la licence universitaire. Les IES intègrent également le 1er cycle des écoles supérieures d’art et culture, des écoles paramédicales et sociales.

Les deux filières de licence des IES font l’objet d’un financement de 14.000 euros par étudiant, i.e. le niveau actuel de dépense globale pour les élèves de CPGE, de STS, de DUT, i.e. également 4.000 euros de plus que pour les étudiants de la licence actuelle. Dépense supplémentaire rendant possible la création des IES : environ 3 milliards d’euros. Impossible dans le contexte actuel d’endettement public ? Faux !

Je démontrerai prochainement que la révolution des IES peut être faire à coûts constants pour la dépense publique. 3 milliards d’euros peuvent être “économisés” ou faire l’objet de “nouvelles ressources”. Economies : offre de formation resserrée (fusion des BTS et des DUT par exemple), moins de dépenses d’orientation, service d’enseignement assuré par des enseignants non-chercheurs (des agrégés) et égal à 384 heures par an (12 heures par semaine sur 32 semaines), progression du taux de succès par un meilleur encadrement de tous les étudiants (moins de redoublements, décrochages, de réorientations avec perte d’une année d’études, passerelles entre filières longues et professionnelles au sein d’un même IES). Ressources nouvelles : instauration de droits raisonnables d’inscription, i.e. droits plus élevés que les droits actuels (ils sont de “0″ euro en CPGE et en STS) et fonction du niveau de revenus des parents (en IES, les jeunes étudiants ont entre 18 et 21 ans).

Répartition de la dépense publique entre Etat et Régions en vue d’une décentralisation accrue. Les IES (et en particulier leurs filières longues) sont en effet davantage répartis sur l’ensemble du territoire de la Région : il pourrait y en avoir 30 dans les 15 villes d’Alsace qui ont déjà des “morceaux” d’enseignement supérieur (chronique à suivre : “10 IES expérimentaux en Alsace à la rentrée 2013″). Il serait ainsi logique que l’Etat transfère la compétence IES, i.e. d’enseignement supérieur de 1er cycle, aux Régions, tout en assurant la rémunération des enseignants, qui doivent demeurer des fonctionnaires d’Etat.

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