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Pierre Dubois

Formations innovantes à Strasbourg

Lauréate d’une des trois IDEX, l’université de Strasbourg ne pourra répondre à l’appel à projets IDEFI (Initiatives d’excellence en formations innovantes). Pourquoi ? Pour une raison simple : “les financements IDEX et IDEFI ne seront pas cumulables“. De toutes manières, il aurait été trop tard pour formuler une candidature IDEFI : l’université a déposé en octobre 2011, pour évaluation par l’AERES, son projet d’offre de formation pour le contrat 2013-2017.

De plus, l’IDEX strasbourgeoise intègre déjà des projets de formations innovantes. Enfin, les budgets que Strasbourg compte y consacrer sont bien plus élevés que ceux qui seront attribués par les IDEFI (chronique : “Des IDEFI sans défis” et infra). Cela démontre que les IDEFI ne sont que de la “poudre aux yeux”. Strasbourg utilisera-t-elle une partie de ses premiers 10 millions d’euros pour les formations innovantes (chronique : “10 millions d’euros seulement par IDEX“) ?

L’IDEX de Strasbourg affiche 5 grandes priorités stratégiques. L’une d’elles est intitulée “Faire bouger les frontières en formation“. Elle se décline en 3 dispositifs pour renforcer l’attractivité de l’université : cursus d’excellence, écoles d’excellence, institut de l’innovation pédagogique.

Les cursus et écoles d’excellence constituent, IDEX oblige, une stratégie fort différente de celle de la création d’Instituts d’enseignement supérieur en Alsace (chronique à suivre). L’excellence vise une minorité d’étudiants et de cursus. Les IES visent la démocratisation de l’enseignement supérieur (atteindre 50% de diplômés du supérieur dans les nouvelles générations, grâce à l’accès et à la réussite dans le supérieur d’un plus grand nombre de bacheliers professionnels). Autre opposition entre IDEFI et IES : les premières sont essentiellement centrées sur les masters et les seconds seulement sur la licence. Les objectifs quantitatifs, fournis dans le projet d’IDEX, paraissent toutefois peu ambitieux : 2 écoles d’excellence dans les 3 ans (5 dans les 10 ans), 2% d’étudiants de licence dans ces écoles dans les 3 ans (10% dans les 10 ans).

La stratégie de l’IDEX pose donc la question cruciale de la licence : celle-ci va devenir un “boulet” pour les universités de recherche. Il serait donc judicieux de mener de front IDEX et IES : “investir pour l’avenir des étudiants”, de tous les étudiants et non seulement des plus brillants d’entre eux ! Mener ces deux projets stratégiques de front suppose en Alsace que les deux universités (Strasbourg et Haute-Alsace) fusionnent dans les meilleurs délais. Hélas, le projet de “rapprochement” semble à l’arrêt.

Les cursus d’excellence. Le projet de Strasbourg intègre des initiatives “élitistes” apparues au cours des dernières années dans certaines universités : création de licences et de masters pluridisciplinaires (10% des licences organisées selon le système majeure / mineure) ; parcours accélérés ou renforcés pour les étudiants les plus brillants ; renforcement de l’articulation entre contenus de cours et activités de recherche ; prise en compte des besoins des étudiants et du marché du travail ; développement de la dimension internationale des cursus par un plus grand nombre de cours dispensés en langue étrangère ; mutualisation des cours de plusieurs masters pour plus de pluridisciplinarité innovante ; articulation étroite des méthodes pédagogiques innovantes et des outils numériques ; mobilisation des “Anciens” pour une meilleure orientation et insertion des étudiants. Des dispositifs ne figurent pas dans l’IDEX : tutorat pédagogique en 1ère année de licence, certifications en langue étrangère (CLES), en informatique et bureautique (C2i). 

Les écoles d’excellence (écoles professionnelles – licence et master -, écoles post-licence – master et doctorat). Elles supposent de procéder à la réingénierie de 5 formations existantes par an, pour un coût annuel d’5,175 Mns €. Dans ces écoles, le cursus est dispensé, pour moitié, à l’étranger, priorité étant accordée aux partenariats avec les universités de Karlsruhe et de Fribourg en Brisgau ; il s’agit de délivrer des doubles diplômes. Processus très sélectif pour la création de ces écoles : 3 à 5 écoles créées d’ici 2015.

Institut de l’innovation pédagogique. Coût annuel prévu : 1,320 Mn €. Indicateurs de performance : nombre de nouveaux outils numériques, nombre d’utilisateurs. Trois orientations pour l’organisation de cet Institut : support pour les enseignants qui veulent développer leurs compétences pédagogiques, en particulier par l’usage des multimédias, partage des expériences et des ressources, recherches sur les questions liées à l’enseignement et à l’apprentissage (une attention sera portée aux expériences étrangères). La création de l’Institut devrait se faire selon un processus ascendant (bottom-up), s’appuyant sur l’expérience de la Direction des usages du numérique (DUN). A terme, il pourrait s’insérer dans le Learning Center de l’Opération Campus. Chronique à suivre sur l’histoire des Centres de ressources en langues à Strasbourg.

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