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Henri Audier

Le Crédit d’impôt sur le nombre de chiens. Conte immoral.

Après une nouvelle mais brève guerre avec la Bordurie, la Sydlavie connut une pénurie de chiens. Comme cela est bien connu, le chien est un met apprécié dans cette contrée ; c’est même une tradition millénaire. Mais durant les trois semaines de siège de leur capitale par les Bordures, les Sydlaves n’avaient tenu qu’en mangeant les chiens, pratiquement jusqu’au dernier.

Le remuant président sydlave Markozy, homme de stature internationale que l’on voit beaucoup dans les réunions du G-faim, eût alors une idée géniale, qui lui avait été en fait proposée par l’agence Liberal Management International : créer un Crédit d’impôt (c’est-à-dire un dégrèvement d’impôt) basé sur le nombre de chiens possédés ou vendus par chacun, de façon à relancer la reproduction canine.

Cela eut un effet du tonnerre : le nombre de citoyens et de grosses entreprises pourvoyeuses de chiens augmenta rapidement, ce que le Président Markozy ne manqua pas d’utiliser dans sa propagande électorale. Le succès fut tel que les impôts ne rentraient plus dans les caisses de l’Etat, les plus riches citoyens ayant déclaré avoir produit un si grand nombre de chiens qu’ils ne payaient plus en impôt que 1,23 % de leur revenu.

Hélas, au bout d’un an, il n’y avait pas plus de chiens à manger et d’ailleurs on n’en voyait très peu dans les rues, ce que confirma l’Institut National Sydlave d’Etudes Economiques (INSEE). Si le nombre de chiens restait très faible, le nombre de niches, par contre, avait fortement augmenté : les producteurs de chiens avaient considéré le dégrèvement d’impôt comme une superbe aubaine, sans pour autant accroître leur production.

Markozy ne se démonta pas. Comme en pareil cas, il fit une nouvelle loi et créa la CCC (Cour du compte des chiens). On s’aperçut alors que tout était truandé. Des officines, bien rémunérées, avaient monté de fausses déclarations au fisc. Sans même se cacher puisque leur publicité était : « vous n’avez pas de chien, mais nous vous aiderons à toucher le crédit d’impôt ». Et on découvrit des usines produisant des peluches canines animées, des régimes sur-protéinés pour faire ressembler les souris aux chiens Ratweiler, des élevages de poissons-chiens, des masques de chien adaptés à la taille des chats, mais aussi à celle des moutons. En cas (très) éventuel d’un contrôle, on pouvait même louer un kaléidoscope, similaire à celui de la Dame de Shanghai d’Orson Welles, système qui, d’un seul chien, donnait des dizaines d’images.

Tout ceci n’est qu’un conte immoral. Toute ressemblance avec un Crédit d’impôt existant ou ayant existé, dans un pays existant ou ayant existé, ne serait que pure coïncidence.

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