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Thomas Roulet

Les business schools : une chance pour la recherche en sciences sociales ?

Pour faire suite à l’un de mes premiers billets, Ah bon ? On fait de la recherche dans les “business schools” ? , je reviens sur la question de la recherche effectuée dans les écoles de commerce, et en particulier sur la pertinence d’un tel modèle. En quoi les business schools peuvent elles constituer un terreau fertile pour la recherche en sciences sociales ? Qu’est ce qui fait leur particularité ?

Ces dernières années, les recherches effectuées dans les business schools ont eu tendance à mettre l’accent sur la transdisciplinarité : de plus en plus de psychologues et de sociologues y sont recrutés, sans compter les économistes qui y étaient déjà très présents.

Première conséquence : la production de la recherche dans les business schools contribue désormais très notablement à ces champs, au point qu’aux Etats-Unis, certains des psychologues, sociologues ou économistes les plus éminents dans leur champ sont affiliés à des business schools. Les doctorants formés dans les business schools ont eux même un profil de plus en plus disciplinaire, et il est de plus en plus valorisé pour eux de publier non seulement dans des revues de management mais aussi dans des revues de premier plan en sociologie, économie ou psychologie.

Seconde conséquence : les chercheurs de différentes disciplines se mélangent, échangent sur leurs projets, et s’entraident. La diversité des expertises est porteuse de créativité !

Plus généralement, grâce à cette diversité, le regard qui est porté par les écoles de commerce sur le monde de l’entreprise s’en trouve réellement enrichi, à un moment où ces institutions sont accusées d’avoir manqué de clairvoyance quant à la crise que nous traversons.

Troisième conséquence : l’expérience éducative y gagne en profondeur. Avoir à la fois des cours de sociologie des organisations, de psychologie sociale, de micro-économie et de finance, conçus pour être pertinents pour le monde de l’entreprise, est un véritable luxe !

Vous me direz que si l’on en revient à la recherche, certains désavantages peuvent être évoqués : en faisant travailler ces chercheurs au sein de business schools plutôt que dans des départements disciplinaires, on tend à restreindre leurs champs d’investigation aux organisations et aux entreprises. A Columbia, je constate que, dans les faits, cela s’avère souvent loin de la réalité : du moment que leurs travaux sont reconnus par la communauté scientifique, la plupart des chercheurs ont les mains libres pour explorer les sujets qui leur tiennent à coeur. Certains projets de recherche des professeurs de la business school de Columbia se trouvent éloignés du monde de l’entreprise, et portent par exemple sur le rôle des institutions internationales dans la diffusion de la démocratie, ou sur les facteurs nationaux expliquant les inégalités de patrimoine. Et bien que ces travaux ne paraissent pas directement contribuer à la compréhension de l’entreprise, les business schools ont bien compris que c’était pour elles un moyen d’élargir leur audience et leur impact, pour prouver leur pertinence sociétale, bien souvent contestée.

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