Deuxième chronique sur les fusions en Alsace (chronique précédente : “La création du Conseil d’Alsace” ; chronique à venir : “Témoignage d’un professeur mulhousain”). “Avoir une longueur d’avance“, un défi permanent pour l’Alsace“.

Fusion des universités de Strasbourg (UdS) et de Haute-Alsace (UHA) ? La fusion annoncée des Conseils généraux et régional en un Conseil d’Alsace a été précédée par celle des 3 universités strasbourgeoises le 1er janvier 2009. Elle pourrait, à son tour, faciliter la fusion des deux universités alsaciennes ; le Conseil d’Alsace préférera négocier et coopérer avec une université unique, ne serait-ce que pour réduire les coûts de coordination.

Université de Strasbourg, une fusion nécessaire pour plus de lisibilité et de visibilité internationale et nationale, une fusion pour davantage d’attractivité pour la formation et la recherche, une fusion pour optimiser l’usage des ressources immobilières, matérielles et humaines. Strasbourg doit se féliciter d’avoir anticipé le cours de l’histoire future des universités françaises, d’avoir été la première à en saisir l’opportunité, d’en avoir recueilli les premiers fruits par ses succès au Plan Campus et aux Investissements d’avenir. La marche en avant de l’université de Strasbourg ne fait cependant que commencer. Bien des défis l’attendent, dont celui de la soutenabilité financière de ses nombreux projets (”Même Strasbourg sabre les dépenses“).

La fusion des 3 universités de Strasbourg a déclenché un mouvement historique qui ne s’arrêtera pas. Deux autres universités lui ont emboîté le pas : le 1er janvier 2012, l’Université de Lorraine et Aix-Marseille Université verront le jour, deux universités multi-sites. D’autres fusions se préparent. Les universités de Strasbourg et de Haute-Alsace constitueront-elles bientôt une seule université multi-sites ? Un Conseil d’Alsace, une Université d’Alsace. Bien sûr que oui ! On ne va pas contre le cours de l’histoire. La fusion est hautement souhaitable. Elle est nécessaire. Elle sera pionnière.

Le parcours vers la fusion est semé d’écueils. Avril 2009. Je rencontre pour la première fois, Alain Brillard, président de l’université de Haute-Alsace. Je publie une chronique. Quel est l’avenir de votre université ? Il ne veut absolument pas que son université se transforme en Institut d’enseignement supérieur de proximité (IES). “L’université possède des ”pépites” qu’il faut porter à un niveau encore plus haut : des masters, des centres de recherche labellisés”.

22 janvier 2011, Mulhouse, Journée des Carrières et des Formations. J’y discute avec le Président Brillard. “Il n’est aucunement inquiet de l’avenir des formations de licence. Il l’est bien davantage par l’avenir de l’université de Haute-Alsace. L’UHA développe un modèle original fondé sur la professionnalisation mais n’est pas une université de technologie et ne veut pas devenir un collège universitaire. L’inquiétude vient de la marginalisation de l’UHA par les investissements d’avenir : il ne semble pas que l’université de Mulhouse et Colmar ait été beaucoup consultée sur le projet IDEX de Strasbourg ; elle n’a pas gagné de projet Equipex ; elle va répondre aux appels à projets “culture scientifique” et “documents électroniques”. Je sens qu’Alain Brillard pense, mais il ne le dit pas : l’université de Strasbourg joue trop “perso”.

Objectivement, les investissements d’avenir ont accentué l’inégalité des forces en présence, et ce même si l’université de Haute-Alsace voit ses effectifs étudiants continûment progresser : 7.974 étudiants en 2010-2011 (+1,4% par rapport à l’année précédente). Strasbourg : 42.441 étudiants et +0,5% ; France entière : 1.442.765 et -0,6% (Note d’information de la DEPP). 

15 Mars 2011. Le Conseil d’administration de Haute-Alsace vote son rattachement à l’université de Strasbourg (23 voix pour, 1 voix contre). EducPros titre : “un pas vers la fusion ?“. Le communiqué publié par l’université le 17 mars explique ce qu’est un rattachement. Ce n’est ni une absorption de Mulhouse par Strasbourg, ni une fusion. ”En cas de rattachement, les établissements conservent leur personnalité morale et leur autonomie financière“. L’UHA propose à l’université de Strasbourg une liste, non limitative, de missions possibles. “Des groupes de travail des deux universités prendront en charge la mise en oeuvre de ces 10 missions communes”.

12 avril 2011. Le Conseil d’administration de l’université de Strasbourg vote, à l’unanimité, en faveur du rattachement de l’UHA à l’UdS. Selon EducPros, “une réunion commune est prévue le 10 mai 2011. L’UdS indique qu’il s’agit de “préciser les attentes et les objectifs de cette stratégie commune, et d’ouvrir le débat sur la méthodologie et le calendrier dans lesquels s’inscrira le processus de rattachement“. Rattachement, un mot qui ne fâche pas.

18 octobre 2011. Un professeur mulhousain a demandé à me rencontrer pour discuter librement de l’enseignement supérieur en Alsace. Il veut connaître mes arguments en faveur de la fusion des deux universités et de la création d’Instituts d’enseignement supérieur (”Dresser la carte des IES en Alsace“). Le compte-rendu de l’entretien fera l’objet de la prochaine chronique. Il s’interroge sur la signification de “rattachement” : “une ruse, une pirouette, une nouveauté, une innovation, un moyen d’attendre” ? Ce professeur est inquiet : “depuis le vote des deux CA au printemps, il ne se passe plus rien”.

24 novembre 2011. Le Conseil d’administration de l’université de Haute-Alsace, réuni à huis-clos, demande que le président Alain Brillard présente sa démission au prochain CA prévu le 13 décembre et que de nouvelles élections soient organisées (17 voix pour, 2 contre, 2 abstentions). Communiqué de la FSU (28 novembre 2011). La présidentialisation organisée par la loi LRU de 2007 a très vite trouvé ses limites lorsque le CA n’a plus été en phase avec le président, et ceci dès 2008… Les conditions de l’autonomie [l'UHA est passée aux RCE le 1er janvier 2009] dans le cadre de difficultés budgétaires croissantes ont été pour beaucoup dans cet échec du politique. Les diverses situations de blocage sont devenues dramatiques lors des discussions sur les dossiers d’avenir, celui du rattachement et celui du quinquennal 2013-2018″. Ecueils : difficultés budgétaires, dossiers d’avenir, rattachement, contrat quinquennal.

Situation inédite depuis le vote de la loi LRU en août 2007 : celle-ci n’a aucunement prévu qu’un CA puisse voter la défiance à un président qu’il a lui-même élu. Problème juridique. Alain Brillard l’évoque dans un article des DNA qui reprend largement le communiqué de la FSU.Rien n’oblige le président à démissionner et la dissolution du conseil d’administration suivie d’élections anticipées n’est pas encore acquise. Selon la loi LRU, cette hypothèse ne tient pas sur le plan juridique. Nous avons demandé un avis au ministère. Nous sommes dans l’attente de sa réponse“.

1 décembre 2011. EducPros parle de ”Rattachement” et de ”Fusion” et annonce un calendrier. “L’université de Haute-Alsace est engagée dans un processus de fusion avec l’Université de Strasbourg qui devait aboutir au 1er janvier 2013. Les modalités de ce rattachement devaient être fixées dans une convention au plus tard au 1er mars 2012. Le calendrier risque d’être bousculé”.

A ce jour, aucun communiqué de presse sur le site de l’université, aucune information dans la Lettre d’information hebdomadaire de l’UHA (numéro 141 du 28 novembre 2011). C’est malheureusement là un fort bel exemple des silences de la communication universitaire.

Ecueils sur la route de la fusion des deux universités alsaciennes. Les conseillers d’administration qui ont voté la défiance au président Brillard mentionnent la nécessité d’une équipe relégitimée. Certes ! Pour progresser dans la coopération “molle” du rapprochement ou pour oser le saut décisif vers la fusion ? Prochaine chronique. Un professeur mulhousain, fort impliqué dans l’UHA, s’interroge : vais-je quitter l’université ?

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