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Pierre Dubois

Financiarisation des établissements

Samuel Bliman, professeur émérite, m’avait signalé un article qu’il avait publié en 2008 dans la Revue de la régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs, “Réformer la recherche : doit-on reproduire le modèle américain ?“. Sa réponse était : “non !” Texte intégral de l’article.

Samule Bliman vient de m’envoyer de nouveau un court article, “Que dire de la loi LRU ?” Merci, cher Collègue, pour votre coopération à ce blog. La note est écrite en décembre 2009, un peu plus de deux ans après la publication de la loi Libertés et Responsabilités des Universités. Samuel Bliman émet des hypothèses qui font système.

1. L’autonomie financière des universités (passage aux responsabilités et compétences élargies) devrait faire progresser le coût des services centraux, dédiés à la recherche de nouvelles ressources (fondation, budgets et finances, immobilier, recherche, valorisation). 2. Pour limiter le surcoût des services centraux, la logique serait de mutualiser les compétences “rares et chères” : les regroupements d’établissements, favorisés par ailleurs par les classements internationaux, auraient une belle vie devant eux.

Les effets prévisibles. 3. Le surcoût des services centraux pourrait être compensé par des économies salariales dans le champ de l’enseignement (arrêt du recrutement de fonctionnaires, recours à des vacataires, en particulier en licence) et par une progression des droits d’inscription. 4. La forte progression de l’effectif étudiant que les regroupements d’établissements engendreront pourrait fortement compliquer les différentes facettes de la gestion et être préjuciable aux étudiants, à ceux du 1er cycle en particulier. 5. La complexification de la gestion, le recrutement de cadres fort bien payés dans les services centraux affaibliraient le modèle traditionnel de la gouvernance des universités : les enseignants, présidents d’université, pourraient laisser la place à “des personnalités extérieures, expertes en gestion“.  

Toutes les hypothèses de Samuel Bliman, l’hypothèse 5 en particulier, ne se sont pas encore réalisées. Samuel Bliman n’en souhaite d’ailleurs pas la réalisation. Il estime que le modèle qui pourrait naître à terme sous l’impulsion de la LRU (”la financiarisation des établissements”) entraînerait la France vers un modèle d’université qui n’est pas, historiquement, le sien. Le modèle d’universités qui tirent une grande partie de leurs ressources du capital de leurs Fondations est fort fragile en cas de crise économique forte.   

En conclusion, Samuel Bliman, rappelle ce qu’écrivait en 2001, “AOKI Masahiko, économiste japonais, professeur à Stanford : tout système institutionnel d’un pays se construit sur fonds culturel, social et historique. Toute tentative de transposition vers un autre pays ne donnerait au mieux qu’un hybride des caractères du pays d’origine et du pays réceptacle”.

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