Laurent Wauquiez a inauguré, ce soir, le dîner annuel de la CPU. Combien de présidents ont osé boycotter les festivités ? Les présents au gala annuel vont se congratuler. L’année se termine fort bien : “Des universités bien gérées“. La CPU s’en félicite dans l’éditorial de sa dernière Lettre d’information (n°79, 15 décembre 2011), éditorial conclu par la phrase de l’article suivant : “L’Avenir [sic]… cela se prépare !. Faut-il croire la CPU ou Jean-Charles Pomerol, ancien président de l’université Pierre et Marie Curie, ou encore Mohamed Rochdi, président de l’université de La Réunion ? Chronique en deux temps : l’autosatisfecit de la CPU contredit par la libre parole de deux présidents.

La CPU. L’intervention du comité des pairs “a apporté une réelle assistance, aussi bien aux présidents des universités [financièrement dégradées] et à leurs équipes qu’aux Recteurs et aux responsables académiques, en y incluant les directions régionales des finances publiques… parce que cette intervention émanait de pairs dont l’expérience de direction et de gestion des établissements est reconnue“. Expérience reconnue par qui ? Par Laurent Wauquiez, le ministre qui saborde la LRU. Toast d’un président ce soir au dîner : “Merci à nos deux pairs. En moins de 24 heures, ils ont sauvé du gouffre les universités mal en point. Comme la tornade blanche, ils ont blanchi les comptes. Ils ont permis le maintien de l’AAA pour l’ensemble de nos universités. L’Avenir… cela se prépare !“.

Certes, les universités “ont toutes le besoin d’outils d’analyse et de gestion pluriannuelle plus performants, compréhensibles et clairs pour les acteurs de la communauté universitaire”. Mais là aussi, pour la CPU, tout roule ! Aucun risque que les universités perdent leur AAA. Des professionnels leur fabriquent ces fameux outils : l’IGAENR, l’AMUE, l’ESEN. L’AMUE et l’ESEN ont même noué un partenariat pour former les cadres du supérieur.

L’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR) a conduit des audits dans les établissements au moment de leur passage aux responsabilités et compétences élargies (RCE). Date des premiers audits : 2008. Pourquoi les fameux outils ne sont-ils pas encore opérationnels aujourd’hui ? Les rapports de l’IGAENR ? Ils sont désormais maintenus au secret (”La statistique publique de l’éducation en péril“). Pas de toast pour l’IGAENR et pourtant “l’Avenir, cela se prépare !“. La transparence des données, des audits n’aide-t-elle pas pour préparer l’avenir ?

L’Agence de mutualisation des universités et des établissements (AMUE) conçoit et diffuse des outils de gestion depuis près de 20 ans. Quelqu’un écrira-t-il un jour l’histoire de l’AMUE, de ses présidents et de ses directeurs, de ses restructurations, de ses crises financières, de la performance de ses logiciels aux forts jolis noms (Nabuco, Apogée, Harpège, Sifac, Siham, Sifac, Sympa, Graal), de ses entrepôts de données pour le pilotage. En savoir davantage sur les activités et les publications de l’AMUE présentées en page d’accueil du site : pas de chance, toutes les informations sont réservées aux adhérents. Mais pourquoi donc les citoyens français ne peuvent-ils juger sur pièce de ces travaux ? Pourquoi les bilans sociaux des universités ne sont-ils pas en accès libre ? Toast d’une présidente pour l’AMUE : “Il faut remercier l’Agence pour sa déjà longue et belle vie. Bien des personnels des universités, enseignants et BIATOS, se forment auprès d’elle, y font des retours d’expérience… L’Avenir, cela se prépare !“.

Pourquoi les cadres des universités sont-ils formés par deux organismes, l’AMUE et l’Ecole nationale de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESEN) ? Certes, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Le bilan de l’ESEN pour la formation des cadres supérieurs des universités pourrait être meilleur (”Une école de cadres pour le SUP ?“). C’est Bernard Dizambourg, l’un des deux pairs qui a maintenu l’AAA des universités dégradées, qui porte le toast : “J’ai été directeur de l’ESEN à Poitiers [que n' a-t-il pas fait ?], et je me félicite de l’excellent travail que l’Ecole a fait pendant que j’y étais. Vive l’ESEN. L’Avenir… cela se prépare !“.

La Lettre de la CPU de ce 15 décembre est un superbe cadeau de Noël pour les présidents. Tout roule ! Le colloque de la CPU se tiendra début février 2012 dans les locaux de l’université d’Aix-Marseille. Yvon Berland, président de l’université unifiée et vice-président de la CPU, toaste : “L’avenir des universités se joue à Aix-Marseille. Venez-y nombreux ! Je vous y attends avec joie”.

Je passe sur les autres toasts du dîner annuel de la CPU, toasts relatifs à chacun des articles de la Lettre de la CPU de ce jour. Toast pour la rencontre de la CPU et de son homologue colombien. Toast pour le nouveau président élu à la tête de la Commission recherche. Toast pour les initiatives d’excellence pédagogique. Toast pour les prestations sociales interministérielles enfin pérennisées pour les personnels des universités. Toast pour la remise de gestion accordée aux mutuelles étudiantes (”Sécu étudiante : Wauquiez ment !“). Toast de clôture par Louis Vogel, président de la CPU : “Joyeux Noël. L’Avenir, cela se prépare” !

La CPU pense-t-elle être crédible en publiant une telle Lettre d’information ? Certes, à chacun sa lecture. Je trouve, pour ma part, qu’une lettre, dénuée de toute critique et toute orientée par l’autosatisfaction, n’est pas crédible. Je trouve que cela est particulièrement grave dans une période d’incertitudes financières pour les universités (”Les budgets 2012 seront-ils sincères ?“).

Période d’incertitudes ? Deux présidents en parlent librement. Jean-Charles Pomerol, ancien président de l’université Paris 6 Pierre et Marie Curie dans EducPros du 15 décembre 2011 : “L’Etat serait content de montrer qu’il faut reprendre en main des universités mal gérées”. Mohamed Rochdi, président de l’université de La Réunion, dans IMAZPRESS du 14 décembre 2011. Le conseil d’administration a rejeté à l’unanimité le passage aux responsabilités et compétences élargies au 1er janvier 2012. “Compte tenu de notre situation, les dotations qu’on nous propose ne sont pas suffisantes pour être autonome”. L’université de La Réunion fait de la résistance aux RCE. Et si c’était elle qui avait raison ?

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