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Christine Vaufrey

Ikea réinvente le meuble

Premier billet d’une série intitulée « Faites-le vous-même » : d’Ikea au Web 2.0

Dimanche dernier, j’ai réalisé une opération très banale : j’ai monté un meuble Ikea.

Opération très banale en effet, puisque les magasins Ikea, implantés dans 25 pays, ont accueilli en 2009 (le site de l’enseigne ne propose pas de chiffres plus récents) 590 millions de visiteurs, dont on peut parier qu’une bonne partie a joué dans les jours suivant la visite de la clé à 6 pans et de l’escargot, ce merveilleux escargot qui assure la rigidité du maintien des parois d’à peu près tous les meubles vendus chez Ikea.

590 millions de visiteurs. Le web 2.0 n’a donc pas le monopole des grands nombres.

Ce succès planétaire est du à Ingvar Kamprad qui a créé Ikea en 1943, à l’âge de 17 ans. Treize ans plus tard, il adopte définitivement les principes qui distingueront la marque de tous ses concurrents, à savoir le montage des meubles par les acheteurs et leur conditionnement en paquets plats, qui les rendent faciles à emporter dans une voiture standard.

Mais ce n’est pas de l’entreprise Ikea que je souhaite parler ici; c’est de l’expérience vécue par tout consommateur de produits Ikea.

Qu’est-ce qu’un meuble Ikea ?

La plupart des meubles Ikea (sauf les canapés) doivent donc être emportés et montés par celui qui les a achetés.

Un meuble se présente en un ou plusieurs paquets plats. Le plus souvent, il s’agit de plusieurs paquets, car la combinaison des modules est une autre des grandes forces d’Ikea : à partir d’éléments standardisés, l’acheteur réalise sa propre combinaison et dispose ainsi d’une pièce ou d’un ensemble original, qui ne ressemble pas à celui / celle de son voisin. Ce sont les cuisines qui possèdent le plus grand potentiel de combinaisons : l’acheteur a le choix entre des dizaines de caissons de taille différentes, qu’il agrémentera de tiroirs, d’étagères, de portes (élément essentiel à la personnalisation), de poignées, de plans de travail et même d’appareils électro-ménagers pour élaborer sa propre combinaison. La logique est la même pour les autres pièces de l’habitation : salle de bains, salon, chambre à coucher, chambre d’enfant, bureau, espaces de stockage tels que les buanderies et les garages.

Ikea propose donc des milliers de références combinables à l’infini. La majeure partie de ces éléments est accessible dans un entrepôt en libre-service, où l’on voit des centaines d’acheteurs, chaque jour et surtout le samedi, déambuler lentement en poussant des chariots remplis de paquets de différentes tailles.

Lorsque l’on ouvre l’un des paquets, que voit-on ? Des planches d’aggloméré (l’utilisation du panneau de particule constituant dès 1968 une autre des originalités d’Ikea), des feuilles d’isorel et des sachets plastiques remplis d’éléments de serrage et de vissage.

Toutes les planches sont des parallélépipèdes aux angles nets, sans aucune découpe. Seules les armoires et bibliothèques peuvent être agrémentées d’un linteau en bois découpé. Les planches sont pré-percées de trous dans lesquels viendront se placer les vis et les fameux escargots (voir ci-dessous, 4e objet de la première ligne).

Ikea fournit également les clés de serrage, clés à 6 pans de différentes tailles. On peut donc pratiquement monter un meuble sans avoir d’outils chez soi, à l’exception d’un marteau (pour enfoncer les pieds, les vis en plastique…) et un tournevis cruciforme.

En plus de tout cela, on trouve dans le paquet plat un élément essentiel : le plan de montage du meuble. Il s’agit d’un fascicule illustré, sans texte, ce qui le rend utilisable dans le monde entier. Les différentes étapes du montage y sont détaillées, avec des effets de zoom sur les parties et éléments importants.

Zéro apprentissage

La préparation des différentes parties du meuble, la profusion d’éléments extérieurs tels que les vis et les escargots et surtout le plan font que le montage est accessible à la majorité d’entre nous, sans aucun apprentissage.

En effet, il est essentiel de pouvoir réussir à monter son meuble du premier coup : d’une part parce que nous n’allons pas en acheter deux en imaginant qu’on va rater le premier, et d’autre part parce que les meubles Ikea ne se démontent pas. L’aggloméré supporte en effet très mal le dévissage et de nombreux éléments sont enfoncés à coups de marteau, il est quasiment impossible de les extraire.

Donc, si l’on suit le manuel, si l’on respecte scrupuleusement les consignes, si l’on est un minimum méthodique, on doit réussir.

En réalité, ce n’est pas tout à fait aussi simple. Certaines opérations, telles que l’équilibrage des portes de meubles de rangement par exemple, sont assez délicates à réaliser et le résultat est rarement complètement satisfaisant, surtout si on a plusieurs portes à monter. De plus, les grands ensembles comme les cuisines requièrent un important temps de travail, souvent plusieurs journées. Et toute irrégularité du sol ou des murs demandera des adaptations des éléments standards, qui ne sont pas à la portée du premier venu.

Malgré tout, il s’agit de difficultés marginales, qui ne remettent pas en cause le principe fondamental du montage des meubles Ikea : tout le monde doit pouvoir le faire, du premier coup. Et si le résultat n’est pas absolument satisfaisant, on s’en contentera pourtant, trop content d’être arrivé au bout et impatient d’utiliser le nouveau meuble.

Apporter son meuble en pièce détachées chez soi, le construire soi-même : Ikea a totalement réinventé la notion-même de meuble. Pour le plus grand bonheur de la population mondiale, puisqu’Ikea est actuellement le plus gros vendeur de meubles… du monde.

Mais au fait, un meuble, c’était quoi avant Ikea ? C’est ce que nous verrons dans le prochain billet.

Photo : Erik Johansson (photographe suédois, comme il se doit).

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