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Pierre Dubois

Dijon. Le combat des chefs

Université de Bourgogne, Dijon. Les élections aux Conseils centraux auront lieu les 14 et 15 février 2012. Sophie Béjean, présidente, est candidate à un second mandat. Elle devrait affronter, pour l’élection à la présidence, Alain Bonnin, son vice-président en charge du Conseil d’administrationUn combat des chefs ? Toutes les chroniques de ce blog sur l’université de Bourgogne : ici, entretien avec Sophie Béjean. Plus de 300 photos de l’université. En conclusion de cette chronique et de l’analyse des élections dans une vingtaine d’universités : il faut abroger la gouvernance instaurée par la LRU.

Aucun déficit de communication de la part de l’université. Appréciable transparence dès la page d’accueil du site : toutes les informations nécessaires pour le bon déroulement des scrutins apparaissent sur une seule page web : affiche pour les élections, documents administratifs. Et surtout liens vers les listes et les professions de foi !

Quatre surprises ou spécificités bourguignonnes découlant de l’analyse des rubriques de la page “Elections”. 1. Six sièges à pourvoir au Conseil d’administration dans chacun des deux collèges enseignants, et non sept comme dans la majorité des scrutins qui se sont déjà déroulés. La prime à la liste arrivée en tête donnera le score de 5 sièges à 1 (ou de 4, 1, 1 vu la spécificité 2). 2. Pléthore de listes pour le CA : 3 dans le collège des professeurs, 4 dans le collège des maîtres de conférences, 5 dans le collège des personnels ingénieurs, administratifs, techniques et des bibliothèques, 5 dans le collège des usagers (étudiants) ; avec la “prime”, la moitié des listes n’aura aucun siège au CA.

3. Deux listes s’affrontent dans trois collèges (sauf dans celui des usagers). Enseignants et BIATOSS ensemble. “Construire l’avenir de notre université dans la concertation” (soutenant Alain Bonnin) et “L’université ensemble” (soutenant Sophie Béjean). 4. Alain Bonnin, professeur de médecine, est tête de liste ; Sophie Béjean, professeur d’économie, ne l’est pas. Si elle est réélue présidente, elle sera membre du CA et apportera un siège supplémentaire à la liste qui la soutient. Si elle ne l’est pas, elle n’appartiendra plus au CA et sortira de la gouvernance de l’université. C’est un pari, un risque ! Ou une porte de sortie élégante en cas d’échec ?

La présidente et son VP CA s’affrontent. Tâchons d’y voir plus clair en comparant leurs professions de foi. Profession de foi de l’équipe Béjean : “L’université ensemble. Une vision, un projet, une équipe”. Profession de foi de l’équipe Bonnin : “Construire l’avenir de notre université dans la concertation”. Professions de foi calibrées – 2 pages, 4 colonnes -, suivies des noms de personnels de l’université qui soutiennent l’un ou l’autre. Egalité de traitement entre les deux candidats.

Ce qui oppose les deux candidats ? Les professions de foi ressemblent fort aux programmes des candidats à la présidence de la République. “Il y en a” pour tout le monde : les enseignants, les chercheurs, les personnels BIATOSS, les étudiants, les parties prenantes de l’université… Logique ! Sophie Béjean défend son bilan et liste des actions précises à entreprendre au cours de son second mandat. Réaction immédiate du lecteur : mais pourquoi n’a-t-elle pas réalisé ce nouveau programme au cours du premier mandat ?

Alain Bonnin, l’outsider, est moins précis dans les propositions de son programme, se garde bien de mentionner le projet d’une université fédérale avec l’université de Franche-Comté. Sa critique de fond porte sur la gouvernance, sur le fonctionnement de l’équipe de direction dont il est encore membre : “A l’issue d’une période où la communication omniprésente a été source d’illusions, jusqu’à transformer des échecs en succès, à l’heure où il semble possible de promettre pour l’avenir le contraire de ce qui a été fait la veille, à l’issue de cette période, nous croyons à un autre futur que nous construirons ensemble, vraiment ensemble“.

Cette critique, qui n’est pas une auto-critique, est forte, mais elle n’est pas argumentée dans le programme. Des exemples, des preuves ? Alain Bonnin souhaite devenir président, ce qui est légitime. Mais ne veut-il pas d’abord “être calife à la place du calife” ? A moins que les professeurs de médecine ne se soient donnés le mot pour conquérir le maximum de présidences d’université. C’est déjà bien parti !

Mais peut-être, un bilan de l’équipe sortante, un bilan qualitatif et quantitatif, positif ou négatif, se trouve-t-il sur les blogs des deux opposants. Les candidats à la présidence bloguent, facebookent, twittent, fluxent RSS. C’est tendance ! Il est possible de laisser des commentaires et de poser des questions.

Blog Bonnin. Tiens, mais où est le CV du candidat ? Dans ses réponses aux “Questions au candidat“, il fait état de ses désaccords nombreux avec la présidente, tout en expliquant pourquoi il n’a pas démissionné en cours de mandat. Pas simple ! Il répond aussi aux accusations et aux rumeurs qui courent : “vous êtes un traître, un homme de droite, un élitiste, un scientifique peu sensible aux sciences humaines et sociales”. “Bien sûr, c’est faux !”, répond-il ! Alain Bonnin est évidemment favorable à un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche fort ! Mais quel candidat à la présidence ne l’est pas ?

Blog Béjean. Design plus attractif, commentaires pertinents et réponses de la présidente. Le bilan : 5 ans (bilan contractuel 2007-2011). Quelques éléments clés du programme. “Les étudiants au coeur de notre projet“. “Une université de la réussite pour tous… Recréer la noblesse de notre mission pédagogique… Des formations attractives et de qualité… Attirer et former les doctorants, leur donner une formation et des conditions de qualité… Un engagement pour la vie étudiante, gage de réussite et d’attractivité… Une université numérique du 21ème siècle… Des conditions de vie et d’études pour la réussite de tous les étudiants“.

A la CPU, Sophie Béjean est responsable de la Commission des moyens et des personnels. En ligne, les propositions élaborées au colloque de Marseille : “plus d’équité sociale pour nos étudiants“. Cette équité passe par une orientation en amont du supérieur, des bourses et aides sociales, une non-augmentation des droits d’inscription, la remise en cause de la demi-part fiscale. Je regrette bien sûr que la CPU n’ait pas pensé que plus d’équité sociale passait par une restructuration profonde du 1er cycle de l’enseignement supérieur, par la création d’Instituts d’enseignement supérieur (IES). Le PRES Bourgogne Franche-Comté : une université fédérale ? Sophie Béjean en est partisane (vidéo de 3 minutes). L’université fédérale mérite mieux que cette vidéo ratée ! 

Voter pour Sophie Béjean ou pour Alain Bonnin ? Sortir le sortant ? Elire l’aspirant calife à la place du calife ? Les électeurs peuvent-ils faire un choix rationnel par rapport à leurs valeurs ou par rapport aux fins et moyens définis dans les deux programmes ? Dans le contexte bourguignon d’un combat de chefs, je ne crois pas. Ils décideront par rapport à leurs passions, à leurs réseaux de sociabilité locale, à leurs idéologies et affinités politiques. Si j’étais électeur à Dijon, je voterais donc Sophie Béjean. Pour plusieurs raisons. L’adage qu’elle a affiché dans son bureau (photo ci-dessus) démontre son audace : “le futur doit être dangereux“. Connaissant ma liberté de ton de blogueur, elle a osé m’inviter à Dijon en avril 2010 pour un reportage ; une présidente qui respecte les blogueurs “trublions”, ce n’est pas fréquent ! Et anecdote : Sophie Béjean m’a fait découvrir le sculpteur Arman (photo ci-contre). L’université, une machine aux rouages complexes. Eh oui !

Néanmoins, la situation électorale à Dijon me conforte dans mon analyse. Il faut abroger le titre de la LRU qui concerne la gouvernance des universités (lire la chronique : “L’élection des présidents“). Quelques propositions : élire le président au suffrage direct et non indirect par un collège électoral large, procéder à l’élection du CA après l’élection du président, permettre au président élu de ne pas “mettre les mains dans le cambouis” de la gestion (il devrait présider un conseil d’orientation stratégique, comprenant les personnalités extérieures)…

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