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Pierre Dubois

Elections. “J’ai mal à Lyon 1″

François-Noël Gilly a été élu, le 6 mars 2012, président de l’université Claude Bernard Lyon 1 (communiqué de presse). Il est “professeur des universités, praticien hospitalier (classe exceptionnelle), chirurgien viscéral, doyen de la faculté de médecine et de maïeutique depuis 1999, président du CCEM depuis 2006″. Bel exemple de cumul des fonctions.

L’élection de cette figure historique de l’université Claude Bernard a été marquée par plusieurs rebondissements rocambolesques qui ont, temporairement je l’espère, détérioré l’image d’une des plus grandes universités de France. J’estime que le président Gilly en est le premier responsable.

1ère chronique du blog (15 février 2012). Combien de candidats à Lyon 1 ? Les élections aux conseils centraux ont eu lieu le 31 janvier 2012. Les déficits de communication sur le site de l’université sont graves. Pas de listes de candidats en ligne, pas de professions de foi, pas d’indication sur les candidats à la présidence, pas de procès-verbal des élections. Une seule information cachée dans un coin du site : les listes ISTS ont obtenu 10 à 14 sièges au CA. D’autres informations sur le blog de la liste Perspectives, conduite par Daniel Simon, professeur en sciences à l’IUT, candidat à la présidence. Je pose la question : Alain Bonmartin, président de l’université en fonction, est-il candidat à sa succession ? Des enseignants de l’université commentent la chronique, critiquent l’opacité des élections.

2ème chronique (17 février). Quand Domitien Debouzie présidait Lyon 1. Celui-ci me disait en 2004 lors d’un entretien : à Lyon 1, les présidents alternent par tradition, un président venant du secteur ”Santé”, puis un président issu du secteur “Sciences”. Trois présidents depuis le début des années 2000 : Domitien Debouzie, professeur de biochimie, Lionel Collet, professeur de médecine, Alain Bonmartin, maître de conférences de médecine. Si la tradition d’alternance existe toujours à Lyon 1, Alain Bonmartin ne devrait pas être candidat à sa succession“… Cette question de l’alternance Santé – Sciences est cruciale dans l’élection de François-Noël Gilly. Elle a opposé les candidats durant la campagne électorale, mais un commentateur du blog soutient qu’elle ne correspond plus aux défis des universités contemporaines ; elle ne peut d’ailleurs figurer dans les statuts : une telle clause serait illégale.

3ème chronique (21 février). Le feuilleton continue. Le 17 février, les candidatures à la présidence sont ouvertes. Les listes ISTS, qui ont gagné l’élection au CA, publient un communiqué : elles vont auditionner les candidats à la présidence ! N’ont-elles pas une tête de liste, FNG, dont la vocation est d’être candidat à la présidence ? J’écris : “Il faut donc penser qu’Alain Bonmartin n’est pas le candidat naturel de la liste ISTS… et même que les membres de la liste n’en veulent pas comme président. La tête de liste François-Noël Gilly est PU/PH, classe exceptionnelle. Pourquoi soutiendrait-il un MCU/PH ?”

4ème chronique (1er mars). Qui succèdera au Roi ? Je publie une chronique envoyée par un lecteur lyonnais : Alain Bonmartin fait sa publicité dans un publi-reportage d’Actualité de l’Economie Rhône-Alpes. Il annonce ses projets (présidentiels) pour 2012. Quel a été le coût pour l’université de ce publi-reportage ? Alain Bonmartin se présentera-t-il devant les membres de la liste ISTS pour annoncer sa candidature à la présidence ? Le suspense reste apparemment grand ! 

5ème chronique (29 février). Frères siamois, candidats à Lyon 1.Deux des membres de la liste ISTS (Gilly et Benhadid) ont demandé à être auditionnés par la liste dont ils sont membres. Ne pas rire svp ! Ne pas rire car, pour l’occasion, les frères siamois présentent un seul et même programme“. La farce devient grandiose quand une autre liste (IDDE) annonce aussi une audition ! Daniel Simon et Olivier Dezellus, maître de conférences élu au CA pour la liste IDDE, commentent la chronique. Et aussi Silvia : “en tant que Biatoss et électrice, je trouve cette situation absurde, scandaleuse et antidémocratique“.

6ème chronique : celle-ci. L’audition des candidats à la présidence par les listes STS a lieu. Selon nos informations, elle est escamotée pour les candidats des deux autres listes (Simon et Blum). Le ridicule était déjà atteint. Le résultat est ridiculissime. Les frères siamois d’ISTS ont été départagés et c’est François-Noël Gilly (FNG) qui devient le candidat pour la présidence. Tout ça pour ça ! La tête de liste ISIS est donc candidate : plus d’un mois est passé depuis la victoire de l’ISTS aux élections des conseils centraux ! 

FNG justifie sa décision dans une lettre ouverte du 5 mars, veille de l’élection à la présidence. J’estime que cette lettre est un monument d’hypocrisie. “Devant l’absence d’autres volontaires ISTS, je me suis porté candidat… Je suis conscient qu’en déclarant cette candidature, je tournais le dos à l’alternance que nous avions sincèrement et volontairement défendue“. Mais pourquoi donc FNG n’a-t-il pas laissé la place à son colistier scientifique, son frère siamois ? 

Cette lettre ouverte est d’ailleurs contradictoire avec le texte déposé pour l’audition devant la liste ISTS. Dans le premier texte : “candidater à la présidence n’était pas du tout mon intention première“. Dans le second texte : “j’ai rencontré depuis maintenant quatre mois de nombreuses personnes durant et en dehors de la campagne électorale. Cette large consultation m’a permis de mieux intégrer les attentes pur la prochaine mandature et de mieux préciser les projets“. Qui est FNG ? Un hypocrite ou un indécis ? Ce ne sont pas des qualités attendues d’un président d’université ! La loi LRU n’interdit pas les candidatures du dernier moment : ce n’est pas admissible !

Daniel Simon, également candidat à la présidence, réplique par une lettre ouverte, datée également du 5 mars. Il y rappelle les points d’accord et de désaccord de la liste Perspectives avec la liste ISTS. Deux désaccords de fond dont celui de l’alternance Santé – Sciences. En conclusion, Daniel Simon insiste sur une opposition de méthode : “j’ai souhaité déclarer très tôt ma candidature, par souci de transparence et de respect du corps électoral”. Tout est dit dans cette phrase. On n’annonce pas sa candidature la veille du scrutin présidentiel !

Et arriva le jour de l’élection du président par le Conseil d’administration de 22 membres (6 mars 2012). Un compte-rendu de la séance du CA, réalisé à partir de notes, figure sur le blog de liste IDDE. Fort belle pratique de transparence. Pour la première fois depuis le début des élections universitaires de 2012, un président n’est pas élu au premier tour alors que sa liste avait obtenu la majorité de sièges dans les deux collèges enseignants au CA (10 sièges sur 14).

Le communiqué officiel de l’université passe trop vite sur les résultats du 1er tour. Après le retrait de Loïc Blum [tête de liste IDDE], François Noel Gilly a été élu au second tour avec 12 voix contre 7 pour Daniel Simon et 3 blancs”. Daniel Simon sur son blog et la liste IDDE donnent les résultats du 1er tour : Gilly, 10 voix, Simon, 7 voix, Blum (liste IDDE), 2 voix, 3 abstentions.

Gilly, 10 voix au premier tour. Ce qui veut dire qu’il n’a obtenu aucune voix des élus BIATOSS et étudiants. Ceci n’est arrivé dans aucun des scrutins universitaires 2012. Daniel Simon (2 élus au CA) a, par contre, su convaincre 5 élus BIATOSS et étudiants, les 3 autres s’abstenant. Second tour : 12 voix pour Gilly, 2 de plus qu’au 1er tour. Il a gagné. Les 2 voix qui ont permis de faire la différence ? Sont-ce les 2 voix des élus IDDE ? Les modalités de vote : à bulletins secrets. Si deux voix de plus s’étaient portées sur Daniel Simon, un troisième tour aurait été nécessaire et les 3 abstentionnistes auraient dû choisir ou bloquer définitivement l’élection.

La victoire de François-Noël Gilly n’est-elle pas, en fait, son échec ? L’échec d’une “sommité régionale” de la médecine, qui ne voit pas (qui ne veut pas voir ?) que le numérus clausus en médecine et le concours de fin de première année de la PACES, favorise les enfants des classes supérieures. Une sommité médicale qui ne peut pas laisser la direction d’une université à un professeur de sciences, et qui plus est enseigne dans un IUT, une composante de l’université qui participe à l’ascension sociale des enfants de toutes les classes de la société.

Ces tristes péripéties électorales font que je me demande au final : mais quel est donc le programme de François-Noël Gilly pour l’université Claude Bernard ? Le communiqué officiel du 6 mars me laisse pantois. Pour ce mandat, le président s’engage à représenter l’ensemble des secteurs et l’ensemble des composantes de l’université et conformément aux textes de la loi LRU, à mettre en oeuvre la politique débattue et choisie par les administrateurs siégeant au CA”. “Je n’ai qu’un souhait pour notre université : qu’elle traverse sans encombre la difficile période qui se profile et qu’elle conserve l’excellence de ses formations et de sa recherche”. Une phrase qui démontre un président sur la défensive.

Ce soir, j’ai mal à Lyon 1, à l’université de Lyon et à l’Université de France. L’université de Lyon 1, le plus gros employeur de la région Lyonnaise, ne méritait pas une telle farce électorale !

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