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Henri Audier

Et maintenant ? 1- Chronologie des urgences pour l’ES-R

Quelle place de l’ES-R dans le futur gouvernement ?

Chronologiquement, la première question qui va se poser est celle de la place de l’ES-R dans le gouvernement. Alors, commençons par l’évidence : il doit être exclu que l’enseignement supérieur et la recherche soient séparés. Le mieux serait un ministère de plein exercice allant jusqu’à l’innovation, secteur qui devrait être géré en rapport avec le ministère de l’Industrie. Un ministère délégué de l’ES-R auprès d’un grand ministère de l’EN serait aussi envisageable.

Il serait également souhaitable que ce ministre soit connu pour avoir suivi depuis longtemps les problèmes de l’ES-R, qu’il soit un scientifique ou pas. Cela pour dire que ce ministère ne doit pas être un lot de consolation pour baron ou premier-ministrable déçu, pas plus qu’un des éléments d’équilibre entre courants et partis.

Les mesures immédiates ou transitoires

Le changement consisterait en ce que le nouveau ministre prenne un peu de temps pour entendre et comprendre les propositions des organisations syndicales et associatives, ainsi que les instances élues, qu’elles soient représentatives du milieu de l’ES-R ou qu’elles soient concernées par le sujet du fait de leur implications dans la politique du pays (confédérations syndicales, régions, etc.).

L’objectif devrait être de faire de l’ES-R un élément capital pour une autre politique pour le pays (et pour l’Europe). En ce sens, des mesures immédiates devraient être prises afin de montrer clairement que le nouveau gouvernement veut rompre avec la politique de démolition menée par la droite, tout en indiquant symboliquement dans quel sens il veut agir. Les organisations de l’ES-R ont fait des propositions constructives, l’auteur en fera dans un deuxième article de cette série.

La préparation des Assises

Des mesures immédiates significatives créeraient des conditions favorables pour rétablir la confiance entre le gouvernement et le milieu. Elles placeraient sous des auspices favorables les premières consultations mentionnées supra, qui devraient aussi porter sur les propositions pour la tenue des Assises et dégager un certain nombre de thématiques fortes. Il est certain que nul n’a intérêt à ce que le gouvernement décide seul du contenu et du déroulé de ces Assises pour lesquelles un certain nombre de questions importantes se posent :

Les Assises doivent-elles concerner uniquement le milieu de l’ES-R ou également tous ceux dans le pays qui sont concernés par la recherche ?

Les Assises doivent-elles reprendre à zéro tout le débat sur la place, les structures et le financement de l’ES-R, ou doivent-elles se focaliser sur une dizaine de questions-clefs conditionnant le contenu de la future loi d’orientation ?

Les Assises doivent-elles être auto-gérées par le milieu ? Directement pilotées par le gouvernement ? Sous la responsabilité d’un comité d’organisation ? Et avec quelle composition ?

Les Assises seront-elles seulement nationales ou comporteront-elles aussi des réunions territoriales préparatoires ?

En raison de cette complexité, il faudrait qu’après la première phase de consultation, le gouvernement soumette à la discussion vers la fin du mois de juin un projet, lors d’une conférence nationale, en présence de toutes les organisations ou instances intéressées. Nous tenterons de répondre aux questions que nous avons posées dans notre troisième article.

Le collectif budgétaire et le budget

Enfin, le plus important : le budget et l’emploi. Soyons clair, notre but n’est pas de « charger la barque » et de mettre en accusation le futur gouvernement. Comme citoyen, l’auteur comprend très bien la prudence de François Hollande en matière budgétaire, vu la dette en héritage. Mais comme scientifique, il ne peut pas ne pas rappeler que l’effort français de recherche versus le PIB est aujourd’hui le même qu’il y a dix ans. Qu’on n’a jamais vu le début du commencement du « 1,8 milliards de plus par an » promis par Sarkozy pour l’ES-R. Et que les engagements de François Hollande pour sauver le premier cycle comme en matière de recherche, ou ceux concernant la résorption de la précarité des jeunes docteurs ne sauraient se concrétiser sans un gros effort budgétaire, sur l’emploi scientifique notamment.

Nous avons chiffré à 1,3 milliards de plus par an la croissance des budgets de l’ES-R pour, par exemple, atteindre 3% du PIB dans seulement 10 ans ! Pour relancer l’attractivité de nos métiers, quantitativement et qualitativement, il faut afficher un plan pluriannuel de l’emploi scientifique. Nous y reviendrons .

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