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Que faut-il attendre de François Hollande ?

C’est aujourd’hui que doit être annoncée la composition du nouveau gouvernement. L’université va-t-elle continuer à bénéficier d’un ministère de plein exercice, comme sous Nicolas Sarkozy ? Va-t-elle être regroupée avec l’Éducation nationale ? Ou dans un méga-ministère dédié à le jeunesse ? Les réponses dans quelques heures donneront matière à analyse. L’occasion, dans cette attente, de voir ce que vont être les prochaines étapes pour l’enseignement supérieur.

Parmi les 60 propositions du candidat, deux seulement concernent le sup : les engagements 36 (60.000 postes dans l’Éducation nationale) et 39 (la réforme des premiers cycle, de la LRU, une allocation d’études et de formation, l’abrogation de la circulaire Guéant et l’accélération des Investissements d’avenir).

Au fil de la campagne, François Hollande s’est montré plus précis. Sur ce blog, il a expliqué ainsi qu’il réserverait au moins 50 % des places en IUT et BTS aux bacheliers pro et techno, qu’il réfléchissait à la “création d’écoles régionales pour donner aux enseignants une formation à la hauteur de leur mission”, à abaisser la sélection à l’entrée en Master 1 et qu’il entendait débuter le quinquennat par une vaste concertation sous la forme d’Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Lors de son discours de campagne consacré à l’enseignement supérieur, au Biopôle de Nancy le 5 mars, il précise qu’il réservera à l’université 5.000 des 60.000 postes qu’il entend recréer, annonce la création d’un “service public de l’orientation” unifié du secondaire au supérieur, la construction de “40.000 nouveaux logements étudiants sur cinq ans” (plus que ce que prévoit le rapport Anciaux), la création d’une “allocation d’études supérieures et de formation sous condition de ressources” et une réforme du Crédit impôt recherche. Aucune piste de financement n’est cependant avancée hormis une remise à plat du système des aides sociales existantes pour l’allocation d’autonomie.

Dans la feuille de route de sa première année, cependant, les promesses sont beaucoup plus floues. D’ici l’été, ne reste plus que la promesse d’un décret sur une “caution solidaire” pour permettre aux jeunes d’accéder à la location, que Laurent Wauquiez a déjà testé sous le nom de “passeport logement étudiant” depuis 2011, et l’abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers.

La visibilité devrait être plus forte à partir de la dernière semaine de juin quand la Cour des comptes aura publié son “Rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques”. Le nouveau président a d’ores et déjà promis un “gel conservatoire d’une partie des dépenses”. La “loi d’orientation et de programmation pour l’Éducation nationale” est prévue dans une fenêtre de tir large allant d’août 2012 à juin 2013. C’est elle qui devrait notamment jeter les bases des nouvelles “Écoles supérieures du professorat et de l’éducation” pour former les enseignants.

Dans l’agenda de l’été, on trouve bien le projet d’une conférence nationale pour la croissance et l’emploi à la mi-juillet et le débat national sur la transition énergétique mais point d’Assises du supérieur. En revanche, avant fin septembre, chaque ministre devra avoir pondu un projet pluriannuel de simplification des services et des opérateurs sous sa tutelle.

C’est bien le nerf de la guerre qui sera au centre de la prochaine mandature. Le quinquennat Sarkozy aura vu une notable augmentation des moyens de fonctionnement (entre 5 et 6 milliards d’euros selon le rapport sénatorial Adnot) et d’investissement (plus de 25 milliards d’euros) en faveur des universités, même si la tendance s’est contredite en fin de période et même si cela a donné lieu à une intense mise en concurrence des campus. Malgré cela, la France reste l’un des pays qui dépense le moins pour ses étudiants.

Comment François Hollande, dans une période budgétairement contrainte, peut-il inverser la tendance ? Ce ne sera pas le moindre des défis du nouveau président. Je rappelle dans “Le Grand Chambardement” qu’il était un des seuls à critiquer l’Opération Campus, expliquant que l’argent de la privatisation partielle d’EDF aurait été mieux employé à désendetter la France. Je raconte aussi comment, pendant l’avant-campagne, il était favorable à une augmentation progressive des droits de scolarité, contre une remise à plat des aides sociales… une mesure que les présidents d’universités appellent aujourd’hui de leurs vœux mais qui constitue encore un tabou puissant.

Entre les promesses de campagne et la realpolitik, la marge de manœuvre sera étroite. A quelques mois de la rentrée universitaire, cela ne présage pas en tous cas au nouveau président un très long état de grâce…

> A suivre : dans “Question d’éducation“, sur France Info, Emmanuel Davidenkoff interroge experts et acteurs de l’éducation sur ce qu’ils attendent de François Hollande, du lundi au vendredi à 11h53.

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