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Pierre Dubois

Dany et le financement de Nanterre

Daniel Cohn-Bendit est, au titre des personnalités extérieures, membre du conseil d’administration de l’université de Paris Ouest Nanterre La Défense. Il a consacré sa chronique du 7 juin 2012 du Nouvel Observateur à la crise étudiante au Québec, engendrée par le projet de forte progression des droits d’inscription.

Dany conclut : “puisqu’il faut trouver de nouvelles ressources pour les universités en ces temps de disette, je suggère qu’on retourne le fameux principe de l’utilisateur-payeur des néo-libéraux en posant la question suivante : qui sont aujourd’hui les vrais bénéficiaires d’une université qui produit une main-d’œuvre hautement qualifiée et à bon prix…, sinon les entreprises qui les recrutent !… Pourquoi les entreprises qui recrutent un diplômé ne paieraient-elles pas leur écot aux établissements qui l’ont qualifié“…

Idée pertinente mais pas nouvelle. En février 2004, je publiais une libre opinion dans Vie universitaire, consacrée au financement des universités : “demander aux étudiants diplômés, entrants dans la vie active, de verser à un Fonds national, au titre de la participation au coût de leurs études, leur premier mois de salaire et demander aux entreprises qui les recrutent une contribution équivalente apporterait aux universités environ deux milliards d’euros. A Nanterre, Daniel Cohn-Bendit pourrait mettre immédiatement en adéquation ses paroles et ses actes.

Je lui suggère de demander au président Balaudé que soit inscrite à l’ordre du jour d’un prochain CA de Nanterre la convention qui lie, pour une période 4 ans à compter de septembre 2009, l’université et l’Institut Français de Gestion (IFG CNOF). Chronique de février 2012 “Le président et la formation continue“. L’article 5 de cette convention stipule que l’IFG reversera à Nanterre une partie des droits d’inscription qu’il perçoit pour les masters de gestion (entre 1.200 et 1.700 euros par an par étudiant inscrit), l’IFG percevant pour sa part… près de 20.000 euros HT pour certains de ces diplômes.

Si les étudiants IFG étaient inscrits directement à Nanterre, leurs employeurs ou leurs organismes de formation continue débourseraient seulement 5.000 euros environ par inscrit. Il y a donc un trop payé pour les employeurs et un manque à gagner certain pour Nanterre. Dany le Rouge devrait s’en offusquer. Mais il y a pire : les enseignements de l’IFG sont pour partie dispensés par des enseignants de Nanterre et le diplôme qui est délivré aux étudiants est non pas un diplôme de l’IFG mais un diplôme national habilité à Nanterre.

Cumul de rémunérations ? Détournement de fonds de la formation tout au long de la vie ? Manque à gagner financier pour Nanterre ? Privatisation de diplômes publics ? Voilà quelques-unes des questions que pourrait agiter Daniel Cohn-Bendit.

L’IFG a développé ce type de convention avec plusieurs universités. Le 1er juin 2012, lors de la Conférence d’EducPros sur les palmarès et classements, j’ai posé une question à Franck Bournois, président de la Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion (CEFDG) : “Les formations de l’IFG ont-elles obtenu le visa de l’Etat”? Réponse : “L’IFG ne l’a pas demandé”. Pour une raison simple : il n’aurait pas obtenu le visa parce que son corps professoral permanent n’est pas suffisant. Le critère de la permanence ? “4 jours de travail par semaine”. Les universitaires qui enseignent à l’IFG ne peuvent donc être considérés comme des enseignants permanents !

Franck Bournois connaît les conventions de l’IFG avec plusieurs universités : La Cour des comptes pourrait mettre un jour son nez dans ces conventions qui posent un problème très sérieux. Question au président Balaudé et à Dany-le-Rouge: “quand demanderez-vous au CA de l’université de dénoncer la convention avec l’IFG ? Le plus tôt ne serait-il pas le mieux” ?

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