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Jean-François Fiorina

Enseignement supérieur : actus internationales (2)

Deux informations internationales ont retenu mon attention ces dernières semaines : l’abrogation officielle de la circulaire Guéant et le développement continu de l’enseignement supérieur en Afrique. Le premier sonne comme un soulagement, le second (son corolaire ?) montre que l’Afrique se joue des clichés qui la desservent.

  • « Circulaire Guéant », clap de fin.

Il en aura fallu du temps pour faire comprendre toutes les conséquences négatives qu’a entrainé cette circulaire sur tout l’enseignement supérieur. Première question posée par les étudiants étrangers sur les salons, cette décision va laisser des traces. Qu’en sera-t-il l’année prochaine ? Comment vont-ils réagir ? C’est une inconnue. Pour cette année, l’abrogation n’aura aucun effet, le recrutement étant terminé. Dans l’intervalle, les écoles étrangères ont pris des parts de marché et le coût en terme d’image pour la France est gigantesque.

  • La nouvelle dimension de l’enseignement supérieur en Afrique.

Contredisant nombre de clichés, le continent sud construit son modèle original d’enseignement supérieur sur une dynamique économique prometteuse. J’assistais la semaine dernière à un worshop de l’INSEAM au Maroc sur le thème de la normalisation de la qualité des enseignements de management en Afrique. Parallèlement, se tenait The New-York Forum Africa à Libreville (Gabon) où 800 décideurs venus du monde entier (politiques et chefs d’entreprise) ont échangé sur les initiatives à mettre en place pour développer le continent et ses échanges.

Pourquoi l’Afrique dispose-t-elle d’un réel potentiel en matière d’éducation supérieure ? Plusieurs facteurs convergent. Malgré sa démographie galopante, un grand nombre de jeunes Africains souhaite rester sur le continent pour le développer. A l’heure où les puissances historiques traversent des difficultés économiques et sociales, ce phénomène s’amplifie dans tous les pays émergents ou en voie de développement.

De belles entreprises s’y développent mais ne trouvent pas le personnel qualifié pour gérer leur croissance. Je discutais, la semaine dernière, avec les patrons de la plus grande banque marocaine et d’une société d’assurances. Ils ont les moyens financiers d’acquérir les plus belles entreprises africaines mais n’ont pas les compétences disponibles pour assurer le développement de ces pépites ! MacKinsey et BCG ne s’y trompent pas et ont publié des études sur ces entreprises africaines à haut potentiel. Des sociétés se spécialisent même dans le recrutement de cadres africains pour les faire revenir chez eux !

Le supérieur public est famélique. Historiquement destiné à former les élites administratives et politiques, le système s’effondre faute de débouchés. Parallèlement, le privé et certaines universités se développent. Un classement des business schools est apparu ainsi qu’une association spécifique l’African Association of Business schools. L’EFMD organise également des séminaires « Afrique » et « MENA » (Middle East and North Africa). Il y a donc un espace à prendre pour des écoles et des universités de qualité d’autant que la motivation et la bonne volonté sur le terrain est patente.

Le numérique appelle aussi la réflexion suivante : n’est-on pas en train de voir le continent « enjamber » une génération ? Ce tournant de l’économie mondiale vers le numérique apparaît comme une chance s’il est bien exploité par les structures éducatives africaines. Je pense, en particulier, au e-learning.

Quelles conditions de succès ? Il succès passera, je le crois, par des alliances sur d’autres continents dans l’objectif de structurer et de professionnaliser l’offre de formation. Il y a besoin d’ingénierie éducative et du partage des expériences. Mais le continent compte déjà nombre de belles réussites surtout dans le domaine des business schools – hors Maghreb et Afrique du sud-, au Sénégal, Nigéria, Ghana, Tanzanie, Cameroun…

Le recrutement en question. C’est un élément stratégique. Si les meilleurs éléments seront toujours chassés à coups de bourses d’excellence par les poids lourds internationaux tels qu’Harvard ou Oxford, le supérieur africain a intérêt à cibler la catégorie des étudiants désireux de s’investir chez eux. Et pour lesquels les contraintes institutionnelles et financières d’un départ à l’étranger sont rédhibitoires. Le maillage des écoles et universités sera vraisemblablement la solution. Certains pays concentreront des pôles éducatifs où la demande des entreprises est également forte. Les zones de hubs aériens intra africains comme celui de la RAM à Casa ou de Kenya Airways à Nairobi le prouvent.

Je ne cache pas les grandes difficultés que le continent devra surmonter : manque de moyens récurrent, absence de système scolaire, circulation de faux diplômes, chute des universités publiques… mais le potentiel est là. Si les Américains et les Britanniques avancent vite sur ces territoires, c’est qu’il y a un marché ! Et je ne parle pas des Chinois avec CEIBS. Au-delà de ces constats un peu directs, en tant que directeur d’école, ma mission est d’y être présent pour diversifier nos partenariats (voir mon récent post sur le Maroc) et offrir aux entreprises françaises présentes en Afrique les talents dont elles ont besoin.

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