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Pierre Dubois

Insertion : classer les universités ?

Deux enquêtes nationales sur le devenir professionnel des diplômés de masters obtenus en 2007 et en 2008 ont été réalisées par les observatoires universitaires et publiées par le Ministère de l’enseignement supérieur. Valérie Pécresse a transformé, sans vergogne, les résultats de la 1ère enquête en palmarès des universités : “Insertion. Non et non, Valérie“.

Laurent Wauquiez a trompé les étudiants et leurs familles en prétendant que les résultats de la 2ème enquête permettaient de “démocratiser l’accès aux bonnes informations pour les classes moyennes et de mettre fin au gâchis de la sélection par la connaissance des bons réseaux. L’information ne peut être réservée qu’à un cercle d’initiés“. “Ne lisez pas l’enquête Masters 2008“. 114 chroniques du blog sur l’insertion.

Un excellent article récent revient sur la question des classements. Jean Bourdon, Jean-François Giret et Mathieu Goudard, “Peut-on classer les universités à l’aune de leur performance d’insertion ?“, CEREQ, Formation emploi, 117, janvier-mars 2012. Toutes choses étant égales par ailleurs, existe-t-il un effet “établissement” ?

Toutes choses étant égales par ailleurs ? A égalité de composition socio-démographique des étudiants, de spécialités de formation, de marché régional de travail, existe-t-il un effet “établissement” ?

Cette recherche s’interroge sur la possibilité de classer les établissements d’enseignement supérieur à partir d’indicateurs d’insertion. Nos résultats empiriques ainsi que la revue de la littérature montrent que l’hétérogénéité des publics étudiants entre établissements et les différences de contexte sur les marchés régionaux du travail peuvent sensiblement affecter leurs performances en matière d’insertion. Une fois contrôlés ces effets pour différents types d’établissement d’enseignement supérieur (les universités hors IUT – Instituts universitaires de technologie –, les IUT, les écoles d’ingénieurs), il est ardu d’observer une influence propre à chaque établissement qui permettrait de les classer.

Les auteurs valident leur analyse en opérant un retour sur l’enquête Master du MESR. “Le classement proposé dans l’enquête Master 2007 a conduit à classer les établissements selon leur performance d’insertion supposée. La prise en compte des effets de structure liés à la composition des établissements et à la territorialisation des établissements remet en cause la pertinence du critère d’insertion retenu et surtout le classement qui a été publié”… “Au total, notre travail confirme combien il est difficile d’évaluer les établissements en fonction de leur performance d’insertion professionnelle : les effets spécifiques aux universités sont extrêmement faibles, même si l’analyse que nous avons proposée n’est pas exempte de critiques”.

Dès lors, les universités doivent-elles se “décarcasser” pour favoriser l’insertion professionnelle de leurs diplômés ? Heureusement, les auteurs laissent une porte ouverte : “même si l’analyse que nous avons proposée n’est pas exempte de critiques”. Lisons donc autrement les résultats fournis par les auteurs, en affirmant que les universités doivent avoir une stratégie d’insertion de leurs diplômés. L’insertion dépend des caractéristiques individuelles des diplômés : cela doit inciter les universités à adopter une stratégie de recrutement. L’insertion dépend des spécialités de formation : cela doit les inciter à repenser leur offre de formation. L’insertion dépend du marché régional du travail : cela doit les inciter à mettre en œuvre une stratégie de partenariats avec les entreprises.

Stratégie des universités en matière d’insertion. Je renvoie le lecteur à la conclusion de l’article que j’ai publié en 2002, avec Ronan Vourc’h, dans Formation emploi également : “Le devenir professionnel des diplômés de DESS”.

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