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Henri Audier

Keskeldi ? Fioraso de Aà Z.

Au-delà des difficultés budgétaires, que veux le ministère ? Y a-t-il « une parfaite continuité » avec le précédent comme certains le prétendent ? Pour en avoir le cœur net, nous avons fait un petit exercice : éplucher la douzaine d’entretiens accordés à la presse par Geneviève Fioraso et les classer alphabétiquement par thèmes, sans aucun commentaire :

http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=3216

Des affirmations en rupture avec le passé

Donnons-en quelques unes :

-« Mon premier rôle, c’est de remettre l’Enseignement supérieur et la Recherche au cœur de notre projet de société. Parce que la science, l’accès à la connaissance, l’élévation du niveau de formation, la Recherche sont des leviers essentiels de progrès et de croissance ».

-. « Pour résoudre les difficultés économiques, il n’y a pas que les politiques de traitement social de l’emploi (…). L’investissement dans la recherche est aussi une partie de la solution. »

-« La nouvelle organisation reposera sur des universités autonomes, ancrées dans leur territoire, lieux d’élaboration de la politique de formation et de recherche. Elle réaffirmera la place des unités mixtes de recherche comme structures de base. Les organismes de recherche doivent avoir un rôle national de programmation et d’opérateur de recherche. »

– « Plus qu’une réforme en profondeur, c’est une loi d’orientation qui remplacera la LRU. Elle sera déposée au Parlement début 2013 après une concertation de toute la communauté universitaire.»

-« Il va falloir redéployer effectivement les crédits de l’ANR vers les crédits récurrents des laboratoires. Il faut protéger nos laboratoires, en particulier dans la recherche fondamentale, et ne pas embêter les chercheurs en permanence par des courses permanentes aux crédits. »

– « Nous allons remettre à plat les Idex. Nous ne léserons aucun bon projet. Ce qui compte, c’est d’avoir une stratégie de sites et de voir si elle doit être aidée. Cette stratégie s’inscrira sous un nom que l’on définira ensemble. Il y aura une vision modifiée et rééquilibrée sur le territoire. Comment expliquer que le Nord, l’Ouest et Rhône-Alpes, deuxième région universitaire de recherche, aient été oubliés ? »

Si l’on veut bien lire tout ou partie des citations du lien ci-dessus, on se rend compte qu’il y a clairement une pensée et une orientation qui, si elles étaient mises en œuvre, changeraient considérablement les choses. Même si, et c’est le cas de l’auteur, on peut avoir des divergences sur plusieurs aspects.

Des affirmations qui laissent beaucoup de gens sceptiques

Alors pourquoi ces affirmations laissent-elles beaucoup de gens sceptiques ? Passons sur ceux qui ne les ont pas lues et/ou qui sont allergiques au PS. Pour les autres, il y a cette ambiguïté, qui fut plus encore présente dans la campagne de Hollande, de savoir s’il faut « réformer », « améliorer » voire « démocratiser » les structures mises en place par la droite ou s’il faut les remplacer, voire les dissoudre. L’auteur a maintes fois exprimé que, pour reconstruire ES-R français, il convient de nous débarrasser simultanément de ces tas de détritus (ANR, AERES, etc.) qui encombrent la voie publique.

Portant, il y a un net progrès depuis la campagne de Hollande, qui restait floue sur cette problématique : c’est la première fois qu’il est dit sans contorsions, dans un texte d’inspiration PS : « la LRU sera remplacée par une autre loi », ou « Les organismes de recherche doivent avoir un rôle national de programmation et d’opérateur de recherche », ou encore, « Nous allons remettre à plat les Idex ».

Source majeure de mécontentements justifiés, le CIR. Les lobbys patronaux sont arrivés, pour l’instant, à pérenniser une poule aux œufs d’or pour les grands groupes, alors que dans le même temps l’austérité budgétaire touchera l’ES-R. A l’évidence on n’a pas voulu comprendre à Bercy et/ou chez le Premier Ministre qu’il faut « remettre l’Enseignement supérieur et la Recherche au cœur de notre projet de société. Parce que la science, l’accès à la connaissance, l’élévation du niveau de formation, la Recherche sont des leviers essentiels de progrès et de croissance », comme le dit si bien la ministre.

Mais la goutte qui fait déborder le vase, c’est le mode d’organisation – sur « invitation » – des Assises de l’ES-R, ce qui écartera de facto le débat avec (et entre) les scientifiques. Il est encore temps de revenir sur la machine absurde mise en place.

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