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Henri Audier

Les problèmes suscités par l’organisation actuelle des Assises de l’ES-R 3- Que faire aujourd’hui ?

3- Que faire aujourd’hui ?

Pour les Assises régionales, les directives précédemment critiquées ont été rendues publiques. Malgré la proximité de ces assises, il serait néanmoins souhaitable que le ministère infléchisse fortement son schéma initial et fasse des recommandations pour favoriser une participation très large. Il serait non moins souhaitable que la communauté scientifique se mobilise pleinement.

La position de la plupart des syndicats

Dans la situation critique actuelle, deux options font l’objet de débats dans le milieu : boycotter ces « Assises officielles » ou forcer la porte de la participation. Parce que les absents ont toujours tort, alors que rien n’est encore joué, l’auteur approuve l’appel de la plupart des syndicats.

Cet appel (http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article5717), après avoir vertement tancé le gouvernement pour ne pas avoir pris immédiatement les mesures phares urgentes, et après avoir exprimé ses inquiétudes quant aux perspectives, poursuit : « Les organisations signataires appellent les personnels et les étudiants à s’exprimer sur toutes ces questions dans tous les sites de l’ESR – en tenant notamment des Assemblées Générales. Ils les appellent à interpeller les rapporteurs des Assises ainsi que les représentants locaux (parlementaires, élus municipaux ou régionaux, …) et gouvernementaux. Ils les appellent à faire connaître leurs revendications. »

Nombre d’organisations (Snesup-FSU, SNTRS-CGT, SNCS-FSU, SLR, SLU, l’UNEF, etc.) ont élaboré des propositions relatives à l’ES-R pris dans sa globalité, comme sur son rôle dans la société. Toutes leurs propositions sont à la disposition de chacun. Celles-ci n’oublient pas non plus que pour atteindre 1 % du PIB dans dix ans, il faudra accroître chaque année le budget de l’ES-R public civil de 1,3 milliard : http://blog.educpros.fr/henriaudier/2012/07/17/faire-de-l’es-r-une-priorite-pour-le-pays/ .

Le compte-rendu des auditions constitue aussi une bonne base pour des débats : il pose clairement les alternatives  : http://www.assises-esr.fr/var/assises/storage/fckeditor/File/actus/20120920-note-synthese-auditions-territoriales.pdf

Des aspects importants sur lesquels on peut avancer … ou reculer

Des déclarations ministérielles, comme des contributions récentes montrent que des avancées sont possibles. Ainsi, sauf à considérer que la ministre a changé de point de vue, ce que l’auteur exclut totalement, il est clair que ses déclarations, si elles étaient mise en œuvre, constitueraient un progrès certain :http://blog.educpros.fr/henriaudier/2012/09/21/keskeldi-fioraso-de-aa-z/et http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=3216.

Toutefois, rien n’est joué comme en témoignent les premières contributions. Certes, sans surprise, les Comité national de la recherche scientifique (via le C3N) a eu une expression remarquable [cf. l’avis de l’auteur : http://blog.educpros.fr/henriaudier/2012/09/07/assises-de-l’es-r-une-contribution-remarquable/ ]. Moins attendues sont des contributions comme celle de l’INRIA en tant qu’organisme de recherche. Dans son texte, sans doute fruit d’un débat interne, on peut notamment lire le diagnostic et les propositions qui suivent : « L’attractivité des carrières dans la recherche publique s’est beaucoup dégradée ». « Le temps que les enseignants-chercheurs et les chercheurs permanents peuvent consacrer à des activités de recherche a beaucoup diminué ». « Les dispositifs   de   financement   et   d’évaluation   de   la   recherche   ont   souvent conduit à des normalisations   excessives   favorisant   des   projets   de   recherche   de   court terme et peu originaux ou risqués ». « Favoriser  l’embauche  de  docteurs  et  de  chercheurs  par  les  entreprises et faire  reconnaître  le  doctorat  dans  les  conventions  collectives ». « Recentrer   l’ANR   sur   des   programmes  thématiques  risqués  et  à  fort  impact  en  partenariat  avec  les  organismes ». « Focaliser les missions de l’AERES sur l’évaluation des établissements et sur la définition de bonnes pratiques pour l’évaluation des unités ».

Mais il est aussi des aspects importants sur lesquels, si on laisse le champ libre, il peut y avoir des reculs, comme l’illustre la contribution de l’Alliance nationale de coordination de la recherche pour l’énergie (ANCRE). A côté d’aspects intéressants quant à la stratégie industrielle ou la pluridisciplinarité, ce texte montre une incompréhension quant à la recherche liée au progrès des connaissances. Il propose de plus des solutions qui tablent sur l’ANR et les investissements d’avenir. Enfin l’ANCRE se positionne comme un super organisme : http://www.allianceenergie.fr/iso_album/assises-esr_contribution-ancre-complet-%5B2012-09-17%5D.pdf.

Que peut encore faire le ministère ?

S’il veut aller dans le sens des récentes déclarations de la ministre, il est de l’intérêt du MESR de s’appuyer sur une expression forte des scientifiques ne serait-ce que pour faire contrepoids au lobbying venant du patronat – grand et petit – mais aussi à celui des structures technocratiques qui gravitent autour des ministères ou des parlementaires (le lobbying en faveur du CIR en est un bel exemple).

Concernant les assises locales, il est souhaitable que le ministère recommande d’interpréter d’une manière large la notion « d’invitation ». En particulier que soient invités aux débats tous les acteurs de l’ES-R, public et privé. Il pourrait aussi demander que puissent s’exprimer, au cours des Assises régionales, les porte-paroles des diverses réunions « préparatoires » (dès lors qu’elles auraient réuni une participation significative). Il serait également utile que les organisations et associations les plus représentatives puissent donner leur avis sur le pré-rapport local. Enfin, il est capital de clarifier l’articulation entre les Assises et la loi : il doit être clairement annoncé que la préparation de la loi d’orientation, découlant des assises, fera l’objet d’une négociation.

Il est non moins évident que la réunion nationale doit être aussi un événement médiatique montrant aux journalistes et à l’opinion le bilan catastrophique de dix ans de droite et l’importance de l’ES-R pour le développement du pays dans toutes ses composantes. Et pour cela, il faut des assises locales réussies, qui recueillent un écho médiatique local, préparant une réunion nationale de mille participants et même nettement plus, si possible.

Si le ministère ne tenait aucun compte de ces suggestions, il prendrait le risque de voir la communauté scientifique prendre les initiatives nécessaires (auprès des instances scientifiques et universitaires, des chercheurs du secteur privé, des associations s’intéressant à la science, des élus, etc.) pour tenir ses propres Etats généraux, avant la discussion du projet de loi sur l’ES-R au Parlement, c’est-à-dire avant mars. Elle en a le temps et toutes les compétences.

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