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Jean-Luc Vayssière

Saclay : « Il faut que tous les acteurs soient représentés dans le futur gouvernement de l’ensemble, comme à Toulouse »

« Ce que je réclame, c’est de pouvoir contrôler mon destin, de préserver les caractéristiques de mon université et de leur permettre de féconder le projet. Je dois protéger les intérêts de ma communauté et ses projets novateurs : l’UVSQ a un profil spécifique, elle est un acteur du territoire et elle a une vraie mission sociétale. Il n’y a pas de raison pour que nous nous sacrifiions sur l’autel d’un grand projet unificateur… », déclare Jean-Luc Vayssière, président de l’UVSQ, dans un entretien à AEF accordé à la suite d’une tribune qu’il a postée sur son blog début septembre 2012, et dans laquelle il dénonçait un projet où « la place de l’UVSQ n’est visiblement pas souhaitée » (AEF n°171497). « J’ai une appétence forte pour Saclay, mais il faut faire évoluer le projet et son calendrier, pour qu’il prenne mieux en compte tous les acteurs et qu’ils soient tous représentés dans le futur gouvernement de l’ensemble, peut-être comme les toulousains viennent de le faire dans leur propre idex » (AEF n°172551), propose-t-il ainsi. Il revient également sur les caractéristiques de l’UVSQ et sur les priorités de son mandat.
AEF : Vous avez pris la présidence de l’UVSQ en avril dernier, après avoir été vice-président du conseil d’administration sous les mandats de Sylvie Faucheux. Quel cap souhaitez-vous donner à cette université ?

Jean-Luc Vayssière : Il faut d’abord savoir d’où l’on part. L’UVSQ est une « université nouvelle », ce qui veut dire qu’elle n’a que 21 ans. Quand elle a été créée, elle a été conçue comme une antenne universitaire de premier cycle, destinée à désengorger les universités parisiennes. L’évolution s’est faite ensuite vers une université de plein exercice, et l’UVSQ est devenue un établissement très tourné vers la recherche et très ancré sur son territoire au travers de ses relations avec les collectivités et avec le milieu économique. Nous avons un profil proche de celui de l’université de Cergy. Nous sommes la plus grosse université nouvelle, avec 18 800 étudiants, et nous avons 34 laboratoires de recherche. Nous apparaissons dans le classement de Taiwan et parfois dans celui de Shanghai. Nous avons des secteurs dans lesquels nous avons atteint un niveau international : les sciences de l’environnement, les matériaux et la chimie, l’informatique (notamment la cryptologie), le patrimoine, l’épidémiologie, et nous avons deux laboratoires de sociologie très visibles sur le plan national. Et nous sommes pluridisciplinaires…

AEF : Quelles sont donc les priorités de votre mandat ?

Jean-Luc Vayssière : Durant mon mandat, il va d’abord falloir mener à bien tous les projets déjà engagés : nous avons ainsi une douzaine de labex, deux cohortes (notamment une qui doit suivre 200 000 personnes, et l’autre qui est focalisée sur les étudiants), ainsi qu’un IEED dans le domaine automobile. Mais je souhaite aussi développer davantage l’interdisciplinarité, pour ancrer l’UVSQ dans le paysage et la différencier. Par exemple, nous avons un projet de création d’un institut autour de la criminologie, qui regrouperait des sociologues, des juristes et des médecins. C’est quelque chose que nous sommes capables de faire car nous avons une très solide faculté des sciences de santé. Je souhaite également identifier des niches, comme nous l’avons fait avec la cryptologie. Enfin, je veux dynamiser notre présence à l’international, en couplant recherche et formation.

AEF : Vous avez défrayé la chronique à la rentrée en publiant sur votre blog une prise de position assez tranchée sur le projet de campus Paris-Saclay, auquel vous participez en tant que membre de la FCS. Vous y estimiez que le projet était en train de s’essouffler et vous réclamiez une place plus importante pour l’UVSQ dans les instances de décision. Pourquoi cette sortie ?

Jean-Luc Vayssière : Ce qu’il faut retenir, c’est que le projet de Saclay intéresse l’UVSQ, mais qu’elle ne veut pas avancer sans savoir où elle va. Revenons un peu en arrière. Le précédent gouvernement – voire même ceux d’encore avant, avec la politique des PRES – a donné une forte impulsion en faveur des rapprochements entre universités. Nous nous sommes donc engagés dans le PRES UniverSud Paris, dans lequel, il est vrai, il ne s’est pas passé grand-chose. Puis est apparu le projet Saclay, dans lequel, très vite, une logique de structuration a accompagné la logique de partenariat, qui plus est avec d’autres acteurs (la FCS compte 19 membres, dont dix écoles, sept organismes et deux universités). Je note que partout ailleurs, les regroupements mettent au coeur de leur logique des universités, mais qu’à Saclay, comme à PSL, nous fabriquons un objet complexe.

Sont ensuite venus les appels à projets idex : l’idex 1 ne faisait aucune place au droit, à la médecine ou aux sciences de l’environnement, disciplines très importantes à l’UVSQ. Dès le départ, il y a donc eu un problème d’intégration partielle de l’UVSQ dans le projet Saclay. Dans l’idex 2, ces champs ont été pris en considération, et nous avons donc vu la possibilité de travailler sur des partenariats de plus grande ampleur. Sauf que dans le même temps, il y a eu de la part du jury une incitation très forte à ce que le projet se structure sur le plan institutionnel. À l’oral, les porteurs du projet Saclay se sont même engagés à aller plus loin sur ce plan de la structuration que ce que nous avions décidé par écrit…

AEF : Mais le projet de Paris-Saclay a toujours été, même sur le papier, de créer à terme une université. Pourquoi faire mine de le découvrir aujourd’hui ?

Jean-Luc Vayssière : Ce que je réclame, c’est de pouvoir contrôler mon destin, de préserver les caractéristiques de mon université et de leur permettre de féconder le projet. Je dois protéger les intérêts de ma communauté et ses projets novateurs : l’UVSQ a un profil spécifique, elle est un acteur du territoire et elle a une vraie mission sociétale. Il n’y a pas de raison pour que nous nous sacrifiions sur l’autel d’un grand projet unificateur…

AEF : Envisagez-vous donc de sortir du projet d’université Paris-Saclay ?

Jean-Luc Vayssière : Bien sûr que non, ce n’est pas mon propos. J’ai une appétence forte pour Saclay, mais il faut faire évoluer le projet et son calendrier, pour qu’il prenne mieux en compte tous les acteurs et qu’ils soient tous représentés dans le futur gouvernement de l’ensemble, peut-être comme les toulousains viennent de le faire dans leur propre idex. Il faut adopter une approche pragmatique et réaliste afin d’avancer sur un projet vraiment innovant.

AEF : Dominique Vernay (AEF n°171658) et Jacques Bittoun (AEF n°172910) ont récemment déclaré que l’engagement de l’UVSQ dans deux ensembles différents, Saclay et UPGO, leur posait question, et qu’il faudrait bien que vous choisissiez l’un ou l’autre à un moment. Que leur répondez-vous ? Estimez-vous possible de rester membre actif des deux projets ?

Jean-Luc Vayssière : Cette question est réglée. L’UVSQ et l’université de Cergy-Pontoise collaborent dans une logique partenariale de déploiement de projets qui apportent une plus-value en termes de moyens et de visibilité, au sein d’UPGO. Cette collaboration ne remet pas en cause notre participation à la structuration de l’Université Paris Saclay.

Dépêche du 17/10/2012, reproduite avec l’aimable autorisation d’AEF, Sarah Piovezan.

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