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Pierre Dubois

Former les ministres des cultes

Faut-il former les ministres des cultes, les cadres religieux au sein des universités ? La question n’est pas provocatrice. Elle est récurrente dans l’université de Strasbourg : cf infra, les contributions du regretté Etienne Trocmé et de Franck Fregosi. Elle est de nouveau posée à propos du projet LABEX “RES0. Religions et sociétés : textes, normes et pratiques”. Elle doit être débattue avec sérénité. En particulier dans cette période d’ouverture de la Grande Mosquée de Strasbourg.

Le projet RESO est piloté par Francis Messner, directeur de recherche au CNRS, directeur de l’UMR PRISME (organigramme), membre de l’équipe Société, droit et religion en Europe (SDRE), spécialiste du droit des religions. Il est co-auteur de Formation des cadres religieux en France. Une affaire d’Etat ? (avec Anne-Laure Zwilling, Genève, Labor et Fides, 2010). Je n’ai pas trouvé en ligne le projet RESO : help au lecteur du blog !

L’université de Strasbourg, dans le contexte très particulier du Concordat, possède une Faculté de théologie catholique, une Faculté de théologie protestante. Doit-elle ouvrir une Faculté de théologie musulmane ? Un Institut national de l’Islam ? Le Collectif Agir ensemble pour une université démocratique s’en émeut dans un communiqué publié le 9 juillet 2012 : “Excellence et laïcité à l’université de Strasbourg”.

Le texte d’Agir articule deux questions critiques. Celle du processus de décision et de financement des projets LABEX, dont le projet RESO retoqué par l’ANR et par le jury international (cet aspect n’est pas traité dans cette chronique). Celle de la création d’un Institut National de l’Islam.

Un Institut national de l’Islam qui aurait une mission de recherche, d’enseignement. Aurait-il, devrait-il avoir une mission de formation des Imams ? A l’université de Strasbourg, il existe déjà une spécialité Islamologie dans la mention du master Sciences et droit des religions. Rubrique “Insertion professionnelle” : “Formation d’universitaires ainsi que de cadres associatifs et religieux. Cette formation en islamologie et en droit musulman est susceptible d’intéresser un public important et diversifié, composé à la fois de cadres et d’intellectuels liés au monde musulman ainsi que de juristes et de spécialistes des sciences sociales… L’objectif de ce Master est d’apporter une contribution décisive à la formation initiale des responsables des institutions religieuses concernées. Question : combien de diplômés de ce master sont-ils devenus Imams ?

La formation des ministres des cultes catholique et protestante au sein de l’université date de l’époque moderne, de la Réforme et de la Contre-Réforme. Elle prend en compte l’évolution générale des formations. Dans la première moitié des années 80, Etienne Trocmé, par deux fois président de l’université Marc Bloch, impulse la création d’un DESS. Dans la chronique “Quiz. Président et Profession“, je citais Roger Mehl. “La tendance actuelle au niveau du gouvernement est de renforcer les liens entre l’Université et les futurs employeurs des étudiants ; pour la Faculté de théologie, ces employeurs sont par priorité les Églises et les œuvres qui gravitent autour d’elles. Aussi la Faculté s’est-elle hâtée de demander la création d’un nouveau diplôme de troisième cycle, le DESS dont la finalité est précisément de préparer, avec le concours des futurs employeurs, les candidats à l’exercice de leur profession. Le DESS de la Faculté comporte une journée d’enseignement théologique et trois journées de stage [par semaine]“…

Franck Fregosi, médaille de bronze du CNRS à 33 ans, est, à Strasbourg, un spécialiste de l’Islam contemporain en France et en Europe ; il étudie notamment les processus d’institutionnalisation, d’organisation et de gestion de l’islam dans l’espace européen”. Il a publié un texte faisant remarquablement un point historique sur les questions posées dans cette chronique et par le Collectif Agir : “Un cursus de théologie musulmane à Strasbourg : un enjeu national pour le devenir de l’Islam en France, un défi pour les musulmans d’Alsace”.

Sa conclusion. “De la même manière qu’un travail d’explicitation en direction des musulmans doit être poursuivi, sans ostracisme aucun (on ne peut pas toujours choisir ses interlocuteurs!), et sans fausse complaisance non plus, il faut enfin que les pouvoirs publics se prononcent clairement et en connaissance de causes. En son temps l’actuel ministre de l’intérieur avait écrit “qu’une grande politique d’intégration (devait passer par la création) d’une faculté théologique à Strasbourg pour former les imams. Qu’en est il aujourd’hui ?” Débattre.

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Tartakowsky, présidente de Paris 8

Communiqué de la présidence de l’université. “Le conseil d’administration, convoqué à 12h00 ce lundi 9 juillet 2012, a élu au premier tour de scrutin Madame Danielle TARTAKOWSKY présidente de l’université, qui a réuni la majorité absolue des suffrages (15 voix)”. Lire la suite du communiqué.

Éléments de CV de Danielle Tartakowsky. Née en 1947. Professeur d’histoire contemporaine. Publications.

Profession de foi pour l’élection à la présidence. Danielle Tartakowsky n’est pas aussi optimiste que Pascal Binczak dans sa lettre du 9 juillet 2012 : “Paris 8 est fort bien gérée“.

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Paris 8 est fort bien gérée

L’université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis ne fera pas partie des universités qui risquent la cessation de paiement en décembre 2012. Paris 8 est fort bien gérée. C’est Pascal Binczak, né en 1969, agrégé de droit public, président sortant de l’université, qui le dit dans une lettre de 8 pages adressée à ses “chers collègues”, le 9 juillet 2012.

Lors de sa première élection à la présidence de Paris 8 en octobre 2006, Pascal Binczak a “découvert une université affectée par de graves désordres financiers, comptables et administratifs : écritures comptables irrégulières…, résultats déficitaires, absence de pilotage au niveau central, dysfonctionnement de certains services agissant en autarcie ou réfractaires à toute acculturation institutionnelle… autant de facteurs structurels et conjoncturels ayant favorisé l’accomplissement de nombreuses irrégularités, turpitudes auxquelles s’ajoutait un risque sérieux d’isolement et de stigmatisation”…

Pascal Binczak n’est pas tendre pour ses prédécesseurs, présidents de Paris 8 (photos). Pour Pierre Lunel en particulier qu’il a fait mettre en examen pour “détournement de fonds publics” et “complicité d’escroquerie par abus de qualité“. Pour en savoir plus, lire la chronique du blog “Lunel mis en examen“. Question : Pierre Lunel a-t-il été jugé et condamné ?

Aujourd’hui, tout va bien mieux à Paris 8 : nombreux chantiers menés à terme avec succès, “dans le seul but de satisfaire l’intérêt général”. Je me félicite de ce redressement aux multiples facettes. Il faut reconnaître à Pascal Binczak un coup de génie, décrit en haut de la page 3 : de 2007 à 2011, “une optimisation progressive des supports d’emplois aura permis de faire évoluer notre masse salariale de 80 millions environ à 90 millions environ, soit une augmentation d’environ 10 millions d’euros. Cette optimisation a eu notamment pour effet de faire évoluer le ratio PR/MCF de 0,33 à 0,5, soit une proportion de un PR pour deux MCF actuellement [taux observé nationalement] contre un PR  pour trois MCF en 2006″.

“Depuis le 1er janvier 2012, lorsque a été transférée de manière stabilisée la masse salariale attribuée à l’établissement dans le cadre des responsabilités et compétences élargies (RCE), c’est donc surtout d’une masse salariale augmentée d’environ 10 millions d’euros dont peut désormais bénéficier annuellement Paris 8 pour ces prochaines années”. Je n’arrive pas à comprendre le raisonnement : ces 10 millions de plus ne servent-ils pas déjà à rémunérer les professeurs qui ont été recrutés entre 2007 et 2011 ?

Apparemment, Pascal Binczak a su utiliser l’opportunité d’un passage tardif aux RCE : obtenir 10 millions de plus par an. Intéressant d’observer que le ministère ait accepté sans broncher un tel subterfuge. Mais est-ce réellement un coup de génie ? L’université subira, comme les autres universités, les effets du glissement vieillesse technicité (GVT). L’impact du GVT sera d’ailleurs à Paris 8 plus important qu’ailleurs : les professeurs, recrutés entre 2007 et 2011, l’ont été dans la fourchette basse de la grille indiciaire ; les promotions à l’ancienneté et au choix sont donc devant eux. Dur, dur pour la nouvelle équipe présidentielle !

Le dernier paragraphe de la lettre du président Binczak comporte une phrase fort indigne : “la nouvelle direction de notre université saura maintenir le cap, faire face à l’adversité et défendre le fonctionnement démocratique de notre institution, ainsi que les valeurs et principes du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, menacés par tous les faux prophètes, les calomniateurs ou imposteurs en tout genre. symbolisant la défaite de ces derniers, l’élection à la présidence de Danielle Tartakowsky est d’abord la victoire de ces valeurs et de ces principes”Qui est visé par ces graves accusations ? Des noms, des noms ! Sont-ce là des propos dignes de la démocratie ?

Histoires de noms en page d’accueil du site. Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Surnom : “Paris 8 Université-Monde” (bas de la page 5). Paris 8, membre fondateur du Campus Condorcet. Et bientôt… Paris 8, membre fondateur de “l’Université Paris Lumières“, avec Paris 10… Paris 8 et sa Maison des Sciences de l’Homme avec Paris 13 et le CNRS… Autre chronique du blog : “Paris 8 a 40 ans“.

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Etudiant, vice-président d’université

La Conférence des étudiants vice-présidents d’universités (CEVPU) a organisé une rencontre nationale à Bordeaux du 5 au 8 juillet 2012. “La CEVPU a pour but de promouvoir les liens entre les étudiants VP. Elle veille à la mutualisation de leurs expériences et compétences”… La fonction de vice-président. Le rapport d’enquête sur le VPU.

Les 6 et 7 juillet, j’ai suivi les travaux de la rencontre nationale, participé à la réception à la Mairie (accueil par Josy Reiffers), à la visite du Musée du vin et du négoce, aux repas. La rencontre s’est déplacée d’une université de Bordeaux à l’autre. Album : 55 photos.

La table ronde “Un autre modèle pour l’enseignement supérieur et la recherche” a été particulièrement animée. Les deux intervenants, François Dubet et moi-même, n’ont pas pleinement convaincu (euphémisme !). Le projet de création d’Instituts d’enseignement supérieur, porté par ce blog, n’a aujourd’hui aucune chance d’être soutenu par les organisations étudiantes ! Chronique à suivre.

Les vice-présidents, réunis en assemblée générale le 8 juillet, ont élu la commission permanente. Florian Turc (photo ci-dessus) a été élu président. Il est vice-président étudiant de l’université Grenoble 1 joseph Fourier (composition de l’équipe présidentielle).

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CNESER. UNEF : 4 sièges sur 11

Suite de la chronique “CNESER. Étudiants tous désunis“. Résultats des élections étudiantes au CNESER. Rappel : le corps électoral est constitué par les étudiants élus dans les conseils centraux (plus de 2.000 électeurs). Début juin, Geneviève Fioraso a sécurisé le scrutin pour le mettre en conformité avec le Code de l’Éducation : les élus suppléants au Conseil d’administration ont été exclus du corps électoral).

Selon les informations fournies par des organisations étudiantes, l’UNEF obtient 4 sièges (-1), la FAGE, 3 (+1), PDE, 2,  Uni/MET, 1, Cé, 1, Sud, 0. Il semblerait que ces élections fassent l’objet d’un recours de la part de l’UNEF. Un contentieux de plus !

Quatre communiqués : UNEF, FAGE, PDE, Cé. Communiqué de l’UNEF. “L’UNEF remporte les élections au CNESER et confirme sa place de première organisation étudiante. Avec 36,3% des suffrages exprimés et 4 élus sur 11, l’UNEF est à nouveau sortie victorieuse des élections... Avec plus de 220 voix d’avance sur la deuxième organisation, l’UNEF arrive largement en tête de ce scrutin. Ce score confirme les très bons résultats électoraux obtenus par l’UNEF dans tous les établissements universitaires de France. A ce jour, l’UNEF est la seule organisation étudiante présente dans l’ensemble des conseils d’administration de France”.

“Une élection en aucun cas comparable aux scrutins précédents. Malgré la progression du pourcentage de voix réalisées par l’UNEF (36,3% contre 33% en 2010), l’UNEF perd un siège par rapport au scrutin de 2010. Ce décalage entre la progression en pourcentage de voix et le nombre de sièges obtenus s’explique par la décision du ministère de modifier en cours de route les règles régissant le scrutin. Lire la suite du communiqué de l’UNEF.

Communiqué de la FAGE. La FAGE progresse au détriment de l’UNEF. Les résultats des élections de représentants des étudiants au CNESER 2012 viennent de nous parvenir, il semble que le scrutin soit controversé avec un grand nombre de bulletins invalidés par les instances chargées du dépouillement”.

Des recours dans l’air. Est-ce une erreur imputable au ministère de l’Enseignement Supérieur ou aux universités ? Selon nos sources, des établissements entiers comme l’université d’Orléans, l’université de Lorraine, ou encore Lyon 1 et Nice  pour de codes alpha numériques non conformes… Pour Toulouse 2, Clermont 1, Grenoble 1, l’erreur serait imputable aux universités. Quoi qu’il en soit, l’Unef prétend avoir perdu 70 voix et s’apprêterait à poser un recours, la Fage aussi pénalisée pourrait faire de même. Si l’erreur venait du ministère, la recevabilité des recours serait de plein droit. Le nombre d’enveloppes invalidées serait supérieur à 300 mais combien d’entre elles seraient dues à une erreur ouvrant recours… Nous attendons plus d’informations. Seul résultat significatif: la FAGE  progresserait en gagnant un siège au détriment de l’UNEF, qui malgré une progression en voix, en perdrait un siège. L‘Unef reste tout de même en tête, maintenant sa position de 1ère organisation représentative”.

Une représentation étudiante faussée, un chantier pour Geneviève Fioraso. Au-delà d’amener des difficultés dans le scrutin en cours, la non participation des élus suppléants des CA entraîne un déséquilibre flagrant de la représentation des étudiants des universités au profit des étudiants des écoles votants au CNESER”. La sous-représentation des étudiants en universités est initialement due à la loi LRU qui a conduit à une diminution du nombre d’élus étudiants dans les universités. Depuis l’application de la loi, ce sont plus de 1000 élus étudiants qui ont disparu du corps électoral du CNESER”.

“Afin d’éviter un déséquilibre de représentation, le ministère avait à l’occasion des élections de 2008 intégré les élus suppléants des CA dans les électeurs au CNESER. Pour des raisons juridiques, le ministère vient donc de revenir sur cette décision. En supprimant le droit de vote des élus suppléants, c’est le poids des élus étudiants au sein des écoles qui atteint un niveau démesuré. Alors qu’elles ne représentent que 8,2% des étudiants inscrits dans les établissements votants au CNESER, leurs élus représentent depuis cette décision 25% du corps électoral”.

Communiqué de PDE. “En obtenant 311 voix, Promotion et Défense des Etudiants enregistre un score historique depuis sa création en 1994, une progression de +30% sur la représentativité étudiante. PDE est incontestablement la 3ème organisation étudiante représentative. Les résultats des élections 2012 ont hélas été entachés par des problèmes survenues lors du dépouillement qui ont empêchés le bon déroulement du scrutin. Ces difficultés font suite à la suppression de plusieurs centaines de voix pour une erreur très probablement de nature administrative“…

Communiqué de CÉ. La Cé confirme son implantation dans le paysage universitaire. 10 ans après sa création la Confédération étudiante confirme, à l’issue du scrutin du CNESER et pour la 4ème fois consécutive, son implantation dans les établissements d’enseignement supérieur. Cette année a pourtant été marquée par de nombreuses attaques au projet de la Cé de la part du Ministère de l’enseignement supérieur”.

“En effet, à la rentrée 2010, le Ministère de l’Enseignement supérieur a brutalement décidé d’arrêter d’honorer ses engagements en supprimant les subventions accordées au financement des projets pluriannuels de la Cé visant à améliorer l’insertion professionnelle (mise en place des réseaux d’anciens, publication des taux de débouchés…) et l’accès au logement des étudiants (lutte contre les arnaques, organisation de la Conférence nationale du Logement étudiant…)”.

“En coupant toutes ces subventions qui représentaient une part importante du budget de la Cé (150 000€ par an pendant deux ans) et en finançant sans raison apparente à hauteur de 700 000 € par an l’Uni-Met, dernière organisation représentative, les précédents Ministres de l’Enseignement supérieur Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez ont clairement fait le choix de l’engagement étudiant partisan en plein campagne électorale”…  Suite du communiqué de Cé.

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Quiz. Six personnalités du SUP

Ces six personnalités de l’enseignement supérieur ont participé à la rencontre nationale étudiante (quiz : “Des étudiants impliqués“). Quiz : qui sont-elles ? quelle est leur fonction actuelle ?

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Quiz. Des étudiants impliqués

Du 5 au 8 juillet 2012, une soixantaine d’étudiants ont participé à une rencontre nationale dans une grande ville universitaire. Quiz. Le nom de cette ville ? L’objet de la rencontre ? A quelles universités appartiennent les étudiants photographiés les 6 et 7 juillet ? Leur nom et leur discipline d’études ?

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Prof par promotion ou mutation

20ème chronique sur les Comités de sélection. La dernière traitait de la mise au concours “d’un poste de professeur en Littérature française de la Renaissance à l’université de Strasbourg. Le Conseil d’administration a rejeté la proposition du comité de sélection qui avait classé 4 candidats “externes” et n’avait pas classé une candidature locale. Le CA a retiré du concours le poste de professeur”.

Quand une université décide de mettre un poste de professeur au concours, un comité de sélection est créé ; il auditionne un certain nombre de postulants, émet une proposition de classement qui est ou non validée par le président de l’université. Les comités de sélection peuvent souhaiter promouvoir au grade de professeur des candidats “internes” ou “externes” à l’université (le plus souvent des maîtres de conférences), ou mettre en tête du classement des candidats déjà professeurs (procédure de mutation). Une question en deux temps. Les comités de sélection privilégient-ils les candidatures internes, dites “locales”, ou externes (dont les demandes de mutation) ? Quelles sont les données qui permettent de répondre ?

Dans une situation où chacun a des idées bien arrêtées (je suis personnellement partisan des recrutements externes), il faut débattre : bienfaits et méfaits, points forts et points faibles, atouts et inconvénients des recrutements internes et externes, dits également endo ou exo-recrutements ? Trois contributions analysées dans la chronique d”aujourd’hui : celles Olivier Beaud, de 3 enseignants de Poitiers, et de Pierre, professeur de mathématiques. La parole est aux lecteurs : tous les commentaires sont bienvenus !

Les données ? Elles sont très lacunaires et ne permettent pas de comparaison historique (taux de “localisme” pratiqué par les comités de sélection et par les ex-commissions de spécialistes). Souhaitons que Geneviève Fioraso fasse établir rapidement des données permettant des comparaisons d’année en année.

Dans un article de mars 2012, Olivier Beaud, professeur de droit public à Paris 2, fait une analyse remarquable de la réforme du recrutement introduite par la loi LRU : prétendre que la loi LRU a amélioré le recrutement est une assertion erronée. Bien au contraire, le nouveau système l’a aggravé”… “La seule question qui vaille est celle de savoir si l’instauration des comités de sélection a réussi à lutter efficacement contre cette tendance [le localisme]“. Mais Olivier Beaud ne fournit pas de preuve statistique de ses conclusions : en l’absence d’éléments statistiques fiables, prouvant le contraire, on peut affirmer que cette ambition a échoué ; d’ailleurs elle ne pouvait qu’échouer en raison des pouvoirs trop importants accordés à l’équipe présidentielle”.

Des chercheurs de l’université de Poitiers ont établi empiriquement le degré de mobilité géographique des enseignants-chercheurs français (communication à Montréal en mai 2012 et résumé sur le blog de l’un des auteurs, Olivier Bouba-Olga). Leur analyse est intéressante à plusieurs titres. 1. Elle se fonde sur une base de données de 12.585 individus qui ont soutenu leur thèse entre 1970 et 2000 et qui sont ensuite devenus directeurs de thèse, mais la communication ne précise pas le statut de ces directeurs (MCF HDR ou professeurs). 2. Les auteurs distinguent le localisme d’établissement (diriger une thèse dans l’établissement où l’on a soutenu sa thèse) et le localisme régional (diriger une thèse dans la région où l’on a soutenu sa thèse).

Résultats : le taux de localisme d’établissement et de localisme régional sont respectivement de 43,6% et 63,5%. En Île-de-France, le localisme d’établissement est plus faible et le localisme régional équivalent (29,4% et 61,1%).

Les auteurs sont cependant conscients des limites de leur analyse : elle ne distingue pas les MCF HDR et les professeurs ; elle ne dit rien sur l’impact des comités de sélection ; elle ne prend pas en compte les éventuelles mobilités intermédiaires (thèse dans un établissement x, recrutement dans un établissement y, première thèse dirigée après retour dans l’établissement x)…

Pierre, professeur de mathématiques, estime, dans un commentaire du blog, qu’il est parfaitement possible de connaître et de publier les taux d’endo-recrutement et d’exo-recrutement. “Comme cela se pratique en informatique et en mathématiques, publier ouvertement sur un site dédié les résultats de tous les recrutements, calculer et publier l’indice de mobilité académique”. L’AMI, Academic Mobility Index, est “le nombre de chercheurs et enseignants-chercheurs permanents (MC, PR, CR, DR) dans un laboratoire qui ont été formés et ont passé leur thèse dans un autre établissement (pour les MC et CR) ou qui ont été MC ou CR ailleurs (pour les PR et DR), divisé par le nombre total de permanents”.

De 2000 à 2012, l’AMI a fortement progressé : il a atteint 85% en 2012, taux de mobilité extrêmement fort. Ce taux est-il spécifique à ces deux disciplines ? Une limite : l’AMI ne distingue ni les grades (MCF ou PR), ni les statuts (chercheur ou enseignant-chercheur). Les résultats publiés ne permettent donc pas de mesurer l’impact du recrutement par les comités de sélection LRU.

D’autres sources de données, plus ciblées que les précédentes car concernant les recrutements des professeurs par promotion ou mutation et ce par grandes disciplines, ont été signalées en commentaire par Tétard. Elles seront analysées dans une chronique prochaine.

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Alain Bonnin… après 5 mois

Alain Bonnin a été élu, le 4 juillet 2012, président de l’université de Bourgogne (communiqué de l’université et photo diffusée par le service de communication). Il succède à Sophie Béjean. Les premières élections aux conseils centraux avaient eu lieu les 14 et 15 février. Près de 5 mois d’attente avant d’être élu président.

Le blog a consacré 15 chroniques à ces élections. Pour celles et ceux qui veulent archiver, en voici les textes et leurs commentaires dans leur intégralité : cliquer ici pour accéder aux 24 pages.

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Conflit dans la direction informatique

Le conflit en cours dans la direction informatique de l’université de Strasbourg me rajeunit de près de vingt ans. En 1993-1994, j’ai dirigé une recherche internationale sur l’informatisation de la gestion dans les universités. En France, c’était l’époque de la conception, du développement et de la diffusion des premiers logiciels de gestion dans les universités : Nabuco (gestion des finances), Apogée (gestion de la scolarité), Harpège (gestion des personnels). Les résultats de cette recherche ont été publiés, en 1997, dans un numéro spécial de la Revue Sociétés Contemporaines, numéro aujourd’hui en ligne.

Dans ce numéro, j’ai publié un article sur les transformations de l’organisation universitaire selon plusieurs logiques en tension et en conflit : complexification, diversification, rationalisation, évaluation. Depuis 20 ans et à un rythme rapide, l’informatique universitaire n’a pas arrêté de se complexifier, de se diversifier, de se rationaliser, d’être évaluée. La grille de lecture que nous avions utilisée au milieu des années 90 peut être mobilisée pour comprendre le conflit en cours à l’université de Strasbourg.

Les syndicats des personnels de cette université ont publié, le 2 juillet 2012, un communiqué sur la Restructuration du service de la Direction informatique.

Les syndicats contestent “la nouvelle proposition de réorganisation de la DI issue des travaux du cabinet ADVAL… Le consultant, en étroite collaboration avec le directeur de la DI, n’a tenu aucun compte du travail réel exécuté par les agents, alors que ceux-ci mettent en œuvre au quotidien des stratégies, des collaborations et des synergies tout autres que celles ayant fait l’objet du rapport de consultance. Négligeant l’importance de l’augmentation considérable des charges intervenues ces dernières années avec la fusion et les nouveaux projets”

En fin de communiqué, les syndicats posent trois questions dont celles de “la légitimité du directeur actuel de la DI, de la pertinence d’un nouveau recours infructueux et dépensier à une société de consultance en période de restriction budgétaire”.

Entrer plus avant dans la complexité, la diversité, la rationalité et l’évaluation des services informatiques de l’université de Strasbourg. 34 services centraux dans cette université : 15 domaines d’appui aux missions, 11 domaines de gestion des ressources, 8 services directement rattachés à la présidence. La direction informatique constitue un des domaines de gestion des ressources (organigramme).

Mais il y a aussi une direction des usages numériques. Cette dernière dispose d’un portail spécifique, publie une Newsletter numérique. L’université a été la première université à se doter dès 2010 d’un Schéma directeur numérique.

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Ayrault moins bien que Pécresse ?

Assemblée nationale, 3 juillet 2012. Jean-Marc Ayrault, discours de politique générale. Neuf phrases seulement sur l’enseignement supérieur et la recherche : elles sont reproduites ci-dessous in extenso. Décevant, plus que décevant ! Le premier ministre semble vouloir consolider la politique menée par Valérie Pécresse. Un comble !

Loi de programmation début 2013 et non abrogation de la LRU : pour une “autonomie réelle” des universités ; Valérie Pécresse avait foncé : loi LRU dès août 2007. Pilotage de l’excellence par le commissariat général à l’investissement : priorité à l’innovation et au transfert technologique sur la recherche fondamentale ; pas de mention des grands organismes de recherche affaiblis par la droite. Insistance mise sur l’insertion professionnelle (BAIP créés par la droite) sans en penser le fondement indispensable : la réforme de l’ensemble du premier cycle du supérieur.

A la consolidation des réformes pécressiennes, Jean-Marc Ayrault ajoute quelques annonces sans en préciser l’importance, le calendrier et le financement. Ces réformes sont fort coûteuses : réforme de la formation des maîtres (retour aux IUFM ?), davantage de logements étudiants, allocation d’étude et de formation.

Des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche prépareront une loi de programmation qui sera présentée au Parlement au début de l’année 2013″…

“La compétitivité structurelle est une des clés essentielles du redressement. Comme dans d’autres pays européens, la spécialisation autour de créneaux porteurs, d’innovation, la valorisation de produits de qualité, fonderont notre stratégie industrielle. Oui je veux donner à la France une compétitivité dans le domaine des nouvelles technologies ; faire émerger de nouveaux champions nationaux, voire européens ; et pour cela nous prendrons appui sur le Commissariat général à l’Investissement où Louis Gallois a été nommé par le Conseil des Ministres, et qui devra soutenir des projets d’excellence au service de l’innovation et de l’économie de demain”.

“La formation initiale des professeurs sera rétablie et les écoles supérieures du professorat et de l’éducation seront instituées au sein des universités. Le gouvernement proposera la loi sur les universités pour réaffirmer et garantir son bon fonctionnement et son autonomie réelle. L’engagement présidentiel de créer une allocation d’étude et de formation, sous condition de ressources, sera mis en œuvre et nous augmenterons le nombre de logement étudiant [sic]“.

“Nous redonnerons aussi toute sa place à la recherche. A l’ère de la société de la connaissance, le rôle de la science et de la recherche fondamentale doit être réaffirmé. Il nous faudra renforcer les liens entre universités, grandes écoles, laboratoires de recherche et entreprises, pour que les études supérieures débouchent véritablement sur une insertion professionnelle et concourent à la réussite du redressement productif”.

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Musées Wurth, art et industrie

Würth est une firme allemande qui vend aux professionnels du matériel de fixation et d’assemblage. “L’objectif et la particularité de l’engagement culturel de Würth est d’établir un lien entre l’art et le monde du travail. C’est ainsi que sont nés les musées, sur l’initiative de Reinhold Würth, qui collectionne depuis plus de 35 ans des œuvres d’art modernes et contemporaines“. L’art chez Würth. La collection.

Dans la série “Découvrir l’Alsace“. Le Musée Würth à Erstein (Bas-Rhin). Exposition jusqu’au 2 septembre 2012, Xenia Hausner, Flagrant délit. Photographies autorisées dans le musée. Album 1 : 44 photos. Album 2 : 55 photos.

Exposition antérieure à Erstein. 2011, Anselm Kiefer. Album de 90 photos.

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La Réunion et les absents au CA

Université de La Réunion. Les élections aux Conseils centraux ont eu lieu le 7 juin 2012. Au conseil d’administration, les listes soutenant la réélection de Mohamed Rochdi ont obtenu 12 des 14 sièges enseignants (chronique du 10 juin : “Mohamed Rochdi sera réélu“). Le challenger, Philippe Jean-Pierre, a déposé un recours (chronique du 28 juin : “Et un recours de plus“). Le recours a été rejeté le 22 juin.

L’élection du président pouvait donc avoir lieu le 2 juillet comme prévu. Seul candidat à la présidence et après avoir présenté les principaux axes de sa nouvelle mandature, Mohamed Rochdi est réélu, obtenant 15 voix (communiqué).

“17 membres sur les 21 élus du CA étaient présents ou représentés”. Lors de ce premier CA après les élections aux conseils centraux, il y avait donc 4 absents. Il y en avait davantage puisque les 17 conseillers qui ont participé à l’élection étaient “présents ou représentés”. En cas d’absence, les conseillers peuvent en effet donner une procuration de vote à un(e) des présent(e)s. Combien de représentés ? Un absentéisme de l’ordre de 25% lors de la séance solennelle d’élection du président : du jamais vu !

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Les sociologues et l’évaluation

26 juin 2012, communiqué du CA de l’Association des sociologues de l’enseignement supérieur. “L’ASES demande l’abrogation du décret du 23 avril 2009 posant le principe de l’évaluation individuelle, systématique et récurrente des enseignant.e.s-chercheurs.e.s.”. Lire aussi ma chronique du 7 juin 2012 : “Il refuse l’évaluation individuelle“, et celle du 14 décembre 2011 : “L’évaluationnite des enseignants-chercheurs, ça suffit !“.

Extraits du communiqué de l’ASES. “Le gouvernement aurait intérêt à interroger tant le paradigme évaluatif que la “fièvre évaluative” qui saisit nos sociétés. A l’appui de cette demande, l’ASES présente un certain nombre d’arguments qu’elle souhaite introduire dans les débats à venir sur le statut”.

Les arguments de l’ASES contre l’évaluation individuelle, systématique et récurrente [tous les 4 ans] : illusion du “pilotage de l’excellence” ; le travail nié, la recherche étouffée ; risques pour la santé ; coûts cachés de l’évaluation ; finalités opaques de la réforme ; dangers de la modulation des services, même volontaire”.

75 chroniques du blog sur l’évaluation.

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Salaires des enseignants et éboueurs

Paris, 27 juin 2012, rencontre de Geneviève Fioraso avec l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information à la Cité des sciences et de l’industrie. Elle annonce la couleur : Les assises, prévues à l’automne, ne seront pas des états généraux sur la seule condition des chercheurs et des enseignants-chercheurs”.

Les salaires des chercheurs et des enseignants chercheurs ne seront donc pas à l’ordre du jour des Assises. Samuel Bliman, chroniqueur régulier de ce blog, a pourtant bien fait de me rappeler un article de Btissam Bouzidi, Touria Jaaidane, Robert Gary-Bobo. “Les traitements des fonctionnaires français, 1960-2004 : la voie de la démoralisation ? L’exemple des éboueurs et des enseignants”, janvier 2007. Texte sur le site de l’ANCMSP. Jean-Richard Cytermann, aujourd’hui directeur-adjoint du cabinet de la Ministre, est remercié par les auteurs pour ses commentaires.

Conclusion de l’article. “Notre reconstitution historique des salaires a montré que le pouvoir d’achat des professeurs du secondaire, des maîtres de conférences et des professeurs des universités a baissé de 20% en 25 ans, de 1981 à 2005. Les hiérarchies salariales se sont tassées, le rapport entre salaire de début et de fin de carrière pour un professeur certifié, par exemple, étant tombé dans la même période de 2,5 à 1,8″…

“Les traitements de base des fonctionnaires semblent tous avoir été entraînés vers le bas, par le “tournant de la rigueur”, entamé en fait dès 1982. Les syndicats de la fonction publique n’ont pas eu le pouvoir de (ou n’ont pas voulu) s’opposer à ces baisses de pouvoir d’achat. Nous émettons enfin l’hypothèse que l’acceptation par les fonctionnaires du déclin salarial se double d’un prix à payer très important, mais seulement en partie observé, en termes d’effort des agents, de qualité du service, et de qualité des recrutements. Le déclin salarial accompagne donc, selon toute vraisemblance, une décadence du service public lui-même, et dont les conséquences possibles à long terme sont inquiétantes”.

Les choses ne se sont pas arrangées depuis 2005. Quelle est la baisse du pouvoir d’achat des enseignants-chercheurs entre 2005 et 2012 ?

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Pierre Dubois

Science/Fiction au coeur du vivant

Strasbourg, station de tram “Université”. Science / fiction, voyage au cœur du vivant. Expo-extérieure, organisée par le Jardin des sciences et l’INSERM. Jusqu’au 1er septembre 2012. En savoir plus.

Album de 35 photos (28 juin 2012). Les romans de Jules Verne ont très certainement inspiré de nombreuses carrières scientifiques. Pour lui faire écho, l’Inserm a convié Bernard Werber, écrivain français connu notamment pour sa “Trilogie des Fourmis” à imaginer de courtes histoires illustrant chaque panneau.

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Pierre Dubois

Quiz. Ecrire et progresser

Quand, banni de Genève, Jean Calvin arrive à Strasbourg en 1538, il a 29 ans. Il réintégrera Genève en 1541. Durant son séjour strasbourgeois, il mène de front un encadrement pastoral auprès de la communauté francophone, un enseignement de théologie à la Haute école de Jean Sturm, une activité de penseur et d’écrivain. Il publie en 1539 un Avis au lecteur, sorte de préface à son ouvrage de 1536, Institutio christianae religionis.

Source. James Hirstein, “Les avis au lecteur de l’Institutio de 1539 et de l’édition française de 1541“, in Jean Calvin  : les années strasbourgeoises (1538-1541), textes réunis par Matthieu Arnold, Presses Universitaires de Strasbourg, 2010.

Écrire pour progresser et progresser pour écrire. “L’Institutio, en latin et dans ses versions françaises, fut pour Calvin un changement permanent, qu’il reprenait de façon continue en fonction de ses lectures. A ce titre il n’avait donc pas tort d’écrire, avec …, qu’il s’efforçait “d’être au nombre de ceux qui écrivent à mesure qu’ils progressent et qui progressent à mesure qu’ils écrivent (James Hirstein).

Quiz. Qui est l’auteur originel de cette maxime… qu’il serait bon de méditer chaque jour ?

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Pierre Dubois

Quiz. Sculpteur : un regard moderne

Quiz. Qui a sculpté ces 4 œuvres ? A quelles dates ? Où sont-elles exposées actuellement ? Quel est leur titre ?

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Pierre Dubois

Licence : instaurer un jury final

Les étudiants de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) se félicitent de la publication tant attendue de la circulaire relative au jury régional du diplôme d’État d’infirmier. Celle-ci prend en compte l’universitarisation de la formation (3 ans d’études, 6 semestres, 180 crédits ECTS, modalités de contrôle des connaissances, délivrance d’une licence et du diplôme d’État).

La circulaire précise. Les étudiants doivent avoir validé les 5 premiers semestres de la formation, et participer à l’ensemble des stages et des épreuves du S6, pour être présentés au jury DE. La commission d’attribution des crédits qui se déroule pendant le S6 doit prendre en compte la totalité du parcours de formation de l’étudiant, et est habilitée à attribuer les ECTS manquants pour les semestres 1 à 5 inclus. La validation de la pratique de l’ensemble des actes et techniques doit se faire par rapport au parcours global de l’étudiant, au regard du niveau de compétence requis pour un infirmier nouvellement diplômé. L’étudiant a le droit de se présenter à 4 sessions pour le semestre 6″.

Spécificités du diplôme d’infirmier : il demeure un diplôme d’Etat, ce qui justifie l’existence d’un jury régional. Ses décisions sont précédées par celle d’une commission d’attribution des crédits. La transposition de cette commission en licence universitaire me semblerait nécessaire ; elle jouerait le rôle d’un jury souverain en fin de troisième année de licence, jury prenant en compte l’ensemble du parcours étudiant.

Dans la situation présente, les jurys de licence sont des jurys semestriels et quelquefois annuels. Ils peuvent décider d’attribuer des points de jury (les crédits ECTS manquants). Les jurys de 3ème année fonctionnent de la même manière, mais, dans les faits, ils se constituent en jurys officieux de l’ensemble des parcours étudiants :on lui donne la moyenne en S6 pour qu’il obtienne la licence” ?

Le problème est que ce jury de 3ème année mélange, dans la même séance, deux fonctions : il juge les résultats de la 3ème année et, par nécessité mais largement “à l’aveugle”, les résultats des 3 années. Mais sa composition n’est pas représentative puisque n’y sont convoqués que les enseignants de L3.

La commission d’attribution des crédits, transposée en licence universitaire, aurait le mérite d’instaurer un jury final. Elle serait composée d’enseignants des 3 années de licence, fonctionnant en équipe pédagogique réelle et connaissant chacun des étudiants. Le parcours triennal de chaque étudiant serait présenté par un enseignant et, au vu de ce rapport sur les connaissances et compétences acquises, la commission déciderait d’attribuer ou non, à telle ou tel, les points manquants dans tel ou tel semestre et donc, au final, de délivrer ou non la licence.

Cette réforme partielle des modalités de contrôle des connaissances en licence aurait plusieurs mérites : elle ferait baisser la pression sur les jurys de 1ère année de licence, incités à distribuer des points de jury pour faire progresser le taux de passage en 2ème année. Elle prendrait réellement en compte chacun des parcours étudiants et surtout l’ensemble de ces parcours. Elle limiterait le risque que “la licence soit bradée”.

Cette réforme pourrait être un préalable à une réforme plus ample. 1. Le retour à l’annualisation de la licence (fin de la semestrialisation), et donc à une progression du nombre de semaines de cours. 2. La fin de 2ème session d’examens, si chère à l’UNEF…

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Pierre Dubois

Inégalités sociales et scolaires

Mesurer les inégalités sociales, sources des inégalités scolaires, est une question essentielle et récurrente. Y a-t-il démocratisation de l’accès et de la réussite au baccalauréat, puis aux études supérieures ? Mais ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, en utilisant par exemple des “odds ratio” ? Démonstration par François, commentateur et chroniqueur fidèle du blog.

Texte envoyé par François. “Comment les “odds ratio” amènent Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, ex-directeur des études de Sciences Po Paris, à faire des déclarations aberrantes au Monde ? Cités par des intervenants ignorant tout des probabilités et des statistiques, les résultats obtenus en utilisant les “odds ratio” deviennent de remarquables éléments de désinformation.

A partir de ce qui semble une réalité et qui figure dans un article du 5 juillet 2011 de l’Observatoire des inégalités, 90,6% des enfants d’enseignants et 40,7% des enfants d’ouvriers non-qualifiés ont obtenu leur bac en 2002, l’Observatoire titre: “Les enfants d’enseignants ont 14 fois plus de chances que ceux d’ouvriers non-qualifiés d’être titulaires du bac”.

Affirmation a priori stupéfiante. De toute évidence, les enfants d’enseignants n’ont que 90,6 / 40,7 = 2,2 fois plus de chances que ceux d’ouvriers non-qualifiés d’être titulaires du bac. Et non 14 : si 40,7% des enfants d’ouvriers non-qualifiés obtiennent leur bac, il faudrait pour atteindre ce rapport que … 570% des enfants d’enseignants l’obtiennent également, ce qui n’a aucun sens.

En fait, ce qui est égal à 14 est le rapport entre les chances d’avoir le bac PLUTÔT QUE DE NE PAS L’AVOIR (odds ratio ) pour chacune des deux catégories (90,6 / 9,4 = 9,64 pour le fils d’enseignant et 40,7 / 59,3 = 0,69 pour le fils d’ouvrier non-qualifié), ce qui n’a rien à voir. Or dire qu’en 2002 “les enfants d’enseignants ont 14 fois plus de chances que ceux d’ouvriers non-qualifiés d’être titulaires du bac”, n’est pas innocent, c’est pratiquement appeler à une insurrection justifiée … Si le rapport est 2,2, c’est simplement affirmer aux pouvoirs publics : “peut et doit mieux faire”.

On pourrait se demander si l’Observatoire des inégalités a écrit son titre en faisant preuve d’une malhonnêteté intellectuelle délibérée ou par ignorance des rudiments des probabilités et des statistiques. Je penche plutôt pour la deuxième hypothèse (ou un mélange des deux …), car l’Observatoire parle dans le même article d’une probabilité égale à 9 … donc d’un événement 9 fois plus probable qu’un élément certain…

Le titre de l’Observatoire des inégalités a été repris un mois plus tard, légèrement modifié, dans une interview de Laurent Bigorgne, parue dans le Monde du 2 août 2011 : “… il y a toujours ces deux équations insupportables : la première, c’est qu’un fils d’ouvrier a quatorze fois moins de chances qu’un fils de cadre de décrocher le bac, … Si on cherche à nier ces réalités-là, on se plante.

Là je crois que c’est bien Laurent Bigorgne qui s’est planté, sans doute par la faute de l’Observatoire des inégalités et des odds ratio”… Comment utiliser les statistiques dans le débat public ? Il faut en débattre.