Les MOOCs, instruments de domination sociale ? Comme le système éducatif lui-même !

Publie par christine-vaufrey le août 26th, 2014 dans la categorie conception de cours, enseignement supérieur, MOOC, Non classé Tags: , , , , , ,  •  14 Commentaires

cuillere-d-argent2Actuellement, c’est Ludovia, l’université d’été consacrée au numérique à l’école organisée dans un charmant village de l’Ariège, où la majorité des enseignants de l’éducation nationale actifs sur Internet se retrouvent chaque année. Je ne suis pas à Ludovia, mais je regarde ce qu’il se dit sur Twitter de cet événement. Et ce matin, je lis que Dominique Cardon, participant à la soirée inaugurale hier soir, aurait dit que « Les MOOCs permettent à ceux qui en savent déjà beaucoup d’en savoir encore plus ». Ces propos sont rapportés par une personne présente dans la salle et s’adonnant au live tweet, pas par Cardon lui-même, je le précise. Et je me doute bien qu’un tweet simplifie beaucoup la pensée de notre sociologue préféré.

Quoi qu’il en soit, en lisant ces mots, je grimpe au lustre, comme Manuel Valls le week end dernier mais pas tout à fait pour les mêmes raisons : quoi ! Cardon tire sur les MOOCs en les accusant d’être des instruments de domination sociale, de renforcer la position de ceux qui ont déjà tout ! Et je pense au discours exactement inverse que nous tenaient les grosses compagnies américaines qui ont lancé la vogue des MOOCs : enfin, le savoir est accessible à tous, partout, sans considérations de fortune, de localisation, de diplômes… Alors, sommes-nous dans une xième illustration de notre amour immodéré pour la théorie du complot (« ils avancent masqués et sous couvert de démocratisation ils imposent leur loi, leur ambition est de nous faire disparaître et de régner sans partage », discours bien connu dès qu’il s’agit de réagir à une initiative américaine), ou dans un formidable ratage ?

Lire la suite »

La France, bientôt championne des Moocs premiums ?

Publie par christine-vaufrey le juillet 22nd, 2014 dans la categorie conception de cours, enseignement supérieur, MOOC, utilisation ressources numériques Tags: , , , , ,  •  10 Commentaires

EtretatRécemment, j’ai lu quelque part sur Internet que dans le cadre de l’OpenCourseWare du MIT, de nouveaux cours sur la photographie étaient disponibles. L’OpenCourseWare, c’est l’ancêtre d’EdX : un espace en ligne, accessible à tous, dans lequel on trouve des dizaines de milliers de ressources créées par les enseignants du MIT, rattachées à des cours qui ont effectivement été dispensés dans cette célèbre institution. L’OCW comme on l’appelle quand on est branché est né en 2001 et ambitionnait à l’époque de rendre le meilleur de l’enseignement mondial accessible à tous partout dans le monde, une rhétorique qui rappellera quelque chose à ceux qui ont suivi la mise sur orbite des Moocs aux Etats-Unis. Et les mêmes se souviendront que ça n’a pas du tout fonctionné comme annoncé : beaucoup moins de connexions que prévu, des réussites sociales / éducatives directement liées à l’utilisation de ce matériel en tout petit nombre mais en revanche une excellente image de marque pour le MIT apparaissant comme le bienfaiteur du monde. Lire la suite »

Moocs et emploi : en France, c’est pas gagné

Publie par christine-vaufrey le mai 8th, 2014 dans la categorie enseignement supérieur, MOOC Tags: , , , , , ,  •  9 Commentaires

small__33630574J’ai beaucoup apprécié la tribune de Julia Stiglitz sur Educpros, « Pourquoi l’éducation en ligne est indispensable dans le monde d’aujourd’hui » (7 mai 2014). Elle rappelle quelques vérités qui plaident toutes en faveur d’un plus large accès à la formation tout au long de la vie :

– En sortant des études secondaires, on ne peut avoir une idée très claire des savoirs et savoir-faire dont on aura besoin dans ses emplois futurs, et l’on choisit sa spécialité d’études dans un ici et maintenant qui sera vite dépassé;

– Les connaissances elles-mêmes deviennent vite obsolètes, il faut donc se mettre à jour régulièrement;

– Des centaines de milliers d’emplois sont non pourvus (aux Etats-Unis mais aussi ailleurs), il est donc intéressant de pouvoir se former rapidement pour y prétendre;

– Les jeunes semblent être plus mobiles que leurs aînés en matière d’emploi, changeant de poste tous les 3 ans environ aux US (en France, toutes tranches d’âge confondues, on change d’emploi en moyenne tous les 7 ans, et je ne serais pas surprise que la durée moyenne d’un emploi chez les 20-30 ans soit la même qu’aux US) et par conséquent ayant besoin fréquemment de compléments de formation.

Lire la suite »

Métissons nos compétences (pour faire des MOOCs !)

Publie par christine-vaufrey le avril 30th, 2014 dans la categorie conception de cours, culture numérique, MOOC Tags: , , , , ,  •  7 Commentaires

13829448705_1249fb37f1« Le numérique n’est pas une affaire de geek », ça vous dit quelque chose ? J’ai lu cette phrase dans le rapport du dernier baromètre Inria – Sofres sur Les Français et le Numérique. Le numérique, c’est l’affaire de nous tous, car nous l’utilisons au quotidien, il prolonge notre vie dans l’espace immatériel.

L’éducation sur support numérique est-elle uniquement une affaire de profs ? Ca y est, vous me voyez venir. Je vais encore parler de mes obsessions du moment, les MOOCs, le faire plutôt que le dire, tout ça. Vous avez raison.

Lire la suite »

MOOCs, la nouvelle télé éducative

Publie par christine-vaufrey le février 4th, 2014 dans la categorie apprendre, culture numérique, MOOC Tags: , , , , , ,  •  11 Commentaires

shutterstock_71474599Avant, on avait les émissions de télé des grandes chaînes nationales pour nous apprendre des choses. Maintenant, il y a surtout de la télé-réalité, des jeux et des séries américaines diffusées épisode par épisode, et trois saisons en arrière de ce qu’on voit en ligne. Heureusement, pour apprendre on a encore Arte et désormais on a les MOOCs. On n’est même pas obligé de se mettre devant le poste à heure fixe, on allume et on éteint quand on veut et on regarde les vidéos. Quand on veut dire ce qu’on préfère c’est gratuit, pas comme dans la Nouvelle star ou dans The voice. Les présentateurs / trices ne sont pas encore aussi bons que sur les grandes chaînes, les studios pas aussi scintillants, mais ça ne va pas tarder. Je parie même que dans deux ans au plus tard, les chaînes de télé auront rejoint les universités et que les MOOCs seront présentés par les dames d’Envoyé Spécial et les gars à l’air assuré de Capital ou de Complément d’enquête. On n’apprendra rien (on allume, on regarde, on éteint, on oublie) mais c’est pas grave, on aura vu un beau programme.

Mais heureusement, il n’y a pas que ça, dans le monde des MOOCs.

Et comme c’est un peu long à écrire, j’ai fait une carte. Désolée, l’embed ne fonctionne pas alors je vous mets une image :

Capture d’écran 2014-02-04 à 19.56.02

 

Retrouvez et téléchargez la carte sur le site de Xmind : http://www.xmind.net/m/vCJL/

MOOC et OER, même combat ?

Publie par christine-vaufrey le décembre 27th, 2013 dans la categorie MOOC, utilisation ressources numériques Tags: , ,  •  8 Commentaires

oer_commons_square_smallerLe 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« .

Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises. Alors, je vous invite à aller le lire et à revenir ici ensuite.
Ca y est ? dans ce cas, nous pouvons commencer.

(petit résumé pour les feignants : l’article raconte l’histoire de Hal Plotkin, enfant pauvre devenu conseiller d’Obama pour l’éducation, qui gère un budget de 2 milliards pour produire des OER, Open Educational Resources).

L’histoire de Hal Plotkin est véridique, comme l’Amérique les aime : le p’tit gars parti de rien qui grimpe jusqu’au sommet. N’oublions pas qu’il ne s’agit que d’un cas isolé, le rêve américain restant un rêve, justement, pour la majorité des ressortissants de ce pays, et même de plus en plus, au point que le président s’en inquiète, et c’est aussi Le Monde qui le dit.

Souvenirs de fac

Publie par christine-vaufrey le septembre 15th, 2013 dans la categorie enseignement supérieur Tags: , , , , ,  •  Pas de commentaires

universiteDemain lundi 16 septembre, c’est la rentrée pour un grand nombre d’étudiants, et donc pour leurs profs. J’y pensais ce matin (beaucoup d’étudiants autour de moi), et j’essayais de me souvenir de mes propres années d’université (1978 – 1981, puis 1987-89. Entre les deux, j’ai fait scénariste de télé et j’ai voyagé). Non que j’aie tout oublié, mais c’est un peu confus, embrouillé. Qu’est-ce qu’il y avait là, qu’il n’y a plus aujourd’hui ? Et inversement ?

La rentrée se faisait plutôt vers le début du mois d’octobre, il me semble. Je travaillais en juillet et août, et je ne me souviens pas d’avoir embrayé directement sur la fac. Je prenais des vacances. Ça devait être en septembre.

Fac de lettres, première année. Premier cours de littérature moderne, la prof nous regarde droit dans les yeux et nous assène : « J’espère que vous n’êtes pas venus là parce que vous aimez lire ! »

Lire la suite »

Plateformes e-learning : une question de lexique et de syntaxe

Publie par christine-vaufrey le août 27th, 2013 dans la categorie conception de cours Tags: , , , ,  •  18 Commentaires

nuage de motsTravaillant pour différents organismes, j’ai l’occasion de créer des parcours de formation avec des plateformes variées. De plus, je suis de près le développement de Claroline Connect et il me tarde de tester cette nouvelle mouture qui nous promet de regrouper en un seul espace le meilleur de Spiral et le meilleur de Claroline, avec une interface radicalement revue.

Il existe des quantités de plateforme d’e-learning, comme le montre le répertoire des plateformes de formation récemment mis à jour par Denys Lamontagne, directeur de Thot Cursus. Même si l’on s’en tient aux plateformes open source, le choix est encore vaste. Sans repères particuliers, il est alors tentant de se tourner vers les plateformes les plus connues, en partant du principe, pas nécessairement faux, que si tant de gens utilisent telle ou telle plateforme, c’est qu’elle doit donner satisfaction.

Mais après tout, le choix d’une plateforme a t-il tant d’importance ? Il faut savoir qu’au moins 80 % des fonctions proposées sont communes aux différentes plateformes. Quelle que soit celle que vous aurez choisie (ou qu’on vous a imposée dans votre établissement), vous pourrez en tant qu’enseignant déposer des documents, créer des exercices de différents types, ouvrir des forums, créer des groupes d’étudiants, intégrer des vidéos et des fichiers sons, aménager des parcours de formation où alterneront contenus de cours, activités d’apprentissage et d’évaluation, ressources complémentaires, etc. et suivre à la minute près l’ensemble des activités en ligne de vos étudiants.  Ce qui suffit à l’immense majorité des enseignants.

Si toutes les plateformes permettent peu ou prou de faire la même chose, sur quels critères se jouent leur différenciation ?

Un critère de différenciation très important à mes yeux est celui de l’autonomie qui m’est donnée, cette autonomie dépendant en grande partie des possibilités de combiner les différentes briques d’outils proposées par la plateforme pour créer les fonctionnalités dont j’ai besoin. Je m’explique.

Imaginons que j’utilise depuis plusieurs années une plateforme open source, répondant au joli nom de Lambda. Je souhaite diversifier un peu les modalités d’évaluation utilisées dans mes cours et j’ai opté cette année pour une expérimentation de l’évaluation par les pairs. Ce type d’évaluation n’est pas vraiment difficile à mettre en oeuvre en présence mais sur une plateforme d’e-learning, tout se complique : comment assurer la distribution aléatoire des productions anonymisées entre pairs ? Comment garantir la qualité des évaluations et supprimer les éventuels commentaires partiaux ou injurieux ? Comment s’assurer que chaque production aura reçu le nombre voulu d’évaluations ? En tant qu’enseignante, puis-je avoir un tableau de bord me permettant de voir l’état de l’activité en temps réel ? Etc.

 

Un nouveau module pour chaque fonctionnalité ?

Bien peu de plateformes disposent actuellement d’une fonctionnalité complète (ou d’un module) d’évaluation par les pairs. C’est normal, dans la mesure où il s’agit d’une activité relativement peu répandue, surtout en ligne. Mais tout change avec les MOOCs : devant l’impossibilité pour un enseignant (ou même une équipe d’enseignants) de corriger les travaux de plusieurs centaines ou milliers de participants en un temps raisonnable, l’évaluation par les pairs s’impose et va se généraliser. Faut-il pour cela créer des modules complémentaires d’évaluation par les pairs ?

Oui, répondront probablement les tenants de Lambda, si cette dernière bénéficie d’une importante communauté de développeurs toujours prompts à créer de nouvelles fonctionnalités. Non, répondront ceux qui préfèreront renoncer à leur projet plutôt que de se familiariser avec un x-ième module dont la fiabilité n’est pas garantie, dans la mesure où il s’agit évidemment d’une version bêta, chacun étant prié de faire remonter les dysfonctionnements constatés.

Et non, répondront ceux qui estiment qu’une bonne plateforme doit proposer non pas une grande quantité de modules à usage unique, mais des briques – outils qui, combinées d’une certaine manière, fourniront le service demandé.

Car en matière de maîtrise et d’inventivité, il en va des plateformes d’e-learning comme des langues vivantes : pour apprendre une langue étrangère, mieux vaut un dictionnaire et une grammaire qu’un guide de conversation qui ne propose que des phrases toutes faites. Les guides de ce genre ont beau proposer des milliers de phrases, on ne trouve jamais celle dont on a besoin là, tout de suite. Pensez au chapitre sur le prix de la chambre d’hôtel et le restaurant, dans le guide que vous aviez acheté alors que, jeune étudiant, vous faisiez le tour de l’Andalousie à pied avec un budget de 300 francs pour le mois complet.

 

Donner les moyens de faire seul

Les briques-outils constituent le lexique de la plateforme. Sa grammaire est quant à elle composée des principales structures d’agencement des briques entre elles, et des fonctions assurant la continuité entre les briques. Autrement dit, avec de bonnes briques et la connaissance des principes d’agencement, vous devez pouvoir créer à peu près n’importe quelle fonction, et la modifier au fil du temps.

Il serait donc extrêmement utile que les concepteurs de plateformes de formation en ligne présentent, à côté des fonctions les plus courantes (les 80 % évoqués plus haut), la liste des briques de base et leurs règles d’assemblage pour créer les fonctionnalité dont chaque utilisateur peut avoir besoin. Que des tutoriels soient joints à cette présentation afin que chacun soit rapidement autonome dans le maniement des outils.

On sait toutefois que pour être capable de communiquer dans une langue étrangère, la maîtrise du lexique et des règles grammaticales de base ne suffit pas. Il faut bien entendu s’immerger dans un environnement porteur, dans lequel nous serons en contact permanent avec la langue cible et ses locuteurs. Il en va de même en matière d’utilisation d’une plateforme de formation en ligne : rien ne vaut l’immersion dans une communauté d’utilisateurs pour progresser.

Bref : oublions les plateformes qui proposent des centaines de fonctionnalités figées et adoptons celles qui nous laissent créer, avec un guidage approprié, celles dont nous avons besoin.

Illustration réalisée avec Tagxedo

MOOCs : du passé faisons table rase… ou pas

Publie par christine-vaufrey le juin 18th, 2013 dans la categorie culture numérique, MOOC Tags: , , , ,  •  9 Commentaires

Reflets dans un immeuble de Long Beach, Californie. Mur de l'ancien quartier juif de Palerme, Sicile.

« Disruptive inovation » : c’est en ces termes que le MOOC est fréquemment décrit outre-Atlantique. Il n’est pas facile de traduire « disruptive« . Cet adjectif qualifie un élement qui bouleverse, perturbe profondément, change à jamais l’ordre des choses.

Tous les créateurs d’applications numérique rêvent de créer l’application « disruptive« , celle après laquelle rien ne sera jamais plus pareil. Et ceux qui ont lancé les MOOCs académiques se sont vus comme des messagers du « disruptif » total dans le champ éducatif.

Cette aspiration est profondément ancrée dans la culture américaine, qui fait volontiers table rase du passé pour construire du neuf, au propre comme au figuré. Les villes américaines comptent quelques rues ou bâtiments mis sous cloche, intouchables, à côté de quartiers tout neufs, constamment tout neufs. Les maisons à ossature de bois, si fréquentes, ne sont pas faites pour durer. On les quittera sans un regard en arrière, laissant le fauteuil à demi-éventré et le vaisselier en plastique imitation bois prendre la poussière dans le living room déserté, lors d’un énième déménagement.

Lire la suite »

Le MOOC, ou le retour du prof

Publie par christine-vaufrey le juin 4th, 2013 dans la categorie conception de cours, MOOC Tags: , , , , ,  •  17 Commentaires

medium_8573233746Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir de participer à la conférence intitulée « MOOC et formation continue« , évènement organisé par CCM Benchmark, avec le concours d’Orange, du JDN, du Figaro étudiant, et tout ceci à l’université Paris-Dauphine.

Je suis intervenue sur le thème « MOOC et e-learning : points de convergence et de divergence », en compagnie de Véronique Saguez, enseignante de SVT et consultante académique pour les TICE.

La première chose qui m’a été demandée, et la seule que je traiterai dans ce billet, c’est « est-ce que les MOOCs constituent une rupture vis à vis du e-learning tel qu’il se pratique depuis 20 ans« . Car oui, on n’a pas attendu les MOOCs pour pratiquer le e-learning, diplômer des apprenants entièrement à distance, expérimenter les modèles tout en ligne, hybride, présence renforcée, etc. (ça vous rappelle de bons souvenirs mes chers collègues, n’est-ce pas ?). Ce qui me frappe en travaillant sur les MOOCs, en les préparant, en les animant, en analysant ce qui se fait ailleurs, c’est de constater que toutes les questions que nous nous sommes déjà posées pour le e-learning se posent à nouveau pour les MOOCs : vont-ils fournir de la formation au rabais ? Ne faudrait-il pas former les profs avant de leur demander de faire des MOOCs ? Comment convaincre les OPCA de considérer les MOOCs comme de véritables parcours de formation continue ? Les MOOCs doivent-ils être suivis sur le temps de travail ou en dehors ? Faut-il des stratégies « nationales » pour les MOOCs, ou laisser les établissements s’organiser comme bon leur semble ? Peut-on acquérir des compétences en ligne, ou seulement des savoirs ? Quels supports sont les meilleurs ? La vidéo n’est-elle pas « l’avenir de la formation en ligne » ?

J’arrête là, persuadée que vous pouvez vous-même poursuivre la liste ad libitum.

J’arrête là, pour focaliser mon propos sur trois points :

Lire la suite »

Non, le e-learning n’est pas né en 2011 !

Publie par christine-vaufrey le mai 16th, 2013 dans la categorie MOOC Tags: , , ,  •  12 Commentaires

Le 15 mai dernier, on pouvait lire dans Les Echos un article intitulé « Les universités américaines pionnières de l’enseignement en ligne ». Un pionnier désignant l’individu qui, le premier, réalise quelque chose, je m’attendais à lire un historique de la formation à distance.

C’est effectivement le cas… mais le problème, c’est que l’article nous laisse croire que la formation en ligne est née avec Coursera, en 2011, donc. Avant, il n’y a avait rien que les classes traditionnelles : « L’éducation n’a guère changé depuis cinq cents ans : le savoir se transmet essentiellement en classe, par l’intermédiaire d’un professeur, d’un tableau noir et de livres. A voir le débat qui est en train d’enflammer l’Amérique sur l’éducation en ligne, Internet pourrait néanmoins rapidement changer la donne« .

Quel dommage que le journaliste ayant commis cet article n’ait pas eu connaissance de l’infographie ci-dessous, qui lui aurait donné un minimum de recul par rapport au sujet qu’il prétendait traiter !

Lire la suite »

5 ans dans ma fac… et puis, plus rien ?

Publie par christine-vaufrey le mai 4th, 2013 dans la categorie enseignement supérieur Tags: , , , , ,  •  3 Commentaires

En route !

En route !

À l’heure où l’on vérifie les effets de la mondialisation dans à peu près tous les aspects de notre vie, il est étonnant de constater à quel point les études supérieures demeurent territorialisées. Telle une moule accrochée à son rocher, l’étudiant dispose d’un environnement d’études solide mais restreint, qui est censé le nourrir jusqu’à l’obtention de son diplôme. Certes, il y a bien Erasmus; programme européen de mobilité étudiante qui a fêté en 2012 son 25eme anniversaire. Mais ceux qui ont eu la chance de passer quelques mois dans l’Auberge espagnole sont beaucoup moins nombreux que ceux qui n’ont pas bougé de chez eux… Soit parce que les places sont rares et chères dans leurs filières, soit parce qu’ils n’avaient tout simplement pas envie de bouger. Au total, ce sont 3 millions d’étudiants seulement qui auront profité de ce programme en 25 ans… soit 2,2 % des étudiants européens.

Lire la suite »

L’évaluation automatique ? Quelle horreur ! (Quoique…)

Publie par christine-vaufrey le avril 27th, 2013 dans la categorie apprendre, enseignement supérieur, MOOC, utilisation ressources numériques Tags: , , , , ,  •  18 Commentaires

QuizComment faire pour évaluer les travaux de plusieurs milliers d’étudiants à la fois ? Voilà la question qui se pose quotidiennement aux instigateurs de MOOCs (voir le billet de Matthieu, doctorant à l’ENS, si vous ne savez toujours pas ce que signifie cet acronyme). Mais pas à eux seulement : en première année de fac de médecine par exemple, on est habitué à des cohortes de plusieurs milliers d’étudiants; par exemple, plus de 5 000 étudiants de première année à la fac de médecine de Lyon 1. La masse n’est donc pas exclusivement réservée aux cours tout en ligne; certains cours en présence doivent hélas composer avec cette donnée cruciale, et il y a bien longtemps que les enseignants de Médecine ont mis au point des outils leur permettant d’évaluer rapidement les travaux de leurs étudiants.

La réponse la plus courante à ce problème s’appelle le Quiz. Et même, le quiz à correction automatique. Les LMS (Learning Management Systems) disposent tous d’une application intégrée permettant de confectionner des exercices, et notamment les fameux questionnaires à choix multiples. Sur la plateforme Spiral, conçue et utilisée à Lyon 1 et qui va bientôt fusionner avec Claroline, près de la moitié des objets (plus d’un million, quand même) déposés par les enseignants toutes disciplines confondues sont des QCM ! Ils sont utiles aux enseignants bien sûr, mais ils permettent surtout aux étudiants de première année d’auto-évaluer régulièrement leurs connaissances, sachant que ces QCM reprennent la forme exacte des épreuves de sélection imposées en fin de première année. Dans ce cas précis, il y a donc coïncidence de forme (et de nature de questions) entre les épreuves intermédiaires et les épreuves finales d’évaluation.

Lire la suite »

Les apprentis-sorciers

Publie par christine-vaufrey le février 6th, 2013 dans la categorie conception de cours, enseignement supérieur Tags: , , , ,  •  5 Commentaires

alchimieAujourd’hui, mercredi 6 février, c’est le « Digital Learning Day », la « journée de l’apprentissage en ligne ». Si vous n’en avez jamais entendu parler, ne vous en faites pas, et ne vous dites pas que décidément, vous êtes complètement dépassé : cette journée ne concerne que les Etats-Unis; elle a été créée par une association (un lobby, plutôt) basé à Washington, qui vise à promouvoir l’e-learning auprès des membres du gouvernement, du sénat et de la chambre des représentants.

Je baigne dans l’e-learning, les Tice, et je n’avais jamais entendu parler de ce Digital Learning Day avant de lire cet article publié dans le Washington Post d’hier, intitulé « How online class about online learning failed miserably ». Autrement dit : « Comment un cours en ligne traitant de l’apprentissage en ligne a lamentablement échoué ». L’article relate la mésaventure des promoteurs d’un cours délivré sur la célèbre plateforme de Moocs Coursera, qui traitait effectivement de la conception de cours en ligne, en garantissant aux participants qu’après 8 semaines de cours, ils seraient capables de bâtir leur propre cours en ligne. Conséquemment 40 000 personnes s’y sont inscrites. Eh oui, ça se passe comme ça chez McDonald aux Etats-Unis, quand vous promettez quelque chose d’appétissant, tout le monde se précipite, sans perdre de temps à examiner votre pedigree, si on peut suivre le cours sur son temps de travail, si les frais éventuels seront remboursés, si on risque d’y croiser des gens connus, toutes choses auxquelles personne ne pense, jamais, nulle part.

Lire la suite »

MOOCs francophones : ça commence !

Publie par christine-vaufrey le janvier 16th, 2013 dans la categorie culture numérique, enseignement supérieur Tags: , , , ,  •  3 Commentaires

Michel Briand, directeur adjoint en charge de la formation à Telecom Bretagne, suit de très près l’actualité des MOOCs. Il a d’ailleurs ouvert une page de wiki sur Intercoop , où il recueille patiemment et de manière très organisée les informations sur le sujet , et les MOOCs francophones en particulier. N’hésitez pas à alimenter cette page si vous avez des références supplémentaires.

Quelle est l’information la plus récente sur cette page ? La naissance d’un nouveau MOOC en français ! Il s’agit de l’ABC de la gestion de projet, cours de 4 semaines animé par Rémi Bachelet. Rémi n’en est pas à son coup d’essai : son cours est en ligne et en accès libre depuis longtemps, et il a suivi intégralement le MOOC ITyPA avant de proposer le sien. Rémi a donc mis toutes les chances de son côté pour réussir et nous le félicitons d’être passé si vite à l’action, en signalant au passage que parmi les très nombreux enseignants et ingénieurs pédagogiques qui se sont inscrits à ITyPA, bien peu sont allés jusqu’au bout de la démarche. Rémi Bachelet a donc une vraie longueur d’avance, comme ceux qui ont adopté la même attitude que lui.

Lire la suite »

D’un service public à l’autre

Publie par christine-vaufrey le décembre 3rd, 2012 dans la categorie enseignement supérieur Tags: , , , , , ,  •  Pas de commentaires

50 % des traitements ayant échoué...

50 % des traitements ayant échoué...

Nous vivons une époque formidable. Les Ministres se rendent compte qu’il y a un problème, hop, ils se mettent au boulot et prennent des mesures radicales. On aime ça.

Par exemple, je lis dans le Figaro un article qui traite des résultats des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche (j’ai bien du oublier quelques mots dans ce long intitulé, mais vous voyez de quoi je parle). L’article s’intitule « Vers une licence plus généraliste à l’université« . Déjà, je pars mal, car en lisant le titre je croyais qu’il y avait eu de fortes décisions sur les licences juridiques attachées aux documents produits par les universités, qu’il allait être plus facile de les diffuser, de les réutiliser, voire de les transformer.  Ça, c’est parce que je ne suis pas universitaire, le mot « licence » n’a pas le même sens pour les lecteurs du Figaro que pour moi, je devrais élargir mon champ sémantique. Surtout que j’ai un fils à l’université, en première année, ce qui lui permet d’affirmer, tout faraud, « je suis en licence » alors que voici 6 mois encore, il devait aller chez le surveillant quand il avait 10 minutes de retard à l’entrée en cours et sur ses bulletins trimestriels était écrit « peut mieux faire ». Bref. Lire la suite »

Mooc : le big bang

Publie par christine-vaufrey le octobre 11th, 2012 dans la categorie culture numérique, Formation enseignants, Non classé, utilisation ressources numériques Tags: , , , , ,  •  7 Commentaires

Il est extrêmement difficile d’avoir une vision générale de l’état de la formation à distance dans les établissements d’enseignement supérieur français. Elle existe dans de nombreux établissements, mais sous différentes formes et dans des proportions différentes, relativement à la formation en présence qui reste évidemment la modalité de formation massivement privilégiée.  J’ai entendu dire, voici déjà longtemps, que la Mission numérique de la Direction générale our l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle souhaitait commander une étude à ce sujet. Mais je n’ai vu aucune publication sur ce thème. Peut-être que je cherche mal.

Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’être frappé de la relative discrétion des établissements français en matière de formation à distance, surtout face à leurs homologues anglo-saxons. Les universités nord-américaines (USA et Canada) proposent systématiquement des cours à distance. Certaines universités (TELUQ au Québec, Université de Phoenix Arizona) sont même spécialisées dans le domaine. Au Royaume-Uni, on ne présente plus l’Open University, acteur majeur du e-learning. Nombre d’universités britanniques ont par ailleurs rejoint Coursera, la plateforme de cours en accès libre et gratuit créée par un enseignant de Stanford.

Lire la suite »

Faire ses cours(es) en ligne

Publie par christine-vaufrey le septembre 15th, 2012 dans la categorie apprendre, culture numérique, utilisation ressources numériques Tags: , , ,  •  3 Commentaires

L’offre de cours en ligne, en accès libre et gratuit, augmente sans cesse. Les universités américaines se déchaînent sur le sujet et proposent des offres toujours plus riches, alléchantes et prestigieuses. la majorité des cours ainsi offerts sont gratuits. Seules les certifications sont payantes.

Face à ce déferlement, que font les francophones ?

Ils s’y mettent.

J’aurai le plaisir d’animer avec trois collègues enseignants en écoles d’ingénieur le premier (à notre connaissance) MOOC francophone à partir du 4 octobre. Déjà, plus de 200 personnes s’y sont inscrites. N’hésitez pas à vous rendre sur le site du cours « Internet, tout y est pour apprendre », à vous y inscrire et à diffuser l’adresse autour de vous.

Vous imaginez la fébrilité qui règne dans l’équipe à quelques semaines du lancement de ce cours au format pour le moins original…

Pour voir les choses avec le recul nécessaire à ma survie intellectuelle, j’ai imaginé le jour où on pourrait acheter des MOOCs à côté des draps de bain, des livres et des pantalons, dans une seule et même boutique…

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

L’humiliation de l’inattention

Publie par christine-vaufrey le août 27th, 2012 dans la categorie enseignement supérieur Tags:  •  11 Commentaires

Dans quelques jours, quelques semaines tout au plus, tous les enseignants retrouveront leurs classes et leurs amphis. Se reproduira alors la situation canonique du prof face au groupe d’élèves ou d’étudiants, le premier devant intéresser les seconds pendant une durée variant entre 50 minutes et 3 heures, à peu près.

Beaucoup de ces enseignants seront alors confrontés à la plus banale des humiliations rencontrées dans leur métier, celle de ne pas pas être écoutés par leur auditoire. Pour certains, cette situation se reproduit jour après jour. Des classes bruyantes ou trop silencieuses manifestent clairement le désintérêt de leurs membres pour la parole professorale.

C’est la manifestation de l’inattention, bien plus que l’inattention elle-même, qui est humiliante : vous ne m’intéressez pas et je vous le fait savoir. Ce faisant, je vous touche, je vous juge, je vous humilie.

Les manifestations de l’inattention des élèves et des étudiants sont multiples : à côté du chambard scolaire, on voit le silence (aucun réponse aux questions du prof), les bâillements -et même le profond sommeil, les gribouillages sur la feuilles, les bavardages et autres conversations en aparté, la tâche hors de propos (par exemple, finir le travail à rendre pour le cours suivant), et l’utilisation intensive des appareils numériques.

Nombre d’enseignants sont en effet heurtés par le fait que de nombreux jeunes qui sont censés participer à leur cours préfèrent consulter leur page Facebook, regarder des vidéos en ligne, relever leurs emails. Autant de manifestations silencieuses de l’inattention et du désintérêt pour le cours. Ces enseignants interdisent volontiers l’usage des ordinateurs portables en classe, peu enclins à penser qu’un jeune qui tape frénétiquement sur son clavier pendant le cours cherche des informations complémentaires sur le sujet lui permettant ensuite de nourrir une conversation passionnante avec son enseignant. Exit les portables, donc. Mais contre les téléphones, les enseignants ne peuvent pas faire grand chose. Et un téléphone aujourd’hui, c’est surtout un instrument qui permet d’alimenter la vraie vie des utilisateurs, celle qu’ils mettent en scène en ligne.

L’enseignant doit-il alors se résoudre à sa dose d’humiliation quotidienne devant un auditoire inattentif ? Pas nécessairement. Il peut réagir et reconquérir l’attention de son public.

De quelles façons ?

D’abord, en admettant qu’aucun contenu n’est intéressant en lui-même. C’est lui ou elle, l’enseignant-e, qui doit être intéressant-e. Et donc, se mettre un minimum en scène. Chaque cours est une performance. L’attention ne grandit pas sur le sol dur des contenus intellectuels, mais dans l’atmosphère iodée de la rencontre d’un individu (ou d’un groupe) avec un autre. L’attention, c’est de l’excitation et de l’interaction. Et cette interaction se nourrit de signes qui parlent aux sens et aux sentiments bien plus qu’à l’esprit. Faites rire, surprenez, parlez fort et clair, investissez l’espace, faites des manipulation, donnez des exemples, citez des anecdotes !

Qui dit interaction dit … »action » des deux parties. On devrait considérer la passivité de l’étudiant en cours comme un signal d’alarme, bien plus que comme une norme. Admettre la passivité de l’étudiant, c’est déjà admettre que l’on a échoué à enseigner.

Attention : un étudiant immobile et silencieux n’est pas nécessairement passif ! La lumière dans les yeux, la qualité du silence, la prise de note rapide, sont des manifestations d’activité intellectuelle intense. Si vos étudiants sont comme ça, ne changez rien ! Vous êtes en phase avec eux, ils répondent 5/5 à ce que vous attendez d’eux.

La passivité, c’est l’absence d’activité physique ou intellectuelle, le refus d’échanger, de s’emparer de vos propos, l’absence de questions à la fin du cours ou de la séquence du développement. Et si vos propos endorment votre auditoire, il vous faut changer de stratégie : faites travailler vos étudiants en groupes, ouvrez-leur des espaces de discussion, même brefs, avec leur voisin (oui, ça marche même dans un amphi de 400 places) après chaque point de votre cours, posez des questions, laissez-les présenter une synthèse d’une ou plusieurs séances devant l’amphi… bref, laissez-leur de la place ! Il y aura toujours assez de temps et d’espace pour le contenu, ne craignez rien.

Et puis, si vous avez identifié les outils numériques comme vos pires ennemis, transformez-vous en karatekas : utilisez leur force pour les neutraliser. Si vous avez le wifi dans votre classe (oui, je sais, tout le monde ne l’a pas, et les smartphone n’en ont pas besoin !), ouvrez un back channel sur Framapad, par exemple ou même sur Twitter, pour que vos étudiants aient la possibilité de commenter en direct le contenu du cours ou de partager les résultats de la recherche en ligne que vous leur aurez donnée à effectuer. Utilisez les boîtiers de vote pour recueillir leurs avis et représentations. Encore plus simplement, fouillez parmi les conférences en ligne dans lesquelles d’extraordinaires orateurs parlent précisément d’un sujet que vous traitez ce jour-là. Ne vous en faites pas, les étudiants seront beaucoup plus enclins à vous remercier d’avoir mis à leur disposition ce matériau exceptionnel quà vous faire payer le fait d’être moins bon en public que ce prof star…

Tout cela, rappelons-le, ne vise qu’à éviter aux enseignants la triste situation qui consiste à parler devant un auditoire qui s’en moque éperdument. Ce ne sont que quelques pistes d’aménagement des cours. Pour une matière bien mieux organisée, voyez notamment le travail d’Amaury Daele sur son blog, et en particulier ce billet sur l’enseignement aux grands groupes.

Qui est habilité à dispenser de la formation ?

Publie par christine-vaufrey le juin 27th, 2012 dans la categorie culture numérique, enseignement supérieur Tags: , , , ,  •  1 Commentaire

Demain jeudi 28 juin, je vais animer un atelier aux Journées du e-learning de Lyon, organisées par l’université Lyon 3 et ses partenaires. Quatre témoins de pratiques « améliorées » de formation et d’apprentissage vont se succéder pour un débat avec la salle. Moi, je ne dirai pas grand chose, car je considère que j’ai dit tout ce que j’ai à dire (pour le moment) sur le sujet, dans le livre blanc L’apprentissage augmenté que j’ai coordonné pour Thot, à partir des articles publiés sur le site depuis quelques années.

Tout, sauf une chose, que je partage ici.

Je ne suis plus étudiante depuis longtemps. Etudiante, au sens de « inscrite dans un cursus de cours dans une université ou tout autre établissement d’enseignement ». J’ai certes suivi un parcours de M2 à l’université Paul Valéry voici quelques années, bien après la fin de ma formation initiale, mais je ne souhaite pas renouveler l’expérience. Non que cette année ait été mauvaise; au contraire, elle m’a permis de consolider un choix de réorientation professionnelle et de lui donner une légitimité, grâce au diplôme obtenu.

Maintenant, je n’ai plus besoin de diplômes supplémentaires. En revanche, j’ai toujours besoin et envie d’apprendre, non seulement par le biais de l’auto-formation libre qui est en quelque sorte inhérente à notre condition humaine, mais aussi en étant accompagnée, orientée, par des professionnels qui ont mis en place pour tous ceux qui le souhaitent et donc pour moi aussi, des parcours d’apprentissage. Si ces parcours sont accessibles à distance, c’est encore mieux et c’est même capital, dans la mesure où je peux m’y inscrire sans considération de lieu et d’emploi du temps, à charge pour moi de prendre mes responsabilités et de m’organiser pour étudier dans des conditions correctes.

Au moment d’effectuer un choix de cours / parcours, je me trouve face à une profusion d’offres toutes plus intéressantes les unes que les autres.

J’élimine d’emblée :

– Les cours très chers (la majorité des cours dispensés par l’Open University britannique par exemple, qui m’intéressent pourtant énormément mais dont le prix dépasse largement ce que je suis prête à débourser, dans la mesure où je prends en charge la totalité des coûts de ma formation);

– Les cours dispensés dans les langues que je ne comprends pas et dans lesquelles je ne peux pas m’exprimer à l’écrit, car je souhaite participer activement aux échanges entre pairs sur forums et autres supports numériques. Ce qui me laisse quand même avec un choix important de cours en français, anglais et espagnol.

– Les cours sur des sujets sans doute intéressants, mais pas directement liés à mes préoccupations professionnelles ou privées. Ca semble évident, mais il me semble que la première chose à faire quand on projette de suivre un nouveau parcours de formation, c’est de se mettre bien au clair sur ce qu’on veut apprendre et pourquoi.

– Les cours « tout papier en ligne ». Ras le bol des pdf de 100 pages à lire. Je sélectionne les cours bien médiatisés, avec de nombreuses activités à réaliser, et notamment des activités de communication. Sinon, je sens que je vais décrocher au bout de quelques semaines.

Après quelques recherches, facilitées par le fait que je connais bien le paysage du e-learning, je sélectionne quelques cours en ajoutant de nouveaux critères :

– Combien de temps dure le cours ? Je ne veux pas dépasser un trimestre, car mon planning est déjà chargé.

– Est-il à entrées libres ? Je préfère les parcours dans lesquels on peut entrer à tout moment, ce qui permet de concilier l’étude avec les impératifs professionnels.

– Combien y a t-il d’inscrits à ce cours, en moyenne ? Je préfère les cours à forte assistance, qui enrichissent considérablement les échanges.

– Combien de temps les ressources sont-elles accessibles après le cours ? J’ai déjà vérifié qu’il était intéressant de se rafraîchir la mémoire en consultant les ressources plusieurs semaines après la fin du cours, surtout si on est conduit à utiliser directement les apports dans sa propre activité.

– Et enfin, qui dispense le cours ?

Et là, je vais beaucoup plus volontiers vers des organisations reconnues dans les domaines qui m’intéressent que vers les universités et les autres établissements d’enseignement. Ceci, parce que je me situe dans une perspective de formation continue, ce qui implique que je dois pouvoir utiliser directement et rapidement (adieu donc, la thèse de doctorat…) les acquis du cours et construire les compétences qui vont avec. Je ne souhaite pas « apprendre à parler de », mais « faire », y compris lorsque ce « faire » désigne des opérations intellectuelles (analyse, synthèse, évaluation, création de contenus écrits…).

Idéalement, je souhaite donc m’inscrire dans des parcours proposés par des organismes professionnels travaillant éventuellement avec des établissements de formation, plutôt que l’inverse. En histoire de l’art, je préfère un cours proposé par un musée à un cours proposé par une université. En politiques et pratiques d’aide au développement, je préfère un cours dispensé par une ONG internationale ou une agence intergouvernementale, du type Nations unies. En stratégies de refondation de l’enseignement supérieur… je préfère une université.

Le développement d’offres de cours dans des institutions dont l’éducation n’est pas le coeur de métier me semble donc parfaitement pertinent. A condition bien entendu que ces institutions se soient dotées, en interne ou en externe, de l’indispensable compétence pédagogique qui est ou devrait être la valeur ajoutée d’un établissement d’enseignement. Ce qui est souvent le cas.

L’éducation redevient un domaine ouvert. Tout organisme expert peut désormais proposer des cours dans son champ d’expertise, si il sait comment le scénariser, accompagner les apprenants, bâtir des activités et des évaluations pertinentes. La seule chose qu’il ne peut actuellement pas faire s’il n’est pas déclaré organisme de formation ou d’établissement éducatif, c’est de délivrer des certifications et des diplômes. Mais les partenariats avec des universités et  la montée en puissance du dispositif de badges permettent de surmonter cette limite et de satisfaire ceux qui ont besoin d’un diplôme ou de crédits.

Je n’ai pas d’hostilité particulière contre les universités. Elles conservent un rôle indispensable en formation initiale et lors de la reprise d’études. Simplement, en formation continue ciblée, qui est une chose bien différente, elles soutiennent difficilement la comparaison avec les organismes professionnels experts. Je sais que je ne vais pas me faire que des amis en disant cela. Mais j’aimerais que les universités renforcent leur crédibilité sur ce créneau, qui constitue manifestement une opportunité de développement pour elles. En développant les partenariats avec les organismes professionnels et les entreprises, et en invitant encore plus largement leurs collaborateurs à dispenser des cours (s’ils acceptent de se former à la pédagogie, évidemment). En acceptant de ne pas être considérées comme des experts de contenus sur à peu près tout, et donc de ne pas offrir de cours sur des sujets qu’elles n’ont jamais pratiqués. Et donc, en admettant que l’activité d’enseignement puisse être partagée entre de nombreux acteurs, les universités et organismes de formation se réservant pour le moment la prérogative de certifier et diplômer les parcours libres.

Voici les cours que j’ai sélectionnés, et entre lesquels il me faudra établir des priorités si je ne veux pas redevenir une étudiante à plein-temps pendant quelques mois :

Un cours d’histoire de l’art dispensé par le MoMA;

Un cours d’évaluation des actions de développement dispensé par l’Unicef et de nombreux partenaires;

Un cours sur l’avenir de l’enseignement supérieur dispensé par un consortium universitaire nord-américain.

Ah zut, aucun de ces cours n’est offert par un établissement / consortium d’établissements francophone.

Doit-on vraiment s’en étonner ?