Les meilleurs outils pour apprendre en ligne. Et après ?

Sur le site du Centre for Learning and Performance Technologies (C4LPT), on trouve chaque année le très attendu classement des 100 meilleurs outils pour l’apprentissage. Par « outils », comprenez les outils en ligne, les applications qui facilitent l’accès aux informations, aux pairs et aux tuteurs, à la pensée réflexive via la rédaction, etc. Mais j’anticipe déjà sur la suite de ce billet.

Le Centre for Learning and Performance Technologies a été créé par Jane Hart, consultante britannique en « social learning », autrement dit « apprentissage social », un courant qui valorise les apprentissages en situation professionnelle, ceux qui s’effectuent principalement au travers des échanges avec les pairs, en particulier dans le cadre du travail collaboratif. Pour en savoir plus, le site du C4LPT et celui d’Harold Jarche, une autre des figures de proue du social learning, vous seront fort utiles.

Revenons à la liste des 100 meilleurs outils pour apprendre. Le n°1 est Twitter, site de microblogging; le n° 2 est YouTube, plateforme de vidéos, le troisième est Google docs, suite d’édition en ligne.

Même si vous avez déjà eu pour objectif d’apprendre quelque chose grâce aux ressources mises à disposition sur Internet, vous serez peut-être surpris de ces choix, établis par près de 550 professionnels de l’apprentissage, selon les dires de Jane Hart. Après tout, Twitter sert plus souvent à parler de ses derniers déplacements ou de son repas de midi qu’à échanger sur Heidegger ou Marcel Mauss. YouTube est plus connu pour ses vidéos virales qui font le tour du web que pour être un outil d’apprentissage. Et Google docs permet effectivement de rédiger des textes, présentations, feuilles de calcul… en ligne et à plusieurs, mais quelle garantie a t-on ici encore qu’un processus d’apprentissage soit à l’oeuvre ?

Pour comprendre et apprécier cette liste d’outils, il faut évidemment les placer dans un contexte qui n’apparaît pas dans la liste elle-même, mais fait partie de l’implicite ayant mené à son élaboration. Cet implicite est le suivant :  » si vous connaissez votre objectif d’apprentissage, si vous cherchez à échanger avec d’autres sur le sujet de votre apprentissage, si vous estimez que la connaissance se construit dans l’interaction, plutôt que dans la transmission unilatérale d’informations et savoirs objectivés contenus dans un document stabilisé, alors ces outils vous seront extrêmement utiles « . Ce qui fait quand même énormément d’implicite.

Nous sommes là confrontés à l’un des travers les plus irritants du web : la conversation s’y déroule en continu et vous n’êtes jamais certain de la phase dans laquelle vous arrivez. Soumis à l’absence de hiérarchie et de chronologie de l’information, vous pouvez vite vous perdre dans une conversation d’experts alors que vous cherchez une initiation, ou l’inverse.

Cette absence d’organisation, permanente et intrinsèque au web lui-même, rend l’autoapprentissage en ligne difficile. Cela oblige l’apprenant à évaluer chacune des ressources que lui retourne le moteur de recherche, à les classer les unes par rapport aux autres, à les combiner jusqu’à obtenir un corpus à peu près complet et fiable, sans toutefois avoir la certitude d’avoir vraiment fermé le cercle. Certes, l’on peut adopter une attitude pragmatique et avancer que la valeur de la ressource ou de l’outil se mesure à sa pertinence bien plus qu’à une valeur objective. Mais tout de même, c’était plus pratique lorsque le professeur lui-même effectuait ce travail de sélection et de validation des ressources, et indiquait l’outil à utiliser pour les traiter et les assimiler.

Sans doute… Mais la formation formelle sur temps dédié ne suffira jamais à combler nos besoins et désirs d’apprentissages. Il nous faut donc apprendre à nous débrouiller tout seuls, non pour apprendre, mais pour apprendre à apprendre avec d’autres, en présence et à distance. Vaste programme !

Pour commencer sans vous perdre dans l’immensité des possibles numériques tout en tirant le meilleur parti des outils sociaux (puisque nous sommes partis de ce sujet), je vous conseille d’adopter la méthode très simple, fournie par The Innovative Educator :

– Intégrez une communauté professionnelle proche du sujet que vous voulez approfondir. Vous pouvez par exemple suivre un groupe sur Facebook (où il n’y a pas que des ados souhaitant augmenter leur popularité, on y trouve des gens très bien, y compris Emmanuel Davidenkoff ;-)), ou sur Viadéo, qui est plus orienté réseau professionnel;

– Sélectionnez cinq blogs traitant du sujet qui vous intéresse, abonnez-vous à leurs fils RSS, par exemple via Google Reader. Il vous faudra un certain temps de tâtonnement avant de trouver les cinq « bons » blogs, mais les liens et les occurrences des citations des auteurs dans les résultats de recherche devraient vous aider;

– Progressivement, ajoutez des commentaires à la suite des billets des blogs sélectionnés, entrez dans la conversation;

– Inscrivez-vous sur Twitter et cherchez, via le moteur de recherche interne ou une liste externe, cinq personnes intéressées par le même sujet que vous. Là encore, progressivement faites part de vos découvertes et profitez largement des leurs.

C’est peu, et c’est déjà énorme. En quelques semaines, vous aurez envie d’élargir votre réseau, qu’on pourra alors appeler votre « réseau personnel d’apprentissage ».

Etes-vous déjà entré dans cette démarche d’apprentissage social ? Qu’en pensez-vous ? Si ce n’est pas le cas, avez-vous envie d’essayer ?

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Article du on vendredi, janvier 28th, 2011 at 0:27 dans la rubrique apprendre. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Les meilleurs outils pour apprendre en ligne. Et après ?”

  1. Dubois dit:

    Cette chronique me plaît bien. Nous avons un groupe d’apprentissage sous la main (la plateforme de Blog d’EducPros) et nous ne nous en servons que peu pour apprendre et interagir sur le système d’éducation. Vraiment dommage que nous ne soyons pas encore une communauté de blogueurs / rédacteurs ! Bien cordialement. Pierre Dubois

  2. Bruno Devauchelle dit:

    Le réseau personnel d’apprentissage est une des composantes de l’environnement personnel d’apprentissage que nous devons désormais aider chacun et les jeunes en particulier à construire, développer et entretenir pour pouvoir apprendre tout au long de la vie : apprendre aussi bien de l’expérience, des pratiques personnelles d’information que de la relation ou d’un enseignement/formation qui s’articulent plus qu’ils ne s’opposent.

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