Ort’eaugraff? Orthographe !

Remarque préalable : si vous souhaitez commenter ce billet, merci de vérifier que vous êtes bien sur cette page : http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2011/02/16/orteaugraff-orthographe/ . Si vous êtes sur une page différente, merci de vous rendre à l’adresse mentionnée, de manière à regrouper tous les commentaires. Merci !

On entend dire souvent que la pratique, forcément excessive, des outils numériques (SMS, commentaires sur Facebook…) des jeunes leur fait perdre la tête, ou plutôt leur orthographe. Qu’il n’y a plus de respect de la langue, plus de rigueur, qu’ils parlent à tout le monde comme à leurs copains, à coups de lol, de PTDR et autres grave.

Effectivement, les échanges sur les forums et les réseaux sociaux sont rarement des modèles de rigueur orthographique. Je ne parle pas des SMS qui s’écrivent dans une novlangue plutôt inventive, à condition de savoir aussi écrire autre chose.

Mais les phrases écrites avec des mots courants, des tournures qui le sont tout autant, témoignent de réelles difficultés des scripteurs avec l’orthographe. Une amie, formatrice confirmée auprès de salariés connaissant des problèmes de français, me disait avoir vu écrire par quelqu’un lui présentant son poste : « Quand les plantes on soifent ». Phrase plutôt exemplaire des principales confusions orthographiques que l’on trouve chez ceux qui ont manqué le train de la grammaire étant petits.

Cette défaillance orthographique est-elle propre à la rédaction sur support numérique ? Certainement pas. Je ne compte plus le nombre de jeunes rencontrés, lycéens ou étudiants, qui hésitent devant un accord de verbe, une double consonne ou deux homonymes.

La mauvaise orthographe est sanctionnée au Bac, par le retrait d’un à deux points ôtés à la note réelle de la copie. On pourrait alors s’attendre, puisqu’il y a sanction, que soient aussi proposés aux élèves des dispositifs d’aide à l’amélioration. Ce n’est pas le cas. Les enseignants s’enferment dans un discours absurde : « je n’ai pas le temps. Ca ne relève pas de ma compétence. L’apprentissage de l’orthographe s’arrête à la troisième ». Ce à quoi nous pouvons rétorquer : « Certes, mais vous enlevez bien des points ? Vous sanctionnez quelque chose que vous ne contribuez pas à améliorer ? N’est-ce pas le seul exemple ? » « Euh oui, répond le prof, mais que voulez-vous, c’est comme ça. Votre fils / fille n’a qu’à mieux relire sa copie ».

Ah oui, bien sûr. Mon fils / ma fille ne relit pas sa copie. Et aucun des étudiants que je côtoie plusieurs fois par semaine ne le fait. Evidemment. Il y a une amnésie ou une paresse brutale et massive à ce moment de l’épreuve.

Non, évidemment. Car relire ne sert à rien, ou à si peu. Vous-même, n’avez-vous jamais laissé passer des fautes en vous relisant ? Personnellement, lorsque j’écris sur le web, je ne vois aucune de mes erreurs (que je préfère appeler coquilles, non mais, j’ai ma dignité d’habituée des 16 ou 18 sur 20 aux dictées du collège) si je relis mon texte dans son interface de saisie. Il me faut éditer, voir le texte en situation, sur la page web, pour déceler les erreurs. Il me faut prendre de la distance.

Les élèves et étudiants en situation d’examen n’ont aucune distance avec leurs écrits. Et pour cause, ils s’y investissent et veulent « dire » plutôt qu’écrire. Impossible pour eux de se détacher du texte original; ils sont emportés par le sens de leur écrit comme par le courant d’une rivière. Comment d’ailleurs pourraient-ils simultanément écrire 6, 8 ou 10 pages et vérifier leur orthographe, alors qu’ils n’en ont pas acquis les automatismes ? Mission impossible.

Et le problème persiste. Elèves, ils perdent deux points à chaque épreuve écrite; étudiants, ils doivent systématiquement faire relire leurs travaux, passer leurs devoirs saisis avec un traitement de texte au correcteur automatique (on remarque facilement ceux qui se fient au correcteur); travailleurs, ils n’osent envoyer un courriel à un client ou rédiger eux-mêmes un argumentaire ou un rapport.

Je ne trouve pas ça drôle. Je ne me moque pas des gens qui traînent des problèmes d’orthographe comme une mauvaise odeur. J’estime injuste qu’ils ne soient pas pris en charge au lycée, à peine à l’université et dans leur milieu de travail. Ces gens sont ce que vous voudrez, mais pas désinvoltes avec la langue. Ou alors, ils ont la désinvolture du cancre, qui fait rire pour masquer sa honte.

Comment aider les personnes qui ont des problèmes avec l’orthographe ? Que leur conseiller ? Avez-vous des idées ?

Be Sociable, Share!

Tags: , , , , ,

Article du on mercredi, février 16th, 2011 at 22:41 dans la rubrique apprendre. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

7 commentaires “Ort’eaugraff? Orthographe !”

  1. Valérie M dit:

    Pour répondre, je vais dans un premier temps parler de ma propre expérience orthographique. J’étais enseignante de mécanique en lycée technique. Fâchée avec l’orthographe depuis le primaire, je fais pas mal de fautes lorsque j’écris à la volée, j’ai beaucoup de mal à me concentrer lors de la relecture et donc laisse beaucoup de coquilles… et puis un jour, lors d’une nouvelle situation de travail (passage en lycée professionnel), me voilà embringuée dans un gros projet pédagogique, obligée de lire (autre chose que Harry Potter) et surtout me voilà obligée d’écrire sur ma pratique professionnelle, obligée d’écrire pour mieux penser, obliger d’écrire pour communiquer, obliger d’écrire pour progresser. Et comme par miracle, 20 ans après les avoir apprises, j’ai su réactiver toutes les règles d’orthographes et de grammaire que mes anciens instituteurs (à l’ancienne certes !) avaient su faire rentrer dans mon crâne… Sans avoir particulièrement travaillé, sans les avoir revues, je fais maintenant très peu de fautes.
    Je crois qu’il a juste fallu que j’attende la trentaine pour comprendre à quoi cela sert d’écrire.

    Je me suis dit que plutôt que de déplorer la pauvreté du langage chez mes élèves, il fallait les mettre en situation d’écrire “pour de vrai”. Aujourd’hui, je ne propose plus de cours polycopiés, ni de textes de travaux pratiques à trous, ni de sujets de devoir à compléter à mes élèves de BAC PRO ou de BTS. Ce sont eux qui écrivent.
    Ils travaillent sur des projets personnels : création d’objets design à partir desquels ils conçoivent puis réalisent les outillages industriels d’injection plastique, de soufflage, de fonderie … On est bien loin de la littérature … Et pourtant, je crois que je fais plus de “français” (orthographe et grammaire) que de mécanique certain jour. D’autre part je vois mes BAC PRO 12 heures par semaine, ça aide !!!

    Ils “racontent”, “décrivent”, “expliquent”… par écrit leurs actions techniques avant d’exposer à l’oral. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’enseignant de français. Nous leur apprenons à utiliser le temps présent pour s’affranchir des lourdeurs des temps du passé comme le font les historiens. Nous leur proposons de jongler avec les différents styles de langages en fonction de ce qu’ils décrivent, une introduction est très travaillée, une procédure ressemblera au style d’une “recette de cuisine”, la présentation de ce qui a guidé leur création sera plutôt écrit comme une histoire “il était une fois” … et surtout nous faisons un très gros travail de relecture et de réécriture avec eux. Nous réécrivons parfois (surtout pour les BAC PRO) certains passages entièrement, sans fautes évidemment, sans répétitions, sans lourdeur … Nous écrivons donc à leur place et ils découvrent un beau texte qui décrit leur beau projet et ils n’en reviennent pas ! Ensuite ils ne supportent plus que ce qui rend compte de leur projet (l’écrit) ne soit pas à la hauteur de la qualité de l’objet technique… et les voilà amoureux de Robert et de Bescherelle !
    De même, à l’oral, nous les reprenons systématiquement s’ils commettent des fautes. Nous les faisons répéter et au fur et à mesure de l’année, nous sentons qu’ils font des efforts lorsqu’ils s’adressent à nous. C’est maladroit au début mais ils trouvent donc une certaine motivation à améliorer leur langage. Cela nait aussi du rapport de confiance qui existe entre nous parce qu’ils savent que nous ne les jugeons pas.

    En 2008 avec mon collègue nous écrivions ce texte : http://lesartsoutilles.jimdo.com/veille-p%C3%A9dagogique/2007-2008/l-%C3%A9criture/

  2. christine-vaufrey dit:

    Valérie, contente de vous retrouver 🙂
    Votre commentaire est très intéressant, à trois niveaux :
    – Il raconte votre expérience, la découverte de vos capacités en situation d’écriture réelle;
    – Il expose également la manière dont vous avez transféré cette expérience sur vos pratiques professionnelles enseignantes. En particulier, en substituant une écriture personnelle à une écriture outil chez vos élèves.
    – Il fournit un lien qui permet de comprendre la démarche globale d’appropriation de l’écrit par vos élèves.
    Se forger une écriture personnelle, soit. Je suis frappée par le fait que vous ayez bâti une telle démarche avec des élèves de lycée pro, alors que je n’ai jamais rencontré d’enseignants en lycée général qui s’engage dans une telle voie. Il en existe certainement, merci à eux de se manifester… Nous vivons dans l’illusion de la maîtrise de l’écrit par les élèves des sections générales, de la section L en particulier. Alors que cette capacité à exprimer de manière personnelle par le biais de l’écrit sa pensée, son action, ses intentions… n’est pratiquement pas prise en compte dans ce cursus. Du moins, le manque de maîtrise est sanctionné, mais encore une fois aucune action de remédiation (ou d’amélioration) n’est engagée. Croit-on que certains naissent avec un kit orthographique tout prêt dans la tête -et la main ?

  3. Valérie M dit:

    Bonjour Madame Vaufrey,
    Nous avons l’énorme chance de pouvoir suivre ces élèves pendant 4 ans. Je me rends compte de l’influence de cette situation a. C’est un peu comme si nous travaillions hors du temps… On a le temps … (pédagogie de la maîtrise). Mais n’ayons pas d’illusions, nous ne rattrapons pas ce qui n’a pas été acquis au primaire ! Ils feront des fautes, en auront peut être honte, j’espère surtout qu’ayant le souci de bien faire, ils trouveront les moyens de progresser tout au long de leur carrière professionnelle. Notre objectif : les amener vers la métacognition pour qu’ils apprennent à apprendre pour devenir des adultes citoyens en prise avec leur temps…

    Ce travail sur l’écriture s’inscrit dans une démarche plus globale centrée sur la création. Mettre les élèves en situation de créer un objet qui leur servira de support de formation est une manière de renverser littéralement leurs représentations sur les situations scolaires qui sont extrêmement mauvaises et pleines de souvenirs d’échecs. Nous n’entrons dans le vif du sujet de leur formation qu’une fois qu’ils ont adopté une posture permettant réellement d’apprendre (confiance, motivation, …). Et ce faisant, nous nous assurons de leur loyauté envers leur processus d’apprentissage !

    J’enseigne dans un lycée public, très banal, sans soutien particulier… C’est donc possible au sein de la grande maison Education Nationale de faire autrement ! C’est donc possible de dire STOP et de bouleverser ses pratiques pour se concentrer sur l’apprentissage réel (et non imaginé) des élèves.
    Ceci dit, je me rends compte aujourd’hui que cela a des contreparties. Nous avons tellement bouleversé notre manière d’enseigner que nous nous retrouvons isolés (Nos collègues nous prennent pour des hurluberlus, nos inspecteurs ne savent plus trop quoi faire de nous …). Je suis heureuse de découvrir sur le web un moyen d’ouvrir les horizons, de sortir un peu des murs du lycée…
    Alors je me lance…

  4. MartineD dit:

    1. Corriger les autres pour mieux se corriger soi-même :
    Claude Lévi-Strauss raconte qu’il a saisi l’occasion d’aller enseigner la sociologie au Brésil justement parce qu’alors professeur de philosophie, il ne connaissait rien à cette discipline. Comment apprendre quelque chose, sinon en l’enseignant, en tentant de la faire comprendre aux autres ? Mettre les étudiants ou les élèves dans la position du correcteur. D’abord avec des textes truffés de fautes qui leur donnent un sens cocasse dont ils devront rétablir le vrai sens, ensuite en leur proposant des dictées, qu’ils mettront en commun pour parvenir à une version négociée. Cela demande du temps et du temps accompagné…
    2. Les problèmes d’orthographe chez les adolescents touchent souvent à des questions de règlement de compte avec le monde des règles et des adultes. C’est aussi une question affective qui trouve sa résolution lentement en vieillissant et rien ne sert de s’obstiner. Les règles sont connues mais pas appliquées, elles sont d’ailleurs plus respectées au primaire, les catégories grammaticales nécessaires à l’orthographe sont comprises et font plus plus tard en troisième ou au lycée les plus “vilaines” fautes chez les mêmes élèves. Comme si on régressait, comme si l’esprit se rebellait. L’enseignement ahurissant de la grammaire et de l’orthographe à l’Education nationale, parfois boursouflé de métalangage n’y est pas étranger..

  5. Catherine Macquart-Martin dit:

    Bonjour,
    J’ai souvent été frappée par le renoncement de ceux qui éprouvent de problèmes d’orthographe et je vous rejoins sur votre analyse.
    Voici une liste que j’ai donnée à un ancien élève. J’espère qu’elle pourra nourrir la discussion.
    Cordialement,
    Catherine

    10 conseils pour améliorer son orthographe et éviter de perdre des points précieux
    1. Prendre le problème à bras-le-corps : ça ne s’arrangera pas par magie !
    2. Planifier des séances de travail régulières de 30’ à 45’ consacrées à l’orthographe… et s’y tenir
    3. Travailler avec un binôme qui a les mêmes objectifs
    4. Dresser avec un enseignant ou toute autre personne « experte » la liste des trois problèmes à régler en priorité et celle des cinq problèmes à régler ensuite.
    5. Considérer le dictionnaire et le correcteur orthographique comme des amis
    6. Utiliser un cahier consacré à l’orthographe
    7. Se munir d’un livre d’exercices autocorrectifs et en faire (et refaire) régulièrement pour automatiser les emplois problématiques
    8. S’expliquer à soi-même et à voix haute les règles sur lesquelles on bute
    9. Créer un répertoire personnel des mots sur lesquels on bute régulièrement et les utiliser dans des phrases personnelles
    10. Être patient, reconnaître et faire reconnaître ses progrès

  6. Christine Vaufrey dit:

    @martine : je te rejoins complètement sur l’intérêt de corriger les fautes des autres. Nos collègues québécois ont préparé d’excellents exercices allant dans ce sens, on peut les consulter ici : http://www.ccdmd.qc.ca/fr/jeux_pedagogiques/?id=75 (il ya également des exercices d’orthographe grammaticale, dans la section “jeux pédagogiques). J’utilise ces exercices en formation d’adultes, dans des ateliers d’orthographes. Les apprenants me disent tous qu’ils n’avaient jamais tant prêté attention à l’orthographe qu’après avoir réalisé ces exercices…
    ET oui, je te suis sur l’idée de “rébellion” matérialisée dans le non-respect des règles orthographiques, même si c’est évidemment bien difficile à analyser… et à utiliser concrètement !
    @Catherine : votre liste me semble très opérationnelle, elle me “parle” et je vois très bien à qui je vais la proposer ! Elle n’infantilise pas, elle aborde la question sous différents angles, elle donne de la liberté pour affronter son problème… Merci infiniment !

  7. angelinet dit:

    je leur conseille http://www.orthoprof.fr
    je me suis remis à jour en deux semaines seulement et c’est gratuit

    et pour les plus jeunes http://www.ladictee.fr pour s’entraîner sur des dictées sonorisées. Encore une fois, tout est gratuit.

Laisser un commentaire