Combien d’années faut-il pour apprendre à lire ?

C’est la question que je me pose, de retour du Burundi. Dans ce pays en effet, la durée moyenne de la scolarité est de 2,7 ans, selon le PNUD. Le Burundi est l’un des pays les plus pauvres, économiquement et éducativement si vous me passez ce terme, du monde. Dans le classement mondial selon l’indice de développement humain du PNUD, il arrive même en-dessous de la Guinée-Bissau, pays où j’ai résidé pendant 3 ans et où je pensais avoir vu le pire en termes de non-développement.

On imagine donc que les enfants vont à l’école quand il n’y a vraiment rien à faire dans les champs (90 % de la population vivant de l’agriculture, survivant plutôt, puisque plus de 50 % de la population souffre de malnutrition), que les parents, vivant avec un revenu moyen de 200 dollars par an n’ont pas les moyens d’assurer la scolarité de leurs enfants. Qui, même s’ils ont fréquenté l’école quelques temps, en sortent le plus souvent sans savoir lire, écrire et compter.

Alors oui, combien faut-il d’années pour apprendre à lire ?

J’ai débuté dans le métier de formatrice en donnant des cours d’alphabétisation en France auprès de personnes migrantes. Clairement, 3 ou 6 mois de cours ne permettent pas d’installer de quelconques habitudes de lecture. Il faut à nos enfants au moins 3 années d’école primaire, parfois plus, pour lire couramment, avec des exercices quotidiens.

Est-il possible de retrouver ce temps à l’âge adulte ? Y a t-il des méthodes d’apprentissage plus rapides que celles qui ont cours à l’école primaire ? Rien de ce que j’ai vu en France et ailleurs à ce sujet ne m’a convaincue. La motivation personnelle restant l’unique et puissant moteur de l’apprentissage, qui supporte les efforts pendant de longues années.

Le territoire burundais est trop petit pour ses millions d’agriculteurs. Le développement passera donc par de nombreuses reconversions, dans des métiers à plus forte valeur ajoutée qui soulageront la pression sur la terre. Comment imaginer une reconversion sans passer par la case lecture et écriture ?

Dans de nombreux pays du Sud, des méthodes innovantes d’alphabétisation des adultes ont été testées. Ces dernières années, des expérimentations intéressantes ont été réalisées avec les téléphones mobiles et les SMS. L’Asie est très en pointe de ce côté, et l’Afrique s’y met à son tour. On a en effet plus facilement un téléphone cellulaire dans sa poche qu’un centre d’alphabétisation dans son quartier. Mais j’imagine que pour engager l’apprentissage par le biais de cet outil, il faut au moins des bases en lecture. Comment les acquérir ? Et comment ensuite mesurer la progression ?

Il est déconcertant de se promener dans Bujumbura, la capitale du Burundi, d’y voir tous ces panneaux publicitaires couverts de slogans et de savoir que la majorité des gens qui passent devant ne peuvent les lire.

Mais le Burundi compte aussi des personnes extrêmement bien formées dans sa population. J’ai eu la chance, je dirais même l’honneur, de travailler la semaine passée avec un groupe de 20 travailleurs de santé (médecins, psychologues, médiateurs de santé) fortement investis dans la prise en charge des personnes séropositives. Jamais je n’avais vu un tel engagement dans la formation. Travaillant pourtant depuis de nombreuses années dans le domaine de la formation des adultes, j’ai redécouvert cette fois encore la valeur des apprentissages de base, qui ouvrent la voie à tous les savoirs, toutes les compétences.

Accepter l’analphabétisme, c’est claquer la porte d’une vie digne au nez de centaines de millions de personnes qui évoluent dans des univers lettrés sans pouvoir y prendre leur part.

Au Burundi, le samedi matin, tous les habitants ont l’obligation de participer à des travaux collectifs d’intérêt général. Je ne sais pas si l’alphabétisation fait partie des travaux acceptés dans cette catégorie. Mais ce devrait être la priorité entre toutes.

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Article du on jeudi, avril 28th, 2011 at 11:12 dans la rubrique apprendre, utilisation ressources numériques. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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