Je ne veux pas être accompagnée !

En France, on a la maladie de l’accompagnement. Et de l’accompagnement en cascade, en particulier. Tout le monde accompagne quelqu’un : le ministère accompagne les universités, qui accompagnent les profs, qui accompagnent les étudiants. Pour quoi faire, tout cet accompagnement ? Pour utiliser correctement les outils et ressources numériques. Oui, vous avez bien lu : tous ces petits sucres d’accompagnement qui tombent les uns sur les autres ont pour point d’arrivée : les étudiants. Marc Zuckerberg était étudiant lorsqu’il a créé Facebook. S’il avait été mieux accompagné à Harvard, il n’aurait pas créé cette compagnie, sans aucun doute, car il aurait eu une conscience aigüe des redoutables périls qui guettent les individus insouciants sur les réseaux sociaux.

Il y en a d’autres qui ont d’encore plus grandes ambitions, en matière d’accompagnement dans la jungle numérique : ce sont les gens d’Hadopi. Déjà la campagne de pub qui a commencé en début de semaine fait s’étrangler de rire, ou bondir, au choix : dire qu’Hadopi existe pour protéger la création artistique de demain, c’est gonflé. Quel artiste demain osera dire qu’il s’est fait accompagner par Hadopi, que c’est grâce à Hadopi qu’il a pu produire son pilote d’émission télévisée ou sa maquette musicale ? Savez-vous où et comment naissent les créations audio-visuelles de nos jours ? En plus, à la radio chez Pascale Clark il y avait un député qui avait soutenu la loi Hadopi et qui expliquait qu’Hadopi, ce n’est pas du tout fait pour cirer les pompes des grosses compagnies de films ou de musique qui possèdent la moitié ou les trois-quarts de la production mondiale, pas du tout. c’est fait pour accompagner l’internaute qui télécharge illégalement car « il ne sait pas qu’il peut le faire légalement ». Alors, n’est-ce pas les gens d’Hadopi vont lui montrer, vont le diriger vers les compagnies qui attendent, la main ouverte, que les petits flics de la toile fassent leur boulot.

Personnellement, j’ai envie qu’on me fiche la paix. Qu’on me laisse prendre mes responsabilités sur la toile, pour tout ce qui touche à mon identité numérique, à ce que je télécharge -ou pas, et où. J’ai également envie de partager ce que je sais faire avec d’autres, et de demander à ceux-là de m’aider quand je ne sais pas. Parce que « l’accompagnement », en matière d’éducation numérique, c’est un mélange de pression morale et de flicage. C’est aussi une manifestation d’arrogance de la part de ceux qui estiment que puisqu’ils sont « plus haut » que nous, ils sont meilleurs.

Excusez ce ton moins policé qu’à l’ordinaire, mais avec les enfants qui révisent le bac à la maison, les pubs d’Hadopi et les articles sur le marché de l’angoisse scolaire, je craque un peu.

Heureusement, il ya le nouveau blog d’Educpros sur l’éducation en Chine, et ça change un peu 🙂

Et à part ça, vous, vous aimez être « accompagné » par vos institutions ?

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Article du on mercredi, juin 15th, 2011 at 20:13 dans la rubrique culture numérique. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

5 commentaires “Je ne veux pas être accompagnée !”

  1. Irnerius dit:

    Lâchez-vous encore plus souvent Christine ! Fort bien. Il y a bien sûr « accompagnement » et « accompagnement ». J’ai vécu ces jours-ci l’accompagnement vers la mort. Ce n’est évidemment pas aux « institutions » de le prendre en charge. C’est tout sauf facile et cela apprend, au moins, l’humilité.

  2. christine-vaufrey dit:

    Oui, mille fois oui à l’accompagnement dans son sens premier, interpersonnel, basé sur l’empathie et la confiance. Mais non à l’accompagnement institutionnel. Vous avez toute ma sympathie, Pierre.

  3. jacques cartier dit:

    Bonjour à Vous,

    Une petite élève de 6ème me dit un jour : « Pourriez-vous aller voir mon blog ? ».
    J’ai tapé l’adresse le soir même. En première page cette jeune fille se présentait et demandait :  » Comment vous me trouvez ? ».
    Vous imaginez les réponses de toutes sortes !
    Accompagner cet enfant pour un enseignant, dans l’institution éducative, cela touche à l’empathie et à la confiance. Donner des armes aux jeunes qui entrent dans une « vie » en ligne, c’est les aider à gérer leur identité numérique pour être indépendants.
    Bien à Vous,
    Jacques Cartier
    http://www.jacques-cartier.fr

  4. Jean-Marie Gilliot dit:

    Mmmmh,
    On retombe sur le classique détournement de terminologie.
    Accompagner, au départ pour moi, c’est se mettre à coté pour permettre à quelqu’un d’accéder progressivement à l’autonomie. C’est le motto que nous donnons à nos tuteurs. Ce que Jacques exprime très bien ci dessus.

    Ensuite, dans le monde Hadopi, cela devient effectivement, « on vous explique ce que vous devez faire ». Les politiques nous ont déjà privé du mot « pédagogie » qu’ils ont traduits par : « je vous répète jusqu’à ce que vous ayez compris », qui est également un dévoiement de la notion.

    Le problème est que si nous devons abandonner les termes justes sous prétexte que d’autres en ont fait des termes vidés de leur sens, on va se retrouver tout nu.

    Alors oui, je ne veux pas être accompagné par les flics de la toile vers les majors. Mais je veux pouvoir accompagner mes élèves pour leur permettre d’acquérir un certain esprit critique, peut être pour les aider à devenir citoyens, ou entrepreneurs. Et cela par le partage et la confiance.

    cordialement,
    Jean-Marie Gilliot

    PS : comment « accompagner » les supporters d’Hadopi ?

  5. Jean-Michel Parganin dit:

    Quand on ne veut plus être accompagné, c’est que l’on est mûr.
    Ce qui est très bon signe. Mais, à chacun son chemin et son temps.
    Dans le e-learning, l’accompagnement individuel est indispensable à la progression de tous.
    Bien cordialement,
    Jean-Michel Parganin

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