L’âge de pierre

Il m’arrive de réaliser des interventions dans les universités publiques françaises (ailleurs aussi, mais c’est de celles-ci dont il est question dans ce billet). Interventions courtes, de quelques heures tout au plus, pour apporter un témoignage sur la veille numérique, l’évolution du e-learning, la cohérence pédagogique des dispositifs hybrides de formation, des choses comme ça.

Chaque intervention génère un dossier administratif. C’est comme ça, il n’y a pas de service centralisé qui permettrait aux intervenants de fournir une bonne fois pour toutes les renseignements exigés, et aux services administratifs des universités de disposer de ces renseignements au moment voulu, sans passer par des échanges de mails plus ou moins fluides.

Certaines universités envoient encore des dossiers papier à remplir. C’est comme ça, peut-être les agents vont-ils ensuite scanner ces dossiers, ou saisir à la main dans une base de données informatique les informations qui y sont consignées.

Quelques-unes, parmi les universités appartenant à la catégorie mentionnée ci-dessus, demandent un très grand nombre de renseignements et de pièces justificatives, sans aucune mesure avec la taille de l’intervention réalisée. L’une d’entre elle m’a réclamé mes trois derniers avis d’imposition… pour une intervention de trois heures. Ceci, afin de vérifier que je disposais bien des revenus nécessaires à ma survie, que je ne dépendrai pas des somptueux émoluments quelle compte me verser. J’imagine. Alors, si je réalisais 10 heures d’intervention, on me demanderait mes 10 derniers avis d’imposition ?

Et là, fini les « c’est comme ça ». Il faut que les universités modernisent leur administration. J’ironise souvent sur la piètre utilisation des technologies numériques dans les salles de classe et les amphis. Mais à côté des bureaux de certaines universités, c’est carrément la Silicon Valley ! Le must de la vie numérique et de la fluidité !

On comprend alors que la mise en place des ENT (environnements numériques de travail) pose problème. Si le fichier pdf en guise de support de cours proposé aux étudiants apparaît désormais comme un objet archaïque, il est infiniment moderne par rapport aux dossiers papiers et à la multitude de pièces administratives qu’il faut remplir lorsqu’on est étudiant ou intervenant.

Les universités n’ont pas encore effectué leur révolution numérique. Leur administration encore moins que leur pédagogie.

Le fier gaillard qui illustre cet article a été photographié au Musée de l’homme de San Diego par Mary Harrsh, qui a placé sa photo sous licence Creative Commons.

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Article du on vendredi, novembre 4th, 2011 at 15:22 dans la rubrique culture numérique. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “L’âge de pierre”

  1. PR27 dit:

    bien avant les TICE, je crois que deux problèmes critiques sont :

    1) les services administratifs au service d’eux-même (se reconnaissent à leur caractère bunkerisé)
    2) le principe du parapluie : vaut toujours mieux demander plus de papiers que pas assez
    (le principe peut descendre la hiérarchie et ajouter des papiers à chaque étage)

  2. Irnerius dit:

    Vous revoilà donc, Christine, pour un coup de gueule bien mérité. il existe une autre interprétation de ce qui vous arrive. Les universités sont aux abois financiers. Dans votre cas, l’université cherche sans doute, peut-être à ce que vous jetiez l’éponge : ne pas renvoyer les pièces demandées et aboutir à un non paiement pour dossier incomplet.

    J’ai observé cettre scène de nombreuses fois en licence professionnelle. Les professionnels qui intervenaient 3 heures étaient scandalisés, eux aussi, de la paperasse qu’ils devaient fournir. Ils renonçaient à être payés

    Les universités n’ont pas à demander les feuilles d’imposition. Légalement, elles doivent se contenter d’une attestion de l’employeur principal, ou de l’enregistrement comme profession libérale. Elles commettent un abus de droit si elles exigent de connâitre le revenu réel.

    Continuez le combat de l’informatisation pour la saisie en ligne des données. Elle existe quand même pour certaines opérations (la déclaration du service d’enseignement par exemple).

    J’aimerais que vous reveniez en ligne de temps en temps sur EducPros. Je m’y sens quelquefois bien seul !

  3. Sophie dit:

    idem

    Pour une intervention de 3 fois 3h à la fac, c’est une lourdeur administrative incroyable, je suis payée 6 mois plus tard. Mes interventions ne sont pas rentables, je le fais pour le plaisir.

    Pour une intervention en collège, c’est pire. La proviseur m’a refusé une fiche de paie en me disant que j’aurais un décompte de mes heures à la retraite!! en tant qu’intervenante au statut indépendant….. Pitoyable, elle ne connait que la fonction publique et n’est pas en mesure de penser autrement…. Pitoyable, surtout quand on sait qu’elle est proviseur d’un collège ZEP rempli d’enfants d’intérimaires….
    De plus, (s’il est la peine d’en rajouter… mais ça me fait du bien de le partager 🙂 ), l’intitulé sur ma fiche de paie ne correspond pas à la mission, et on ne m’a pas trouvé de statut en tant qu’intervenant extérieur privé…. alors que j’ai dû moi même appeler le rectorat pour régler tout ça.

    🙂

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