Qui est habilité à dispenser de la formation ?

Demain jeudi 28 juin, je vais animer un atelier aux Journées du e-learning de Lyon, organisées par l’université Lyon 3 et ses partenaires. Quatre témoins de pratiques « améliorées » de formation et d’apprentissage vont se succéder pour un débat avec la salle. Moi, je ne dirai pas grand chose, car je considère que j’ai dit tout ce que j’ai à dire (pour le moment) sur le sujet, dans le livre blanc L’apprentissage augmenté que j’ai coordonné pour Thot, à partir des articles publiés sur le site depuis quelques années.

Tout, sauf une chose, que je partage ici.

Je ne suis plus étudiante depuis longtemps. Etudiante, au sens de « inscrite dans un cursus de cours dans une université ou tout autre établissement d’enseignement ». J’ai certes suivi un parcours de M2 à l’université Paul Valéry voici quelques années, bien après la fin de ma formation initiale, mais je ne souhaite pas renouveler l’expérience. Non que cette année ait été mauvaise; au contraire, elle m’a permis de consolider un choix de réorientation professionnelle et de lui donner une légitimité, grâce au diplôme obtenu.

Maintenant, je n’ai plus besoin de diplômes supplémentaires. En revanche, j’ai toujours besoin et envie d’apprendre, non seulement par le biais de l’auto-formation libre qui est en quelque sorte inhérente à notre condition humaine, mais aussi en étant accompagnée, orientée, par des professionnels qui ont mis en place pour tous ceux qui le souhaitent et donc pour moi aussi, des parcours d’apprentissage. Si ces parcours sont accessibles à distance, c’est encore mieux et c’est même capital, dans la mesure où je peux m’y inscrire sans considération de lieu et d’emploi du temps, à charge pour moi de prendre mes responsabilités et de m’organiser pour étudier dans des conditions correctes.

Au moment d’effectuer un choix de cours / parcours, je me trouve face à une profusion d’offres toutes plus intéressantes les unes que les autres.

J’élimine d’emblée :

– Les cours très chers (la majorité des cours dispensés par l’Open University britannique par exemple, qui m’intéressent pourtant énormément mais dont le prix dépasse largement ce que je suis prête à débourser, dans la mesure où je prends en charge la totalité des coûts de ma formation);

– Les cours dispensés dans les langues que je ne comprends pas et dans lesquelles je ne peux pas m’exprimer à l’écrit, car je souhaite participer activement aux échanges entre pairs sur forums et autres supports numériques. Ce qui me laisse quand même avec un choix important de cours en français, anglais et espagnol.

– Les cours sur des sujets sans doute intéressants, mais pas directement liés à mes préoccupations professionnelles ou privées. Ca semble évident, mais il me semble que la première chose à faire quand on projette de suivre un nouveau parcours de formation, c’est de se mettre bien au clair sur ce qu’on veut apprendre et pourquoi.

– Les cours « tout papier en ligne ». Ras le bol des pdf de 100 pages à lire. Je sélectionne les cours bien médiatisés, avec de nombreuses activités à réaliser, et notamment des activités de communication. Sinon, je sens que je vais décrocher au bout de quelques semaines.

Après quelques recherches, facilitées par le fait que je connais bien le paysage du e-learning, je sélectionne quelques cours en ajoutant de nouveaux critères :

– Combien de temps dure le cours ? Je ne veux pas dépasser un trimestre, car mon planning est déjà chargé.

– Est-il à entrées libres ? Je préfère les parcours dans lesquels on peut entrer à tout moment, ce qui permet de concilier l’étude avec les impératifs professionnels.

– Combien y a t-il d’inscrits à ce cours, en moyenne ? Je préfère les cours à forte assistance, qui enrichissent considérablement les échanges.

– Combien de temps les ressources sont-elles accessibles après le cours ? J’ai déjà vérifié qu’il était intéressant de se rafraîchir la mémoire en consultant les ressources plusieurs semaines après la fin du cours, surtout si on est conduit à utiliser directement les apports dans sa propre activité.

– Et enfin, qui dispense le cours ?

Et là, je vais beaucoup plus volontiers vers des organisations reconnues dans les domaines qui m’intéressent que vers les universités et les autres établissements d’enseignement. Ceci, parce que je me situe dans une perspective de formation continue, ce qui implique que je dois pouvoir utiliser directement et rapidement (adieu donc, la thèse de doctorat…) les acquis du cours et construire les compétences qui vont avec. Je ne souhaite pas « apprendre à parler de », mais « faire », y compris lorsque ce « faire » désigne des opérations intellectuelles (analyse, synthèse, évaluation, création de contenus écrits…).

Idéalement, je souhaite donc m’inscrire dans des parcours proposés par des organismes professionnels travaillant éventuellement avec des établissements de formation, plutôt que l’inverse. En histoire de l’art, je préfère un cours proposé par un musée à un cours proposé par une université. En politiques et pratiques d’aide au développement, je préfère un cours dispensé par une ONG internationale ou une agence intergouvernementale, du type Nations unies. En stratégies de refondation de l’enseignement supérieur… je préfère une université.

Le développement d’offres de cours dans des institutions dont l’éducation n’est pas le coeur de métier me semble donc parfaitement pertinent. A condition bien entendu que ces institutions se soient dotées, en interne ou en externe, de l’indispensable compétence pédagogique qui est ou devrait être la valeur ajoutée d’un établissement d’enseignement. Ce qui est souvent le cas.

L’éducation redevient un domaine ouvert. Tout organisme expert peut désormais proposer des cours dans son champ d’expertise, si il sait comment le scénariser, accompagner les apprenants, bâtir des activités et des évaluations pertinentes. La seule chose qu’il ne peut actuellement pas faire s’il n’est pas déclaré organisme de formation ou d’établissement éducatif, c’est de délivrer des certifications et des diplômes. Mais les partenariats avec des universités et  la montée en puissance du dispositif de badges permettent de surmonter cette limite et de satisfaire ceux qui ont besoin d’un diplôme ou de crédits.

Je n’ai pas d’hostilité particulière contre les universités. Elles conservent un rôle indispensable en formation initiale et lors de la reprise d’études. Simplement, en formation continue ciblée, qui est une chose bien différente, elles soutiennent difficilement la comparaison avec les organismes professionnels experts. Je sais que je ne vais pas me faire que des amis en disant cela. Mais j’aimerais que les universités renforcent leur crédibilité sur ce créneau, qui constitue manifestement une opportunité de développement pour elles. En développant les partenariats avec les organismes professionnels et les entreprises, et en invitant encore plus largement leurs collaborateurs à dispenser des cours (s’ils acceptent de se former à la pédagogie, évidemment). En acceptant de ne pas être considérées comme des experts de contenus sur à peu près tout, et donc de ne pas offrir de cours sur des sujets qu’elles n’ont jamais pratiqués. Et donc, en admettant que l’activité d’enseignement puisse être partagée entre de nombreux acteurs, les universités et organismes de formation se réservant pour le moment la prérogative de certifier et diplômer les parcours libres.

Voici les cours que j’ai sélectionnés, et entre lesquels il me faudra établir des priorités si je ne veux pas redevenir une étudiante à plein-temps pendant quelques mois :

Un cours d’histoire de l’art dispensé par le MoMA;

Un cours d’évaluation des actions de développement dispensé par l’Unicef et de nombreux partenaires;

Un cours sur l’avenir de l’enseignement supérieur dispensé par un consortium universitaire nord-américain.

Ah zut, aucun de ces cours n’est offert par un établissement / consortium d’établissements francophone.

Doit-on vraiment s’en étonner ?

Tags: , , , ,

Article du on Mercredi, juin 27th, 2012 at 11:43 dans la rubrique culture numérique, enseignement supérieur. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Qui est habilité à dispenser de la formation ?”

  1. Anne dit:

    Bonjour,

    Je comprends parfaitement votre préférence pour les organismes professionnels experts. Même si seules les universités sont habilitées à délivrer un diplôme, les enseignants-chercheurs n’ont AUCUNE formation à la pédagogie durant leur formation initiale, ils ne sont formés qu’à la recherche.

    Leur compétence en pédagogie provient, pour ceux qui en ont la volonté, cours qu’ils font en formation continue, auprès… d’organismes experts ne délivrant aucun diplôme, et ce, au détriment de leur activité de recherche, unique critère d’évaluation de leur hiérarchie, qui se fiche éperdument de savoir s’ils sont de bons ou mauvais profs.

Laisser un commentaire