D’un service public à l’autre

50 % des traitements ayant échoué...

50 % des traitements ayant échoué...

Nous vivons une époque formidable. Les Ministres se rendent compte qu’il y a un problème, hop, ils se mettent au boulot et prennent des mesures radicales. On aime ça.

Par exemple, je lis dans le Figaro un article qui traite des résultats des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche (j’ai bien du oublier quelques mots dans ce long intitulé, mais vous voyez de quoi je parle). L’article s’intitule « Vers une licence plus généraliste à l’université« . Déjà, je pars mal, car en lisant le titre je croyais qu’il y avait eu de fortes décisions sur les licences juridiques attachées aux documents produits par les universités, qu’il allait être plus facile de les diffuser, de les réutiliser, voire de les transformer.  Ça, c’est parce que je ne suis pas universitaire, le mot « licence » n’a pas le même sens pour les lecteurs du Figaro que pour moi, je devrais élargir mon champ sémantique. Surtout que j’ai un fils à l’université, en première année, ce qui lui permet d’affirmer, tout faraud, « je suis en licence » alors que voici 6 mois encore, il devait aller chez le surveillant quand il avait 10 minutes de retard à l’entrée en cours et sur ses bulletins trimestriels était écrit « peut mieux faire ». Bref.

Dans l’article du Figaro, disais-je, je lis : « Avec plus de 50 % d’échec en première année, la réussite des étudiants figurait parmi les trois grands thèmes des Assises etc. » (Etc, c’est moi qui rajoute, vous voyez de quoi il parle, le journaliste). Ils sont rusés, les organisateurs des Assises. ils ne disent pas « l’échec des étudiants figurent parmi les trois etc. », ils préfèrent parle de la réussite des étudiants. C’est le verre à moitié plein. Mais tout le monde sait que l’autre moitié est vide.

Et là, je me dis : imaginons qu’au lieu de parler de l’enseignement supérieur, on parle de l’hôpital. Ca donnerait « Avec 50 % d’échec des traitements, la santé des malades figurait parmi les trois grands thèmes des Assises pour la santé publique et le bonheur universel etc. » Vous imaginez ça, 50 % d’échec des traitements ? Vous croyez qu’on aurait attendu les Assises du médicament et de l’intraveineuse pour réagir ?

Heureusement, Vincent Berger montre que les acteurs clés des Assises etc. ont les choses bien en main : « Une réforme de la licence nous semble nécessaire », dit-il. Ah ben oui, avec 50 % d’échec en première année depuis, allez, une bonne dizaine d’année, on comprend qu’une réforme soit nécessaire. On se demande même pourquoi on a attendu si longtemps. C’est sans doute parce qu’il fallait prendre une orientation « progressive », à l’image de celle qui est souhaitée pour les étudiants. Car ceux-ci ont parfois « consacré beaucoup de temps avant de trouver leur voie », nous dit le même V. Berger. C’est ce qui justifie la « progressivité » de l’orientation. Ben oui, parce que celui ou celle qui a mis 3, 5 ou 8 ans avant de trouver finalement la licence qui lui convient, il a besoin d’une orientation « progressive ». Comprenne qui pourra.

Remplaçons la licence par un médicament. Je met 3, 5 ou 8 ans avant de trouver le bon médicament, j’ai donc besoin d’un traitement progressif. Euh non parce que là, je suis sans doute déjà morte. Heureusement, se tromper de licence, ça n’a jamais tué personne. Pas plus que le ridicule, d’ailleurs.

photo : sparktography via photopin cc

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Article du on Lundi, décembre 3rd, 2012 at 20:15 dans la rubrique enseignement supérieur. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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