5 ans dans ma fac… et puis, plus rien ?

En route !

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À l’heure où l’on vérifie les effets de la mondialisation dans à peu près tous les aspects de notre vie, il est étonnant de constater à quel point les études supérieures demeurent territorialisées. Telle une moule accrochée à son rocher, l’étudiant dispose d’un environnement d’études solide mais restreint, qui est censé le nourrir jusqu’à l’obtention de son diplôme. Certes, il y a bien Erasmus; programme européen de mobilité étudiante qui a fêté en 2012 son 25eme anniversaire. Mais ceux qui ont eu la chance de passer quelques mois dans l’Auberge espagnole sont beaucoup moins nombreux que ceux qui n’ont pas bougé de chez eux… Soit parce que les places sont rares et chères dans leurs filières, soit parce qu’ils n’avaient tout simplement pas envie de bouger. Au total, ce sont 3 millions d’étudiants seulement qui auront profité de ce programme en 25 ans… soit 2,2 % des étudiants européens.

Pourtant, les avis sont unanimes pour louer les bienfaits de ce programme et ses impacts sur les étudiants : cursus universitaires plus variés, ouverture d’esprit, sensibilité interculturelle prédisposant à travailler à l’international, etc. On ne s’étonnera donc pas que la Ligue des Universités de Recherche Européennes (LERU) recommande vivement d’inscrire la mobilité de manière structurelle dans les cursus universitaires (voir cet article : Big change in student mobility needed, says LERU). Ce qui signifie, en clair, que le souhait de mobilité de l’étudiant ne serait plus l’unique option; les cursus comprendraient, de manière obligatoire, des semestres dans une ou même des universités étrangères. Les représentants de la LERU ne sous-estiment pas les difficultés que devront affronter les responsables universitaires, pour maîtriser la circulation des étudiants entre les différents établissements. Déjà aujourd’hui, la gestion du programme Erasmus requiert une bureaucratie affolante, qui mobilise plusieurs personnes à temps plein dans chaque établissement. Mais si chaque étudiant européen devait passer deux ou trois semestres dans un établissement étranger, imaginez le bazar au niveau de l’harmonisation des droits d’inscriptions, la synchronisation des calendriers universitaires, l’alignement des crédits, la mise en place des équivalences entre diplômes, la gestion des locations des chambres en cité universitaire… … Ah, j’en vois déjà qui se mettent l’oreiller sur la tête et qui s’empressent de se rendormir. Pourtant, il faudra bien en passer par là, si l’on veut que le temps des études ouvre l’étudiant aux opportunités, plutôt qu’il ne l’enferme dans une spécialité…

Cette mobilité pourrait prendre également d’autres dimensions :
- Sans bouger de chez soi l’étudiant pourrait suivre des cours à distance dans plusieurs universités européennes (ou même françaises !), ce qui lui permettrait de personnaliser le contenu de son diplôme et éviterait de multiplier les cursus complets -mais parfois fort peu fréquentés, surtout au niveau Master, dans chaque université. L’investissement réclamé par la création de cours en ligne de qualité pourrait être vite compensé par les économies nées de la suppression des cours en présence ne rassemblant pas plus de 15 étudiants, par exemple.

- L’étudiant pourrait aussi faire alterner les semestres de cours et les semestres de travail. On ne dira jamais à quel point le fait d’aller travailler puis de revenir à la fac change radicalement l’opinion que l’on a de ses études et de leur valeur. Là encore, la formation en ligne apparaît comme une solution particulièrement souple et bien adaptée aux jeunes qui pourraient reprendre leurs études là où ils les avaient laissées mais à distance, sans devoir se reloger à proximité de l’université, parfois en conservant un emploi à temps partiel, etc. Anant Agarwal, le président d’EdX, la plateforme de MOOC du MIT et de Harvard, pense d’ailleurs que ce schéma d’alternance entre travail et emploi va se généraliser, et l’a affirmé lors de la conférence SXSWedu http://www.youtube.com/watch?v=IzhgRPp9yrY , organisée à Austin, Texas, en mars 2013. NOn seulement à cause du coût des études qui ne risque pas de baisser aux Etats-Unis, mais aussi et surtout parce qu’il voit venir le jour où le fait d’étudier ne sera plus réservé aux trois ou cinq années précédant l’entrée dans le monde du travail, mais devra pouvoir être mobilisé à chaque fois que cela sera nécessaire.

En d’autres termes, les études hic et nunc vivent peut-être leurs derniers jours (ou plutôt, leur dernière décade; soyons réalistes). Allez voir comment on apprend ailleurs, être à la fois « ici » et « là-bas » grâce aux cours en ligne, être alternativement en emploi et aux études et ce, aussi longtemps qu’on le souhaite : autant de perspectives stimulantes, qui pourraient changer radicalement le visage des études supérieures, des étudiants et des établissements d’enseignement.

photo : space_monkey via photopin cc

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Article du on Samedi, mai 4th, 2013 at 20:23 dans la rubrique enseignement supérieur. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “5 ans dans ma fac… et puis, plus rien ?”

  1. 5 ans dans ma fac… et puis, plus rien ?I... dit:

    [...]   [...]

  2. Gwak dit:

    « alternance entre travail et emploi » ça n’est pas très varié :)

  3. Le blog de Christine Vaufrey » Blog Archi... dit:

    [...]   [...]

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