Plateformes e-learning : une question de lexique et de syntaxe

nuage de motsTravaillant pour différents organismes, j’ai l’occasion de créer des parcours de formation avec des plateformes variées. De plus, je suis de près le développement de Claroline Connect et il me tarde de tester cette nouvelle mouture qui nous promet de regrouper en un seul espace le meilleur de Spiral et le meilleur de Claroline, avec une interface radicalement revue.

Il existe des quantités de plateforme d’e-learning, comme le montre le répertoire des plateformes de formation récemment mis à jour par Denys Lamontagne, directeur de Thot Cursus. Même si l’on s’en tient aux plateformes open source, le choix est encore vaste. Sans repères particuliers, il est alors tentant de se tourner vers les plateformes les plus connues, en partant du principe, pas nécessairement faux, que si tant de gens utilisent telle ou telle plateforme, c’est qu’elle doit donner satisfaction.

Mais après tout, le choix d’une plateforme a t-il tant d’importance ? Il faut savoir qu’au moins 80 % des fonctions proposées sont communes aux différentes plateformes. Quelle que soit celle que vous aurez choisie (ou qu’on vous a imposée dans votre établissement), vous pourrez en tant qu’enseignant déposer des documents, créer des exercices de différents types, ouvrir des forums, créer des groupes d’étudiants, intégrer des vidéos et des fichiers sons, aménager des parcours de formation où alterneront contenus de cours, activités d’apprentissage et d’évaluation, ressources complémentaires, etc. et suivre à la minute près l’ensemble des activités en ligne de vos étudiants.  Ce qui suffit à l’immense majorité des enseignants.

Si toutes les plateformes permettent peu ou prou de faire la même chose, sur quels critères se jouent leur différenciation ?

Un critère de différenciation très important à mes yeux est celui de l’autonomie qui m’est donnée, cette autonomie dépendant en grande partie des possibilités de combiner les différentes briques d’outils proposées par la plateforme pour créer les fonctionnalités dont j’ai besoin. Je m’explique.

Imaginons que j’utilise depuis plusieurs années une plateforme open source, répondant au joli nom de Lambda. Je souhaite diversifier un peu les modalités d’évaluation utilisées dans mes cours et j’ai opté cette année pour une expérimentation de l’évaluation par les pairs. Ce type d’évaluation n’est pas vraiment difficile à mettre en oeuvre en présence mais sur une plateforme d’e-learning, tout se complique : comment assurer la distribution aléatoire des productions anonymisées entre pairs ? Comment garantir la qualité des évaluations et supprimer les éventuels commentaires partiaux ou injurieux ? Comment s’assurer que chaque production aura reçu le nombre voulu d’évaluations ? En tant qu’enseignante, puis-je avoir un tableau de bord me permettant de voir l’état de l’activité en temps réel ? Etc.

 

Un nouveau module pour chaque fonctionnalité ?

Bien peu de plateformes disposent actuellement d’une fonctionnalité complète (ou d’un module) d’évaluation par les pairs. C’est normal, dans la mesure où il s’agit d’une activité relativement peu répandue, surtout en ligne. Mais tout change avec les MOOCs : devant l’impossibilité pour un enseignant (ou même une équipe d’enseignants) de corriger les travaux de plusieurs centaines ou milliers de participants en un temps raisonnable, l’évaluation par les pairs s’impose et va se généraliser. Faut-il pour cela créer des modules complémentaires d’évaluation par les pairs ?

Oui, répondront probablement les tenants de Lambda, si cette dernière bénéficie d’une importante communauté de développeurs toujours prompts à créer de nouvelles fonctionnalités. Non, répondront ceux qui préfèreront renoncer à leur projet plutôt que de se familiariser avec un x-ième module dont la fiabilité n’est pas garantie, dans la mesure où il s’agit évidemment d’une version bêta, chacun étant prié de faire remonter les dysfonctionnements constatés.

Et non, répondront ceux qui estiment qu’une bonne plateforme doit proposer non pas une grande quantité de modules à usage unique, mais des briques – outils qui, combinées d’une certaine manière, fourniront le service demandé.

Car en matière de maîtrise et d’inventivité, il en va des plateformes d’e-learning comme des langues vivantes : pour apprendre une langue étrangère, mieux vaut un dictionnaire et une grammaire qu’un guide de conversation qui ne propose que des phrases toutes faites. Les guides de ce genre ont beau proposer des milliers de phrases, on ne trouve jamais celle dont on a besoin là, tout de suite. Pensez au chapitre sur le prix de la chambre d’hôtel et le restaurant, dans le guide que vous aviez acheté alors que, jeune étudiant, vous faisiez le tour de l’Andalousie à pied avec un budget de 300 francs pour le mois complet.

 

Donner les moyens de faire seul

Les briques-outils constituent le lexique de la plateforme. Sa grammaire est quant à elle composée des principales structures d’agencement des briques entre elles, et des fonctions assurant la continuité entre les briques. Autrement dit, avec de bonnes briques et la connaissance des principes d’agencement, vous devez pouvoir créer à peu près n’importe quelle fonction, et la modifier au fil du temps.

Il serait donc extrêmement utile que les concepteurs de plateformes de formation en ligne présentent, à côté des fonctions les plus courantes (les 80 % évoqués plus haut), la liste des briques de base et leurs règles d’assemblage pour créer les fonctionnalité dont chaque utilisateur peut avoir besoin. Que des tutoriels soient joints à cette présentation afin que chacun soit rapidement autonome dans le maniement des outils.

On sait toutefois que pour être capable de communiquer dans une langue étrangère, la maîtrise du lexique et des règles grammaticales de base ne suffit pas. Il faut bien entendu s’immerger dans un environnement porteur, dans lequel nous serons en contact permanent avec la langue cible et ses locuteurs. Il en va de même en matière d’utilisation d’une plateforme de formation en ligne : rien ne vaut l’immersion dans une communauté d’utilisateurs pour progresser.

Bref : oublions les plateformes qui proposent des centaines de fonctionnalités figées et adoptons celles qui nous laissent créer, avec un guidage approprié, celles dont nous avons besoin.

Illustration réalisée avec Tagxedo

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Article du on Mardi, août 27th, 2013 at 16:31 dans la rubrique conception de cours. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

18 commentaires “Plateformes e-learning : une question de lexique et de syntaxe”

  1. Plateformes e-learning : une question de lexiqu... dit:

    […] Travaillant pour différents organismes, j’ai l’occasion de créer des parcours de formation avec différentes plateformes. De plus, je suis de près le développement de Claroline Connect et il me tarde de tester cette nouvelle mouture qui nous promet de regrouper en un seul espace le meilleur de Spiral et le meilleur de Claroline, avec une interface radicalement revue.  […]

  2. Pierre Dubois dit:

    Bonjour Christine. J’aime bien quand vous bloguez de nouveau sur EducPros : c’est toujours pour poser des questions essentielles et avancer des propositions.

    J’avoue que j’ai encore pas mal de scepticisme vis-à-vis des MOOCs. Mais je retiens votre conclusion : « Il en va de même en matière d’utilisation d’une plateforme de formation en ligne : rien ne vaut l’immersion dans une communauté d’utilisateurs pour progresser ».

    Je vais essayer de suivre votre conseil pour la plate-forme strasbourgeoise : http://blog.educpros.fr/pierredubois/2013/07/17/mooc-le-chercheur-en-charette/

  3. Le blog de Christine Vaufrey » Blog Archi... dit:

    […] plateformes e-learning : une question de lexique et de syntaxe – http://t.co/N76d8qaWCk  […]

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  6. Plateformes e-learning : une question de lexiqu... dit:

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  10. Plateformes e-learning : une question de lexiqu... dit:

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  11. Le blog de Christine Vaufrey » Blog Archi... dit:

    […] Merci à @cvaufrey pour : Plateformes e-learning : lexique et syntaxe – http://t.co/xT1OKakrXG Surtout que les LMS sont souvent des TMS :=)  […]

  12. Plateformes e-learning : une question de lexiqu... dit:

    […] Il existe des quantités de plateforme d'e-learning, comme le montre le répertoire des plateformes de formation récemment mis à jour par Denys Lamontagne, directeur de Thot Cursus. …  […]

  13. Plateformes e-learning : une question de lexiqu... dit:

    […] nuage de mots Travaillant pour différents organismes, j'ai l'occasion de créer des parcours de formation avec des plateformes variées. De plus, je suis de près le développement de Claroline Connect et il me tarde de tester …  […]

  14. Nouvelles du REFAD dit:

    […] Pour le billet via le blogue de Christine Vaufrey : http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/08/27/plateformes-e-learning-une-question-de-lexique-… […]

  15. Le blog de Christine Vaufrey » Blog Archi... dit:

    […]   […]

  16. Michel Boustani dit:

    Excellente revue sur les platerformes LMS/LCMS,
    sujet d’actualité et soucis de chaque décideur ou personne
    qui recommanderait telle ou autre solution.

    J’aime particulièrement l’aspect « Utilisateur » que vous couvrez, et c’est aussi à ce niveau que j’aimerai ajouter ce petit commentaire:
    ce qui compte à mes yeux (je parle souvent en tant qu’utilisateur dans ce genre de situations) ce qui importe c’est la convivialité, la clarté de la structure et surtout un semblant de standard d’emblée. Sur certaines plateformes il y a des « innovations » (comprendre des gens qui s’amusent à essayer des fonctionnalités sans fondements disons-le franchement) j’ai rarement vu le service de WIki par exemple pour les apprenants, un lieu d’échange avec le formateur, bref tout ce qui contribuerait à renforcer l’expérience utilisateur.

  17. Sites et Blogs | Pearltrees dit:

    […] Le blog de Christine Vaufrey » Blog Archive » plateformes e-learning : une question de lexique et … […]

  18. Plateformes e-learning : une question de lexiqu... dit:

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