MOOC et OER, même combat ?

oer_commons_square_smallerLe 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« .

Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises. Alors, je vous invite à aller le lire et à revenir ici ensuite.
Ca y est ? dans ce cas, nous pouvons commencer.

(petit résumé pour les feignants : l’article raconte l’histoire de Hal Plotkin, enfant pauvre devenu conseiller d’Obama pour l’éducation, qui gère un budget de 2 milliards pour produire des OER, Open Educational Resources).

L’histoire de Hal Plotkin est véridique, comme l’Amérique les aime : le p’tit gars parti de rien qui grimpe jusqu’au sommet. N’oublions pas qu’il ne s’agit que d’un cas isolé, le rêve américain restant un rêve, justement, pour la majorité des ressortissants de ce pays, et même de plus en plus, au point que le président s’en inquiète, et c’est aussi Le Monde qui le dit.

 Les 2 milliards de dollars pour le développement de ressources éducatives libres sont véridiques aussi (voir ici). Il y a en effet urgence dans « la plus belle démocratie du monde » qui a quand même réussi le tour de force de barrer l’accès aux études supérieures à plus de la moitié de sa population, tant elles sont chères. Les universités publiques facturent facilement l’année à plus de 10 000 dollars (sauf les Community colleges dont est issu Hal Plotkin). Dans les plus prestigieuses (les universités de l’Ivy League dont il est question dans l’article), ça monte sans problème à 50 000 dollars par an… Soit plus de 2 000 dollars la semaine de cours ! Les étudiants s’endettent massivement pour aller à la fac. S’ils disposent d’un prêt fédéral, leur dette peut être effacée quelques années après la fin de leurs études au cas où ils n’auraient pas trouvé de boulot leur permettant de rembourser. S’ils n’ont pas cette chance et doivent s’adresser au secteur bancaire habituel… Eh bien, ils risquent de payer toute leur vie. On estime le montant global de la dette étudiante américaine à 1000 milliards de dollars. oui, vous avez bien lu ! Voyez cet article du Figaro pour plus de détails. Regardez surtout les messages postés par les milliers de personnes endettées à l’issue de leurs études qui ont participé au mouvement Occupy Wall Street et continuent à apporter leurs témoignages. Voyez ici par exemple, l’histoire de cette fille de 24 ans qui a 33 000 dollars de dette étudiante et n’arrive pas à trouver un job à plein temps pour rembourser et donc, les intérêts courent…

Aux US, un manuel scolaire coûte facilement plus de 100 dollars, là où en Europe on paie environ 20 à 30 euros. Certes, il y a des bourses, mais évidemment pas assez pour envoyer tout le monde à la fac.

On comprend donc le succès phénoménal des MOOCs aux US (accéder à des cours gratuits, là-bas c’est juste rêver au Père Noël) et le développement des OER (Open Educational Resources), boosté par l’administration Obama. Mais notre amie du Monde se trompe sur plusieurs points.

Ce n’est pas Obama qui a lancé les OER, mais le MIT, en 2001, avec l’Opencourseware initiative. Plus d’info ici et surtout, allez sur le site de l’OCW. Bien d’autres institutions ont suivi, encouragées notamment par l’UNESCO, qui a fait adopter en 2012 la déclaration de Paris sur les OER, qu’on appelle REL en français.

Car il existe des REL en français ! il est absolument faux de dire que c’est un produit purement américain. Mais le problème des REL, c’est qu’on a énormément de mal à les localiser, alors que les OER anglo-saxonnes sont bien rangées dans des répertoires. Néanmoins, il faut rendre justice à tous ceux qui publient leurs ressources éducatives sous licence Creative Commons, cette dernière institution prévoyant d’ailleurs de créer une licence libre spécifique à l’éducation.

Vous trouverez par exemple ici la présentation d’un répertoire de REL. Sésamath est l’un des plus célèbre collectif qui produit des REL : des manuels de maths, des cahiers d’exercices, etc.

Et enfin, toutes nos universités numériques thématiques sont pleines de REL, Paris Tech a aussi un site de REL, etc. Voir ici, un répertoire de REL.

Bref, il est faux de dire qu’il n’y a pas de REL en français. Simplement, elles ne s’appellent pas OER…

Autre point sur lequel il faut revenir : il n’y a pas une logique « MOOC puis REL ». Ca n’a rien à voir, parce qu’on ne parle pas dut tout de la même chose.

Une REL est une ressource. Autrement dit, un exercice, une séquence pédagogique, un schéma, une carte, une vidéo de cours, etc. Ce n’est absolument pas un parcours de plusieurs séquences comme l’est un MOOC. Et je souligne un point important : les OER / REL existent depuis plus de 10 ans maintenant, mais restent sous-utilisées. Pourquoi ? parce que les enseignants comme les étudiants n’aiment pas faire du patchwork. Assembler des dizaines de REL pour en faire un parcours cohérent prend un temps fou et les différentes ressources ne fonctionnent pas forcément bien ensemble. En revanche, intégrer des REL à son propre cours, voilà qui est mieux. Un MOOC peut par exemple proposer des REL… et même être une REL de niveau supérieur (ie : un parcours libre et pas seulement une ressource libre). C’est le choix que nous avons fait pour le MOOC ITyPA, qui est sous licence CC. De cette façon, n’importe qui peut récupérer ITyPA, en totalité ou en fragments, et l’intégrer à ses propres cours, formations, etc. Plusieurs établissements ont déjà fait la démarche, et nous en sommes très fiers.

Donc, les MOOCs et les OER / REL se développent en parallèle; un MOOC peut intégrer des REL ou en être une lui-même. Il n’y a pas de relation chronologique entre les deux.

Donc, personne n’est « en retard » quand il fait des MOOC plutôt que des REL, et inversement. Ce sont deux types de produits distincts.

Méfions-nous du terme « open » que l’on retrouve aussi bien dans MOOC que dans OER. Dans le premier acronyme, il signifie « accessible à tous ». Dans le second, il signifie « libre », au sens de « logiciel libre » : vous pouvez non seulement consulter cette ressource, mais la copier, la diffuser et la modifier selon les modalités décidées par l’auteur. Ce n’est pas du tout la même chose.

Tags: , ,

Article du on Vendredi, décembre 27th, 2013 at 0:03 dans la rubrique MOOC, utilisation ressources numériques. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

8 commentaires “MOOC et OER, même combat ?”

  1. MOOC et OER, même combat - Les blogs Educ... dit:

    […] L'histoire de Hal Plotkin est véridique, comme l'Amérique les aime : le p'tit gars parti de rien qui grimpe jusqu'au sommet. N'oublions pas qu'il ne s'agit que d'un cas isolé, le rêve américain restant un rêve, justement, pour la …  […]

  2. MOOC et OER, même combat ? | MOOC Francop... dit:

    […] Le 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« . Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises. Alors, je vous invite à aller le lire et à revenir ici ensuite.Ca y est ? dans ce cas, nous pouvons commencer.(petit résumé pour les feignants : l’article raconte l’histoire de Hal Plotkin, enfant pauvre devenu conseiller d’Obama pour l’éducation, qui gère un budget de 2 milliards pour produire des OER, Open Educational Resources).  […]

  3. MOOC et OER, même combat ? | Evolution of... dit:

    […] Le 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« . Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises.  […]

  4. MOOC et OER, même combat ? | Coopé... dit:

    […] Le 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« . Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises.  […]

  5. Le blog de Christine Vaufrey » Blog Archi... dit:

    […]   […]

  6. MOOC et OER, même combat ? | Tice | Scoop.it dit:

    […] Le 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« . Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises. Alors, je vous invite à aller le lire et à revenir ici ensuite.Ca y est ? dans ce cas, nous pouvons commencer.(petit résumé pour les feignants : l’article raconte l’histoire de Hal Plotkin, enfant pauvre devenu conseiller d’Obama pour l’éducation, qui gère un budget de 2 milliards pour produire des OER, Open Educational Resources).  […]

  7. MOOC et OER, même combat ? | MOOC univers... dit:

    […] Le 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« . Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises. Alors, je vous invite à aller le lire et à revenir ici ensuite.Ca y est ? dans ce cas, nous pouvons commencer.(petit résumé pour les feignants : l’article raconte l’histoire de Hal Plotkin, enfant pauvre devenu conseiller d’Obama pour l’éducation, qui gère un budget de 2 milliards pour produire des OER, Open Educational Resources).  […]

  8. MOOC et OER, même combat ? | Politique d'... dit:

    […] Le 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« . Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises. Alors, je vous invite à aller le lire et à revenir ici ensuite.Ca y est ? dans ce cas, nous pouvons commencer.(petit résumé pour les feignants : l’article raconte l’histoire de Hal Plotkin, enfant pauvre devenu conseiller d’Obama pour l’éducation, qui gère un budget de 2 milliards pour produire des OER, Open Educational Resources).  […]

Laisser un commentaire