Le blog de Christine Vaufrey http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey Le temps des TICE Tue, 26 Aug 2014 10:24:14 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.1 Les MOOCs, instruments de domination sociale ? Comme le système éducatif lui-même ! http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/08/26/les-moocs-instruments-de-domination-sociale-comme-le-systeme-educatif-lui-meme/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/08/26/les-moocs-instruments-de-domination-sociale-comme-le-systeme-educatif-lui-meme/#comments Tue, 26 Aug 2014 10:23:52 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=485 cuillere-d-argent2Actuellement, c’est Ludovia, l’université d’été consacrée au numérique à l’école organisée dans un charmant village de l’Ariège, où la majorité des enseignants de l’éducation nationale actifs sur Internet se retrouvent chaque année. Je ne suis pas à Ludovia, mais je regarde ce qu’il se dit sur Twitter de cet événement. Et ce matin, je lis que Dominique Cardon, participant à la soirée inaugurale hier soir, aurait dit que « Les MOOCs permettent à ceux qui en savent déjà beaucoup d’en savoir encore plus ». Ces propos sont rapportés par une personne présente dans la salle et s’adonnant au live tweet, pas par Cardon lui-même, je le précise. Et je me doute bien qu’un tweet simplifie beaucoup la pensée de notre sociologue préféré.

Quoi qu’il en soit, en lisant ces mots, je grimpe au lustre, comme Manuel Valls le week end dernier mais pas tout à fait pour les mêmes raisons : quoi ! Cardon tire sur les MOOCs en les accusant d’être des instruments de domination sociale, de renforcer la position de ceux qui ont déjà tout ! Et je pense au discours exactement inverse que nous tenaient les grosses compagnies américaines qui ont lancé la vogue des MOOCs : enfin, le savoir est accessible à tous, partout, sans considérations de fortune, de localisation, de diplômes… Alors, sommes-nous dans une xième illustration de notre amour immodéré pour la théorie du complot (« ils avancent masqués et sous couvert de démocratisation ils imposent leur loi, leur ambition est de nous faire disparaître et de régner sans partage », discours bien connu dès qu’il s’agit de réagir à une initiative américaine), ou dans un formidable ratage ?

Ou bien, sommes-nous tout simplement dans le système éducatif français, dont l’enquête PISA dénonce, édition après édition, sa remarquable capacité à entretenir la domination des classes supérieures et à barrer la route de la réussite aux plus modestes ? Les MOOCs français ressembleraient-ils, dans leur majorité, au système au sein duquel ils naissent, directement (MOOCs académiques) ou indirectement (MOOCs réalisés par des organisations extérieures au système éducatif formel mais nourris et inspirés par celui-ci, jusqu’à la caricature) ?

La question porte la réponse : OUI. Oui, comme en témoigne cette floppée d’experts qui viennent nous présenter, tout farauds, leur spécialité, dans des vidéos assommantes; oui, comme en témoigne aussi le nombre important de MOOCs de profs faits pour les profs. Oui,  comme en témoigne également l’absence d’annonce de ces cours dans les espaces, matériels et immatériels, fréquentés par la majorité de la population, celle qui ne se lève pas en se disant « tiens ! à quoi je vais me former aujourd’hui ? » mais qui pourrait, éventuellement, constater qu’une formation sur tel ou tel sujet lui serait utile pour améliorer tel ou tel aspect de son existence. Et qui n’a jamais entendu parler des MOOCs.

Alors, on fait quoi ?

On continue comme ça, on reste à l’intérieur et on entretient la machine en se disant qu’on n’a pas le choix, que la société est construite de cette façon et qu’on arrivera quand même à en sauver quelques-uns, que ça sera notre satisfaction d’éducateur au moment de la retraite ?

On sort en claquant la porte avec ces fortes paroles « dans ces conditions, je ne peux plus travailler » pour ne pas assumer l’échec, on va planter des carottes ou ouvrir un resto ? Dans le genre d’un certain ministre de l’éducation qui se barre une semaine avant la rentrée scolaire ?

Ou alors, on cherche, on essaie, on fabrique des MOOCs et d’autres objets de formation évolutifs, on n’est jamais complètement content du résultat mais on sait aussi reconnaître les trucs qui marchent, on écoute avec la plus grande attention les réactions des participants et on utilise leur formidable capacité critique, on va présenter ses produits à des gens qui n’en ont a priori rien à faire sans se dire qu’il faut les convaincre mais plutôt en oubliant toutes nos hiérarchies et nos idées préconçues ?

Arrêtons le cynisme et le désenchantement. Passons à l’action, en profitant de l’espace immatériel, bien moins pesant que les bâtiments éducatifs, pour faire preuve d’imagination et retrouver de l’ambition. Si changement il y a, il sera le produit non d’une quelconque « pente naturelle » ou « révolution technologique » aux effets miraculeux, mais bien celui de la volonté et de l’effort d’acteurs déterminés.

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La France, bientôt championne des Moocs premiums ? http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/07/22/la-france-bientot-championne-des-moocs-premiums/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/07/22/la-france-bientot-championne-des-moocs-premiums/#comments Tue, 22 Jul 2014 06:21:51 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=473 EtretatRécemment, j’ai lu quelque part sur Internet que dans le cadre de l’OpenCourseWare du MIT, de nouveaux cours sur la photographie étaient disponibles. L’OpenCourseWare, c’est l’ancêtre d’EdX : un espace en ligne, accessible à tous, dans lequel on trouve des dizaines de milliers de ressources créées par les enseignants du MIT, rattachées à des cours qui ont effectivement été dispensés dans cette célèbre institution. L’OCW comme on l’appelle quand on est branché est né en 2001 et ambitionnait à l’époque de rendre le meilleur de l’enseignement mondial accessible à tous partout dans le monde, une rhétorique qui rappellera quelque chose à ceux qui ont suivi la mise sur orbite des Moocs aux Etats-Unis. Et les mêmes se souviendront que ça n’a pas du tout fonctionné comme annoncé : beaucoup moins de connexions que prévu, des réussites sociales / éducatives directement liées à l’utilisation de ce matériel en tout petit nombre mais en revanche une excellente image de marque pour le MIT apparaissant comme le bienfaiteur du monde.

 

Où est le cours promis ?

Me voici donc toute contente avec la perspective de me plonger dans un cours sur le photojournalisme et la photographie documentaire. Je me rends sur la page et après avoir lu la description, parcouru l’abondante bibliographie, je cherche les ressources de cours. Longtemps. Très longtemps, consultant des dizaines de pages. Avant de comprendre qu’il n’y en a pas. Il n’y a pas de ressources de cours ! Il n’y a pas de cours ! Ce qui est proposé ; un « syllabus » (découpage du cours en séances sur la durée du semestre, sans la moindre adaptation à la mise en ligne) – une bibliographie, avec liens directs depuis chaque ouvrage vers Amazon – La liste des devoirs à réaliser par les étudiants -Une galerie présentant quelques images (de qualité très moyenne) réalisées par les étudiants ayant suivi le cours en 2009. Bref, rien d’utilisable.

Le pire, c’est qu’il y a des milliers de « cours » de ce genre sur le site de l’OCW du MIT. Certains cours sont heureusement plus copieux, avec des captations réalisées en amphi, des notes rédigées par les profs. Mais il ne semble pas y avoir de standards de qualité minimale pour ce qui est déposé sur le site : l’essentiel, c’est l’abondance. Très dépitée, j’abandonnai donc ce site.

 

Les UNT : de belles endormies à réveiller !

Deux jours plus tard, par le hasard de la navigation et de la sérendipité, je suis tombée sur ceci : Ce que nous apprend l’anthropologie, réalisé par Jacques Willemont en 2014, disponible sur le portail de l’UOH, Université Ouverte des Humanités. C’est également un cours, un cours d’introduction à l’anthropo et à ses relations avec les disciplines connexes. Eh bien franchement, c’est mille fois mieux que les pseudos-cours déposés sur l’OCW. J’ai commencé à regarder les premières diapos, je n’ai pas pu m’arrêter, jusqu’à la fin. Les ressources vidéos sont exceptionnelles, on se croirait à la télé, devant un très bon documentaire. Mais il ne s’agit pas seulement de télé éducative. Les nombreux documents écrits, l’existence d’un carnet de notes téléchargeable pour conserver des traces de sa réflexion, l’abondante bibliographie, la possibilité de consulter les ressources multimédias hors du parcours… Tout est réfléchi pour aider l’utilisateur à apprendre de manière autonome. Je rappelle qu’il s’agit d’un cours réalisé par une équipe française, disponible sur l’une des Universités Numériques Thématiques dont bien peu de gens ont entendu parler, même parmi ceux qui se passionnent pour les Moocs.

Et ce cas n’est pas isolé : allez donc voir par exemple sur le site de l’Aunege, UNT dédiée à l’économie et à la gestion. vous y découvrirez des centaines de cours très bien structurés, avec ou sans multimédia, mais dans lesquels vous allez vraiment apprendre des tas de trucs. Si vous n’avez pas envie de réfléchir pendant des heures aux comportements financiers irrationnels (quoique ça me semble très utile par les temps qui courent) ou à la manière d’étudier les séries chronologiques de données chiffrées, vous pourrez vous précipiter vers « Les essentiels », les clips de quelques minutes qui mettent en scène un prof s’exprimant de manière synthétique et limpide, provoquant chez vous ce fameux -« effet ha-a » qui signale que vous avez enfin compris quelque chose d’important. Voilà ce qui mérite de s’appeler des « cours ». Il ne leur manque qu’une distribution sur 6 ou 8 semaines et une dimension sociale pour se transformer en Moocs magnifiques, de haut niveau, bien meilleurs que la production moyenne actuelle.

 

Les Moocs premiums à portée de main 

Qui sautera le pas ? Qui osera envisager le Mooc comme un produit d’assemblage, de ré-exploitation de l’existant (surtout quand il est excellent) augmenté par les outils d’interaction et une inscription dans le temps ? Il n’est pas obligatoire de créer 100 % de ressources originales pour faire un Mooc. Plutôt que des vidéos très moyennes (c’est un euphémisme) de prof statique débitant son résumé face caméra, je préfère mille fois me plonger dans des vidéos scénarisées, bien montées, faites à partir de ressources diverses et sélectionnées. Je suis préoccupée par le fait que le MIT ose appeler « cours » ce qui n’est qu’une trame de cours, la base sur laquelle le prof va construire son cours mais en aucun cas le « cours » tel qu’il doit être proposé à l’apprenant.

Je suis préoccupée également par le fait que les concepteurs de Moocs raisonnent dans leur majorité plus en termes de produits nouveaux et de valorisation de la personne de l’enseignant, que de qualité des contenus. Mais j’espère que quelques courageux vont se pencher sur les pépites enfouies dans les UNT et les sites des universités, quand ce n’est pas au fond d’une archive qui n’a jamais connu la lumière d’Internet. Qu’ils vont les redécouper, les réassembler dans des parcours de formation en ligne (car les Moocs sont avant tout des parcours de formation, ne l’oublions pas), les immerger dans une démarche de social learning qui va leur redonner vie. Nous avons en France un matériel de haute qualité pour créer des Moocs largement meilleurs que ce que nous voyons habituellement, partout dans le monde. Ne perdons pas cette opportunité de nous distinguer et de valoriser notre patrimoine académique.

Photo : Antonio Ponte, Flickr, Licence CC

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Moocs et emploi : en France, c’est pas gagné http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/05/08/moocs-et-emploi-en-france-cest-pas-gagne/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/05/08/moocs-et-emploi-en-france-cest-pas-gagne/#comments Thu, 08 May 2014 17:49:21 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=465 small__33630574J’ai beaucoup apprécié la tribune de Julia Stiglitz sur Educpros, « Pourquoi l’éducation en ligne est indispensable dans le monde d’aujourd’hui » (7 mai 2014). Elle rappelle quelques vérités qui plaident toutes en faveur d’un plus large accès à la formation tout au long de la vie :

– En sortant des études secondaires, on ne peut avoir une idée très claire des savoirs et savoir-faire dont on aura besoin dans ses emplois futurs, et l’on choisit sa spécialité d’études dans un ici et maintenant qui sera vite dépassé;

– Les connaissances elles-mêmes deviennent vite obsolètes, il faut donc se mettre à jour régulièrement;

– Des centaines de milliers d’emplois sont non pourvus (aux Etats-Unis mais aussi ailleurs), il est donc intéressant de pouvoir se former rapidement pour y prétendre;

– Les jeunes semblent être plus mobiles que leurs aînés en matière d’emploi, changeant de poste tous les 3 ans environ aux US (en France, toutes tranches d’âge confondues, on change d’emploi en moyenne tous les 7 ans, et je ne serais pas surprise que la durée moyenne d’un emploi chez les 20-30 ans soit la même qu’aux US) et par conséquent ayant besoin fréquemment de compléments de formation.

J. Stiglitz s’appuie sur ces faits peu contestables pour asseoir la valeur des MOOC (elle est responsable du développement chez Coursera), leur utilité sociale en quelque sorte. Mais en fait, l’articulation entre le besoin professionnel et la décision de suivre un MOOC n’est pas aussi claire qu’elle y paraît. Pour de très nombreuses personnes, le fait de suivre un MOOC n’est pas un choix contraint mais à l’inverse une affirmation de liberté. Je suis libre d’apprendre ce que je veux : l’art du bonheur, la magie à la manière de Harry Potter ou encore comment nourrir un cheval même si je n’en possède pas !

 

Protéger l’emploi revient à en interdire l’accès aux chômeurs

Revenons à la formation tout au long de la vie. Effectivement, si j’ai la quasi-certitude de pouvoir compléter ma formation à tout moment de mon parcours professionnel  et à moindre frais, je vais peut-être oser quitter un emploi peu valorisant, postuler à un autre qui me semblait hors d’atteinte, et surtout reprendre espoir lorsque je serai au chômage. Mais il faudrait pour cela que j’évolue dans un marché de l’emploi fluide, où les entrées et sorties de postes ne ressemblent ni à des parcours du combattant pour les premières, ni à des tragédies pour les secondes.

Dans leur livre « Nos phobies économiques« , Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia décrivent bien la rigidité du marché du travail français, fondée sur un décalage considérable entre l’emploi et le chômage. Le chômage est une catastrophe. Il dure, il stigmatise, il isole, il déqualifie. En sortir est extrêmement difficile, voire impossible passé 45 ans pour de nombreuses personnes. Et ceci, parce que l’emploi est hyperprotégé. D’un côté, licencier est considéré comme un crime. De l’autre, on préfère s’user la santé et le moral dans des boulots médiocres que d’aller chercher ailleurs. Les jeunes rêvent de fonctionnariat, pour que soit réglée une fois pour toute la question de la recherche d’emploi. Ceci, parce qu’on ne se relève jamais indemne du chômage. La boucle est bouclée. « Cette situation fait de l’entreprise un endroit dont on ne s’échappe pas, de peur de ne pas retrouver un autre point de chute » (p. 114 – 115).

En conséquence, la formation professionnelle vise bien plus à conserver son emploi qu’à en trouver un nouveau. Ayant longtemps travaillé avec des personnes en reconversion professionnelle, j’ai pu mesurer la hauteur des montagnes qu’elles s’apprêtaient à gravir. Il leur fallait suivre une formation longue et diplômante, sans laquelle elles n’auraient aucune crédibilité devant leurs futures employeurs. Se retrouver pendant 8 ou 10 mois assis dans une salle de classe, avec des travaux à rendre à peu près chaque semaine; suivre patiemment des cours dont beaucoup connaissaient, de par l’expérience accumulée, même dans un autre domaine, une bonne partie des contenus; démarcher pour trouver un stage non rémunéré dans une entreprise; passer des examens; sortir de là épuisé… et affronter un nombre incalculable de portes fermées, car il y a toujours quelque chose qui ne va pas : pas d’expérience dans le domaine est la raison la plus souvent invoquée pour ne pas retenir la candidature d’un reconverti. On s’obstine à voir un verre à moitié vide là où il est en réalité immensément plein d’expériences variées, sources de créativité, de regard neuf et de changement. Mais justement, ne changeons rien !

 

Le diplôme, statue du commandeur

Je doute fortement que les MOOCs et autres dispositifs ouverts de formation en présence ou à distance permettent à eux seuls d’assouplir le marché du travail. Le chômage n’est pas uniquement une question d’inadaptation des compétences et des formations. D’ailleurs,  de nombreuses personnes estimées inemployables en période de vaches maigres retrouvent subitement bien des attraits en période de plein emploi !

Dire comme J. Stiglitz que « La pertinence de l’éducation informelle s’accroît à mesure que chacun cherche à se différencier sur le marché de l’emploi » me paraît pour le moins prématuré sur le marché français du travail. J’ai évoqué à de nombreuses reprises lors de discussions publiques la question des badges (permettant précisément de valider des compétences acquises lors de parcours informels) et à chaque fois, la réponse à été la même : les entreprises n’en voudront jamais ! Elles ne sont pas les seules. Voici quelques jours encore, lors d’un séminaire à l’AUF, une responsable du numérique au Ministère de l’Enseignement supérieur traitait les certificats acquis à la fin des MOOCs de « médailles en chocolat ».

Les MOOCs et autres parcours ouverts de formation sont aujourd’hui en France pris entre le marteau de l’académie (qui joue aux MOOCs, si l’on en croit la personne mentionnée plus haut) et l’enclume d’un marché de l’emploi vitrifié dans lequel on ne jure que par l’alliance magique du diplôme reconnu et de l’expérience spécialisée. Les mooqueurs devront apporter eux-mêmes les preuves de leur valeur, non seulement en tant qu’apprenants en ligne dans un cours ouvert, mais plus globalement en tant que personnes capables de gérer elles-mêmes l’enrichissement de leurs savoirs et savoir-faire dans le dialogue permanent du dire et du faire, de l’apprentissage et de l’application, en autonomie. À nous, concepteurs et promoteurs des MOOCs de qualité, de rendre ces dispositifs de formation chaque jour plus crédibles et de contribuer à la reconnaissance de ceux qui s’y engagent.
photo : ruminatrix via photopin cc

 

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Métissons nos compétences (pour faire des MOOCs !) http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/04/30/metissons-nos-competences/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/04/30/metissons-nos-competences/#comments Wed, 30 Apr 2014 17:05:58 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=458 13829448705_1249fb37f1« Le numérique n’est pas une affaire de geek », ça vous dit quelque chose ? J’ai lu cette phrase dans le rapport du dernier baromètre Inria – Sofres sur Les Français et le Numérique. Le numérique, c’est l’affaire de nous tous, car nous l’utilisons au quotidien, il prolonge notre vie dans l’espace immatériel.

L’éducation sur support numérique est-elle uniquement une affaire de profs ? Ca y est, vous me voyez venir. Je vais encore parler de mes obsessions du moment, les MOOCs, le faire plutôt que le dire, tout ça. Vous avez raison.

Je suis inscrite au MOOC sur l’utilisation des réseaux sociaux proposé par Rue89 formation. Rue89, c’est un site de presse, pas une école ou une université. Mais je suppose que c’est déjà un organisme de formation. Quoi qu’il en soit, son MOOC se distingue de la production ambiante par un aspect surtout : la qualité des vidéos. Sophie Caillat qui assure la narration (et apparemment qui est aussi la conceptrice principale de ce MOOC) parle très bien. Elle lit sur prompteur et donc, nous regarde droit dans les yeux. Elle fait des pauses aux moments importants. Elle utilise un lexique riche, qui empêche de s’endormir. Ses mains bougent. Sa silhouette incrustée se déplace dans la page.

À l’écran, la présentatrice alterne avec des interviews d’autres personnes, filmées ailleurs, et de brèves démonstrations d’utilisation d’outils en ligne.

À la fin de chaque vidéo (elles sont un peu longues quand elles dépassent 10-12 mn mais comme elles sont de bonne qualité, ça passe bien), des écrans de texte reprennent les points importants à retenir.

Preuve que nous sommes bien dans les médias et pas sur un site éducatif : il y a de la pub dans les vidéos. Avant, après, et même pendant. La vidéo 1 de la séquence 2 est à ce niveau insupportable : Sophie Caillat est coupée 3 fois par une pub pour les lingettes dépoussiérantes. Sans doute parce que c’est une femme qui parle ? Ou parce que ceux qui regardent le MOOC en pleine journée sont plutôt des ménagères qui font une pause pendant leur séance de ménage ?

Ceci mis à part, je le répète, les vidéos sont excellentes, 100 coudées au-dessus de celles que l’on voit d’ordinaire dans les MOOCs, ces dernières méritant d’être converties en podcasts audios, pour qu’au moins on puisse écouter son cours dans le bus (l’image n’y ayant pas vraiment de valeur ajoutée). D’ailleurs, il me semble probable, et même ardemment désiré, que France Culture se mettent aux MOOCs, surtout depuis qu’existe le canal dédié aux étudiants… Non ?

Le MOOC de Rue89 reste classiquement académique, bien qu’il ait l’ambition de former à des savoir-faire. On parle des choses, on ne les fait pas. Des activités, des ateliers, des échanges de pratiques auraient été les bienvenus.

Et là, je me dis que nous avons des choses à faire ensemble, journalistes, enseignants, ingénieurs de formation bons connaisseurs des LMS (plateformes de formation en ligne). Nous avons des compétences métissables plutôt que complémentaires, l’émulation collective et la diversité de nos univers nous conduisant très certainement à imaginer puis créer des produits de formation nouveaux, séduisants, bien construits, interactifs… en nette progression par rapport à ceux qui existent actuellement. Certes, chaque professionnel dans sa catégorie peut élargir son champ de compétences. Mais il serait plus efficace et plus rapide de nous associer. Philippe Couve flirte déjà avec cette idée dans l’un de ses derniers billets. Je me fixe comme objectif d’être de cette nouvelle étape de l’aventure.

Et vous, ça vous tente ?

Photo : Dominik, Flickr, licence CC – BY – SA

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MOOCs, la nouvelle télé éducative http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/02/04/moocs-la-nouvelle-tele-educative/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2014/02/04/moocs-la-nouvelle-tele-educative/#comments Tue, 04 Feb 2014 19:00:18 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=447 shutterstock_71474599Avant, on avait les émissions de télé des grandes chaînes nationales pour nous apprendre des choses. Maintenant, il y a surtout de la télé-réalité, des jeux et des séries américaines diffusées épisode par épisode, et trois saisons en arrière de ce qu’on voit en ligne. Heureusement, pour apprendre on a encore Arte et désormais on a les MOOCs. On n’est même pas obligé de se mettre devant le poste à heure fixe, on allume et on éteint quand on veut et on regarde les vidéos. Quand on veut dire ce qu’on préfère c’est gratuit, pas comme dans la Nouvelle star ou dans The voice. Les présentateurs / trices ne sont pas encore aussi bons que sur les grandes chaînes, les studios pas aussi scintillants, mais ça ne va pas tarder. Je parie même que dans deux ans au plus tard, les chaînes de télé auront rejoint les universités et que les MOOCs seront présentés par les dames d’Envoyé Spécial et les gars à l’air assuré de Capital ou de Complément d’enquête. On n’apprendra rien (on allume, on regarde, on éteint, on oublie) mais c’est pas grave, on aura vu un beau programme.

Mais heureusement, il n’y a pas que ça, dans le monde des MOOCs.

Et comme c’est un peu long à écrire, j’ai fait une carte. Désolée, l’embed ne fonctionne pas alors je vous mets une image :

Capture d’écran 2014-02-04 à 19.56.02

 

Retrouvez et téléchargez la carte sur le site de Xmind : http://www.xmind.net/m/vCJL/

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MOOC et OER, même combat ? http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/12/27/mooc-et-oer-meme-combat/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/12/27/mooc-et-oer-meme-combat/#comments Thu, 26 Dec 2013 22:03:54 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=436 oer_commons_square_smallerLe 18 décembre dernier, on a pu lire sur Le Monde un article écrit par Maryline Baumard intitulé « L’Amérique rêve du savoir en un clic« .

Le billet qui suit fait référence à cet article à de multiples reprises. Alors, je vous invite à aller le lire et à revenir ici ensuite.
Ca y est ? dans ce cas, nous pouvons commencer.

(petit résumé pour les feignants : l’article raconte l’histoire de Hal Plotkin, enfant pauvre devenu conseiller d’Obama pour l’éducation, qui gère un budget de 2 milliards pour produire des OER, Open Educational Resources).

L’histoire de Hal Plotkin est véridique, comme l’Amérique les aime : le p’tit gars parti de rien qui grimpe jusqu’au sommet. N’oublions pas qu’il ne s’agit que d’un cas isolé, le rêve américain restant un rêve, justement, pour la majorité des ressortissants de ce pays, et même de plus en plus, au point que le président s’en inquiète, et c’est aussi Le Monde qui le dit.

 Les 2 milliards de dollars pour le développement de ressources éducatives libres sont véridiques aussi (voir ici). Il y a en effet urgence dans « la plus belle démocratie du monde » qui a quand même réussi le tour de force de barrer l’accès aux études supérieures à plus de la moitié de sa population, tant elles sont chères. Les universités publiques facturent facilement l’année à plus de 10 000 dollars (sauf les Community colleges dont est issu Hal Plotkin). Dans les plus prestigieuses (les universités de l’Ivy League dont il est question dans l’article), ça monte sans problème à 50 000 dollars par an… Soit plus de 2 000 dollars la semaine de cours ! Les étudiants s’endettent massivement pour aller à la fac. S’ils disposent d’un prêt fédéral, leur dette peut être effacée quelques années après la fin de leurs études au cas où ils n’auraient pas trouvé de boulot leur permettant de rembourser. S’ils n’ont pas cette chance et doivent s’adresser au secteur bancaire habituel… Eh bien, ils risquent de payer toute leur vie. On estime le montant global de la dette étudiante américaine à 1000 milliards de dollars. oui, vous avez bien lu ! Voyez cet article du Figaro pour plus de détails. Regardez surtout les messages postés par les milliers de personnes endettées à l’issue de leurs études qui ont participé au mouvement Occupy Wall Street et continuent à apporter leurs témoignages. Voyez ici par exemple, l’histoire de cette fille de 24 ans qui a 33 000 dollars de dette étudiante et n’arrive pas à trouver un job à plein temps pour rembourser et donc, les intérêts courent…

Aux US, un manuel scolaire coûte facilement plus de 100 dollars, là où en Europe on paie environ 20 à 30 euros. Certes, il y a des bourses, mais évidemment pas assez pour envoyer tout le monde à la fac.

On comprend donc le succès phénoménal des MOOCs aux US (accéder à des cours gratuits, là-bas c’est juste rêver au Père Noël) et le développement des OER (Open Educational Resources), boosté par l’administration Obama. Mais notre amie du Monde se trompe sur plusieurs points.

Ce n’est pas Obama qui a lancé les OER, mais le MIT, en 2001, avec l’Opencourseware initiative. Plus d’info ici et surtout, allez sur le site de l’OCW. Bien d’autres institutions ont suivi, encouragées notamment par l’UNESCO, qui a fait adopter en 2012 la déclaration de Paris sur les OER, qu’on appelle REL en français.

Car il existe des REL en français ! il est absolument faux de dire que c’est un produit purement américain. Mais le problème des REL, c’est qu’on a énormément de mal à les localiser, alors que les OER anglo-saxonnes sont bien rangées dans des répertoires. Néanmoins, il faut rendre justice à tous ceux qui publient leurs ressources éducatives sous licence Creative Commons, cette dernière institution prévoyant d’ailleurs de créer une licence libre spécifique à l’éducation.

Vous trouverez par exemple ici la présentation d’un répertoire de REL. Sésamath est l’un des plus célèbre collectif qui produit des REL : des manuels de maths, des cahiers d’exercices, etc.

Et enfin, toutes nos universités numériques thématiques sont pleines de REL, Paris Tech a aussi un site de REL, etc. Voir ici, un répertoire de REL.

Bref, il est faux de dire qu’il n’y a pas de REL en français. Simplement, elles ne s’appellent pas OER…

Autre point sur lequel il faut revenir : il n’y a pas une logique « MOOC puis REL ». Ca n’a rien à voir, parce qu’on ne parle pas dut tout de la même chose.

Une REL est une ressource. Autrement dit, un exercice, une séquence pédagogique, un schéma, une carte, une vidéo de cours, etc. Ce n’est absolument pas un parcours de plusieurs séquences comme l’est un MOOC. Et je souligne un point important : les OER / REL existent depuis plus de 10 ans maintenant, mais restent sous-utilisées. Pourquoi ? parce que les enseignants comme les étudiants n’aiment pas faire du patchwork. Assembler des dizaines de REL pour en faire un parcours cohérent prend un temps fou et les différentes ressources ne fonctionnent pas forcément bien ensemble. En revanche, intégrer des REL à son propre cours, voilà qui est mieux. Un MOOC peut par exemple proposer des REL… et même être une REL de niveau supérieur (ie : un parcours libre et pas seulement une ressource libre). C’est le choix que nous avons fait pour le MOOC ITyPA, qui est sous licence CC. De cette façon, n’importe qui peut récupérer ITyPA, en totalité ou en fragments, et l’intégrer à ses propres cours, formations, etc. Plusieurs établissements ont déjà fait la démarche, et nous en sommes très fiers.

Donc, les MOOCs et les OER / REL se développent en parallèle; un MOOC peut intégrer des REL ou en être une lui-même. Il n’y a pas de relation chronologique entre les deux.

Donc, personne n’est « en retard » quand il fait des MOOC plutôt que des REL, et inversement. Ce sont deux types de produits distincts.

Méfions-nous du terme « open » que l’on retrouve aussi bien dans MOOC que dans OER. Dans le premier acronyme, il signifie « accessible à tous ». Dans le second, il signifie « libre », au sens de « logiciel libre » : vous pouvez non seulement consulter cette ressource, mais la copier, la diffuser et la modifier selon les modalités décidées par l’auteur. Ce n’est pas du tout la même chose.

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Souvenirs de fac http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/09/15/souvenirs-de-fac/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/09/15/souvenirs-de-fac/#comments Sun, 15 Sep 2013 15:44:23 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=413 universiteDemain lundi 16 septembre, c’est la rentrée pour un grand nombre d’étudiants, et donc pour leurs profs. J’y pensais ce matin (beaucoup d’étudiants autour de moi), et j’essayais de me souvenir de mes propres années d’université (1978 – 1981, puis 1987-89. Entre les deux, j’ai fait scénariste de télé et j’ai voyagé). Non que j’aie tout oublié, mais c’est un peu confus, embrouillé. Qu’est-ce qu’il y avait là, qu’il n’y a plus aujourd’hui ? Et inversement ?

La rentrée se faisait plutôt vers le début du mois d’octobre, il me semble. Je travaillais en juillet et août, et je ne me souviens pas d’avoir embrayé directement sur la fac. Je prenais des vacances. Ça devait être en septembre.

Fac de lettres, première année. Premier cours de littérature moderne, la prof nous regarde droit dans les yeux et nous assène : « J’espère que vous n’êtes pas venus là parce que vous aimez lire ! »

Bon, on n’a rien dit, impressionnés. On ne le savait pas encore, mais  en 1978 le structuralisme linguistique connaissait ses derniers spasmes. Interdit de parler de l’auteur ou de l’époque. Le texte, rien que le texte. Aimer lire ? Sans doute une maladie bourgeoise. On compte les mots, les syllabes, on emploie un vocabulaire compliqué que personne ne comprend, même pas nous. On étudie la littérature, ça rigole pas. On a tous eu 6 au premier devoir (sur La Fontaine). je me souviens du commentaire de la prof sur ma copie : « Travail très décevant ». C’était pas très structuraliste, ça.

On écrivait tout à la main. Des pages et des pages de notes. Je soulignais, je faisais des listes avec des tirets, je paginais et notais les dates. Une nouvelle feuille chaque semaine. Je me comportais comme un traitement de texte. En quatrième année, je me souviens d’avoir écrit la totalité de mon mémoire de maîtrise (sur Valery Larbaud) à la main. Puis je l’ai fait taper par les secrétaires (on avait le droit de dire « secrétaires », à l’époque) de la boîte où travaillait mon père. C’était bourré de coquilles, mais je n’ai rien osé dire. Ça m’a plu, quand j’ai découvert Word, en 1988, sur l’Amstrad prêté par un copain. J’ai passé des heures à tester les polices de caractères, à faire des essais de mise en page. Le traitement de texte me donnait une autonomie que je ne pouvais même pas imaginer. Elle n’a fait que croître depuis, avec la diversification des outils numériques. J’étais évidemment loin de savoir à l’époque qu’un jour on appellerait cette autonomie croissante la désintermédiation.

Fac de lettres, première année, le prof à l’ancienne, veste de tweed et cravate en tricot. Sa spécialité : Balzac. Premier cours : il sort les Oeuvres complètes de Balzac en Pléiade et les empile autour de lui. Il ressemble à un baron dans son donjon. J’ai eu ce prof pendant 3 ans, j’ai lu Balzac pendant 3 ans. Après, plus jamais.

Le mot « postdoc » n’existait pas. J’étais dans une petite fac, mes profs ne figuraient peut-être pas parmi les vedettes de l’université française, mais quand même, ils n’étaient pas crétins, loin de là, et beaucoup d’entre eux n’avaient pas, autour de la quarantaine, encore achevé leur thèse. Ce n’était pas bizarre.

renard2En premier cycle, j’avais aussi quelques profs sans thèse, et pas les moins bons. La thèse était comprise comme un achèvement, pas comme une première marche. C’était l’époque où il y avait moins d’un million d’étudiants, toutes disciplines confondues, en France.

Mon meilleur souvenir de fac : le cours d’histoire romane, en L3. Plusieurs fois par an, le prof nous emmenait à la campagne. On visitait des églises romanes. Il nous préparait à manger le midi, il ouvrait des boîtes de petits pois sur un réchaud butagaz. Il portait un noeud papillon. Je suis dingue d’histoire médiévale et d’églises romanes, et je sais à qui je le dois.

 

* Photo haut : je suis retournée dans mon université, j’y ai même donné une conférence. D’abord, je n’ai rien reconnu. Puis j’ai retrouvé l’ancien bâtiment de la fac de lettres (ce n’est pas celui de la photo, vous vous en doutez). J’espère qu’il y fait moins froid qu’à l’époque.

* Photo bas : un renard voleur de poule orne un des piliers romans de la basilique Notre Dame du roncier de Josselin (Morbihan).

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Plateformes e-learning : une question de lexique et de syntaxe http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/08/27/plateformes-e-learning-une-question-de-lexique-et-de-syntaxe/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/08/27/plateformes-e-learning-une-question-de-lexique-et-de-syntaxe/#comments Tue, 27 Aug 2013 14:31:18 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=405 nuage de motsTravaillant pour différents organismes, j’ai l’occasion de créer des parcours de formation avec des plateformes variées. De plus, je suis de près le développement de Claroline Connect et il me tarde de tester cette nouvelle mouture qui nous promet de regrouper en un seul espace le meilleur de Spiral et le meilleur de Claroline, avec une interface radicalement revue.

Il existe des quantités de plateforme d’e-learning, comme le montre le répertoire des plateformes de formation récemment mis à jour par Denys Lamontagne, directeur de Thot Cursus. Même si l’on s’en tient aux plateformes open source, le choix est encore vaste. Sans repères particuliers, il est alors tentant de se tourner vers les plateformes les plus connues, en partant du principe, pas nécessairement faux, que si tant de gens utilisent telle ou telle plateforme, c’est qu’elle doit donner satisfaction.

Mais après tout, le choix d’une plateforme a t-il tant d’importance ? Il faut savoir qu’au moins 80 % des fonctions proposées sont communes aux différentes plateformes. Quelle que soit celle que vous aurez choisie (ou qu’on vous a imposée dans votre établissement), vous pourrez en tant qu’enseignant déposer des documents, créer des exercices de différents types, ouvrir des forums, créer des groupes d’étudiants, intégrer des vidéos et des fichiers sons, aménager des parcours de formation où alterneront contenus de cours, activités d’apprentissage et d’évaluation, ressources complémentaires, etc. et suivre à la minute près l’ensemble des activités en ligne de vos étudiants.  Ce qui suffit à l’immense majorité des enseignants.

Si toutes les plateformes permettent peu ou prou de faire la même chose, sur quels critères se jouent leur différenciation ?

Un critère de différenciation très important à mes yeux est celui de l’autonomie qui m’est donnée, cette autonomie dépendant en grande partie des possibilités de combiner les différentes briques d’outils proposées par la plateforme pour créer les fonctionnalités dont j’ai besoin. Je m’explique.

Imaginons que j’utilise depuis plusieurs années une plateforme open source, répondant au joli nom de Lambda. Je souhaite diversifier un peu les modalités d’évaluation utilisées dans mes cours et j’ai opté cette année pour une expérimentation de l’évaluation par les pairs. Ce type d’évaluation n’est pas vraiment difficile à mettre en oeuvre en présence mais sur une plateforme d’e-learning, tout se complique : comment assurer la distribution aléatoire des productions anonymisées entre pairs ? Comment garantir la qualité des évaluations et supprimer les éventuels commentaires partiaux ou injurieux ? Comment s’assurer que chaque production aura reçu le nombre voulu d’évaluations ? En tant qu’enseignante, puis-je avoir un tableau de bord me permettant de voir l’état de l’activité en temps réel ? Etc.

 

Un nouveau module pour chaque fonctionnalité ?

Bien peu de plateformes disposent actuellement d’une fonctionnalité complète (ou d’un module) d’évaluation par les pairs. C’est normal, dans la mesure où il s’agit d’une activité relativement peu répandue, surtout en ligne. Mais tout change avec les MOOCs : devant l’impossibilité pour un enseignant (ou même une équipe d’enseignants) de corriger les travaux de plusieurs centaines ou milliers de participants en un temps raisonnable, l’évaluation par les pairs s’impose et va se généraliser. Faut-il pour cela créer des modules complémentaires d’évaluation par les pairs ?

Oui, répondront probablement les tenants de Lambda, si cette dernière bénéficie d’une importante communauté de développeurs toujours prompts à créer de nouvelles fonctionnalités. Non, répondront ceux qui préfèreront renoncer à leur projet plutôt que de se familiariser avec un x-ième module dont la fiabilité n’est pas garantie, dans la mesure où il s’agit évidemment d’une version bêta, chacun étant prié de faire remonter les dysfonctionnements constatés.

Et non, répondront ceux qui estiment qu’une bonne plateforme doit proposer non pas une grande quantité de modules à usage unique, mais des briques – outils qui, combinées d’une certaine manière, fourniront le service demandé.

Car en matière de maîtrise et d’inventivité, il en va des plateformes d’e-learning comme des langues vivantes : pour apprendre une langue étrangère, mieux vaut un dictionnaire et une grammaire qu’un guide de conversation qui ne propose que des phrases toutes faites. Les guides de ce genre ont beau proposer des milliers de phrases, on ne trouve jamais celle dont on a besoin là, tout de suite. Pensez au chapitre sur le prix de la chambre d’hôtel et le restaurant, dans le guide que vous aviez acheté alors que, jeune étudiant, vous faisiez le tour de l’Andalousie à pied avec un budget de 300 francs pour le mois complet.

 

Donner les moyens de faire seul

Les briques-outils constituent le lexique de la plateforme. Sa grammaire est quant à elle composée des principales structures d’agencement des briques entre elles, et des fonctions assurant la continuité entre les briques. Autrement dit, avec de bonnes briques et la connaissance des principes d’agencement, vous devez pouvoir créer à peu près n’importe quelle fonction, et la modifier au fil du temps.

Il serait donc extrêmement utile que les concepteurs de plateformes de formation en ligne présentent, à côté des fonctions les plus courantes (les 80 % évoqués plus haut), la liste des briques de base et leurs règles d’assemblage pour créer les fonctionnalité dont chaque utilisateur peut avoir besoin. Que des tutoriels soient joints à cette présentation afin que chacun soit rapidement autonome dans le maniement des outils.

On sait toutefois que pour être capable de communiquer dans une langue étrangère, la maîtrise du lexique et des règles grammaticales de base ne suffit pas. Il faut bien entendu s’immerger dans un environnement porteur, dans lequel nous serons en contact permanent avec la langue cible et ses locuteurs. Il en va de même en matière d’utilisation d’une plateforme de formation en ligne : rien ne vaut l’immersion dans une communauté d’utilisateurs pour progresser.

Bref : oublions les plateformes qui proposent des centaines de fonctionnalités figées et adoptons celles qui nous laissent créer, avec un guidage approprié, celles dont nous avons besoin.

Illustration réalisée avec Tagxedo

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MOOCs : du passé faisons table rase… ou pas http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/06/18/linnovation-de-rupture-un-mythe-americain/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/06/18/linnovation-de-rupture-un-mythe-americain/#comments Mon, 17 Jun 2013 22:28:38 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=391 Reflets dans un immeuble de Long Beach, Californie. Mur de l'ancien quartier juif de Palerme, Sicile.

« Disruptive inovation » : c’est en ces termes que le MOOC est fréquemment décrit outre-Atlantique. Il n’est pas facile de traduire « disruptive« . Cet adjectif qualifie un élement qui bouleverse, perturbe profondément, change à jamais l’ordre des choses.

Tous les créateurs d’applications numérique rêvent de créer l’application « disruptive« , celle après laquelle rien ne sera jamais plus pareil. Et ceux qui ont lancé les MOOCs académiques se sont vus comme des messagers du « disruptif » total dans le champ éducatif.

Cette aspiration est profondément ancrée dans la culture américaine, qui fait volontiers table rase du passé pour construire du neuf, au propre comme au figuré. Les villes américaines comptent quelques rues ou bâtiments mis sous cloche, intouchables, à côté de quartiers tout neufs, constamment tout neufs. Les maisons à ossature de bois, si fréquentes, ne sont pas faites pour durer. On les quittera sans un regard en arrière, laissant le fauteuil à demi-éventré et le vaisselier en plastique imitation bois prendre la poussière dans le living room déserté, lors d’un énième déménagement.

On retrouve ce goût du flambant neuf dans les produits éducatifs américains, et dans les commentaires portés sur ces produits. Nous autres Européens, avons souvent le sentiment que nos collègues américains réinventent la roue chaque matin, avec un enthousiasme sans cesse renouvelé.  Car nous qui évoluons dans un espace où s’entrechoquent les siècles, nous qui considérons comme un peu jeunes les villes de moins de 1000 ans et avons l’habitude d’installer nos restaurants au milieu des ruines romaines, avons bien du mal à sauter de joie devant la douzième version du portfolio numérique, le vingt-deuxième réseaux social dérivé de Facebook, la x-ième plateforme de MOOC sortie en moins de deux ans. Et ce, même si des millions de dollars ont été investis dans la réalisation de ces produits, dont 99 % seront engloutis dans les ténèbres – le % restant suffisant à modifier durablement nos façons de travailler, communiquer et apprendre.

« Nouveau » n’est pas toujours « Innovant »

Les plateformes de MOOC les plus connues (Coursera, EdX, Canvas) sont-elles à la hauteur du potentiel « disruptif » de cours massifs qu’elles accueillent ? Franchement, on en doute. N’hésitez pas à vous inscrire à un MOOC, et testez les différentes fonctions des plateformes. Vous verrez que ce sont de bien pauvres LMS, structurés autour des vidéos de cours. Des vidéos dont on commence à comprendre qu’elles satisfont sans doute plus les profs que les participants aux MOOC, ces derniers n’hésitant pas à les sauter pour se précipiter sur la seule chose qui les fasse vraiment avancer : l’activité d’apprentissage. C’est du moins ce qui ressort des premières analyses des données collectées sur Coursera et Udacity, comme on peut le lire dans un récent article publié sur le site de la MIT Technology Review :

« Since MOOCs first appeared, bite-sized videos have provided the bulk of the teaching, accompanied by online assessments and exercises to help cement the content in students’ minds. However, both Coursera’s data and Udacity’s reveal a large subset of students who prefer to skip videos and fast-forward as much as possible. »

Le MOOC, d’abord social

La véritable valeur des MOOCs ne tient évidemment pas aux vidéos, dont on peut penser qu’elles ont été choisies comme vecteur principal du cours non pour leurs qualités intrinsèques de supports éducatifs, mais parce que après des années d’OpenCourseWare et d’iTunesU, les universités américaines et les enseignants en maîtrisent le technique. Cette valeur ne tiendra pas non plus aux activités en ligne qui vont certainement se faire plus nombreuses, car les praticiens du e-learning ont appris à scénariser leurs cours et à organiser des activités variées sur plateforme, les LMS les plus populaires offrant là des modules fort intéressants dont les concepteurs de plateformes de MOOCs feraient bien de s’inspirer. La valeur des MOOCs tient à l’explosion de la dimension sociale de l’apprentissage. Des milliers de participants peuvent s’appuyer les uns sur les autres et travailler ensemble non seulement pour satisfaire aux exigences de la certification, mais aussi pour apprendre beaucoup plus, autrement, ailleurs. Les fonctions sociales permettant d’organiser des activités d’apprentissage : voilà ce que les plateformes de MOOCs devraient privilégier, pour être à la hauteur de leur réputation « disruptive ».

Faire évoluer les plateformes qui ont fait leurs preuves

Mais n’oublions pas que les plateformes américaines dans leur majorité sont nées… de rien. Comme s’il n’y avait jamais eu de LMS auparavant. Leurs promoteurs tentent de faire passer cette amnésie pour de l’innovation. Et nous ne sommes pas obligés de suivre aveuglément cette stratégie si nous voulons nous aussi, en Europe, bâtir nos propres plateformes.

Tout doit-il être jeté, sous prétexte de MOOC, dans les plateformes d’e-learning les plus connues ? Moodle (américaine à l’origine mais depuis longtemps alimentée par des communautés oeuvrant dans le monde entier), Claroline, Chamilo… ne peuvent-elles évoluer pour accueillir des MOOCs ? Bien sûr que si ! Il est mille fois préférable d’alimenter l’évolution de LMS ayant déjà fait leurs preuves et ayant déjà pris le virage du social learning (car ces MOOCs  sont eux aussi le produit d’une histoire éducative), que de créer des plateformes sommaires de toutes pièces, en y engloutissant des sommes qui seraient sans doute mieux employés ailleurs. Moodle a déjà fait sa mue et peut compter sur des millions d’utilisateurs enthousiastes. Claroline va très bientôt changer radicalement d’aspect et de fonctionnement, focalisant d’avantage sur les activités des apprenants que sur le matériel de cours; les autres plateformes pourront évoluer si leurs développeurs le souhaitent.

Cette démarche raisonnable et qualitative manquera peut-être un peu de panache face à la création ex nihilo de plateformes nouvelles. Cependant, à l’usage, parions que les plateformes les plus robustes et les plus évolutives ne seront pas les plus récentes, mais celles qui auront déjà fait la preuve de leur adaptabilité.

Illustration : Reflets dans un immeuble de Long Beach, Californie. Mur de l’ancien quartier juif de Palerme, Sicile (photos personnelles).

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Le MOOC, ou le retour du prof http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/06/04/le-mooc-ou-le-retour-du-prof/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/06/04/le-mooc-ou-le-retour-du-prof/#comments Tue, 04 Jun 2013 17:16:10 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=378 medium_8573233746Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir de participer à la conférence intitulée « MOOC et formation continue« , évènement organisé par CCM Benchmark, avec le concours d’Orange, du JDN, du Figaro étudiant, et tout ceci à l’université Paris-Dauphine.

Je suis intervenue sur le thème « MOOC et e-learning : points de convergence et de divergence », en compagnie de Véronique Saguez, enseignante de SVT et consultante académique pour les TICE.

La première chose qui m’a été demandée, et la seule que je traiterai dans ce billet, c’est « est-ce que les MOOCs constituent une rupture vis à vis du e-learning tel qu’il se pratique depuis 20 ans« . Car oui, on n’a pas attendu les MOOCs pour pratiquer le e-learning, diplômer des apprenants entièrement à distance, expérimenter les modèles tout en ligne, hybride, présence renforcée, etc. (ça vous rappelle de bons souvenirs mes chers collègues, n’est-ce pas ?). Ce qui me frappe en travaillant sur les MOOCs, en les préparant, en les animant, en analysant ce qui se fait ailleurs, c’est de constater que toutes les questions que nous nous sommes déjà posées pour le e-learning se posent à nouveau pour les MOOCs : vont-ils fournir de la formation au rabais ? Ne faudrait-il pas former les profs avant de leur demander de faire des MOOCs ? Comment convaincre les OPCA de considérer les MOOCs comme de véritables parcours de formation continue ? Les MOOCs doivent-ils être suivis sur le temps de travail ou en dehors ? Faut-il des stratégies « nationales » pour les MOOCs, ou laisser les établissements s’organiser comme bon leur semble ? Peut-on acquérir des compétences en ligne, ou seulement des savoirs ? Quels supports sont les meilleurs ? La vidéo n’est-elle pas « l’avenir de la formation en ligne » ?

J’arrête là, persuadée que vous pouvez vous-même poursuivre la liste ad libitum.

J’arrête là, pour focaliser mon propos sur trois points :

L’accompagnement de l’apprenant. Dans un MOOC, l’apprenant n’est pas accompagné par l’organisme organisateur ni l’enseignant, mais par ses pairs. Clairement, ce n’est pas suffisant pour tout le monde. L’analyse que nous avons faire à l’issue d’ITyPA converge avec celle de Véronique Saguez, qui travaille avec des publics beaucoup plus jeunes : l’autonomie de l’apprenant ne peut pas être considérée comme une principe acquis avant le cours, sauf à ne travailler que pour les mieux dotés, une fois de plus. Cette autonomie se construit au fil du temps, au travers de dispositifs pédagogiques adaptés. Mais, alors qu’avec un public jeune d’une part, un public victime de ce qu’on appelle la fracture numérique qui est largement une fracture sociale d’autre part, l’institution mettra en place au moins une partie de ce dispositif, l’accompagnement pourra être beaucoup plus léger avec un public habitué aux outils numériques et au travail en mode projet, les participants ayant les capacités de s’organiser eux-mêmes en groupes bienveillants et favorables aux apprentissages. Les MOOCs que nous voyons aujourd’hui s’adressent avant tout à ce public « de niveau 2″. Ce qui ne signifie absolument pas qu’ils doivent ne s’adresser qu’à ce public. On peut parfaitement envisager des modalités d’apprentissage hybrides, avec une part variable de rassemblements physiques. En d’autres termes le MOOC, qui est l’archétype du dispositif de social learning, ne dérogera en rien à ses principes constitutifs (dont aucun, soit dit en passant, n’est gravé dans le marbre) en étendant cette dimension sociale IRL, dans la vraie vie.

medium_240359464Dans le même ordre d’idée, j’ai insisté sur le fait que tout dispositif pédagogique est le produit de sa culture. Il n’est alors pas étonnant d’avoir vu naître les MOOCs sur le sol des Etats-Unis : ce pays valorise l’affirmation de soi, l’autonomie de choix, et même le « branding » personnel (le fait de se considérer soi-même comme une marque. Il paraît que c’est un progrès). Les apprenants comme les enseignants oeuvrant dans les MOOCs veulent être « populaires »; les posts des participants sont notés par les pairs qui ajoutent des « like » comme sur n’importe quel réseau social. Il est de nombreux endroits dans le monde où l’enseignement se base sur des concepts bien différents : l’obéissance, la déférence vis à vis de la parole du maître, le travail acharné (en réponse à une prescription qui dépasse bien souvent les limites de la survie), l’importance cruciale du cadre d’apprentissage et de ses rituels… Y jouent des rôles essentiels. Si vous avez déjà enseigné à des étudiants asiatiques, vous verrez ce dont je veux parler. Et au début d’ITyPA, plusieurs participants nous ont demandé où étaient la classe, les devoirs, ce qu’il fallait apprendre, quand allait arriver le prof (puisque nous nous présentions comme des animateurs)… On reconnaît là les indices d’une certaine culture scolaire. S’il s’agit de celle dans laquelle vous avez grandi et que subissent aussi vos enfants, à quelques modifications près, comment pouvez-vous imaginer que désormais, le web tout entier est votre salle de classe, la plateforme n’est faite que pour discuter entre nous, on décide souverainement du temps que l’on doit passer sur chaque apprentissage, et même de ce qu’on va produire en fin de parcours ? Donc, emparons-nous des MOOCs mais attention à ne pas nous tromper de culture éducative ! Nous avons de très belles et bonnes choses à défendre en Europe en matière de rapport au savoir et d’apprentissage social.

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Jusque là, nous ne voyons pas de véritable rupture entre le e-learning et les MOOCs, juste des points de vigilance. Le véritable changement, ce qui fait que les MOOCs sont bien mieux acceptés par les profs que les modalités habituelles d’e-learning, c’est que précisément, le MOOC redonne la main à l’enseignant dans la conception et l’animation de cours. Les pratiques d’e-learning souffrent d’une anonymisation radicalement étrangère à la culture enseignante. Qu’il s’agisse de la préparation d’un « master course », sorte de cours standard qui peut être distribué par n’importe quel enseignant, de l’effacement de l’enseignant, vulgaire « expert de contenu », derrière le tuteur, ou des pratiques dépersonnalisantes des Universités numériques thématiques qui engloutissent dans d’immense sacs fourre-tout (si peu organisés hélas, dans de trop nombreux cas) les ressources produites par les universités dans des contextes spécifiques, les ressources et pratiques numériques ne valorisent pas le travail de proximité de l’enseignant. Avec les MOOCs, tout change : aux USA, les MOOCs des profs stars ressemblent à s’y méprendre aux captations des concerts des géants du rock. Et les enseignants qui ne disposent ni de cette audience, ni peut-être du talent d’orateur de leurs célèbres collègues, refusent avec la dernière énergie de voir leurs propres séquences de transmission des savoirs remplacées par les MOOCs des universités les plus prestigieuses : même moins bon, même un peu bricolé, eh bien c’est mon cours, celui que j’ai fait moi-même !

Et poussons encore un peu la réflexion : qu’est-ce qui fait qu’un prof s’éclate en préparant et en donnant son cours ? Le fait de l’avoir scénarisé. Ce n’est pas le contenu lui-même (les verbes irréguliers en anglais pour la 17e ou la 28e fois de sa carrière…) mais tout le scénario mis en place pour intéresser les élèves ou les étudiants, les multitudes de décisions qui doivent être prises, les ciseaux et la colle, la recherche de documentation, le rythme du cours… qui représentent l’expertise du prof.

Alors oui, j’idéalise un peu le prof enthousiaste qui arrive tout excité dans sa classe, après avoir passé la nuit à développer l’idée géniale qu’il a eu la veille (ou qui arrive tranquille et rassurant dans sa classe, tant il est sûr de son métier) . Mais d’une part, j’estime que l’on fait du e-learning ou des MOOCs avec les enseignants et pas contre eux. D’autre part je suis absolument convaincue, pour l’expérimenter quasiment tous les jours, que si l’on enlève la scénarisation pédagogique au prof, on lui enlève l’essentiel. Et ceci est valable en présence comme à distance, et peut-être même encore plus à distance : se reconnaître dans le cours qui apparaît à l’écran est une satisfaction profonde. Et ménager des espaces pour prendre contact avec les apprenants distants, lors d’un chat audio ou vidéo, incruster sa trombine dans la page de cours, comme l’a fait Rémy Bachelet dans le MOOC Gestion de projet qui s’achève tout juste et a connu un énorme succès, fait du bien à tout le monde, apprenants comme enseignants.

Donc, finalement, quoi ? Pas de « pédagogie de rupture » dans les MOOCs, mais 1/ des problématiques bien connues sur la formation à distance et l’autonomie des apprenants, auxquelles des réponses ont été données et qu’il faut aller consulter, ce qui implique d’avoir un minimum de mémoire; 2/ un retour en grâce des enseignants à valoriser impérativement, comme la clé qui ouvrira la porte de la participation des enseignants à cette modalité de formation à distance.

Le e-learning a malheureusement souvent été compris par les enseignants comme : beaucoup de technologies à maîtriser et très peu de vous-mêmes. Le MOOC peut renverser la tendance : beaucoup de vous-mêmes et finalement peu de technologies à maîtriser.
photo 1 : audreywatters via photopin cc

photo 2 : china.sixty4 via photopin cc

photo 3 : Whiskeygonebad via photopin cc

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Non, le e-learning n’est pas né en 2011 ! http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/05/16/non-le-e-learning-nest-pas-ne-en-2011/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/05/16/non-le-e-learning-nest-pas-ne-en-2011/#comments Thu, 16 May 2013 15:11:34 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=375 Le 15 mai dernier, on pouvait lire dans Les Echos un article intitulé « Les universités américaines pionnières de l’enseignement en ligne ». Un pionnier désignant l’individu qui, le premier, réalise quelque chose, je m’attendais à lire un historique de la formation à distance.

C’est effectivement le cas… mais le problème, c’est que l’article nous laisse croire que la formation en ligne est née avec Coursera, en 2011, donc. Avant, il n’y a avait rien que les classes traditionnelles : « L’éducation n’a guère changé depuis cinq cents ans : le savoir se transmet essentiellement en classe, par l’intermédiaire d’un professeur, d’un tableau noir et de livres. A voir le débat qui est en train d’enflammer l’Amérique sur l’éducation en ligne, Internet pourrait néanmoins rapidement changer la donne« .

Quel dommage que le journaliste ayant commis cet article n’ait pas eu connaissance de l’infographie ci-dessous, qui lui aurait donné un minimum de recul par rapport au sujet qu’il prétendait traiter !


The Evolution of Distance Learning
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Un journaliste doit effectuer un minimum de recherches avant d’aborder un sujet dans son article, il me semble que c’est une règle communément admise. Si Massimo Prandi, auteur de l’article évoqué, avait été un simple citoyen et que sa réflexion sur la formation en ligne n’avait pas été partagée avec les milliers de lecteurs des Echos, on aurait pu lui pardonner sa bourde, tant il est vrai que la formation à distance, puis la formation en ligne, ont longtemps peiné à se faire reconnaître dans le paysage de l’éducation et de la formation.

Si vous concevez ou animez des cours en ligne dans votre établissement, vous devez être familier de ce genre de réflexions : « ouais, c’est pas mal ton truc mais franchement, ça vaut pas un bon cours en amphi, non ?« , « Comment tu fais pour enseigner à distance : tu te filmes et les gens ils te regardent sur leur ordinateur, c’est ça ?« , « Mon boulot, c’est de faire cours, pas de bricoler avec des ordinateurs !« ; et un petit dernier pour la route « Mes cours sur Internet, jamais ! Je veux pas que n’importe quel abruti me les pique et dise ensuite que c’est le siens !« .

Pour résumer, disons que la formation à distance a longtemps été considérée par une part non négligeable d’enseignants, d’administrateurs et d’apprenants potentiels comme un sous-produit universitaire, distribuant des diplômes au rabais, faite pour des pauvres gens qui n’ont pas la chance de pouvoir fréquenter nos merveilleux campus. Et pendant des années, il a fallu argumenter et se justifier en présentant les dispositifs d’accompagnement des étudiants, des scénarios pédagogiques, les espaces de classe virtuelle et des résultats aux examens plus qu’honorables, équivalents sinon meilleurs à ceux qui étaient obtenus dans les classes en présence. Et malgré tout ça, nous avions le sentiment persistant d’être pris dans des sables mouvants et que plus on avait d’inscrits, moins on nous prenait au sérieux.

Alors, il n’est pas vraiment étonnant que pour de nombreuses personnes, la formation en ligne soit née en 2011, avec les MOOCs des grandes universités américaines. Dans ces universités d’ailleurs, ce sont des enseignants plutôt rétifs au e-learning qui se sont les premiers enthousiasmés pour les MOOCs, comme le signale une très intéressante enquête réalisée par The Chronicle of Higher Education . Les MOOCs des universités américaines séduisent parce qu’ils ne remettent pas en cause la pédagogie universitaire la plus classique : l’enseignant et son savoir sont au centre, les étudiants en périphérie. Ils séduisent également car tout le monde peut y accéder, sans condition de diplôme, de fortune ou de localisation. Ils apparaissent donc comme les nouveaux ambassadeurs de la mission civilisatrice américaine, chargée par le pouvoir divin de répandre la lumière sur le monde.  Et surtout, ils séduisent parce qu’ils sont gratuits : n’oublions pas que près de la moitié des inscrits dans un MOOC vivent aux Etats-Unis, pays où le coût d’une année études supérieures dépasse aisément le montant d’un salaire modeste (25 000 dollars par an, soit 1000 dollars par semaine de cours, n’est pas rare), et où la dette étudiante dépasse les 1000 milliards de dollars.

Clairement, la vogue des MOOCs ne tient pas essentiellement à leur pédagogie : en ce domaine, il y en a d’excellents comme d’exécrables. Elle ne tient pas non plus à l’usage des technologies numériques : la formation en ligne existe depuis 1976 (regardez l’infographie !). Elle tient au story telling, à l’histoire dans laquelle ces produits sont intégrés, une histoire d’excellence, de générosité et d’amélioration de l’humanité. C’est un discours extrêmement fréquent aux Etats-Unis : on ne compte plus le nombre de produits et d’applications qui vont « changer le monde » ou le sauver. Ce discours est le produit d’un pays qui se réinvente en permanence, au risque de redécouvrir la roue plusieurs fois par siècle. Ceci étant dit, il faut rétablir la vérité : le discours élevé à la gloire des MOOCs ne doit surtout pas faire oublier l’expertise accumulée par les praticiens de la formation en ligne classique, ni les dizaines de millions de personnes qui, depuis plus de 30 ans maintenant, apprennent, interagissent et obtiennent des diplômes par le biais du e-learning.

Voici une ressource en français sur l’histoire de la formation à distance :

Peraya Daniel : De la correspondance au campus virtuel. Formation à distance et dispositifs médiatiques. (pdf)

En 2012-2013 le Gehfa a organisé un cycle de séminaires sur « La langue histoire inachevée de la formation à distance (1840 – 2012)« . Rien n’est en ligne. Espérons que le dépôt sur le site de l’UOH ne prenne pas deux ans ou plus…

 

 

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http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/05/16/non-le-e-learning-nest-pas-ne-en-2011/feed/ 12
5 ans dans ma fac… et puis, plus rien ? http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/05/04/5-ans-dans-ma-fac-et-puis-plus-rien/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/05/04/5-ans-dans-ma-fac-et-puis-plus-rien/#comments Sat, 04 May 2013 18:23:34 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=365 En route !

En route !

À l’heure où l’on vérifie les effets de la mondialisation dans à peu près tous les aspects de notre vie, il est étonnant de constater à quel point les études supérieures demeurent territorialisées. Telle une moule accrochée à son rocher, l’étudiant dispose d’un environnement d’études solide mais restreint, qui est censé le nourrir jusqu’à l’obtention de son diplôme. Certes, il y a bien Erasmus; programme européen de mobilité étudiante qui a fêté en 2012 son 25eme anniversaire. Mais ceux qui ont eu la chance de passer quelques mois dans l’Auberge espagnole sont beaucoup moins nombreux que ceux qui n’ont pas bougé de chez eux… Soit parce que les places sont rares et chères dans leurs filières, soit parce qu’ils n’avaient tout simplement pas envie de bouger. Au total, ce sont 3 millions d’étudiants seulement qui auront profité de ce programme en 25 ans… soit 2,2 % des étudiants européens.

Pourtant, les avis sont unanimes pour louer les bienfaits de ce programme et ses impacts sur les étudiants : cursus universitaires plus variés, ouverture d’esprit, sensibilité interculturelle prédisposant à travailler à l’international, etc. On ne s’étonnera donc pas que la Ligue des Universités de Recherche Européennes (LERU) recommande vivement d’inscrire la mobilité de manière structurelle dans les cursus universitaires (voir cet article : Big change in student mobility needed, says LERU). Ce qui signifie, en clair, que le souhait de mobilité de l’étudiant ne serait plus l’unique option; les cursus comprendraient, de manière obligatoire, des semestres dans une ou même des universités étrangères. Les représentants de la LERU ne sous-estiment pas les difficultés que devront affronter les responsables universitaires, pour maîtriser la circulation des étudiants entre les différents établissements. Déjà aujourd’hui, la gestion du programme Erasmus requiert une bureaucratie affolante, qui mobilise plusieurs personnes à temps plein dans chaque établissement. Mais si chaque étudiant européen devait passer deux ou trois semestres dans un établissement étranger, imaginez le bazar au niveau de l’harmonisation des droits d’inscriptions, la synchronisation des calendriers universitaires, l’alignement des crédits, la mise en place des équivalences entre diplômes, la gestion des locations des chambres en cité universitaire… … Ah, j’en vois déjà qui se mettent l’oreiller sur la tête et qui s’empressent de se rendormir. Pourtant, il faudra bien en passer par là, si l’on veut que le temps des études ouvre l’étudiant aux opportunités, plutôt qu’il ne l’enferme dans une spécialité…

Cette mobilité pourrait prendre également d’autres dimensions :
– Sans bouger de chez soi l’étudiant pourrait suivre des cours à distance dans plusieurs universités européennes (ou même françaises !), ce qui lui permettrait de personnaliser le contenu de son diplôme et éviterait de multiplier les cursus complets -mais parfois fort peu fréquentés, surtout au niveau Master, dans chaque université. L’investissement réclamé par la création de cours en ligne de qualité pourrait être vite compensé par les économies nées de la suppression des cours en présence ne rassemblant pas plus de 15 étudiants, par exemple.

– L’étudiant pourrait aussi faire alterner les semestres de cours et les semestres de travail. On ne dira jamais à quel point le fait d’aller travailler puis de revenir à la fac change radicalement l’opinion que l’on a de ses études et de leur valeur. Là encore, la formation en ligne apparaît comme une solution particulièrement souple et bien adaptée aux jeunes qui pourraient reprendre leurs études là où ils les avaient laissées mais à distance, sans devoir se reloger à proximité de l’université, parfois en conservant un emploi à temps partiel, etc. Anant Agarwal, le président d’EdX, la plateforme de MOOC du MIT et de Harvard, pense d’ailleurs que ce schéma d’alternance entre travail et emploi va se généraliser, et l’a affirmé lors de la conférence SXSWedu http://www.youtube.com/watch?v=IzhgRPp9yrY , organisée à Austin, Texas, en mars 2013. NOn seulement à cause du coût des études qui ne risque pas de baisser aux Etats-Unis, mais aussi et surtout parce qu’il voit venir le jour où le fait d’étudier ne sera plus réservé aux trois ou cinq années précédant l’entrée dans le monde du travail, mais devra pouvoir être mobilisé à chaque fois que cela sera nécessaire.

En d’autres termes, les études hic et nunc vivent peut-être leurs derniers jours (ou plutôt, leur dernière décade; soyons réalistes). Allez voir comment on apprend ailleurs, être à la fois « ici » et « là-bas » grâce aux cours en ligne, être alternativement en emploi et aux études et ce, aussi longtemps qu’on le souhaite : autant de perspectives stimulantes, qui pourraient changer radicalement le visage des études supérieures, des étudiants et des établissements d’enseignement.

photo : space_monkey via photopin cc

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http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/05/04/5-ans-dans-ma-fac-et-puis-plus-rien/feed/ 3
L’évaluation automatique ? Quelle horreur ! (Quoique…) http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/04/27/levaluation-automatique-quelle-horreur-quoique/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/04/27/levaluation-automatique-quelle-horreur-quoique/#comments Sat, 27 Apr 2013 11:37:36 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=357 QuizComment faire pour évaluer les travaux de plusieurs milliers d’étudiants à la fois ? Voilà la question qui se pose quotidiennement aux instigateurs de MOOCs (voir le billet de Matthieu, doctorant à l’ENS, si vous ne savez toujours pas ce que signifie cet acronyme). Mais pas à eux seulement : en première année de fac de médecine par exemple, on est habitué à des cohortes de plusieurs milliers d’étudiants; par exemple, plus de 5 000 étudiants de première année à la fac de médecine de Lyon 1. La masse n’est donc pas exclusivement réservée aux cours tout en ligne; certains cours en présence doivent hélas composer avec cette donnée cruciale, et il y a bien longtemps que les enseignants de Médecine ont mis au point des outils leur permettant d’évaluer rapidement les travaux de leurs étudiants.

La réponse la plus courante à ce problème s’appelle le Quiz. Et même, le quiz à correction automatique. Les LMS (Learning Management Systems) disposent tous d’une application intégrée permettant de confectionner des exercices, et notamment les fameux questionnaires à choix multiples. Sur la plateforme Spiral, conçue et utilisée à Lyon 1 et qui va bientôt fusionner avec Claroline, près de la moitié des objets (plus d’un million, quand même) déposés par les enseignants toutes disciplines confondues sont des QCM ! Ils sont utiles aux enseignants bien sûr, mais ils permettent surtout aux étudiants de première année d’auto-évaluer régulièrement leurs connaissances, sachant que ces QCM reprennent la forme exacte des épreuves de sélection imposées en fin de première année. Dans ce cas précis, il y a donc coïncidence de forme (et de nature de questions) entre les épreuves intermédiaires et les épreuves finales d’évaluation.

Ce qui n’est pas toujours le cas, bien entendu. Néanmoins, il ne faudrait pas mépriser les applications de création d’exercices auto-correctifs sous prétexte que vous demandez surtout des devoirs plus complexes à vos étudiants lors des évaluations finales. Car il y a plusieurs types d’exercices auto-correctifs, qui permettent de travailler une large gamme d’apprentissages, de la simple mémorisation à l’évaluation, si l’on se réfère à la taxonomie des objectifs de Bloom. Il revient alors à l’enseignant de concevoir ses questions de manière adaptée à ce qu’il souhaite évaluer. Un diaporama tout à fait pertinent, réalisé par des chercheurs du Labset (université de Liège ) montre qu’on peut avec ces exercices évaluer des compétences de niveau supérieur à la mémorisation, en élaborant des tâches complexes. Ce n’est donc pas parce que la majorité des enseignants utilisent les exercices auto-correctifs pour vérifier uniquement la mémorisation, qu’on est obligé de ne faire que cela !

Mais un pas supplémentaire vient d’être franchi par les concepteurs de la plateforme de MOOC edX animée par le MIT et l’université de Harvard, et sur la quelle on trouve actuellement une quinzaine d’autres universités, qui viennent d’annoncer la création d’un logiciel de correction automatique des questionnaires à réponses cortes et des essais. oui, des essais, des devoirs, des dissertations, des analyses critiques, bref, des écrits académiques. C’est Le Point qui a annoncé la nouvelle en France le 26 avril, dans sa rubrique « Insolites » (on ne rit pas). Le logiciel ne fonctionne pas seul : c’est un système intelligent qui « cale » ses critères et sa grille d’évaluation sur les données entrées par l’enseignant, ce dernier devant pour cela corriger à la main une centaine de copies avant de passer le relai à son assistant électronique. Donc, un enseignant qui donne le même devoir à plusieurs groupes d’étudiants (ça existe, ça ?) pourra corriger à la main pour un groupe, entrer les données et faire corriger tous les autres groupes par l’application électronique et ce, aussi longtemps qu’il ne modifie pas ses exigences. J’en connais qui vont être drôlement contents.

Anant Agarwal, le président d’EdX, estime que ce logiciel va rendre de fiers services non seulement aux enseignants, mais aussi et surtout aux étudiants, qui disposeront ainsi d’une correction immédiate de leurs travaux.  Il souligne que la rapidité des retours sur les travaux évalués est considérée par de nombreux étudiants comme une aide importante à l’apprentissage. On conçoit en effet que des notes rendues plusieurs mois après la réalisation du travail et remises le plus souvent sans aucun commentaire, réduisent notablement la valeur formative de l’évaluation. Et pourtant, c’est bien de cette manière que les choses se passent encore souvent, tout simplement parce que l’enseignant, même aidé de quelques assistants, n’a pas le temps nécessaire pour corriger les devoirs en un temps raisonnable.

Ceci n’empêche évidement pas des groupes d’enseignants et d’étudiants de se former pour protester contre l’application créée par edX. Mais leur voix sera très certainement minoritaire. Ceci, pour trois raisons :

– Le logiciel va être distribué gratuitement dans les universités ayant déposé leurs MOOCs sur edX, puis plus largement. Au fur et à mesure des retours faits sur les usages, il sera amélioré (suivant en cela la règle absolue en usage dans le monde numérique : Publier tôt – Mettre à jour souvent). Il va donc devenir de plus en plus performant, adapté à un nombre croissant d’usages.

– La question de l’évaluation de grands groupes d’étudiants n’est pas réservée aux seuls MOOCs. Comme nous l’avons vu plus haut, il y a longtemps que les facultés qui accueillent des milliers d’étudiants de même niveau utilisent les outils électroniques pour évaluer les étudiants et les aider à s’évaluer. De nombreux enseignants, qu’ils pratiquent ou non les MOOCs, vont donc être intéressés par cette nouvelle application. Du côté des MOOCs, l’affaire est entendue, car on sait que Coursera et Udacity (deux autres plateformes de MOOCs) sont aussi en train de mettre au point leurs propres applications de correction automatique (voir cet article du New York Times).

– Statistiquement parlant, la pertinence de l’évaluation réalisée par le logiciel n’est pas moins bonne que celle qui est réalisée par un correcteur humain, selon les dires d’Anant Agarwal. Pas moins mauvaise non plus, remarque finement le rédacteur de l’article du Point. Certes, mais il ne faut pas s’arrêter à ce constat gratuit, et plutôt s’interroger sur ce qu’on évalue par rapport à ce que l’étudiant apprend. L’évaluation formelle, et l’évaluation terminale en particulier, a t-elle pour fonction d’évaluer l’ensemble des apprentissages réalisés, et le peut-elle ? N’y a t-il pas d’autres formes d’interaction avec l’étudiant ou de productions pour mettre cela en valeur ? Est-ce toujours et systématiquement à l’enseignant d’évaluer les apprentissages réalisés et les compétences acquises ?

En fin de compte, l’arrivée de cette nouvelle application d’évaluation automatique des travaux académiques provoque, comme à chaque fois que la technologie semble se substituer à l’humain, une réflexion salutaire sur le sens et la valeur de la fonction qu’elle va remplir. L’évaluation est un sujet complexe, qui divise les acteurs éducatifs sur tous ses aspects sauf sur un seul : les dispositifs actuels ne sont pas satisfaisants. Si l’application informatique permet au moins de faire progresser le débat sur ce sujet, ce sera déjà une victoire.
photo : albertogp123 via photopin cc

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Les apprentis-sorciers http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/02/06/les-apprentis-sorciers/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/02/06/les-apprentis-sorciers/#comments Wed, 06 Feb 2013 12:18:46 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=345 alchimieAujourd’hui, mercredi 6 février, c’est le « Digital Learning Day », la « journée de l’apprentissage en ligne ». Si vous n’en avez jamais entendu parler, ne vous en faites pas, et ne vous dites pas que décidément, vous êtes complètement dépassé : cette journée ne concerne que les Etats-Unis; elle a été créée par une association (un lobby, plutôt) basé à Washington, qui vise à promouvoir l’e-learning auprès des membres du gouvernement, du sénat et de la chambre des représentants.

Je baigne dans l’e-learning, les Tice, et je n’avais jamais entendu parler de ce Digital Learning Day avant de lire cet article publié dans le Washington Post d’hier, intitulé « How online class about online learning failed miserably ». Autrement dit : « Comment un cours en ligne traitant de l’apprentissage en ligne a lamentablement échoué ». L’article relate la mésaventure des promoteurs d’un cours délivré sur la célèbre plateforme de Moocs Coursera, qui traitait effectivement de la conception de cours en ligne, en garantissant aux participants qu’après 8 semaines de cours, ils seraient capables de bâtir leur propre cours en ligne. Conséquemment 40 000 personnes s’y sont inscrites. Eh oui, ça se passe comme ça chez McDonald aux Etats-Unis, quand vous promettez quelque chose d’appétissant, tout le monde se précipite, sans perdre de temps à examiner votre pedigree, si on peut suivre le cours sur son temps de travail, si les frais éventuels seront remboursés, si on risque d’y croiser des gens connus, toutes choses auxquelles personne ne pense, jamais, nulle part.

Eh bien, aujourd’hui ces 40 000 personnes se retrouvent dans la nature, car le cours a fermé après une semaine seulement. Manifestement, l’enseignante responsable a été débordée par l’affluence, avait mal choisi ses outils (une feuille de calcul unique sur Google Doc pour 40 000 personnes, alors que l’application autorise 50 contributeurs simultanés), pris de mauvaises décisions quant à la formation des groupes de travail et fourni des ressources documentaires calamiteuses, en l’occurrence des diaporamas remplis de listes à puces, ce genre de diaporamas que plus personne ne fait, jamais, nulle part.

Parmi ces 40 000 personnes, il y avait bien sûr des internautes très au point en matière de diffusion de nouvelles sur les réseaux sociaux, et le buzz a enflé pendant tout le week end dernier, pour assassiner médiatiquement la malheureuse enseignante, et épingler Coursera par la même occasion. Brûler ce que l’on a adoré quelques jours plus tôt reste le sport favori de bon nombre d’Internautes, les participants déçus estimant de plus avoir été trompés sur la marchandise et avoir subi un dommage irréparable. Les pros du e-learning et du Mooc y sont allés de leur commentaire plein de mansuétude, car ils  savent bien que ça peut arriver à n’importe qui, et que ceux qui n’hésitent pas à clouer les Moocs au pilori oublient un peu vite que des cours en présence peuvent eux aussi être calamiteux, poussant des centaines d’étudiants à se planquer dans leur chambre et à attendre que les quelques volontaires désignés pour la semaine déposent leurs notes dans une Dropbox quelconque pour en faire profiter tout le monde.

De cette mésaventure, je tire trois leçons qui, j’espère, seront entendues :

– Ne s’improvise pas enseignant en ligne qui veut;

– Ne s’improvise pas concepteur et animateur de Mooc qui veut;

– La médiatisation indispensable au recrutement des participants à un Mooc devient un cauchemar lorsque le cours ne fonctionne pas, ou s’avère seulement moins intéressant que ce qui avait été espéré.

Les projets de Moocs fleurissent en France, de toutes parts, depuis que nous avons ouvert le bal francophone avec ITyPA. Je me bornerai à rappeler qu’il nous a fallu 4 mois de travail soutenu pour créer ITyPA; que notre complémentarité, en termes disciplinaires et de savoir-faire, s’est avérée essentielle; que l’animation du cours pendant sa diffusion nous a demandé l’équivalent d’un temps plein (réparti entre nous quatre); que nous avons repéré plusieurs points qui doivent sérieusement être améliorés et qu’actuellement nous travaillons dur pour cela, quand les activités de restitution de notre expérience et notre activité habituelle nous en laissent le temps.

Beaucoup d’entre nous continueront de faire des erreurs, dans la conception de Moocs. Sachons du moins tirer profit de nos expériences respectives ou communes, et ne pas pêcher par excès de confiance, pour éviter le désastre.

photo : Brian Hathcock via photopin cc

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MOOCs francophones : ça commence ! http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/01/16/moocs-francophones-ca-commence/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/01/16/moocs-francophones-ca-commence/#comments Wed, 16 Jan 2013 12:05:11 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=336 Michel Briand, directeur adjoint en charge de la formation à Telecom Bretagne, suit de très près l’actualité des MOOCs. Il a d’ailleurs ouvert une page de wiki sur Intercoop , où il recueille patiemment et de manière très organisée les informations sur le sujet , et les MOOCs francophones en particulier. N’hésitez pas à alimenter cette page si vous avez des références supplémentaires.

Quelle est l’information la plus récente sur cette page ? La naissance d’un nouveau MOOC en français ! Il s’agit de l’ABC de la gestion de projet, cours de 4 semaines animé par Rémi Bachelet. Rémi n’en est pas à son coup d’essai : son cours est en ligne et en accès libre depuis longtemps, et il a suivi intégralement le MOOC ITyPA avant de proposer le sien. Rémi a donc mis toutes les chances de son côté pour réussir et nous le félicitons d’être passé si vite à l’action, en signalant au passage que parmi les très nombreux enseignants et ingénieurs pédagogiques qui se sont inscrits à ITyPA, bien peu sont allés jusqu’au bout de la démarche. Rémi Bachelet a donc une vraie longueur d’avance, comme ceux qui ont adopté la même attitude que lui.

L’ABC de la gestion de projet dispose d’un atout qui attirera de nombreux apprenants et limitera la déperdition en cours de route : c’est un cours certifié par l’école centrale de Lille, à laquelle appartient Rémi Bachelet.

L’ABC de la gestion de projet : http://gestiondeprojet.pm/mooc-gestion-de-projet/

Les grandes écoles semblent décidément très intéressées par les MOOCs et plus réactives que les universités. Rappelons que 3 des 4 co-animateurs d’ITyPA travaillent dans une grande école d’ingénieurs (Télécom Bretagne pour Jean-Marie Gilliot, Centrale Nantes pour Anne-Céline Grolleau et Morgan Magnin). Rémi Bachelet enseigne à  Centrale Lille. Et deux autres grandes écoles francophones viennent s’ajouter à ce début de liste : Grenoble Ecole de Management et l’EPFL (Lausanne, Suisse).

Mais revenons un moment sur Télécom Bretagne : cette école va ouvrir au printemps tout proche un MOOC sur le sujet des réseaux mobiles. L’annonce officielle sera bientôt publiée sur le site de l’école.

Jean-François Fiorina, directeur de grenoble Ecole de Management que les habitués d’Educpros connaissent bien, a fait part à plusieurs reprises de son intérêt pour les MOOCs. L’AEF a récemment transmis une dépêche annonçant que l’école allait très prochainement en proposer. À quand des informations plus précises ?

L’EPFL enfin, célèbre école d’ingénieurs de Lausanne, est d’ores et déjà présente sur la plateforme Coursera et propose 4 MOOCs, dont un en français : Introduction à la Programmation orientée Objet. Deux cours en anglais distribués par l’EPFL démarrent en février prochain. La date de démarrage du cours en français n’est pas encore précisée.

L’enjeu semble vraiment être de taille pour l’EPFL. On lit sur le site de l’école que son président, Patrick Aebisher, va prendre un congé sabbatique et se rendre en Afrique pour évaluer les besoins pouvant être comblés par des MOOCs en français. Il s’est beaucoup dit en effet que le MIT allait traduire ses cours offerts gratuitement en ligne en une bonne vingtaine de langues, dont le français. On imagine aisément les dégâts qu’une telle opération produirait sur les établissements francophones, et P. Aebisher a entièrement raison de se rapprocher des acteurs les plus en demande à ce niveau.

Tout cela est extrêmement stimulant et montre que les écoles disposant d’une certaine autonomie sont les premières à se lancer dans la course aux MOOCs. Le business model afférent est encore peu lisible, mais les expérimentations réalisées par les universités américaines vont très certainement profiter aux acteurs francophones. La voie de la certification payante semble déjà privilégiée; il est peu probable que cette source de revenus suffise à couvrir les coûts de conception et d’animation des MOOCs. Il y a donc encore beaucoup d’acteurs à inviter à la table des MOOCs, et beaucoup d’imagination à déployer pour consolider ce nouveau modèle d’accès aux savoirs.

En tout état de cause, mes collègues et moi-même sommes très fiers que l’expérimentation d’ITyPA ait contribué à ouvrir la porte aux MOOCs en français.

photo credit: when i was a bird via photopin cc

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D’un service public à l’autre http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/12/03/dun-service-public-a-lautre/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/12/03/dun-service-public-a-lautre/#comments Mon, 03 Dec 2012 18:15:34 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=329 50 % des traitements ayant échoué...

50 % des traitements ayant échoué...

Nous vivons une époque formidable. Les Ministres se rendent compte qu’il y a un problème, hop, ils se mettent au boulot et prennent des mesures radicales. On aime ça.

Par exemple, je lis dans le Figaro un article qui traite des résultats des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche (j’ai bien du oublier quelques mots dans ce long intitulé, mais vous voyez de quoi je parle). L’article s’intitule « Vers une licence plus généraliste à l’université« . Déjà, je pars mal, car en lisant le titre je croyais qu’il y avait eu de fortes décisions sur les licences juridiques attachées aux documents produits par les universités, qu’il allait être plus facile de les diffuser, de les réutiliser, voire de les transformer.  Ça, c’est parce que je ne suis pas universitaire, le mot « licence » n’a pas le même sens pour les lecteurs du Figaro que pour moi, je devrais élargir mon champ sémantique. Surtout que j’ai un fils à l’université, en première année, ce qui lui permet d’affirmer, tout faraud, « je suis en licence » alors que voici 6 mois encore, il devait aller chez le surveillant quand il avait 10 minutes de retard à l’entrée en cours et sur ses bulletins trimestriels était écrit « peut mieux faire ». Bref.

Dans l’article du Figaro, disais-je, je lis : « Avec plus de 50 % d’échec en première année, la réussite des étudiants figurait parmi les trois grands thèmes des Assises etc. » (Etc, c’est moi qui rajoute, vous voyez de quoi il parle, le journaliste). Ils sont rusés, les organisateurs des Assises. ils ne disent pas « l’échec des étudiants figurent parmi les trois etc. », ils préfèrent parle de la réussite des étudiants. C’est le verre à moitié plein. Mais tout le monde sait que l’autre moitié est vide.

Et là, je me dis : imaginons qu’au lieu de parler de l’enseignement supérieur, on parle de l’hôpital. Ca donnerait « Avec 50 % d’échec des traitements, la santé des malades figurait parmi les trois grands thèmes des Assises pour la santé publique et le bonheur universel etc. » Vous imaginez ça, 50 % d’échec des traitements ? Vous croyez qu’on aurait attendu les Assises du médicament et de l’intraveineuse pour réagir ?

Heureusement, Vincent Berger montre que les acteurs clés des Assises etc. ont les choses bien en main : « Une réforme de la licence nous semble nécessaire », dit-il. Ah ben oui, avec 50 % d’échec en première année depuis, allez, une bonne dizaine d’année, on comprend qu’une réforme soit nécessaire. On se demande même pourquoi on a attendu si longtemps. C’est sans doute parce qu’il fallait prendre une orientation « progressive », à l’image de celle qui est souhaitée pour les étudiants. Car ceux-ci ont parfois « consacré beaucoup de temps avant de trouver leur voie », nous dit le même V. Berger. C’est ce qui justifie la « progressivité » de l’orientation. Ben oui, parce que celui ou celle qui a mis 3, 5 ou 8 ans avant de trouver finalement la licence qui lui convient, il a besoin d’une orientation « progressive ». Comprenne qui pourra.

Remplaçons la licence par un médicament. Je met 3, 5 ou 8 ans avant de trouver le bon médicament, j’ai donc besoin d’un traitement progressif. Euh non parce que là, je suis sans doute déjà morte. Heureusement, se tromper de licence, ça n’a jamais tué personne. Pas plus que le ridicule, d’ailleurs.

photo : sparktography via photopin cc

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Mooc : le big bang http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/10/11/mooc-le-big-bang/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/10/11/mooc-le-big-bang/#comments Thu, 11 Oct 2012 11:36:06 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=320 Il est extrêmement difficile d’avoir une vision générale de l’état de la formation à distance dans les établissements d’enseignement supérieur français. Elle existe dans de nombreux établissements, mais sous différentes formes et dans des proportions différentes, relativement à la formation en présence qui reste évidemment la modalité de formation massivement privilégiée.  J’ai entendu dire, voici déjà longtemps, que la Mission numérique de la Direction générale our l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle souhaitait commander une étude à ce sujet. Mais je n’ai vu aucune publication sur ce thème. Peut-être que je cherche mal.

Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’être frappé de la relative discrétion des établissements français en matière de formation à distance, surtout face à leurs homologues anglo-saxons. Les universités nord-américaines (USA et Canada) proposent systématiquement des cours à distance. Certaines universités (TELUQ au Québec, Université de Phoenix Arizona) sont même spécialisées dans le domaine. Au Royaume-Uni, on ne présente plus l’Open University, acteur majeur du e-learning. Nombre d’universités britanniques ont par ailleurs rejoint Coursera, la plateforme de cours en accès libre et gratuit créée par un enseignant de Stanford.

Face à Coursera, Udemy, EdX… en France, nous avons les UNT. C’est un début. D’autres établissements (regroupement ParisTech par exemple) mettent également à disposition des centaines de cours en ligne. Mais force est de constater :

– Qu’il s’agit surtout d’espaces de dépôt de ressources d’apprentissage, plus que d’espaces de formation, ce qui passe par l’élaboration de parcours organisés où alternent contenus, activités et temps d'(auto)évaluation;

– Que ces ressources s’adressent essentiellement aux étudiants en cursus, et pas à un public plus large; ceci, même si les étudiants eux-mêmes utilisent finalement assez peu les ressources.

Dans ce paysage assez brouillon est apparu récemment un tout petit objet volant non identifié, le Mooc ITYPA. Il s’agit d’un cours ouvert, en accès libre et gratuit, distribué à distance. Il a été conçu et est animé par quatre professionnels de l’éducation et de la formation, sans rattachement institutionnel. J’ai l’honneur et le plaisir de faire partie de cette petite équipe d’animation.

Ce cours rassemble actuellement plus de 1000 inscrits. Et au vu du nombre d’ingénieurs pédagogiques et enseignants universitaires qui figurent parmi ces participants, on comprend que le Mooc commence à intéresser les acteurs de l’enseignement supérieur.

D’ailleurs, deux écoles d’ingénieurs, Centrale Nantes et Télécom Bretagne, où travaillent mes trois collègues animateurs d’ITYPA, ont déjà intégré le cours à leur offre de cours optionnels, en lui attribuant 2 UCTS. Une quarantaine d’étudiants y sont inscrits.

D’aucuns disent que les Moocs vont tout emporter sur leur passage, que les universités vont devoir s’y mettre pour enfin s’inscrire dans le paysage profondément modifié par Internet de l’apprentissage tout au long de la vie.

Personnellement, je n’ai pas d’avis étayé sur la question, n’appartenant pas à l’université mais au monde de la formation professionnelle. Il me semble malgré tout que les établissements d’enseignement supérieur disposent de structures très solides, voire trop solides, pour effectuer la révolution suivante : intégrer le monde dans lequel se trouve les apprenants, plutôt que de chercher à les intégrer à leur propre univers.

La nouveauté du Mooc tient moins à son mode de distribution et encore moins aux disciplines auxquelles il pourrait se preêter, qu’au changement radical d’attitude qu’il implique chez les enseignants.

Et là, c’est le big bang.

Contrairement à ce que l’on pense parfois, dans un Mooc l’enseignant peut parfaitement conserver sa position d’expert, à l’égal de celle qui est la sienne dans un cours en présence ou dans de la formation à distance traditionnelle. Nous avons choisi de ne pas nous positionner avant tout comme experts dans ITYPA, nous n’animons pas un cours sur nos domaines d’expertise académique. Mais ce serait tout à fait possible, et il n’est pas exclu que nous le fassions à l’avenir. C’est d’ailleurs la position prise dans les dispositifs tels que Coursera et EdX évoqués plus haut : un enseignant expert met son cours à disposition du plus grand nombre et évalue les apprentissages des apprenants.

Le changement fondamental de rôle est ailleurs : dans l’accompagnement des apprenants. Un Mooc encourage l’autonomie des apprenants. On dit souvent que l’autonomie ne doit pas être considérée comme un pré-requis de la formation en ligne, qu’elle se construit pas à pas au fil du cours. D’où l’existence de dispositifs d’accompagnement, voire d’encadrement très présents, qui se matérialisent par la présence d’un important volume de consignes, l’existences de tâches obligatoires en grand nombre, des lectures obligatoires, le tracking des apprenants sur les plateformes (fermées) pour évaluer le temps qu’il consacre à ses apprentissages, un tutorat proactif, etc.

Avec le Mooc ITYPA, nous avons adopté les postulats suivants :

– Si les participants s’inscrivent dans ce cours, c’est qu’il disposent déjà d’une certaine autonomie leur permettant de prendre en charge leurs apprentissages : ils ont décidé librement de s’inscrire à un cours qui leur permettra de construire ou consolider leur environnement personnel d’apprentissage. En d’autres termes, ce sont des adultes libres de leurs décisions, qui ont identifié un besoin de formation et veulent le satisfaire.

– Les compétences permettant de diriger soi-même ses apprentissages (en se fixant des objectifs, en établissant une méthode de travail, en formant des groupes de pairs…) vont se construire au fil du cours, non pas essentiellement via des instructions fournies par les animateurs, mais surtout par l’intermédiaire des interactions entre apprenants.

S’efforcer de traduire ces postulats dans un parcours de formation, et donc par le biais de l’ingénierie pédagogique, est extrêmement déstabilisant.

Brutalement, il faut abandonner tous ses réflexes de formateur instructeur, qui cherche à contrôler l’activité des apprenants. Mais ceci n’est pas le plus difficile, et un bon bout de chemin a déjà été fait par de nombreux enseignants et formateurs dans ce domaine, qui les conduit à redéfinir leur rôle auprès des apprenants, moins instructeur et plus facilitateur.

Il faut aussi savoir résister aux demandes des apprenants eux-mêmes, dont une proportion importante réclame de l’encadrement. Et à, c’est vraiment difficile, car nous avons tous été formés dans le même moule, apprenants et enseignants : l’apprenant reçoit, l’enseignant donne. Pas nécessairement du contenu (il y en a tant en ligne qu’il suffit de savoir le sélectionner), mais de la méthodologie d’apprentissage, des rétroactions sur les productions, une direction générale.

Il me semble que pour les enseignants, la principale difficulté du Mooc se trouve là : dans la création d’un nouveau savoir-faire professionnel, équidistant de la directivité traditionnelle et du laisser-faire absolu. Chacun devra inventer pour lui-même. Mais ceux qui sont tentés par l’aventure pourront très certainement s’appuyer sur l’expérience des précurseurs, je pense notamment à la formation professionnelle d’adultes et à l’éducation populaire, pour ce qui est du domaine français. Ce ne sera sans doute pas suffisant, et il faudra aller puiser dans les ressources internationales, du côté par exemple de Paulo Freire au Brésil ou de Sugata Mitra en Inde puis en Grande-Bretagne.

Il s’agit d’innovation pédagogique. Dans ce domaine, les frontières nationales et culturelles ne comptent pas autant qu’on serait tenté de le penser. On ne sait jamais d’où viendra la bonne idée. Un espace immense nous est ouvert, accessible à tous par le biais d’Internet. Il reste à créer des espaces de mutualisation des bonnes pratiques pour tous ceux qui sont intéressés par l’aventure.

Photo : NASA’s Marshall Space Flight Center , Flickr, licence CC

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Faire ses cours(es) en ligne http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/09/15/faire-ses-courses-en-ligne/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/09/15/faire-ses-courses-en-ligne/#comments Sat, 15 Sep 2012 13:57:50 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=313 L’offre de cours en ligne, en accès libre et gratuit, augmente sans cesse. Les universités américaines se déchaînent sur le sujet et proposent des offres toujours plus riches, alléchantes et prestigieuses. la majorité des cours ainsi offerts sont gratuits. Seules les certifications sont payantes.

Face à ce déferlement, que font les francophones ?

Ils s’y mettent.

J’aurai le plaisir d’animer avec trois collègues enseignants en écoles d’ingénieur le premier (à notre connaissance) MOOC francophone à partir du 4 octobre. Déjà, plus de 200 personnes s’y sont inscrites. N’hésitez pas à vous rendre sur le site du cours « Internet, tout y est pour apprendre », à vous y inscrire et à diffuser l’adresse autour de vous.

Vous imaginez la fébrilité qui règne dans l’équipe à quelques semaines du lancement de ce cours au format pour le moins original…

Pour voir les choses avec le recul nécessaire à ma survie intellectuelle, j’ai imaginé le jour où on pourrait acheter des MOOCs à côté des draps de bain, des livres et des pantalons, dans une seule et même boutique…

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

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L’humiliation de l’inattention http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/08/27/lhumiliation-de-linattention/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/08/27/lhumiliation-de-linattention/#comments Mon, 27 Aug 2012 16:02:20 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=310 Dans quelques jours, quelques semaines tout au plus, tous les enseignants retrouveront leurs classes et leurs amphis. Se reproduira alors la situation canonique du prof face au groupe d’élèves ou d’étudiants, le premier devant intéresser les seconds pendant une durée variant entre 50 minutes et 3 heures, à peu près.

Beaucoup de ces enseignants seront alors confrontés à la plus banale des humiliations rencontrées dans leur métier, celle de ne pas pas être écoutés par leur auditoire. Pour certains, cette situation se reproduit jour après jour. Des classes bruyantes ou trop silencieuses manifestent clairement le désintérêt de leurs membres pour la parole professorale.

C’est la manifestation de l’inattention, bien plus que l’inattention elle-même, qui est humiliante : vous ne m’intéressez pas et je vous le fait savoir. Ce faisant, je vous touche, je vous juge, je vous humilie.

Les manifestations de l’inattention des élèves et des étudiants sont multiples : à côté du chambard scolaire, on voit le silence (aucun réponse aux questions du prof), les bâillements -et même le profond sommeil, les gribouillages sur la feuilles, les bavardages et autres conversations en aparté, la tâche hors de propos (par exemple, finir le travail à rendre pour le cours suivant), et l’utilisation intensive des appareils numériques.

Nombre d’enseignants sont en effet heurtés par le fait que de nombreux jeunes qui sont censés participer à leur cours préfèrent consulter leur page Facebook, regarder des vidéos en ligne, relever leurs emails. Autant de manifestations silencieuses de l’inattention et du désintérêt pour le cours. Ces enseignants interdisent volontiers l’usage des ordinateurs portables en classe, peu enclins à penser qu’un jeune qui tape frénétiquement sur son clavier pendant le cours cherche des informations complémentaires sur le sujet lui permettant ensuite de nourrir une conversation passionnante avec son enseignant. Exit les portables, donc. Mais contre les téléphones, les enseignants ne peuvent pas faire grand chose. Et un téléphone aujourd’hui, c’est surtout un instrument qui permet d’alimenter la vraie vie des utilisateurs, celle qu’ils mettent en scène en ligne.

L’enseignant doit-il alors se résoudre à sa dose d’humiliation quotidienne devant un auditoire inattentif ? Pas nécessairement. Il peut réagir et reconquérir l’attention de son public.

De quelles façons ?

D’abord, en admettant qu’aucun contenu n’est intéressant en lui-même. C’est lui ou elle, l’enseignant-e, qui doit être intéressant-e. Et donc, se mettre un minimum en scène. Chaque cours est une performance. L’attention ne grandit pas sur le sol dur des contenus intellectuels, mais dans l’atmosphère iodée de la rencontre d’un individu (ou d’un groupe) avec un autre. L’attention, c’est de l’excitation et de l’interaction. Et cette interaction se nourrit de signes qui parlent aux sens et aux sentiments bien plus qu’à l’esprit. Faites rire, surprenez, parlez fort et clair, investissez l’espace, faites des manipulation, donnez des exemples, citez des anecdotes !

Qui dit interaction dit … »action » des deux parties. On devrait considérer la passivité de l’étudiant en cours comme un signal d’alarme, bien plus que comme une norme. Admettre la passivité de l’étudiant, c’est déjà admettre que l’on a échoué à enseigner.

Attention : un étudiant immobile et silencieux n’est pas nécessairement passif ! La lumière dans les yeux, la qualité du silence, la prise de note rapide, sont des manifestations d’activité intellectuelle intense. Si vos étudiants sont comme ça, ne changez rien ! Vous êtes en phase avec eux, ils répondent 5/5 à ce que vous attendez d’eux.

La passivité, c’est l’absence d’activité physique ou intellectuelle, le refus d’échanger, de s’emparer de vos propos, l’absence de questions à la fin du cours ou de la séquence du développement. Et si vos propos endorment votre auditoire, il vous faut changer de stratégie : faites travailler vos étudiants en groupes, ouvrez-leur des espaces de discussion, même brefs, avec leur voisin (oui, ça marche même dans un amphi de 400 places) après chaque point de votre cours, posez des questions, laissez-les présenter une synthèse d’une ou plusieurs séances devant l’amphi… bref, laissez-leur de la place ! Il y aura toujours assez de temps et d’espace pour le contenu, ne craignez rien.

Et puis, si vous avez identifié les outils numériques comme vos pires ennemis, transformez-vous en karatekas : utilisez leur force pour les neutraliser. Si vous avez le wifi dans votre classe (oui, je sais, tout le monde ne l’a pas, et les smartphone n’en ont pas besoin !), ouvrez un back channel sur Framapad, par exemple ou même sur Twitter, pour que vos étudiants aient la possibilité de commenter en direct le contenu du cours ou de partager les résultats de la recherche en ligne que vous leur aurez donnée à effectuer. Utilisez les boîtiers de vote pour recueillir leurs avis et représentations. Encore plus simplement, fouillez parmi les conférences en ligne dans lesquelles d’extraordinaires orateurs parlent précisément d’un sujet que vous traitez ce jour-là. Ne vous en faites pas, les étudiants seront beaucoup plus enclins à vous remercier d’avoir mis à leur disposition ce matériau exceptionnel quà vous faire payer le fait d’être moins bon en public que ce prof star…

Tout cela, rappelons-le, ne vise qu’à éviter aux enseignants la triste situation qui consiste à parler devant un auditoire qui s’en moque éperdument. Ce ne sont que quelques pistes d’aménagement des cours. Pour une matière bien mieux organisée, voyez notamment le travail d’Amaury Daele sur son blog, et en particulier ce billet sur l’enseignement aux grands groupes.

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Qui est habilité à dispenser de la formation ? http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/06/27/qui-est-habilite-a-dispenser-de-la-formation/ http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2012/06/27/qui-est-habilite-a-dispenser-de-la-formation/#comments Wed, 27 Jun 2012 09:43:32 +0000 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/?p=308 Demain jeudi 28 juin, je vais animer un atelier aux Journées du e-learning de Lyon, organisées par l’université Lyon 3 et ses partenaires. Quatre témoins de pratiques « améliorées » de formation et d’apprentissage vont se succéder pour un débat avec la salle. Moi, je ne dirai pas grand chose, car je considère que j’ai dit tout ce que j’ai à dire (pour le moment) sur le sujet, dans le livre blanc L’apprentissage augmenté que j’ai coordonné pour Thot, à partir des articles publiés sur le site depuis quelques années.

Tout, sauf une chose, que je partage ici.

Je ne suis plus étudiante depuis longtemps. Etudiante, au sens de « inscrite dans un cursus de cours dans une université ou tout autre établissement d’enseignement ». J’ai certes suivi un parcours de M2 à l’université Paul Valéry voici quelques années, bien après la fin de ma formation initiale, mais je ne souhaite pas renouveler l’expérience. Non que cette année ait été mauvaise; au contraire, elle m’a permis de consolider un choix de réorientation professionnelle et de lui donner une légitimité, grâce au diplôme obtenu.

Maintenant, je n’ai plus besoin de diplômes supplémentaires. En revanche, j’ai toujours besoin et envie d’apprendre, non seulement par le biais de l’auto-formation libre qui est en quelque sorte inhérente à notre condition humaine, mais aussi en étant accompagnée, orientée, par des professionnels qui ont mis en place pour tous ceux qui le souhaitent et donc pour moi aussi, des parcours d’apprentissage. Si ces parcours sont accessibles à distance, c’est encore mieux et c’est même capital, dans la mesure où je peux m’y inscrire sans considération de lieu et d’emploi du temps, à charge pour moi de prendre mes responsabilités et de m’organiser pour étudier dans des conditions correctes.

Au moment d’effectuer un choix de cours / parcours, je me trouve face à une profusion d’offres toutes plus intéressantes les unes que les autres.

J’élimine d’emblée :

– Les cours très chers (la majorité des cours dispensés par l’Open University britannique par exemple, qui m’intéressent pourtant énormément mais dont le prix dépasse largement ce que je suis prête à débourser, dans la mesure où je prends en charge la totalité des coûts de ma formation);

– Les cours dispensés dans les langues que je ne comprends pas et dans lesquelles je ne peux pas m’exprimer à l’écrit, car je souhaite participer activement aux échanges entre pairs sur forums et autres supports numériques. Ce qui me laisse quand même avec un choix important de cours en français, anglais et espagnol.

– Les cours sur des sujets sans doute intéressants, mais pas directement liés à mes préoccupations professionnelles ou privées. Ca semble évident, mais il me semble que la première chose à faire quand on projette de suivre un nouveau parcours de formation, c’est de se mettre bien au clair sur ce qu’on veut apprendre et pourquoi.

– Les cours « tout papier en ligne ». Ras le bol des pdf de 100 pages à lire. Je sélectionne les cours bien médiatisés, avec de nombreuses activités à réaliser, et notamment des activités de communication. Sinon, je sens que je vais décrocher au bout de quelques semaines.

Après quelques recherches, facilitées par le fait que je connais bien le paysage du e-learning, je sélectionne quelques cours en ajoutant de nouveaux critères :

– Combien de temps dure le cours ? Je ne veux pas dépasser un trimestre, car mon planning est déjà chargé.

– Est-il à entrées libres ? Je préfère les parcours dans lesquels on peut entrer à tout moment, ce qui permet de concilier l’étude avec les impératifs professionnels.

– Combien y a t-il d’inscrits à ce cours, en moyenne ? Je préfère les cours à forte assistance, qui enrichissent considérablement les échanges.

– Combien de temps les ressources sont-elles accessibles après le cours ? J’ai déjà vérifié qu’il était intéressant de se rafraîchir la mémoire en consultant les ressources plusieurs semaines après la fin du cours, surtout si on est conduit à utiliser directement les apports dans sa propre activité.

– Et enfin, qui dispense le cours ?

Et là, je vais beaucoup plus volontiers vers des organisations reconnues dans les domaines qui m’intéressent que vers les universités et les autres établissements d’enseignement. Ceci, parce que je me situe dans une perspective de formation continue, ce qui implique que je dois pouvoir utiliser directement et rapidement (adieu donc, la thèse de doctorat…) les acquis du cours et construire les compétences qui vont avec. Je ne souhaite pas « apprendre à parler de », mais « faire », y compris lorsque ce « faire » désigne des opérations intellectuelles (analyse, synthèse, évaluation, création de contenus écrits…).

Idéalement, je souhaite donc m’inscrire dans des parcours proposés par des organismes professionnels travaillant éventuellement avec des établissements de formation, plutôt que l’inverse. En histoire de l’art, je préfère un cours proposé par un musée à un cours proposé par une université. En politiques et pratiques d’aide au développement, je préfère un cours dispensé par une ONG internationale ou une agence intergouvernementale, du type Nations unies. En stratégies de refondation de l’enseignement supérieur… je préfère une université.

Le développement d’offres de cours dans des institutions dont l’éducation n’est pas le coeur de métier me semble donc parfaitement pertinent. A condition bien entendu que ces institutions se soient dotées, en interne ou en externe, de l’indispensable compétence pédagogique qui est ou devrait être la valeur ajoutée d’un établissement d’enseignement. Ce qui est souvent le cas.

L’éducation redevient un domaine ouvert. Tout organisme expert peut désormais proposer des cours dans son champ d’expertise, si il sait comment le scénariser, accompagner les apprenants, bâtir des activités et des évaluations pertinentes. La seule chose qu’il ne peut actuellement pas faire s’il n’est pas déclaré organisme de formation ou d’établissement éducatif, c’est de délivrer des certifications et des diplômes. Mais les partenariats avec des universités et  la montée en puissance du dispositif de badges permettent de surmonter cette limite et de satisfaire ceux qui ont besoin d’un diplôme ou de crédits.

Je n’ai pas d’hostilité particulière contre les universités. Elles conservent un rôle indispensable en formation initiale et lors de la reprise d’études. Simplement, en formation continue ciblée, qui est une chose bien différente, elles soutiennent difficilement la comparaison avec les organismes professionnels experts. Je sais que je ne vais pas me faire que des amis en disant cela. Mais j’aimerais que les universités renforcent leur crédibilité sur ce créneau, qui constitue manifestement une opportunité de développement pour elles. En développant les partenariats avec les organismes professionnels et les entreprises, et en invitant encore plus largement leurs collaborateurs à dispenser des cours (s’ils acceptent de se former à la pédagogie, évidemment). En acceptant de ne pas être considérées comme des experts de contenus sur à peu près tout, et donc de ne pas offrir de cours sur des sujets qu’elles n’ont jamais pratiqués. Et donc, en admettant que l’activité d’enseignement puisse être partagée entre de nombreux acteurs, les universités et organismes de formation se réservant pour le moment la prérogative de certifier et diplômer les parcours libres.

Voici les cours que j’ai sélectionnés, et entre lesquels il me faudra établir des priorités si je ne veux pas redevenir une étudiante à plein-temps pendant quelques mois :

Un cours d’histoire de l’art dispensé par le MoMA;

Un cours d’évaluation des actions de développement dispensé par l’Unicef et de nombreux partenaires;

Un cours sur l’avenir de l’enseignement supérieur dispensé par un consortium universitaire nord-américain.

Ah zut, aucun de ces cours n’est offert par un établissement / consortium d’établissements francophone.

Doit-on vraiment s’en étonner ?

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