Le connectivisme, ou le lien comme principe de base d’apprentissage (CCK11/1)

Voici deux semaines maintenant, je me suis inscrite à un MOOC. Qu’est-ce que c’est que ce nouveau truc ? C’est un « Massive Open Online Course« , c’est à dire un cours en ligne ouvert et massivement distribué. Concrètement, il est possible à qui le souhaite de s’inscrire gratuitement (ce n’est pas systématique, mais c’est une réalité dans le MOOC auquel je me suis inscrite) à un cours distribué par Internet, d’utiliser les ressources qui sont fournies et de réaliser les activités proposées.

Ce MOOC ne débouche pas sur une certification. Mais son instigateur précise qu’il est tout à fait possible de l’utiliser en préparation d’une certification délivrée par un établissement d’enseignement supérieur, séparant là l’enseignement de la certification, dans une logique de plus en plus présente sur la toile (j’y reviendrai).

Il est temps de dévoiler le sujet de ce MOOC  : il s’agit du connectivisme et de la connaissance connective (ça fait beaucoup plus chic en anglais : connectivism and connective knowledge édition 2011, soit CCK11). Le cours est conçu et distribué par Stephen Downes, chercheur au Conseil national canadien de la recherche, très investi dans l’utilisation des médias et services en ligne pour l’éducation.

Le connectivisme mérite t-il de prendre place dans le panthéon des théories de l’apprentissage, aux côtés du behaviorisme et du constructivisme par exemple ? Je n’en sais rien. Ce que je sais en revanche, c’est que le terme désigne la production de connaissances par le biais de connexions qui se produisent simultanément dans le cerveau de l’apprenant, entre l’apprenant et des supports d’apprentissage, et entre l’apprenants et d’autres individus. Cet état de connexion généralisée est un processus d’apprentissage en lui-même, qui s’accommode difficilement de parcours linéaires, de transmission unilatérale de savoirs et de mémorisation à partir d’un corpus de références limité et prédéterminé.

Me voici donc partie pour 12 semaines de cours sur le connectivisme. 12 semaines de connectivisme intensif, devrais-je dire, puisque bien entendu, nous sommes invités à pratiquer ce que nous apprenons ! Ce qui signifie concrètement que chaque semaine, des documents de référence sont donnés à titre indicatif, un webinaire permet d’écouter un spécialiste des réseaux, de la connaissance rhizomatique, etc. et que nous sommes en permanence encouragés à discuter des points abordés dans ces ressources, au travers de groupes (un groupe Facebook au moins a été créé pour l’occasion), de fils de discussion ouverts sur le site du cours, à diffuser des références via Twitter, et enfin à produire nous-mêmes des ressources sur nos supports en ligne, tel ce blog.

Après deux semaines et demies de cours, quoi dire ?

Que les premiers jours, j’étais complètement perdue, ne sachant quoi dire, quoi faire, à part lire de copieux textes en anglais;

Que j’ai eu des difficultés à trouver un quelconque intérêt aux contenus des documents et des conversations, qui ne me semblaient pas être à la hauteur des ambitions affichées;

Que je me trompais sur ce dernier point.

Que c’est passionnant.

Passionnant de se remettre dans une disposition d’esprit propice à l’étude, fût-elle connectiviste… Il y a bien un choix personnel qui se fait ici, qui dépasse l’ouverture habituelle à la navigation sur le web. « Je suis ici pour apprendre, et je ne vais pas laisser passer mon tour », ça ressemble à peu près à ça.

Passionnant de découvrir peu à peu les autres participants, comme des silhouettes émergeant du brouillard. Les ressources sont en anglais, nous sommes tous capables de comprendre cette langue et de nous y exprimer… sauf que lorsqu’on veut dire des choses précises sur Facebook par exemple et bien sur sur nos propres supports en ligne, nous revenons à nos langues maternelles. Espagnol, français, portugais, arabe, néerlandais… et nous suivons tous le même cours.

Passionnant de jouer le jeu de la sérendipité, de l’apprentissage rhizomatique (la notion de texte rhizomatique est due à Derrida, et là encore nous y reviendrons) à travers les montagnes russes des ressources jetées pêle-même sur le site du cours par les organisateurs et les participants. Je dis dire qu’ajourd’hui, je me suis enfermée pendant trois heures pour essorer jusqu’à la dernière goutte un texte brillantissime… dont je parlerai dans un prochain billet.

La création d’Adam, Michel Ange. Source : Wikimedia Commons.