Le GENEPI : un exemple inédit d’évolution de l’engagement associatif étudiant

Le 6 décembre 2014, Mathilde Robert, la Présidente du GENEPI, une association étudiante intervenant en milieu carcéral, a prononcé un discours dans le cadre de la 38ème journée prison, en présence de Christiane Taubira, la ministre de la Justice.

Ce discours, que je vous conseille vivement de lire, est très riche et pose des questions extrêmement complexes. Il est un cas d’étude très intéressant dans le cadre de ce blog et en dit long sur les engagements étudiants aujourd’hui, ou tout du moins sur les engagements étudiants en milieu carcéral.

UNE ASSOCIATION ETUDIANTE… À L’INITIATIVE DU CABINET DE VALÉRY GISCARD D’ESTAING

Avant toute chose, revenons sur l’histoire du GENEPI. À l’inverse de la grande majorité des associations étudiantes, elle révèle une désinstitutionnalisation de l’association.

Le GENEPI a été créé en 1976 par Lionel Stoléru alors conseiller économique de Valéry Giscard d’Estaing. Les années 1970 sont témoins de nombreuses difficultés au sein des prisons françaises : des personnels sont pris en otage par des prisonniers en décembre 1971 à Toul ; à Lyon, en 1972, un détenu blesse mortellement un surveillant ; à Clairveaux, la même année, les célèbres détenus Buffet et Bontems se rebellent, la rébellion qui entraîne la mort d’une infirmière et d’un surveillant -etc. Ces événements conduisent notamment l’administration pénitentiaire à supprimer les colis de Noël. Cette punition, très mal vécue par les détenus, entraîne des mobilisations plus massives. C’est ici qu’interviennent des associations pour aider les détenus à structurer leurs revendications, le mouvement s’organise et ce sont plus de 40 prisons qui connaissent alors des révoltes.

Lors de la campagne qui précède l’élection présidentielle de 1974, les révoltes atteignent leur paroxysme. Mais, lors d’une visite dans les prisons de Lyon, Valérie Giscard d’Estaing sert la main de l’un des prévenus. Ce geste excessivement symbolique amorce un dialogue entre deux sphères qui n’avaient jamais communiqué : la sphère politique et cette zone de non-droit qu’est la prison. Des réformes succèdent à ce geste : le personnel carcéral est augmenté ; la réforme de 1975 a pour objectif premier la réinsertion sociale.

C’est dans ce contexte que naît le GENEPI, à la demande de l’institution politique. Les premiers étudiants bénévoles de cette association sont essentiellement issus des grandes écoles car l’objectif fixé est celui de sensibiliser les futurs chefs d’entreprise à la réinsertion professionnelle des ex-détenus. A l’époque, l’objectif social de l’association est de « collaborer à l’effort public en faveur de la réinsertion sociale des personnes incarcérées par le développement de contacts entre les étudiants de l’enseignement supérieur et le monde pénitentiaire ».

UNE ASSOCIATION D’ÉDUCATION POPULAIRE ?

Le discours de Mathilde Robert rappelle le changement connu par le GENEPI ces dernières années. L’association a choisi de rompre avec un discours élitiste et condescendant vis-à-vis de l’enseignement, de l’éducation et plus généralement, de la réinsertion.

Le GENEPI est une association agréée jeunesse et éducation populaire, ce qui signifie que les pouvoirs publics reconnaissent la valeur éducative de l’association. Pourtant, le discours de sa Présidente rompt avec une certaine vision de ce qu’est l’éducation populaire. Il ne s’agit en aucun cas pour les « bons » jeunes d’aller dans les prisons pour éduquer les « mauvais » détenus. Et c’est justement ce que Mathilde Robert nous dit : « le GENEPI n’a plus rien d’une association de boy-scouts, il a mûri, réfléchi et a une approche infiniment plus politique ». Le GENEPI s’inscrit davantage dans un mouvement d’éducation populaire qui vise à l’amélioration de notre système social, un système social qui inclut le milieu carcéral.

C’est ainsi que l‘association a changé d’objet social en 2011, un changement qui vient du refus de l’infantilisation des détenus, du refus de la négation de leur individualité. Cela se traduit par le rejet du concept de réinsertion que l’association juge profondément moralisateur. Ce changement d’objet social marque une rupture avec l’institution judiciaire et politique, bien que cette – rupture soit tout de même à relativiser car l’association est toujours hébergée dans une annexe du Ministère de la Justice. Quoi qu’il en soit, l’association s’est désormais fixé pour objectif de « décloisonner l’institution carcérale ».

DES DETENUS DANS UN ESPACE PUBLIC… ZONE DE NON DROIT

Décloisonner l’institution carcérale implique de repenser le dialogue entre les sphères – publique, politique et de non droit. C’est particulièrement instructif ici car la Présidente du GENEPI interpelle son auditoire pour souligner la difficulté des détenus à faire émerger dans la sphère publique (au sens de Nancy Fraser) des revendications. Après tout, pourquoi les détenus ne pourraient-ils pas faire émerger une parole collective et avoir le droit de parler pour eux-mêmes ?  Il est revendiqué ici de laisser la possibilité aux détenus, comme à tout autre citoyen, de se constituer en contre public subalterne défini par Nancy Fraser comme « des arènes discursives parallèles dans lesquelles les membres des groupes sociaux subordonnés élaborent et diffusent des contre-discours, ce qui leur permet de développer leur propre interprétation de leurs identités, de leurs intérêts, de leurs besoins ». Et c’est bien tout le contraire qui se produit car, comme le rappelle Mathilde Robert, la prison est une zone de non droit. Le GENEPI joue alors ce rôle d’intermédiaire, celui d’une société civile qui tend à instaurer un dialogue entre cette zone de non droit et une sphère publique, politique, jugée légitime.

LA « MAUVAISE JEUNESSE » DES PRISONS

La question de la légitimité ne se limite pas aux dialogues avec l’institution politique. L’enjeu est aussi de lutter contre une rupture intra-générationnelle mais également de souligner l’effondrement du mythe républicain qui présuppose que nous naissons tous égaux. Comme le souligne à juste titre la présidente du GENEPI, il ne s’agit en aucun cas d’opposer deux jeunesses : une jeunesse éduquée, étudiante, qui représente la fierté de nation et une jeunesse que l’on aurait le droit de mépriser et même plus, que l’on aurait le droit de cacher. Mathilde Robert le rappelle : 45% des personnes incarcérées ont moins de 30 ans. La jeunesse n’est pas unique, c’est certain. Cependant, entrer dans un schéma binaire qui consisterait à opposer les bons jeunes aux mauvais est excessivement réducteur et pose des questions bien plus profondes que celles évoquées ici sur les représentations de cette période de la vie.

LES « MILITANTS » DU GENEPI : A LA CROISÉE DES MODÈLES D’ENGAGEMENT

Ce qui m’interpelle particulièrement dans ce discours, c’est la façon dont sont définis les bénévoles du GENEPI. Pour les qualifier, la présidente parle de militants. L’habitude des associations étudiantes est plutôt de lutter contre ce qualificatif qui serait davantage propre aux membres des syndicats ou des partis politiques. Mais ici, l’engagé.e étudiant.e est un.e militant.e dont les revendications sont extrêmement politiques. Si l’on reprend les propos de Jacques Ion évoqués plus haut dans ce blog, à l’engagement timbre, total et militant, succéderait un engagement post-it, pragmatique, négocié et résiliable à tout moment.

Il semblerait que les membres de l’association sont justement à la croisée de ces deux modèles d’engagement : une formation politique dense, une posture de militants mais une volonté forte de voir les choses avancer tout en sachant que le défi est grand et qu’il faudra du temps pour obtenir les résultats escomptés.

Six organisations de jeunesse se réunissent à Poitiers pour repenser la démocratie

FOREJE (c) Christophe ParisC’est la rentrée, reprenons les bonnes habitudes !

Dans le cadre de ma CIFRE, j’ai participé au FOREJE, le Forum Européen des Jeunes Engagés, qui a eu lieu à Poitiers les 27 et 28 août.

À l’initiative de six organisations de jeunes ou de jeunesse, l’AFEV, Animafac, Unis-Cité, les Petits Débrouillards, l’ANACEJ et Graines de France, ces deux journées d’échanges avaient pour fil rouge la démocratie.

Le FOREJE a donné lieu à des propositions sur des sujets aussi variés que l’engagement, l’Europe, les politiques de jeunesse, les liens avec l’Université, le service civique, etc. Il a regroupé près de 1000 bénévoles, volontaires et salariés du secteur associatif issus des quatre coins de France mais aussi d’Europe. Le contexte politique n’a évidemment pas joué en notre faveur car l’intérêt médiatique s’est porté essentiellement sur le remaniement gouvernemental, et pourtant il y en a des choses à dire !

Tout d’abord, d’un point de vue sociologique, il est toujours intéressant de voir échanger des jeunes issus de mondes très différents : des étudiants et des non étudiants, des urbains et des ruraux, des Français et des Européens. Cela nous rappelle une chose fondamentale : la jeunesse n’est pas unique, bien au contraire. Et par conséquent, la façon de vivre cette étape de la vie est très différente d’une personne à l’autre.

UN SYSTÈME QU’IL DEVIENT URGENT DE MODERNISER

D’un point de vue politique, cela pose aussi des questions. Nous savons qu’il est très difficile pour une organisation de jeunesse non représentative (qui ne se présente pas aux élections) de voir ses propositions être relayées dans l’espace public, la sphère publique, et plus encore de les voir appliquées. A six, c’est un petit peu différent, voire beaucoup. Je ne suis pas encore en mesure de vous donner les propositions précises qui sont ressorties de ces deux journées de travail car le comité de pilotage de l’événement ne s’est pas encore réuni pour faire le bilan.

Pour ce qui est du système éducatif, le constat est sans appel : il est trop rigide et laisse peu de place à l’éducation non formelle et à ceux qui la portent, à savoir les associations. Si ce constat n’est pas nouveau, il n’en est pas moins juste : le climat qui accompagne la rentrée scolaire nous le montre bien. Les élèves et leurs parents sont angoissés tandis que les anciens élèves sont soulagés à l’idée d’en avoir fini avec ce qui accompagne la rentrée scolaire : l’achat des fournitures, la peur de ne pas être avec ses amis, d’avoir des profs trop stricts, de ne pas réussir à passer en classe supérieure, de ne pas y arriver, de rater sa vie quoi. Je caricature un peu, mais finalement pas tant que ça, car si nous savons aujourd’hui qu’il existe toujours des moyens de s’en sortir, ce n’est pas nécessairement le cas de ces enfants ou adolescents qui n’ont finalement connu que l’école et ses rituels parfois joyeux mais souvent stressants.

Si on parle du système démocratique, le constat n’est pas réjouissant non plus et la question qui se pose après ces deux jours de débat est la suivante : doit-on en finir avec la démocratie représentative au profit d’une démocratie davantage participative ?

Personnellement, je ne suis pas convaincue que la démocratie représentative soit morte mais il est clair qu’elle est en phase critique. Le désintérêt des jeunes et des moins jeunes pour la politique traditionnelle est net, ce modèle ne convient plus. Nos représentants politiques nous semblent trop éloignés, en décalage avec le quotidien de la population. L’idée de déléguer sa parole pendant plusieurs années sans jamais être consulté entre temps est loin d’être une solution suffisante.

UNE DÉMOCRATIE A LA CROISÉE DU PARTICIPATIF ET DU REPRÉSENTATIF

Lors du FOREJE, nous avons entendu le récit d’un adjoint au Maire de Poitiers, un jeune élu qui nous a raconté son engagement à l’AFEV lorsqu’il était étudiant. Sa mission au sein de l’AFEV lui a donné goût à l’engagement, a ouvert son champ de curiosité vis-à-vis des instances démocratiques et l’a incité à s’engager en politique, même s’il s’agit d’une politique plus traditionnelle. Cet exemple montre qu’il existe toujours un lien entre ces différentes formes d’engagement, que ce lien implique une défiance des jeunes ou bien une vision complémentaire.

La complémentarité entre démocratie participative et démocratie représentative est bel et bien réelle, il existe de nombreuses initiatives qui le démontrent. Prenons l’exemple de la Fabrique Citoyenne portée par Animafac. Il s’agit d’une démarche de démocratie participative qui visait à porter la parole des jeunes durant la campagne présidentielle de 2012. Les propositions formulées par les 40 jeunes participants ont été présentées aux représentants des grands partis politiques lors du Forum national des initiatives jeunes le 17 mars 2012, à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle.

On peut aussi évoquer une initiative finnoise cette fois, Ruuti qui cible essentiellement les 13 et 20 ans. Ruuti propose aux jeunes finnois de participer à la vie politique en faisant des contributions sur des sujets variés, en mettant en lien différentes associations. Chaque année, 20 jeunes sont choisis afin de centraliser et de faire remonter les propositions des jeunes aux élus.

Ces exemples nous montrent qu’il ne s’agit pas d’opposer ou de substituer une forme d’engagement à une autre ni d’opposer la démocratie représentative à la démocratie participative. Ces données sont actuellement difficilement quantifiables. Nous y verrons sans doute plus clair à la fin de la thèse, en tous cas, nous l’espérons.

Regroupements : vers des politiques de sites pensées (aussi) par et pour les étudiants ?

La loi du 22 juillet 2013 dite loi Fioraso stipule que les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, implantés sur un même territoire académique ou interacadémique, devront coordonner leur offre de formation et leur stratégie de recherche et de transfert. Si la vie étudiante n’est pas évoquée spécifiquement, elle est l’une des composantes de ces regroupements et de ces politiques de site, cela concerne donc directement les étudiants engagés au sein de leurs établissements.

APRES LA SECONDE GUERRE MONDIALE, LES UNIVERSITÉS FLEURISSENT SUR LE TERRITOIRE

Au sortir de la seconde guerre mondiale, les universités étaient très peu nombreuses et se sont rapidement trouvées inadaptées pour accueillir un public étudiant toujours plus nombreux. L’urgence est de construire des locaux. Après mai 1968, il devient nécessaire de proposer autre chose, un modèle universitaire différent qui accorde un rôle plus central à l’étudiant : de nouvelles méthodes pédagogiques sont testées dans certains établissements, les cours en amphis laissent davantage la place aux TD, etc.

Peu à peu Grenoble compte 3 universités, Bordeaux en compte 4,  Paris 8, l’Ile de France 13 et la France en dénombre plus de 80.

Le monde universitaire se recompose autour de ces nombreux établissements jusqu’au jour où l’on tire la conclusion que cette dispersion des sites universitaires ne permet pas à la France d’être reconnue à l’international, en matière de recherche notamment. Les PRES sont alors créés en 2006 pour répondre à cet enjeu. Ces pôles de recherche et d’enseignement supérieur sont suivis de près par  la loi LRU, loi relative aux libertés et responsabilités des universités qui tend à aller plus loin en se concentrant également sur la formation : maquettes de formation mutualisées par exemple.

LES BIENFAITS D’UNE VIE ETUDIANTE OUVERTE SUR LA VILLE

En 2013, la loi Fioraso évoque enfin la vie étudiante puisqu’elle précise que « l’établissement d’enseignement supérieur chargé d’organiser la coordination territoriale […] élabore avec le réseau des œuvres universitaires et scolaires un projet d’amélioration de la qualité de la vie étudiante et de promotion sociale sur le territoire, en associant l’ensemble des établissements partenaires ». C’est très intéressant car il est désormais demandé aux universités de penser collectivement aussi bien la recherche et la formation que la vie étudiante. Fort heureusement, les étudiants n’ont pas attendu cette loi pour agir de façon collective. Si l’on regarde de près les associations étudiantes pérennes, nombreuses sont celles qui n’agissent pas uniquement à l’échelle de leur établissement.

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On demande à l’université d’être ouverte sur son écosystème, il semble donc important d’encourager les initiatives étudiantes qui tendent à créer du lien par delà les murs de l’université plutôt que de fixer des critères qui limitent aux seules associations du campus la possibilité d’obtenir une subvention du FSDIE. Lorsque l’on interroge les associatifs étudiants, ils sont nombreux à nous faire part du caractère trop restrictif des conditions d’attribution de quelques FSDIE. Certains établissements vont jusqu’à demander aux associations de faire apparaître dans leurs statuts qu’elles agissent exclusivement sur leurs campus afin de pouvoir bénéficier d’une subvention. Ces critères sont souvent très éloignés de la réalité étudiante : comment diversifier son financement (c’est ce que l’on demande aux associations) si chaque établissement demande à l’association de faire inscrire dans ses statuts qu’elle agit chez lui uniquement ?

LES ETUDIANTS ET LES ASSOCIATIONS, UNE RICHESSE POUR LES PROJETS DE REGROUPEMENTS

Ces exemples montrent à quel point les politiques de site ne peuvent pas se faire sans les étudiants, afin d’éviter ce type d’anomalie et afin de répondre aux attentes de la majorité des étudiants, et non pas aux attentes que l’institution pense que les étudiants peuvent avoir. Il est alors indispensable de les positionner en acteurs. Les regroupements d’établissement, si tout se passe bien, devraient permettre une harmonisation des politiques de vie étudiante au moins à l’échelle territoriale, l’enjeu étant d’harmoniser les critères et attentes, que cela concerne le FSDIE, l’attribution de locaux ou encore la reconnaissance de l’engagement étudiant.

Alors la question qu’il semble urgent de se poser est : quel est le rôle des associations étudiantes, représentatives ou à projets, dans la mise en place de ces politiques de site ? Quelles interactions avec le réseau des œuvres ? Avec les collectivités ? Avec les établissements ? Et surtout, comment faire en sorte que le projet politique et  les schémas directeurs de vie étudiante soient pensés par le bas plutôt qu’imposés par le haut ?

Il est très difficile de se représenter ce que seront les universités dans 20 ans et il est aussi très difficile de se représenter ce que seront les territoires à la même échéance, c’est pour cette raison que l’exercice est aussi complexe tout en étant particulièrement stimulant.

Le débat est ouvert, je suis curieuse d’entendre vos remarques et propositions.

L’éducation formelle ne tient pas toutes ses promesses

La France prône la linéarité des parcours, les enfants intériorisent dès leur plus jeune âge la notion de réussite scolaire, notion prétendument unique qui voudrait que les jeunes obtiennent leur bac (si possible général) à 18 ans et leur master à 23 ans, tout en ayant accumulé l’expérience nécessaire pour s’insérer sur le marché de l’emploi entre trois et six mois après l’obtention du diplôme et dans un monde idéal, en CDI.

LE MODÈLE DE FORMATION FRANÇAIS, UN PARCOURS RIGIDE ET INADAPTÉ 

Evidemment, rares sont les parcours aussi linéaires et par conséquent, nombreuses sont les fois où les jeunes français se sentent en situation d’échec.

Au-delà du sentiment d’échec, les jeunes français considèrent leurs choix d’études comme décisifs pour la suite de leur vie : moins de 8% des plus de 30 ans sont inscrits à l’université, les universités reçoivent environ 4000 demandes de VAE par an et n’en accordent que la moitié, etc. Le poids de la formation initiale sur les trajectoires de vie des étudiants serait déterminant, mais il est cependant difficile de savoir dans quelle mesure les freins sont psychologiques ou réels.

Dans son ouvrage Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe, Cécile Van De Velde met en relief le poids du diplôme en France. « Parce qu’il clive les destins sociaux de façon précoce en fonction du niveau de formation initiale, ce marquage du diplôme laisse une empreinte profonde sur les parcours de jeunesse en France : comparativement aux autres sociétés européennes, le temps de la jeunesse y est pensé comme l’âge du placement, censé figer le statut social futur de l’individu, et dominé par l’enjeu du diplôme et du premier emploi ». Cet extrait est frappant et montre à quel point les jeunes français et leurs familles ont intériorisé l’importance d’acquérir des diplômes le plus rapidement possible- l’âge médian des étudiants français est l’un des plus bas d’Europe occidentale. Le système éducatif français a des difficultés à s’adapter aux parcours atypiques et ne fait pas grand-chose pour les favoriser.

Cécile Van de Velde reprend une expression de François Dubet et parle de « verrouillage des destins sociaux », verrouillage qui peut rendre pessimistes nombre d’entre nous, encore que, comme nous l’avons montré dans l’un de nos précédents articles, 62% des jeunes répondants de l’enquête « Génération Quoi ? » ont confiance en leur avenir même s’ils se montrent réservés quant à l’avenir de la société.

L’EDUCATION NON FORMELLE, UN COMPLÉMENT INDISPENSABLE A LA FORMATION

Mais plus que des diplômés, la France se doit de former des adultes et pour cela, il devient impératif d’en finir avec cette survalorisation des parcours linéaires et de pluraliser la notion de réussite. Il n’existe pas de modèle unique de réussite et on constate que nombreux sont ceux qui ont répondu aux attentes de la société français et qui sont, malgré tout, loin d’être parvenus à atteindre leurs objectifs. Tout le paradoxe est ici : la crise économique que nous traversons rend extrêmement difficile pour la société, voire impossible, de donner aux jeunes français ce qui leur a été promis depuis la petite enfance en échange d’un parcours scolaire exemplaire. La désillusion est totale et la déception est grande et bien que l’on ne connaisse pas les véritables fautifs, force est de constater que l’on nous a menti !

C’est ici que le non formel prend tout son sens : engagement, volontariat, découvertes en tout genre, etc. Les bienfaits du non formel, du non académique, sont nombreux mais avant toute chose, le non formel permet de rompre avec la linéarité des parcours imposée par un système éducatif qui ne tient pas ses promesses.

L’émergence du non formel coïncide avec l’émergence de l’approche par compétences,  et la conviction que si les qualifications sont précieuses, elles ne sont plus suffisantes et n’ont plus le monopole de l’insertion professionnelle rapide et de la garantie d’un statut social et financier supérieur.

La jeunesse française, comme nous le montre l’enquête « Génération Quoi ? » est en demande d’engagement et de parcours alternatifs : bénévolat, volontariat, entrepreneuriat, etc.

Pour répondre à cette demande, l’université se doit de mettre au cœur de son projet d’établissement une politique forte de vie étudiante afin que puisse être atteint le modèle idéal qui parvienne à relativiser la notion de réussite et à concilier qualifications et compétences, éducation formelle et non formelle, et qui nécessite parfois de prendre des chemins détournés, atypiques, en rupture avec la notion même de linéarité. Cela passe par une valorisation des engagements étudiants mais aussi par une ouverture aux dits adultes. Nous ne savons pas quels seront les métiers de demain et pour cette raison, la formation à toutes les époques de la vie doit être encouragée.

De l’individuel au collectif, la jeunesse construit sa reconnaissance

Nous ne sommes jeunes qu’un temps, il s’agit d’une condition éphémère mais qui se répète à l’infini, et qui est par conséquent extrêmement complexe à définir et particulièrement difficile à catégoriser.

La quête de reconnaissance est propre à chaque individu et essentiellement à chaque minorité au sens politique du terme. La jeunesse peut être catégorisée parmi ces minorités et souffre d’un déni de reconnaissance, plus ou moins fort selon le niveau d’étude, la situation géographique, le degré d’engagement ou encore la façon de s’engager.

Pour autant, nous l’avons vu dans le premier article, la jeunesse – quelle qu’elle soit – est victime de nombreux stéréotypes véhiculés par d’anciens jeunes devenus « adultes » qui ne supportaient certainement pas d’être qualifiés de la sorte à une certaine époque. Un cercle sans fin pour ainsi dire, qu’il devient urgent de rompre.

L’engagement, sans que cela soit l’objectif initial, peut être un vecteur de reconnaissance. Il est important de garder à l’esprit, bien que cela ne soit pas l’objet de cet article, que dans un contexte de nouveau rapport à la politique, l’échelle de l’engagement varie.

LA CRÉATION D’ANIMAFAC : UN CHANGEMENT D’ÉCHELLE D’ACTIONS

Le fait que l’échelle de l’engagement varie peut se traduire par la création de nouvelles structures. C’est dans ce contexte que d’anciens militants de l’UNEF ont créé le Réseau associatif étudiant Animafac en 1996. Le constat était simple : de nombreux étudiants ne trouvaient pas d’espace pour se construire, pour échanger, puisque distants face à un engagement traditionnel de type syndical.  Ils ont donc imaginé une inversion radicale où l’on partait des activités des individus et de leur mise en réseau pratique plutôt que de l’affirmation d’une organisation. Afin de ne pas s’inscrire en rupture avec les formes traditionnelles d’engagement, Animafac a fait le choix de ne pas être une organisation représentative et, par conséquent, de ne pas porter la voix des étudiants lors des élections universitaires ou du CROUS. L’association se constitue sous la forme d’un réseau constitué d’associations à projets. Ainsi, Animafac répond à un besoin urgent de proposer aux étudiants et aux associations étudiantes une structure qui permettrait d’échanger et de fédérer des expériences tout en  leur donnant la possibilité d’exister autrement et de voir leur engagement être reconnu.

La création d’Animafac tend à répondre à deux problèmes : celui de la reconnaissance individuelle mais aussi celui de la reconnaissance du groupe jeune. Les choses ne sont pas pour autant évidentes. Bien que l’union fasse la force et lui donne un certain poids, Animafac doit conquérir une légitimité, une place, et cela prend nécessairement beaucoup plus de temps que pour les organisations traditionnelles, puisqu’Animafac ne peut pas revendiquer un nombre d’élus au CNESER.

METTRE EN RÉSEAU POUR FAVORISER LA RECONNAISSANCE COLLECTIVE

Le réseau devient alors à la fois une réponse et une force : l’engagement s’appuie sur des projets concrets, rien n’est jamais figé et bien que les années se suivent, elles ne se ressemblent jamais puisqu’elles avancent au rythme des projets. Le réseau peut devenir une sorte de contre-pouvoir mouvant au sein duquel il est difficile de déterminer le nombre de membres. Les individus en interaction les uns avec les autres voient leurs liens qualifiés de faibles au sens de liens dits électifs, choisis, souvent beaucoup plus nombreux que les liens dits forts, subis, mais aussi plus facilement réversibles. Les projets qui construisent le réseau sont par essence temporaires, comme l’écrit Jacques Ion dans La fin des militants ?: « l’aptitude à se dégager d’un projet de façon à être disponible pour de nouveaux liens compte autant que la capacité d’engagement ».

Cette structure permet l’émancipation de l’individu face au collectif, l’individu n’est pas contraint, soumis à des règles strictes. L’émergence des structures réticulaires vont de pair avec l’émergence de l’individu désormais placé au cœur de la société.

In fine, le réseau permet aux associatifs étudiants de conserver la maîtrise de leur engagement, de parler en leur nom. L’individu n’est, théoriquement, pas sacrifié au profit du collectif. « Certes, auteurs de leur engagement, les individus du groupement, réunis en réseau, continuent d’agir en nom collectif ; mais pour cela, vivre le collectif n’est plus un pré-requis » (Jacques Ion, Bernard Ravon). Pour autant, l’ancrage de l’engagement dans une structure facilite la publicisation de l’action, et de facto, la reconnaissance.

 

Complexe, la jeunesse refuse d’être catégorisée

Le 25 février 2014, Le Monde, après avoir soutenu l’enquête « Génération Quoi ? » lancée par France Télévisions, titre l’un de ses articles « Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre ». Reprenant les résultats obtenus grâce à cette grande enquête qui vise à comprendre les valeurs et les attentes des jeunes Français, la journaliste du Monde Pascale Kremer fait un constat sombre, si ce n’est alarmant. La majorité des 18-34 ans ayant répondu au questionnaire se sent sacrifiée, désabusée et perdue.

De la même façon, la défiance vis-à-vis de la politique traditionnelle est forte : 86 % des répondants déclarent ne pas avoir confiance en la politique. Plus généralement, c’est le rapport aux institutions qui est questionné, qu’elles soient politiques, religieuses ou médiatiques.

L’enquête relève enfin un potentiel de révolte fort chez les jeunes Français, des jeunes Français qui sont massivement allés à l’école, qui ont joué le jeu de la méritocratie républicaine et qui traversent désormais une violente phase de désenchantement. A la question, « demain ou dans les prochains mois, participerais-tu à un mouvement de révolte de grande ampleur, type mai 68 ? », 61% des jeunes répondent oui. Cécile Van De Velde, l’une des deux sociologues ayant participé à la création de cette grande enquête, explique que trois stratégies peuvent être adoptées en temps de crise : loyalty (s’adapter au système), exit (s’en aller) ou voice (se révolter).

2/3 DES JEUNES CROIENT EN LEUR AVENIR

Il n’est pourtant pas question de tomber dans le misérabilisme, ni d’être alarmiste. Si les jeunes Français se montrent méfiants vis-à-vis de la politique traditionnelle et ne placent qu’une confiance relative dans les institutions, leur désir d’engagement reste fort et ils sont 81% à considérer que l’Etat devrait créer un service civil obligatoire.

Victimes d’une forme de désillusion, les jeunes ne sont pas pour autant pessimistes car ils se disent être la génération du changement, une génération connectée et résiliente. Paradoxalement, si la jeunesse se dit désenchantée, elle ne perd pas espoir. Les jeunes n’ont pas confiance en l’avenir de la société mais ils ont de l’espoir en leur propre avenir, à 62 %. Ils sont 67% à penser qu’ils vivront autre chose que la crise et, à la question « pour toi, réussir ta vie c’est avant tout ? », ils sont 52 % à répondre que réussir sa vie, c’est être heureux.

L’enquête « Génération Quoi ? » est la plus récente mais elle est précédée de peu par l’enquête « Valeurs » qui réalise un suivi des valeurs des jeunes et de la façon dont elles évoluent sur plus de 30 ans (1981, 1990, 1999, 2008). On trouve une analyse des résultats de cette enquête dans l’ouvrage dirigé par Olivier Galland et Bernard Roudet, intitulé Une jeunesse différente ? Les valeurs des jeunes depuis 30 ans. Deux tendances fortes se dégagent de l’enquête de 2008 : une convergence des valeurs selon l’âge et un clivage selon le niveau d’études. L’enquête met en relief deux systèmes de valeurs : le premier système oppose les valeurs traditionnelles aux valeurs d’autonomie ; le second système distingue les Français intégrés dans la vie sociale, économique ou politique et ceux qui ne le sont pas. Entre 1981 et 1990, les valeurs des jeunes, caractérisées par un attachement au mouvement contestataire, se sont progressivement rapprochées du pôle traditionnel. Ils « s’éloignent donc progressivement des attitudes manifestant une distance à l’égard des normes et des institutions, tandis que les adultes ont fortement modéré leur adhésion à celles-ci, adhésion très importante dans la première enquête ». En cela, dès la fin des années 1980, l’écart entre les classes d’âge est de moins en moins significatif.

UN CLIVAGE INTRA GÉNÉRATIONNEL

En revanche, pendant que l’écart entre les classes d’âge se réduit, le clivage selon le niveau d’études augmente, et ce, peu importe l’âge. Plus le niveau d’études est élevé, plus l’individu est autonome et se sent intégré à la société. A l’inverse, plus le niveau d’études est bas, plus l’individu adhère à des valeurs traditionnelles et se montre méfiant vis à vis de la société et de ce qu’elle peut lui apporter.

Nous pouvons expliquer l’évolution des valeurs en partie par le nouveau rôle joué par les parents qui ne contraignent plus moralement leurs enfants et qui souhaitent avant tout les aider à trouver leur place dans la société, ce que corroborent les résultats de l’enquête « Génération Quoi ? » : la famille a une image très positive chez les jeunes français. 89 % des répondants déclarent que leurs parents sont fiers de leurs parcours et 91 % se sentent soutenus dans leurs choix.

Ces enquêtes montrent un rapprochement intergénérationnel. Les valeurs des jeunes, contrairement à ce que l’on nous laisse croire, ne sont pas démesurément éloignées de celles des générations précédentes. Le vrai clivage est intra générationnel. Cela montre bien que l’idée d’une jeunesse unique est illusoire : le poids du diplôme reste fort et ceux qui pâtissent le plus de cette crise économique sont évidemment ceux qui n’en ont pas. In fine, ce que constatait Edgar Morin à propos des adolescents juste après la nuit de la Nation en 1963 n’est pas très éloigné du portrait que l’on fait de la jeunesse française d’aujourd’hui : « je me suis dit qu’il y avait une adolescence qui n’est plus dans le cocon familial, qui n’est pas intégrée au monde adulte et professionnel, et qui exprime des aspirations à plus de liberté, à plus de communauté et qui, par là, a un potentiel de révolte».

Crise des engagements ou simples transformations ?

Égoïste et repliée sur elle-même, désengagée et désenchantée, individualiste et désintéressée de la chose publique, tels sont bien souvent les mots (et les maux) utilisés aujourd’hui pour caractériser la jeunesse. Sur quels critères ? Difficile de le savoir vraiment.

UNE JEUNESSE MULTIPLE

La jeunesse est difficile à définir. Ce blog vise à traiter des engagements étudiants. Dans l’imaginaire collectif, les étudiants sont jeunes, ce qui est en effet le cas pour une grande majorité puisque seuls 8% des Français de plus de 30 ans suivent une formation dans l’enseignement supérieur ou sont inscrits à l’université. Par conséquent, je serai contrainte d’être discriminante dans la suite de ce blog mais pas aujourd’hui, aujourd’hui je contextualise.

Pour définir la jeunesse, nous utiliserons la définition donnée par l’INJEP : «  D’un point de vue sociologique, la jeunesse peut être définie comme la phase de préparation à l’exercice des rôles conformes à l’âge adulte et comme le passage des principales étapes introduisant à ces rôles : le départ de la famille d’origine et l’accès à un logement indépendant, l’entrée dans la vie professionnelle, la formation d’un couple et enfin, étape irréversible, l’arrivée du premier enfant. De nos jours, les principaux seuils d’entrée dans l’âge adulte se réalisent moins qu’auparavant de façon simultanée et définitive : ils s’étalent sur une période plus longue, ils sont davantage graduels, discontinus et parfois réversibles. »

La jeunesse est donc une période difficile à définir et il serait réducteur d’en parler au singulier. La jeunesse est multiple : un individu ne vivra pas cette période de la même façon s’il est étudiant ou s’il est déjà inséré sur le marché de l’emploi, s’il poursuit son chemin sans difficultés ou s’il est considéré comme décrocheur, etc. In fine, il y a autant d’individus que d’expériences individuelles et de façons de vivre sa jeunesse. Cependant, par souci d’efficacité, j’utiliserai dans le cadre de ce blog la définition de l’INJEP et je me concentrerai essentiellement sur le public estudiantin, bien que l’on puisse être amené à quelques digressions.

La jeunesse suscite à la fois la crainte et la curiosité. Les discours politiques et médiatiques évoquent une jeunesse différente, dont les valeurs seraient en rupture avec celles des générations précédentes.

Ces stéréotypes, ces idées reçues, provoquent le fameux discours du « c’était mieux avant » mais la littérature nous montre que le mythe de la bande de jeunes et plus généralement de la jeunesse incomprise et révoltée remonte à bien des années, si ce n’est des siècles. Nous pouvons prendre l’exemple de Socrate qui disait des jeunes qu’ils étaient mal élevés, n’avaient aucun respect pour l’autorité et méprisaient leurs ainés. Autre exemple, celui de Stefan Zweig qui, dans son autobiographie Le Monde d’hier-Souvenirs d’un Européen, raconte sa jeunesse à Vienne à la fin du XIXe siècle, décrivant un environnement très hostile et méfiant vis-à-vis d’une jeunesse incomprise. De la même façon, dans l’ultime roman qui met en scène son célèbre personnage, Poirot quitte la scène, Agatha Christie décrit le Capitaine Hastings qui déplore auprès de son vieil ami Hercule Poirot une époque révolue durant laquelle la jeunesse était plus disciplinée, plus respectueuse des valeurs familiales. Autrement dit, le discours craintif et critique de la jeunesse ne date pas d’hier.

UN ENGAGEMENT DIFFERENT

Ici, nous faisons le pari inverse, et s’il est évident, que notre société est confrontée à une crise des institutions et plus particulièrement à une crise du politique, il n’y a pas de crise de l’engagement en tant que telle. L’engagement est différent – mouvant, choisi, réversible, négocié, multiple – mais il existe.

L’engagement moderne qui sera traité ici est caractérisé par le « faire » plutôt que par le « dire ». Les hypothèses sont les suivantes : l’individu souhaite rester autonome, s’engage à une échelle microsociale, est davantage pragmatique[1]. Cela ne signifie pas que la jeunesse aurait perdu ses grands idéaux mais que le militantisme politique et surtout partisan ne l’intéresse plus nécessairement. L’individu engagé dans une association souhaite des résultats rapides, l’ambition est moins grande mais se veut tangible, l’engagement s’inscrit dans l’ici et maintenant, ne se fait plus à n’importe quel prix. Il participe de la construction identitaire de l’individu jeune dont l’identité n’est pas figée mais multiple. L’engagement est réflexif, critique[2]. Si certains parlent de la fin du militantisme, nous pensons qu’il s’agit davantage d’une transformation du militantisme. Le militant ne serait plus caractérisé par la forme de son engagement mais par le degré de conscientisation de son engagement. Pour autant, ce militantisme est très souvent discret, silencieux, la reconnaissance ne s’obtenant pas par l’intermédiaire d’un rapport de force direct avec l’hégémonie mais par la réalisation d’actions concrètes jour après jour.

Loin de moi l’intention de faire des généralités, il ne s’agit pas d’opposer un engagement total à un engagement affranchi, ni même de sous-entendre que les formes d’engagement traditionnel n’existent plus. Il s’agit avant tout de faire la lumière sur des formes et des modalités d’engagement encore méconnues.


[1] Jacques Ion, La fin des militants ?, Editions de l’Atelier, 1997

[2] Valérie Becquet et Chantal de Linares, Quand les jeunes s’engagent, entre expérimentations et constructions identitaires, L’Harmattan, 2005