Crise des engagements ou simples transformations ?

Égoïste et repliée sur elle-même, désengagée et désenchantée, individualiste et désintéressée de la chose publique, tels sont bien souvent les mots (et les maux) utilisés aujourd’hui pour caractériser la jeunesse. Sur quels critères ? Difficile de le savoir vraiment.

UNE JEUNESSE MULTIPLE

La jeunesse est difficile à définir. Ce blog vise à traiter des engagements étudiants. Dans l’imaginaire collectif, les étudiants sont jeunes, ce qui est en effet le cas pour une grande majorité puisque seuls 8% des Français de plus de 30 ans suivent une formation dans l’enseignement supérieur ou sont inscrits à l’université. Par conséquent, je serai contrainte d’être discriminante dans la suite de ce blog mais pas aujourd’hui, aujourd’hui je contextualise.

Pour définir la jeunesse, nous utiliserons la définition donnée par l’INJEP : «  D’un point de vue sociologique, la jeunesse peut être définie comme la phase de préparation à l’exercice des rôles conformes à l’âge adulte et comme le passage des principales étapes introduisant à ces rôles : le départ de la famille d’origine et l’accès à un logement indépendant, l’entrée dans la vie professionnelle, la formation d’un couple et enfin, étape irréversible, l’arrivée du premier enfant. De nos jours, les principaux seuils d’entrée dans l’âge adulte se réalisent moins qu’auparavant de façon simultanée et définitive : ils s’étalent sur une période plus longue, ils sont davantage graduels, discontinus et parfois réversibles. »

La jeunesse est donc une période difficile à définir et il serait réducteur d’en parler au singulier. La jeunesse est multiple : un individu ne vivra pas cette période de la même façon s’il est étudiant ou s’il est déjà inséré sur le marché de l’emploi, s’il poursuit son chemin sans difficultés ou s’il est considéré comme décrocheur, etc. In fine, il y a autant d’individus que d’expériences individuelles et de façons de vivre sa jeunesse. Cependant, par souci d’efficacité, j’utiliserai dans le cadre de ce blog la définition de l’INJEP et je me concentrerai essentiellement sur le public estudiantin, bien que l’on puisse être amené à quelques digressions.

La jeunesse suscite à la fois la crainte et la curiosité. Les discours politiques et médiatiques évoquent une jeunesse différente, dont les valeurs seraient en rupture avec celles des générations précédentes.

Ces stéréotypes, ces idées reçues, provoquent le fameux discours du « c’était mieux avant » mais la littérature nous montre que le mythe de la bande de jeunes et plus généralement de la jeunesse incomprise et révoltée remonte à bien des années, si ce n’est des siècles. Nous pouvons prendre l’exemple de Socrate qui disait des jeunes qu’ils étaient mal élevés, n’avaient aucun respect pour l’autorité et méprisaient leurs ainés. Autre exemple, celui de Stefan Zweig qui, dans son autobiographie Le Monde d’hier-Souvenirs d’un Européen, raconte sa jeunesse à Vienne à la fin du XIXe siècle, décrivant un environnement très hostile et méfiant vis-à-vis d’une jeunesse incomprise. De la même façon, dans l’ultime roman qui met en scène son célèbre personnage, Poirot quitte la scène, Agatha Christie décrit le Capitaine Hastings qui déplore auprès de son vieil ami Hercule Poirot une époque révolue durant laquelle la jeunesse était plus disciplinée, plus respectueuse des valeurs familiales. Autrement dit, le discours craintif et critique de la jeunesse ne date pas d’hier.

UN ENGAGEMENT DIFFERENT

Ici, nous faisons le pari inverse, et s’il est évident, que notre société est confrontée à une crise des institutions et plus particulièrement à une crise du politique, il n’y a pas de crise de l’engagement en tant que telle. L’engagement est différent – mouvant, choisi, réversible, négocié, multiple – mais il existe.

L’engagement moderne qui sera traité ici est caractérisé par le « faire » plutôt que par le « dire ». Les hypothèses sont les suivantes : l’individu souhaite rester autonome, s’engage à une échelle microsociale, est davantage pragmatique[1]. Cela ne signifie pas que la jeunesse aurait perdu ses grands idéaux mais que le militantisme politique et surtout partisan ne l’intéresse plus nécessairement. L’individu engagé dans une association souhaite des résultats rapides, l’ambition est moins grande mais se veut tangible, l’engagement s’inscrit dans l’ici et maintenant, ne se fait plus à n’importe quel prix. Il participe de la construction identitaire de l’individu jeune dont l’identité n’est pas figée mais multiple. L’engagement est réflexif, critique[2]. Si certains parlent de la fin du militantisme, nous pensons qu’il s’agit davantage d’une transformation du militantisme. Le militant ne serait plus caractérisé par la forme de son engagement mais par le degré de conscientisation de son engagement. Pour autant, ce militantisme est très souvent discret, silencieux, la reconnaissance ne s’obtenant pas par l’intermédiaire d’un rapport de force direct avec l’hégémonie mais par la réalisation d’actions concrètes jour après jour.

Loin de moi l’intention de faire des généralités, il ne s’agit pas d’opposer un engagement total à un engagement affranchi, ni même de sous-entendre que les formes d’engagement traditionnel n’existent plus. Il s’agit avant tout de faire la lumière sur des formes et des modalités d’engagement encore méconnues.


[1] Jacques Ion, La fin des militants ?, Editions de l’Atelier, 1997

[2] Valérie Becquet et Chantal de Linares, Quand les jeunes s’engagent, entre expérimentations et constructions identitaires, L’Harmattan, 2005

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