L’éducation formelle ne tient pas toutes ses promesses

La France prône la linéarité des parcours, les enfants intériorisent dès leur plus jeune âge la notion de réussite scolaire, notion prétendument unique qui voudrait que les jeunes obtiennent leur bac (si possible général) à 18 ans et leur master à 23 ans, tout en ayant accumulé l’expérience nécessaire pour s’insérer sur le marché de l’emploi entre trois et six mois après l’obtention du diplôme et dans un monde idéal, en CDI.

LE MODÈLE DE FORMATION FRANÇAIS, UN PARCOURS RIGIDE ET INADAPTÉ 

Evidemment, rares sont les parcours aussi linéaires et par conséquent, nombreuses sont les fois où les jeunes français se sentent en situation d’échec.

Au-delà du sentiment d’échec, les jeunes français considèrent leurs choix d’études comme décisifs pour la suite de leur vie : moins de 8% des plus de 30 ans sont inscrits à l’université, les universités reçoivent environ 4000 demandes de VAE par an et n’en accordent que la moitié, etc. Le poids de la formation initiale sur les trajectoires de vie des étudiants serait déterminant, mais il est cependant difficile de savoir dans quelle mesure les freins sont psychologiques ou réels.

Dans son ouvrage Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe, Cécile Van De Velde met en relief le poids du diplôme en France. « Parce qu’il clive les destins sociaux de façon précoce en fonction du niveau de formation initiale, ce marquage du diplôme laisse une empreinte profonde sur les parcours de jeunesse en France : comparativement aux autres sociétés européennes, le temps de la jeunesse y est pensé comme l’âge du placement, censé figer le statut social futur de l’individu, et dominé par l’enjeu du diplôme et du premier emploi ». Cet extrait est frappant et montre à quel point les jeunes français et leurs familles ont intériorisé l’importance d’acquérir des diplômes le plus rapidement possible- l’âge médian des étudiants français est l’un des plus bas d’Europe occidentale. Le système éducatif français a des difficultés à s’adapter aux parcours atypiques et ne fait pas grand-chose pour les favoriser.

Cécile Van de Velde reprend une expression de François Dubet et parle de « verrouillage des destins sociaux », verrouillage qui peut rendre pessimistes nombre d’entre nous, encore que, comme nous l’avons montré dans l’un de nos précédents articles, 62% des jeunes répondants de l’enquête « Génération Quoi ? » ont confiance en leur avenir même s’ils se montrent réservés quant à l’avenir de la société.

L’EDUCATION NON FORMELLE, UN COMPLÉMENT INDISPENSABLE A LA FORMATION

Mais plus que des diplômés, la France se doit de former des adultes et pour cela, il devient impératif d’en finir avec cette survalorisation des parcours linéaires et de pluraliser la notion de réussite. Il n’existe pas de modèle unique de réussite et on constate que nombreux sont ceux qui ont répondu aux attentes de la société français et qui sont, malgré tout, loin d’être parvenus à atteindre leurs objectifs. Tout le paradoxe est ici : la crise économique que nous traversons rend extrêmement difficile pour la société, voire impossible, de donner aux jeunes français ce qui leur a été promis depuis la petite enfance en échange d’un parcours scolaire exemplaire. La désillusion est totale et la déception est grande et bien que l’on ne connaisse pas les véritables fautifs, force est de constater que l’on nous a menti !

C’est ici que le non formel prend tout son sens : engagement, volontariat, découvertes en tout genre, etc. Les bienfaits du non formel, du non académique, sont nombreux mais avant toute chose, le non formel permet de rompre avec la linéarité des parcours imposée par un système éducatif qui ne tient pas ses promesses.

L’émergence du non formel coïncide avec l’émergence de l’approche par compétences,  et la conviction que si les qualifications sont précieuses, elles ne sont plus suffisantes et n’ont plus le monopole de l’insertion professionnelle rapide et de la garantie d’un statut social et financier supérieur.

La jeunesse française, comme nous le montre l’enquête « Génération Quoi ? » est en demande d’engagement et de parcours alternatifs : bénévolat, volontariat, entrepreneuriat, etc.

Pour répondre à cette demande, l’université se doit de mettre au cœur de son projet d’établissement une politique forte de vie étudiante afin que puisse être atteint le modèle idéal qui parvienne à relativiser la notion de réussite et à concilier qualifications et compétences, éducation formelle et non formelle, et qui nécessite parfois de prendre des chemins détournés, atypiques, en rupture avec la notion même de linéarité. Cela passe par une valorisation des engagements étudiants mais aussi par une ouverture aux dits adultes. Nous ne savons pas quels seront les métiers de demain et pour cette raison, la formation à toutes les époques de la vie doit être encouragée.

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2 réflexions au sujet de « L’éducation formelle ne tient pas toutes ses promesses »

  1. Plus clairement et au-delà de toutes cette accumulation d’analyses qui énoncent les unes après les autres le même et terrible constat c’est bien plus notre modèle de société qui se heurte de manière violente au principe de réalité. Nous avons rêvé depuis mille ans à un monde qui ressemblerait peu ou prou à l’abbaye de Thélème ou science et savoir se conjugueraient avec l’intelligence des cœurs. Si, certes nous avons une propension remarquable à l’aveuglement il faudrait l’associer à un idiotisme profond pour ne pas se rendre compte que nous sommes très loin ce que nous avions pu espérer… Bon et alors ? je ne vois pour autant les prémices d’une moindre révolte chez tous ces bacs plus X qui se contentent le plus souvent de déplorer le triste sort qui est le leur. Ils sont victimes de leurs illusions même si elles sont globalement partagées par tous.
    Il serait plus sûr de s’interroger sur que nous voulons et comment y parvenir. Une société plus juste, plus durable, plus respectueuse de soi et des autres, suppose un effort d’intelligence que nous sommes peut-être pas prêt à faire. Il est plus simple après tout de continuer d’enfiler des perles ou de réciter son chapelet.

  2. Cher Thierry,

    Je suis loin de partager votre constat. La prétendue attitude passive des jeunes que vous dénoncez avec rudesse dans votre commentaire ne reflète pas selon moi la réalité.
    Les Bac plus X ne se contentent pas de déplorer le triste sort qui est le leur. Ils se débrouillent le plus souvent avec les moyens du bord pour s’en tirer et sont très soucieux de ne pas devenir des poids pour la société.

    Leurs moyens sont d’ailleurs très divers : ils manifestent (CPE ? LRU ? Réforme LMD ? Retraites ?), s’engagent dans des actions citoyennes (1 jeune européen sur 2 a participé à une activité associative en 2013), vont voir ce qu’ils peuvent trouver à l’étranger (la mobilité étudiante est une réalité pour plus de 50 000 jeunes français chaque année), acceptent des stages sous-payés, essaient de se sentir utiles ou de trouver leur voie en s’accordant quelques mois de mission en service civique (20 000 jeunes en 2013), ils enchainent les entretiens d’embauche et acceptent des emplois en dessous de leurs qualifications pour faire mentir les statistiques de cette fameuse crise dont on les accable.

    Arrêtons les généralités sur la passivité des jeunes français et leur prétendue résignation, car elles sont mensongères !

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