Regroupements : vers des politiques de sites pensées (aussi) par et pour les étudiants ?

La loi du 22 juillet 2013 dite loi Fioraso stipule que les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, implantés sur un même territoire académique ou interacadémique, devront coordonner leur offre de formation et leur stratégie de recherche et de transfert. Si la vie étudiante n’est pas évoquée spécifiquement, elle est l’une des composantes de ces regroupements et de ces politiques de site, cela concerne donc directement les étudiants engagés au sein de leurs établissements.

APRES LA SECONDE GUERRE MONDIALE, LES UNIVERSITÉS FLEURISSENT SUR LE TERRITOIRE

Au sortir de la seconde guerre mondiale, les universités étaient très peu nombreuses et se sont rapidement trouvées inadaptées pour accueillir un public étudiant toujours plus nombreux. L’urgence est de construire des locaux. Après mai 1968, il devient nécessaire de proposer autre chose, un modèle universitaire différent qui accorde un rôle plus central à l’étudiant : de nouvelles méthodes pédagogiques sont testées dans certains établissements, les cours en amphis laissent davantage la place aux TD, etc.

Peu à peu Grenoble compte 3 universités, Bordeaux en compte 4,  Paris 8, l’Ile de France 13 et la France en dénombre plus de 80.

Le monde universitaire se recompose autour de ces nombreux établissements jusqu’au jour où l’on tire la conclusion que cette dispersion des sites universitaires ne permet pas à la France d’être reconnue à l’international, en matière de recherche notamment. Les PRES sont alors créés en 2006 pour répondre à cet enjeu. Ces pôles de recherche et d’enseignement supérieur sont suivis de près par  la loi LRU, loi relative aux libertés et responsabilités des universités qui tend à aller plus loin en se concentrant également sur la formation : maquettes de formation mutualisées par exemple.

LES BIENFAITS D’UNE VIE ETUDIANTE OUVERTE SUR LA VILLE

En 2013, la loi Fioraso évoque enfin la vie étudiante puisqu’elle précise que « l’établissement d’enseignement supérieur chargé d’organiser la coordination territoriale […] élabore avec le réseau des œuvres universitaires et scolaires un projet d’amélioration de la qualité de la vie étudiante et de promotion sociale sur le territoire, en associant l’ensemble des établissements partenaires ». C’est très intéressant car il est désormais demandé aux universités de penser collectivement aussi bien la recherche et la formation que la vie étudiante. Fort heureusement, les étudiants n’ont pas attendu cette loi pour agir de façon collective. Si l’on regarde de près les associations étudiantes pérennes, nombreuses sont celles qui n’agissent pas uniquement à l’échelle de leur établissement.

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On demande à l’université d’être ouverte sur son écosystème, il semble donc important d’encourager les initiatives étudiantes qui tendent à créer du lien par delà les murs de l’université plutôt que de fixer des critères qui limitent aux seules associations du campus la possibilité d’obtenir une subvention du FSDIE. Lorsque l’on interroge les associatifs étudiants, ils sont nombreux à nous faire part du caractère trop restrictif des conditions d’attribution de quelques FSDIE. Certains établissements vont jusqu’à demander aux associations de faire apparaître dans leurs statuts qu’elles agissent exclusivement sur leurs campus afin de pouvoir bénéficier d’une subvention. Ces critères sont souvent très éloignés de la réalité étudiante : comment diversifier son financement (c’est ce que l’on demande aux associations) si chaque établissement demande à l’association de faire inscrire dans ses statuts qu’elle agit chez lui uniquement ?

LES ETUDIANTS ET LES ASSOCIATIONS, UNE RICHESSE POUR LES PROJETS DE REGROUPEMENTS

Ces exemples montrent à quel point les politiques de site ne peuvent pas se faire sans les étudiants, afin d’éviter ce type d’anomalie et afin de répondre aux attentes de la majorité des étudiants, et non pas aux attentes que l’institution pense que les étudiants peuvent avoir. Il est alors indispensable de les positionner en acteurs. Les regroupements d’établissement, si tout se passe bien, devraient permettre une harmonisation des politiques de vie étudiante au moins à l’échelle territoriale, l’enjeu étant d’harmoniser les critères et attentes, que cela concerne le FSDIE, l’attribution de locaux ou encore la reconnaissance de l’engagement étudiant.

Alors la question qu’il semble urgent de se poser est : quel est le rôle des associations étudiantes, représentatives ou à projets, dans la mise en place de ces politiques de site ? Quelles interactions avec le réseau des œuvres ? Avec les collectivités ? Avec les établissements ? Et surtout, comment faire en sorte que le projet politique et  les schémas directeurs de vie étudiante soient pensés par le bas plutôt qu’imposés par le haut ?

Il est très difficile de se représenter ce que seront les universités dans 20 ans et il est aussi très difficile de se représenter ce que seront les territoires à la même échéance, c’est pour cette raison que l’exercice est aussi complexe tout en étant particulièrement stimulant.

Le débat est ouvert, je suis curieuse d’entendre vos remarques et propositions.