Le blog de Claude Lelievre

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Blanquer: sans foi ni loi? Un tournis historique pour faire la loi.

Alors qu’il avait promis qu’il n’y aurait pas de loi »Blanquer », le ministre de l’Education nationale présentera un projet de loi le lundi 15 octobre devant le Conseil supérieur de l’Education. En l’occurrence, il est sans foi sinon sans loi, la sienne. Il ne veut pas faire simplement une loi, mais la loi; avec le moins de contrôle possible ( suppression du CNESCO). A son entrée au ministère de l’Education nationale, et alors que personne ne lui demandait rien à ce sujet, Jean-Michel Blanquer a fait une profession de foi très appuyée le 26 mai 2017: « il n’y aura pas de loi Blanquer, et j’en serai fier ». Une posture de distinction (par rapport à ses prédécesseurs) déjà quelque peu outrée, comme je l’avais noté dans un billet sur Mediapart en date du 29 mai 2017: « Au total, durant toute la cinquième République, seulement sept ministres de l’Education nationale ont donné leur nom à une loi scolaire . Sept sur les trente quatre qui se sont succédé ! Jean-Michel Blanquer  »surfe » (à bon compte!) sur l’idée (répandue, mais fausse) que chaque ministre de l’Education nationale n’a de cesse de donner son nom à une loi (alors que seulement un sur cinq l’a fait…)…. Savoir plus >

Zemmour, Meirieu et la  »modernité »

Zemmour a dévoilé sans le savoir ce qui était en jeu dans dans sa critique au vitriol de « La Riposte », le dernier ouvrage de Philippe Meirieu: la  »modernité ». Par delà le caractère ignoble de certaines de ses affirmations (contre-vérités péremptoires ou approximations pernicieuses à propos de la personne même de Philippe Meirieu et de son parcours) que l’on est tenté de traiter purement et simplement par le mépris, Eric Zemmour a montré que son opposition violente reposait sur un contresens historique et surtout allait à contre-sens de la  »modernité ». Et là , cela vaut le coup de s’y arrêter quelque temps. Dans son article paru dans le » Figaro » du 27 septembre dernier, Eric Zemmour n’est pas remonté assez loin dans le temps pour saisir les racines historiques du  »pédagogisme » et de  »son pape », Philippe Meirieu. Et pourtant ce n’est pas faute de lui avoir consacré le coeur de son article: « Mai 68 n’est pas à l’origine du pédagogisme mais son triomphe […] Le pédagogisme est, comme toute idéologie, dépendant des conditions historiques de sa naissance, en l’occurrence les années 1920, après la première Guerre mondiale: le pédagogisme sera donc pacifiste, humaniste, internationaliste, socialiste […]. Comme par hasard la mutation antiautoritaire… Savoir plus >

« L’Ecole ». Un ouvrage extra-ordinaire

C’est « un guide complet pour découvrir l’histoire et l’organisation du système éducatif »’. Et il tient ses promesses , ce qui est pourtant une gageure en moins de 200 pages et plus de 350  »entrées ». Cet ouvrage qui n’a pas d’équivalent a été rédigé par Philippe Simon (un instituteur devenu journaliste, spécialiste reconnu de l’éducation à la rédaction d’Ouest-France) et Clotilde Simon (conseillère principale d’éducation dans un lycée polyvalent de l’académie de Créteil). Il vient d’être publié aux Editions Eyrolles et il peut être d’un grand secours pour chacun (usager ou acteur de l’Ecole; ou même spécialiste de son histoire ou de son organisation sur tel ou tel point…). Cela tient d’abord à la myriade d’entrées qu’il propose (et qui donne une représentation rare et précieuse de l’extrême variété des questions et faits scolaires) . Cela tient aussi à des regroupements d’entrées qui sont rarement empruntés . Dans les douze  »chapitres » , par delà des regroupements plus classiques (tels que  »l’école primaire »,  »le collège »,  »le lycée », les  »études supérieures »), on peut citer par exemple  »la place des adultes dans l’école »,  »l’enfant à l’école »,  »gestion et évaluations »,  »les enjeux de l’école » ou » l’école face à ses difficultés ». On se doute, compte-tenu du… Savoir plus >

Les recteurs: vers la fin d’une histoire extraordinaire?

Faire coïncider le territoire de chaque académie avec une (grande) région et  »décréter » qu’il pourrait y avoir désormais 40 % de recteurs recrutés sans l’obligation d’être titulaire d’une habilitation à diriger des recherches ou de justifier d’expérience dans l’éducation signe la  »banalisation » de l’administration de l’Education nationale. Le projet de décret sur la nomination des recteurs qui vient d’être présenté au Conseil supérieur de l’éducation n’a recueilli aucun vote positif et et a obtenu 49 votes contre. Une rare unanimité négative, quasi-historique elle aussi…Mais il est présenté  ce mercredi 3 octobre au Conseil des ministres: passage en force et urgence ( pour qui)? A partir de Napoléon I, le territoire national a été divisé en académies (une par Cour d’appel ), à la tête desquelles ont été placés des recteurs. Il est remarquable que l’Empereur – qui a pourtant mis en place la forte présence des préfets dans les départements – ne veut pas que l’administration de l’Ecole relève de l’administration commune : les enseignants et les chefs d’établissements sont responsables devant une instance – l’académie et son recteur – qui n’a pas d’équivalent ( les régions n’existent pas encore, et les départements sont à un échelon inférieur ). Napoléon… Savoir plus >

Giordan et Dehaene: « Apprendre! »

  Deux ouvrages au même titre ( »Apprendre! ») sont parus à vingt ans d’intervalle. Et ce n’est nullement anecdotique. Le premier ouvrage est paru en 1998, il y a tout juste vingt ans. Il a été écrit par André Giordan , une figure historique de la mouvance dite  »pédago’‘. Plus précisément, André Giordan est agrégé en biologie, spécialiste de la physiologie des régulations et de la didactique des sciences. Il est surtout connu pour son nouveau modèle de l’apprendre, le modèle  »allostérique ». En 2015, il a publié aux éditions Librio un ouvrage qui a eu un grand succès de librairie:  »Apprendre à apprendre Le second ouvrage vient de paraître. Il a été écrit par Stanislas Dehaene, directeur de l’unité de neuroimagerie cognitive, unité mixte INSERM-CEA à NeuroSpin5 dans l’Essonne et professeur au Collège de France à la chaire de psychologie cognitive expérimentale4. Depuis janvier 2018, il préside le Conseil scientifique de l’Education nationale créé à l’iniative du ministre de l’EN Jean-Michel Blanquer (dont il est considéré comme un proche) . Ce conseil scientifique est censé éclairer les décisions du ministre concernant les apprentissages, et la pédagogie ad hoc à mettre en place. Sur son compte  »Facebook », Andé Giordan a réagi d’une… Savoir plus >

Un petit déjeuner gratuit en ZEP: une mesure qui irait de soi?

Ce serait sans doute prolonger d’une certaine façon ce qui a commencé historiquement avec Mendès-France en 1954. Alors chef du gouvernement, Mendès-France décrète la distribution d’un verre de lait et d’un morceau de sucre à l’heure de la récréation dans toutes les écoles avec pour objectif de lutter contre la dénutrition et la consommation d’alcool par les enfants (qui n’était pas alors prohibée, loin s’en faut…) Mais, au fil du temps, cette distribution de lait s’est accompagnée dans nombre d’établissements, d’une consommation de boissons et d’aliments  : sodas, biscuits, gâteaux, céréales, viennoiseries (riches en sucres et en graisses). L’ennemi  »soda » a remplacé l’ennemi  »alcool » … En janvier 2004, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) dénonce les méfaits de la collation de 10 h à l’école en remettant en cause sa composition et son utilité. En effet, 93 % des enfants de 3 à 5 ans prennent un petit-déjeuner et les enquêtes alimentaires ne montrent pas de déficiences calciques dans cette tranche d’âge. De plus, face au contexte de l’augmentation de l’obésité infantile, la multiplication des prises alimentaires n’apparait pas souhaitable, bien au contraire. Elle recommande donc la suppression de toute collation, tout en laissant la possibilité de proposer aux seuls enfants concernés un petit-déjeuner équilibré à base de lait… Savoir plus >

Blanquer piégé sur le participe passé par manque de tolérance

Le ministre de l’Education nationale a subi une épreuve quelque peu humiliante  faute que soient prises en compte  par ses  »examinateurs » (des journalistes) et par lui-même (!) les « tolérances grammaticales ou orthographiques » de l’arrêté  »Haby » du 28 décembre 1976. Sur France Info, le jeudi 6 septembre. L’un des journalistes interroge Jean-Michel Blanquer: « Les crèpes que j’ai mangées. Mangées? » «  »ées ». « Oui.! Les crèpes, virgule, j’en ai mangé. Mangé? » »ées, aussi ».  »Non , j’en ai mangé; avec en, c’est é ».  »Vous auriez dû dire les crèpes, virgule, j’en ai mangé’‘.  »C’est ce que j’ai dit, virgule ». L’autre journaliste prend le relais dans l’interrogation du ministre de l’Education nationale: « Les deux euros que m’a coûté ce livre. Coûté?  » .  » é’‘.  »Oui ».  »Ce n’est pas si difficile que ça. Puisque ce n’est pas le complément d’objet direct« .  »C’est plus subtil que cela en fait. Lorsque le participe passé du verbe coûter est employé au sens propre, il est invariable; mais il est variable lorsqu’il est utilisé au sens figuré » Il est remarquable que ni les journalistes, ni surtout le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer n’ont songé aux « tolérances grammaticales ou orthographiques » de l’arrêté du 28 décembre 1976: « Accord du participe passé conjugué… Savoir plus >

Les Gaulois du  »roman national » de Lavisse ne sont pas  »réfractaires » comme le dit Macron

Bien au contraire, à l’inverse justement du sens des albums d’Astérix avec leurs  »irréductibles Gaulois »! Confondre les deux est un symtôme de la confusion historique et idéologique actuelle Que dit Lavisse dans son manuel d’histoire de France pour le cours élémentaire datant de 1884 ?  «  Autrefois notre pays s’appelait la Gaule. Vous voyez en haut et à droite de la page un Gaulois. Il a les cheveux très longs. Son manteau est fait d’une peau de bête. Si vous rencontriez un homme comme celui-là dans la rue, vous croiriez que c’est un sauvage. Le garçon va suivre son père à la chasse. Il n’ira pas à l’école pour une bonne raison : c’est qu’il n’y a pas d’écoles en Gaule. Vous, vous ne voudriez pas être ignorants comme ces petits-là […]. « Vous voyez maintenant une ville gauloise. Vous devez être étonné de voir une si belle ville en Gaule car vous avez vu auparavant une maison gauloise bien misérable ! Des enfants vont à l’école. Qu’est-il donc arrivé ? Il est arrivé que les Romains sont devenus les maîtres de la Gaule, après les victoires de César. Les Romains savaient faire beaucoup de choses que les Gaulois ne savaient pas faire. Mais les… Savoir plus >

La « Riposte » de Philippe Meirieu

On pourrait croire que Philippe Meirieu est pris par une certaine lassitude, voire le découragement. Mais non, bien au contraire. Et son dernier livre qui vient de paraître chez  »Autrement » le montre à l’évidence, même s’il admet en exergue qu’il s’agit encore une fois de « dépasser les malentendus et revenir à l’essentiel« . Mais il ne s’agit nullement pour lui de se répéter pour se faire entendre ou pour se faire enfin comprendre (en dépit des  »brouillages » plus ou moins développés par nombre de ses adversaires). Il s’agit surtout pour lui d’aller à l’essentiel tout en prenant en compte le contexte actuel. D’où des chapitres aux titres évocateurs de cet  »air du temps » tels que « L’antipédago et l’hyperpédago sont dans un bateau » ou « Du consumérisme scolaire aux écoles alternatives » ou « Au bout de la crête : un passge risqué mais peut-être possible« . Car il s’agit aussi et toujours de descendre « Dans l’arêne » (titre significatif de la deuxième partie de l’ouvrage) tout en traçant rapidement mais nettement quelques pistes à emprunter (à partir d’une interrogation essentielle:  »Quelles finalités éducatives pour faire face aux défis d’aujourd’hui? »):  »Quelles connaissances mobiliser pour atteindre nos finalités?« ; « Faire de l’Ecole un espace de décérélation« ; « Former à l’attention »;… Savoir plus >

L’enseignement moral et civique : retour vers un passé dépassé qui ne passe pas.

L ‘enseignement moral et civique (EMC) existe , sous cette appellation, depuis la loi de refondation de l’Ecole de 2013 et couvre la totalité de la scolarité, du CP aux classes terminales des lycées. Mais le passif d’un passé dépassé peut venir à  »restauration », et il peut durer longtemps (c’est bien long sur la fin, à l’instar de l’éternité de l’éternel retour). Selon Pierre Kahn (l’une des chevilles ouvrières majeures de ce nouvel enseignement défini en 2015), le nouveau projet d’EMC annoncé cette semaine par la nouvelle direction du Conseil supérieur des programmes, « conserve comme vestige certains éléments des programmes d’EMC de 2015 ; mais leur tourne le dos et s’inscrit dans un discours général de la restauration à la fois préoccupant et probablement inopérant […]. Idéal d’un retour à l’ordre et à la discipline, à l’apprentissage des règles de conduite (langage, décence vestimentaire, hygiène) symbolisé dans le nouveau projet d’EMC par le recours insistant au thème du respect [omniprésent]. Des dispositifs mis en avant par le programme de 2015, il ne reste rien ou presque (une ou deux références au  »débat réglé »et, plus modestement, à  »l’éthique de la discussion ») […]. Rien des discussions à visée philosophiques pour le primaire, de l’examen… Savoir plus >