L’anglais et/ou les langues régionales?
Claude Allègre, alors qu’il était ministre de l’Education nationale, a déclaré le 29 avril 2001 sur France Inter : « La première priorité, c’est le français ; la deuxième priorité, c’est de parler anglais ; les langues régionales, cela vient après » tout en s’en prenant publiquement à l’ancien ministre socialiste de l’Education nationale Jack Lang « qui veut former des bergers parlant breton, alors que nous avons besoin d’informaticiens parlant anglais ».
Douze ans après, dans la discussion sur le projet de loi sur l’enseignement supérieur d’une part, et celle sur la « refondation de l’Ecole » d’autre part, on a des controverses très contrastées ( aussi bien dans leur intensité que dans leur orientation ).
L’article 2 du projet de loi sur l’enseignement supérieur ( revenant sur la loi Toubon de 1994 et autorisant un enseignement en anglais à l’université ) suscite une polémique passionnée ( en dépit de l’argumentaire de la ministre Geneviève Fioraso indiquant que ces cours en anglais ne concerneraient que 1% de l’ensemble des cours, et pointant que « dans les grandes écoles on contrevient à la loi Toubon sans que personne y trouve rien à redire » ).
En revanche, dans la discussion du texte de loi sur la « refondation de l’Ecole », il y a bien débat sur les articles qui ont trait à l’enseignement des langues régionales, mais sur un mode mineur.
La commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale avait d’abord intégré dans le texte une disposition « invitant les enseignants à intégrer les langues et cultures régionales dans leur enseignement afin d’en favoriser la transmission et de les mettre à profit pour l’acquisition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, notamment pour l’acquisition de la langue française ».
Mais le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon a fait valoir qu’en vertu d’une décision du Conseil constitutionnel « un élève ne peut pas avoir un enseignement d’une langue régionale s’il ne le souhaite pas ».
Le rapporteur du projet de loi à l’Assemblée nationale, le député PS Yves Durand, a donc proposé un amendement différent : « après accord des représentants légaux des élèves ou des élèves eux-mêmes s’ils sont majeurs, les professeurs peuvent recourir aux langues régionales chaque fois qu’ils peuvent en tirer profit pour leur enseignement de la langue française ».
Au Sénat, la commission qui a examiné le texte de la « loi de refondation de l’Ecole » issu du débat à l’Assemblée nationale ( en première lecture ) a supprimé l’accord parental préalable et élargi la possibilité de recourir aux langues régionales aux enseignants du second degré. En plus, l’article ne limite plus la possibilité de recourir aux langues régionales à la seule fin d’améliorer l’apprentissage du français, mais l’ouvre à tout enseignement.
Le nouvel article 27 bis indique désormais : « sans préjudice des dispositions de l’article L. 121-3, les enseignants du premier et du second degrés sont autorisés à recourir aux langues régionales, dès lors qu’ils en tirent profit pour leur enseignement ».
A suivre…
