Le blog de Claude Lelievre

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Non à la transformation de l’école maternelle en un pré-élémentaire très primaire!

Car c’est ce qui risque de se passer si on prend au sérieux nombre des préconisations faites par le ministre de l’Education nationale dans sa circulaire de rentrée. Ce serait rompre en effet avec ce qui a été doublement fondateur pour  »l’école maternelle » et l »’école primaire ». Une école primaire qui, selon les propres termes de Jules Ferry, se distingue de celle de  »l’Ancien Régime » par tout ce qui n’est pas le  »lire, écrire, compter »: « Pourquoi tous ces enseignements dits  »accessoires » autour du  »lire, écrire, compter »? Parce qu’ils sont à nos yeux la chose principale, parce qu’en eux réside la vertu éducative. Telle est la grande distinction , la grande ligne de séparation entre l’Ancien régime et le nouveau » (Jules Ferry au congrès pédagogique des instituteurs et institutrices de France du 19 avril 1881). Et une école  »maternelle » qui est certes une  »école », mais avec des formes tout à fait spécifiques qui la distingue de  »l’école primaire élémentaire » et a fortiori d’un élémentaire  »très primaire », celui des  »rudiments’‘ ( »lire, écrire, compter »). L’arrêté du 28 juillet 1882 (écrit sous l’influence décisive de Pauline Kergomard) signe la naissance de « l’école maternelle » française (une quasi exception dans le paysage européen) : « l’école maternelle n’est pas… Savoir plus >

Macron et Blanquer: des pro-européens effectifs? A vérifer!

Pour ce qui concerne l’Ecole, ils ont tous deux proclamé des engagements forts. Sont-ils en voie d’être vraiment tenus? Ce n’est pas évident. Et cela revêt d’autant plus d’importance que la liste  »Renaissance »’ (  »En marche pour l’Europe ») a pris aussi des engagements en ce sens. Lors de son discours en Sorbonne le 26 septembre 2017, le président de la République Emmanuel Macron avait déclaré: « Erasme, dont on disait qu’il était le précepteur de l’Europe, affirmait déjà qu’il fallait demander à chaque jeune de «parcourir le continent pour apprendre d’autres langues » et «se défaire de son naturel sauvage» […] Notre fragmentation n’est que superficielle. Elle est en fait notre meilleure chance. Et au lieu de déplorer le foisonnement de nos langues, nous devons en faire un atout ! L’Europe doit être cet espace où chaque étudiant devra parler au moins deux langues européennes d’ici 2024. Au lieu de regretter le morcellement de nos contrées, renforçons les échanges ! En 2024, la moitié d’une classe d’âge doit avoir passé, avant ses 25 ans , au moins 6 mois dans un autre pays européen«  Huit mois plus tard, en réponse à une question posée le 16 mai 2018 par la députée… Savoir plus >

Obligation, assiduité, sanctions: Jules es-tu là?

Par deux fois, Blanquer vient de se référer à Jules Ferry. Il ferait mieux de s’en inspirer. Jean-Michel Blanquer tente de se raccrocher à la symbolique des lois d’obligation scolaire pour que la loi en discussion au Sénat (en passe d’être sensiblement grignotée par LR) conserve un minimum d’identification et de lustre, en affirmant que , comme pour l’obligation d’instruction à partir de trois ans, la presque totalité des enfants étaient déjà scolarisés au moment de la loi du 28 mars 1882 instituant l’obligation d’instruction à partir de six ans. Ce qui est vrai, sauf que Jules Ferry n’a jamais mis en avant cet aspect de la loi de 1882 (dans lequel il ne voyait qu’un achèvement d’un long processus), au contraire de l’autre aspect de la loi de 1882 qui lui importait de loin au plus haut degré : la laïcisation de l’école primaire publique, le début fondateur d’une longue aventure. Par ailleurs, Jules Ferry a été aussi en butte pour ce faire à une forte opposition, comme l’a rappelé à juste titre aussi Jean-Michel Blanquer. Mais cette opposition ne visait pas au premier degré l’obligation scolaire mais le fait qu’elle était en liaison avec le projet fondamental d’une… Savoir plus >

la neutralisation de l’expression des enseignants: un passif non  »dépassé » »?

L’article 1 du projet de loi sur » l’Ecole de la confiance » et la façon dont est actuellement traitée la libre expression de certains enseignants rouvre un débat aussi vieux que les débuts de l’Ecole de la troisième République. Et il était alors très  »tranché », dans tous les sens du terme Les instituteurs et institutrices deviennent fonctionnaires d’Etat en 1886. Et cela dans un contexte où la syndicalisation est tout à fait interdite aux fonctionnaires. En 1887, Jules Ferry condamne en termes virulents l’ambition de l’Union des instituteurs et institutrices de la Seine d’exprimer elle-même des opinions sur les questions scolaires et de marquer ainsi une certaine indépendance par rapport à l’Etat: « Tout ce qu’il y a d’esprit de révolte, d’orgueil envieux, de prétentions à gouverner l’Etat, dans la minorité brouillonne et tapageuse d’une corporation honnête et modeste éclate dans le tumulte et ce qui est plus grave, apparaît dans les résolutions […]. Si Spuller laisse se constituer cette coalition de fonctionnaires, outrage vivant aux lois de l’Etat, à l’autorité centrale, au pouvoir républicain, il n’y a plus de ministre de l’Instruction publique, il n’y a plus d’inspecteurs » (11 septembre 1887) Circulaire du 20 septembre 1887 d’Eugène Spuller, alors ministre de… Savoir plus >

Le (faible) sentiment d’appartenance à l’Europe: une responsabilité de l’Ecole?

La place très limitée accordée aux questions proprement européennes lors des élections pour le Parlement européen et les faibles participations au scrutin peuvent conduire in fine à cette interrogation, voire à cette interpellation. . En-dessous du titre: « les élections européennes, éternelles mal aimées« , le journal  »Le Monde » du 4 mai a repris l’assertion de Florence Delmotte (professeure de sciences politiques s’intéressant aux processus de légitimation politique et d’identification à l’Europe) comme titre de son interview: « le sentiment d’appartenance ne se décrète pas » Sans doute. Mais il peut se  »cultiver »! C’était en tout cas la conviction profonde de l’historien Ernest Lavisse, le promoteur principal de la mise en place du  »roman national » dans l’enseignement de l’histoire (via en particulier ses manuels d »’Histoire de France » pour le primaire): « tous les sentiments sont susceptibles d’une culture; l’histoire doit cultiver le sentiment patriotique » (cf son article « Histoire » dans le  »Dictionnaire pédagogique » de 1887 dirigé par Buisson). Et son rôle n’a pas été négligeable (loin s’en faut!) si l’on en juge par les controverses contemporaines sur la place du « roman national » (voire du  »récit national ») jugée de façon récurrente insuffisante voire en péril par certains. Peut-être l’un des principaux obstacles au développement d’une vraie culture… Savoir plus >

Mieux vaut être DASEN que directeur d’école pour commenter le projet de loi Blanquer…

On se retrouve là à rebours de la jurisprudence où l »’obligation de réserve » peut peser d’autant plus que l’on est haut dans la hiérarchie de l’Education nationale. Libération.fr du 2 mai:  »Au micro, ses mots étaient pourtant mesurés. «Partir en guerre, je ne dirais pas ça. C’est plutôt un appel lancé aux citoyens et sénateurs pour qu’ils regardent de près ce projet de loi sur l’école de la confiance.» C’était le 14 mars, de bon matin, sur France Bleu Hérault. Sébastien Rome, directeur d’école et maire adjoint de la petite ville de Lodève, en Occitanie, voulait alerter contre cette mesure, passée inaperçue jusque-là, qui vise à fusionner par endroits une école avec le collège voisin. «Ce qui signifie la suppression du directeur d’école, là où ces établissements des savoirs fondamentaux seront créés. Si le projet de loi est adopté en l’état, c’est la disparition d’un service public de proximité», expose-t-il calmement. Mais deux semaines plus tard, Sébastien Rome se retrouve convoqué au rectorat. «Les propos que vous avez tenus n’ont pas été conformes à la nécessaire neutralité liée au statut de fonctionnaire de l’Etat», écrit l’inspecteur d’académie, dans une lettre «d’admonestation». Officiellement, ce courrier n’est pas une sanction disciplinaire, «mais… Savoir plus >

Qui rappelera à Blanquer que la suspension de la fermeture des écoles n’est pas  »historique »? Sarkozy!

Samedi dernier, Jean-Michel Blanquer a prétendu que « la non fermeture d’écoles primaires est une mesure historique. Elle rompt avec des décennies de fermetures massives dues à l’exode rural« . Il ignore ainsi  »superbement » un précédent dûment établi, en ignorant du même coup totalement l’un de ses prédécesseurs, François Bayrou. Le 8 avril 1993, le tout nouveau Premier ministre Edouard Balladur annonce devant l’Assemblée nationale que « toute suppression de services publics en zone rurale sera suspendue pour six mois« . Ce délai devra être mis à profit par le gouvernement pour étudier un nouveau dispositif. En réalité, le moratoire va durer plus de cinq ans (durant toute la période où François Bayrou est à la tête du ministère de l’Education nationale). Le 17 novembre 1998, le Premier ministre Lionel Jospin annonce la fin du gel de la fermeture des services publics en milieu rural devant l’Association des maires de France: « la politique d’aménagement du territoire ne doit pas se traduire par le statu quo en matière d’implantation des services publics. Elle doit tenir compte des mouvements de population et suppose une plus grande coordination entre les acteurs publics […] Le gouvernement arrêtera dans les prochains mois un dispositif coordonné de pilotage» Ah oui,… Savoir plus >

Non, Debré, la première  »ENA » n’a pas été supprimée par un Empereur!

Jean-Louis Debré vient de prétendre que l’Ecole d’administration créée en mars 1848 dans l’élan de l’institution de la Seconde République a été supprimée par un Empereur, Napoléon III. Par Napoléon-le-petit (à l’instar d’Emmanuel Macron)? En réalité, sa suppression a été décidée par un vote de l’Assemblée nationale (républicaine) en août 1849, le comte Albert de Falloux (le ministre de l’Instruction publique auteur de la réactionnaire  »loi Falloux », vilipendée dès cette époque par Victor Hugo lui-même) étant à la manoeuvre . Cette Assemblée et les ministres n’étaient nullement alors à la botte de Louis-Napoléon Bonaparte. Et c’est même pourquoi il a fait un coup d’Etat le 2 décembre 1851 afin d’instaurer l’Empire et son pouvoir personnel. Falloux est arrêté le lendemain du coup d’Etat à cause de son opposition ouverte à Bonaparte. Libéré peu après, il quitte la politique. Les raisons données par le comte de Falloux lors de la déposition de son projet en faveur de la suppression de la première Ecole d’administration résonnent d’une façon toute particulière dans le contexte actuel: «  Le but avoué du premier projet était d’assimiler les étudiants en droit administratif aux étudiants en sciences exactes et de leur appliquer le régime de l’internat tel… Savoir plus >

Un raté historique du boycott des notes d’examens

En février 1965, le SNES appelle à une grève administrative en vue de tenter de s’opposer à la réforme du secondaire (création de filières A,B, C, D, E, F, G) envisagée par le ministre de l’Education nationale Christian Fouchet. La situation se tend au troisième trimestre. Le Conseil national du SNES des 5 et 6 mai 1965 décide de poursuivre la grève administrative, et demande qu’ « aucune note de composition ne soit donnée au troisième trimestre, y compris dans les classes d’examens » ; que les enseignants ne participent pas aux conseils de classe, et, pour le BEPC (le  « brevet ») et le baccalauréat, qu’ils ne portent sur le livret des élèves que des appréciations « sans mention de notes ». Le ministère fait planer la menace de rétorsions financières sévères, voire de réquisitions. Et quinze jours plus tard, le même Conseil national du SNES estimant que la poursuite de la grève « risquait de rendre difficile le maintien de la liaison, déjà délicate », avec les parents d’élèves, décide de « transformer la forme d’action engagée, en demandant aux syndiqués du SNES de reprendre la communication normale des notes et la participation aux conseils de classe ». Finalement, le 12 juin 1965, un décret instituant des filières A, B, C,… Savoir plus >

 »Faire progresser tous les élèves au collège »

C’est le titre d’un type d’ouvrage dont on n’hésite pas à faire la promotion car il conjugue les références et les réflexions théoriques aux expériences pratiques effectives et aux pistes opératoires possibles. Ce qui est rare, précieux et utile. Il vient d’être publié chez « L’Harmmatan » (220 pages, 22 euros 50) et il est l’oeuvre de deux professeures de collège qui interviennent en formation continue dans leurs disciplines, en  »transversale », et en formation de formateurs dans l’académie de Versailles. Anne-Marie Sanchez est professeure de mathématiques au collège Le Village à Trappes (78). Annie Di Martino est professeure d’histoire-géographie-EMC au collège Anatole France à Claye-Sous-Bois (78). Elles savent de quoi elles parlent, d’où elles parlent et pour qui. Le nombre et la diversité de leurs référents théoriques impressionnent. Et cela d’autant plus que c’est le plus souvent en relation avec des pratiques effectives ou avec des indications pragmatiques claires (ou clarifiées). Quatre domaines sont explorés: « Accompagner les apprentissages’‘ (Apprendre à l’Ecole, des enjeux pour chacun; Apprendre à son rythme; Apprendre les ressources du programme); « Apprendre à mobiliser ses ressources » (Tâches complexes et compétences; Programmation de la mobilisation; Des dispositifs de mobilisation) ; ‘‘Faire évoluer l’évaluation » (La base de l’évaluation; Evaluer pour progresser;… Savoir plus >