Le blog de Claude Lelievre

Le noeud gordien de l’entrée dans le supérieur

Quelques effets du paradoxe de la sélection dans l’enseignement supérieur

 

Il n’y a pas de sélection pour l’entrée à l’Université. Mais il y en a une ( sur dossiers ) pour accéder non seulement aux classes préparatoires aux grandes écoles, mais aussi pour entrer en IUT ou en STS. On voit le paradoxe : les filières courtes de l’enseignement supérieur ont une entrée sélective ( sur dossiers ), alors que les filières de l’Université ( en principe longues ) n’en ont pas. C’est pourquoi le résultat des entrées dans l’enseignement supérieur est finalement pour le moins baroque, sinon chaotique ou pervers.

C’est ainsi que 20% des nouveaux bacheliers de 2006 de l’enseignement général se sont dirigés vers des filières courtes ( 8% dans des sections de techniciens supérieurs et 12% dans des Instituts universitaires de technologie ), en principe destinés aux bacheliers d’enseignements technologiques ( et ils occupent ainsi les deux tiers des places offertes en IUT, qui deviennent de fait des établissements foncièrement sélectifs, difficiles d’accès aux titulaires d’un bac technologique ).

A l’inverse, même si une courte majorité des titulaires d’un baccalauréat technologique en 2006 se sont bien dirigés vers des filières courtes ( 42% en sections de techniciens supérieurs et 10% en IUT ), 18% d’entre eux se sont inscrits à l’Université dans des filières longues qui ne leur sont pas a priori destinées. Or, comme le montre le suivi de cohortes de bacheliers datant des premières années de notre nouveau millénaire, les bacheliers technologiques ne sont que 13% à obtenir la licence en trois ans ( et 30% au total en cinq ans ) contre respectivement 45% et 71% pour les bacheliers d’enseignement général.

 

Quelques mesures récentes pour tenter d’amoindrir ces effets pervers

 

En 2007, le principe d’une pré-inscription, avant même que le baccalauréat ait eu lieu, a été décidé pour l’accès à l’Université, afin que l’établissement sollicité puisse donner son avis – strictement consultatif – en temps utile sur la pertinence de cette orientation..

Par ailleurs, puisque la plupart des lauréats des baccalauréats technologiques et professionnels qui tentent l’Université n’y réussissent pas bien, la ministre de l’enseignement supérieur Valérie Pécresse a souhaité qu’ils puissent plus facilement accéder aux filières qui leur sont mieux adaptées, en instaurant notamment un  » bonus financier  » pour les IUT et les STS qui intégreront en leur sein davantage de ces bacheliers que la moyenne nationale.

Des mesures qui vont certes dans le bon sens, mais qui ne sont pas manifestement à la hauteur du problème posé. On y reviendra dans un prochain billet 

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Commentaires (5)

  1. Olivier Rey

    Une intervention qui n’est pas du tout sur le fond : changez vite la police de votre blog, elle est quasiment illisible (trop petite mais surtout trop claire) !

  2. pdubois

    Bonjour cher collègue blogueur d’EducPros. D’accord avec les points développés dans cette chronique ; j’aurais cependant aimé des liens vers les sources statistiques que vous utilisez.

    Autres filières sélectives à ne pas oublier : les filières du travail social, les filières du sanitaire et social (infirmiers).

    A vous lire régulièrement. Bien cordialement. Pierre Dubois

  3. claudelelievre (Auteur de l'article)

    Merci pour ces encouragements, surtout venant de vous, Pierre Dubois. Quant à l’interpellation ( justifiée ) d’Olivier Rey, je ne saisis pas bien si elle vise à la fois la  »forme » et le  »fond ». En tout cas,ce qui est sûr, c’est que je suis très limité techniquement. Pour mon troisième billet j’ai mis quand même du bleu sur les titres…

  4. BNJ

    Bonjour M. Lelièvre,

    Ancien étudiant en IUT (Diplômé cette année 2009), je m’interroge sur votre article dans 2 directions:

    – Dans un premier temps, je m’interroge sur la réalité de la sélection « réelle » de certains IUT qui aujourd’hui acceptent tout le monde et qui même comme ça n’arrivent pas à remplir. Je pense à certains DUT en particulier (le GMP dont je suis issu et qui n’attire pas les foules en souffrant de son image « bleu de travail ») ou certains IUT délocalisés. Peut-on encore parler de sélection aujourd’hui?
    – Dans un second temps, je me demande d’où sort la vérité criée partout qui dit « les IUT c’est fait pour les bacs technos »? Je m’explique, bachelier Scientifique particulier doué pour les Mathématiques, j’ai pataugé dans l’enseignement supérieur jusqu’à ce que je trouve ce DUT qui m’a bien aidé et qui m’a permis d’accéder à la réussite et à une école d’ingénieur par la suite. A lire nombreux articles, je me demande si je dois me sentir coupable de m’être inscrit en DUT: Ai-je volé la réussite avec la place qui revenait à un bachelier technologique?

    Cordialement.

    Benjamin

  5. claudelelievre (Auteur de l'article)

    Même si les cas que vous mentionnez existent, ils sont loin d’être la règle générale, bien au contraire. Quant à la liaison forte ( mais certes pas exclusive ) prévue à l’origine entre les bacs technologiques et les IUT ,cela est attesté par les créateurs historiques des IUT.C’est un fait ( même si son bienfondé peut être éventuellement remis en cause )

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